Le blog de Pascal OLIVIER

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jeudi 14 mai 2009

Elections européennes : le MRC pour un vote blanc ou nul

Communiqué de presse de Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement Républicain et Citoyen, jeudi 14 mai 2009.
Le Mouvement Républicain et Citoyen ne prend pas part à la campagne des élections européennes. Il préconise, le 7 juin prochain, un vote blanc ou nul à ces élections européennes.

Pourquoi ?

Cette élection à un Parlement-fantôme est un trompe l’œil. Dans cette enceinte où 770 soi-disant députés inconnus de leurs électeurs peuvent s’exprimer trois minutes chacun, en usant de l’une des vingt-deux langues officielles reconnues, aucune volonté générale ne peut bien évidemment s’exprimer.

M. Sarkozy, à Nîmes, a parlé de politique de change volontariste, de protection communautaire et de politique industrielle commune, mais il sait très bien que le texte du traité de Lisbonne qu’il a fait adopter, l’en empêchera. La même schizophrénie – pour ne pas dire hypocrisie - frappe le Parti socialiste qui a approuvé lui aussi le traité de Lisbonne. D’ores et déjà MM. Brown et Zapatero ont fait savoir que les députés travaillistes anglais et ceux du PSOE espagnol soutiendraient le candidat libéral à la présidence de la Commission européenne, M. José Manuel Barroso. Cette élection est vide de contenu.

Ni le NPA de M. Besancenot ni le « Front de gauche » ne proposent de stratégie de redressement crédible. L’un ne veut pas venir au pouvoir. L’autre méconnaît le ressort que peut constituer l’exercice de la souveraineté nationale, c’est-à-dire de la démocratie, dans une Europe qui est faite d’une trentaine de nations.

C’est sur celles-ci qu’il faudra s’appuyer pour redresser une construction européenne que le dogme libéral et le mythe d’un peuple européen inexistant vouent à l’impuissance. Le Mouvement républicain et citoyen appelle au vote blanc ou nul de préférence à l’abstention : le peuple français, en effet, ne doit pas laisser bafouer la volonté qu’il a démocratiquement exprimée le 29 mai 2005.

mardi 7 avril 2009

Face à la crise, le retour du politique

Article de Jean-Pierre Chevènement, paru dans la revue "Hors les murs" des anciens élèves de l'ENA, avril 2009.
Face à la crise, le retour du politique
Finie l’ère du tout marché, du principe de la concurrence libre et non faussée, de l’interdiction des aides d’Etat, de la prohibition des déficits et des endettements excessifs ! Depuis l’automne 2008, la « main invisible » censée réaliser l’optimum social pourvu que l’autorité publique ne s’en mêlât point n’inspire plus confiance. Les dieux du Marché sont tombés de leurs autels. Les grands prêtres se sont tu. La foule qui se prosternait à l’énoncé de vérités éternelles qui tombaient de leurs bouches a déserté leurs temples.

L’Etat est revenu avec ses gros sabots pour assurer plans de refinancement et plans de relance face à la dépression. C’est celle-ci qui a conduit, en catastrophe, les politiques, libéraux de doctrine ou fraîchement convertis, à changer de pied devant les foules éberluées.

« A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ». C’est par centaines de milliards de dollars ou d’euros que s’énoncent les plans destinés à sauver les banques de la faillite. Les pays anglo-saxons ne reculent pas devant les nationalisations. D’autres, de tradition moins libérale, comme la France, se bornent paradoxalement à prêter à leurs banques à des taux presque usuraires pour qu’elles continuent de financer l’économie à des taux bien inférieurs. Comprenne qui pourra : La plus grande de nos banques par exemple qui continue de déclarer des bénéfices, s’endette à grands frais auprès de l’Etat et rachète dans le même temps des activités bancaires dans les pays voisins. Dans tout cela flotte comme un air d’improvisation. Les doctrinaires du désendettement public viennent maintenant expliquer qu’il y a « la bonne dette » à côté de la mauvaise, et que l’explosion des déficits n’est en fait qu’une illusion d’optique. Après les plans de refinancement viennent les plans de relance, dont l’effet paraît nul, tant le bruit sourd d’un effondrement continu monte des profondeurs de l’économie : deux millions et demi d’emplois supprimés aux Etats-Unis en quelques mois. Un million de chômeurs supplémentaires en Espagne en moins d’un an. En un trimestre, les ventes et la production d’automobiles plongent presque partout de 40 %.

Une chose cependant devrait frapper les esprits : si leurs effets ne sont pas encore visibles, les plans de relance ont été annoncés partout par les autorités nationales, à l’instar des Etats-Unis. En Europe, c’est le Président en exercice de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy, qui a pris l’initiative de lancer son plan à travers une instance qui ne s’était jamais encore réunie, le G4, c’est-à-dire les quatre principales économies européennes, puis le G16, instance tout aussi improvisée puisqu’elle consistait à faire entrer la Grande-Bretagne dans l’Eurogroupe. Il en a résulté deux choses : un montage qui juxtaposait les plans nationaux et qu’approuva in fine l’Union à vingt-sept, et enfin l’initiative d’un G20 imposée à un G.W. Bush finissant. Il est vrai qu’une relance coordonnée répondait à l’intérêt bien compris des Etats-Unis. Dans cette affaire, non seulement Nicolas Sarkozy, mais aussi Gordon Brown et l’Administration américaine elle-même, ont donné l’exemple d’une réactivité inattendue de la part de dirigeants présumés libéraux. C’est en tout cas dans le cadre national que des décisions d’une ampleur jamais vue depuis des décennies ont été prises. L’Union à vingt-sept et le G20 n’ont été que de vastes mises en scène. De bout en bout, les décisions ont été nationales, y compris dans l’Allemagne de Mme Merkel, au départ la plus réticente à agir dans un cadre européen ou même tout simplement multilatéral. Les décisions ont été nationales pour une raison toute simple : la nation reste le seul cadre démocratique où des gouvernants appuyés sur l’opinion publique et sur le Parlement ont la légitimité pour agir avec force à l’échelle requise. La Commission européenne a disparu dans un trou de souris. Le FMI fait des communiqués. Les textes européens ont été « suspendus ». Le retour du politique s’est donc fait dans un cadre national. Seuls jusqu’alors des responsables politiques portés sur la théorie, c’est-à-dire isolés, avaient osé soutenir que les marchés financiers n’étaient pas l’horizon de l’humanité mais que les peuples et les nations restaient les permanences de l’Histoire. Depuis près de trois décennies, la « doxa » libérale avait réussi à diaboliser l’intervention de l’Etat dans l’économie et à ringardiser l’idée même d’une politique industrielle. Mais dans l’immense désarroi qui s’est emparé des esprits après la chute des géants de la finance de Wall Street, on s’est tourné d’emblée et comme instinctivement, vers les pouvoirs qui trouvaient leur source dans le vouloir-vivre des nations. Celles-ci qu’on avait démonisées comme l’origine des pires fléaux, retrouvaient leurs couleurs. Certes il ne s’agit pas d’un retour au nationalisme, perversion de l’idée de nation, mais simplement de la réaffirmation du rôle démocratique des nations qui, au début du XXIe siècle, partagent d’ailleurs les mêmes valeurs et les mêmes principes.

Le retour à la nation a des raisons plus prosaïques : C’est qu’il allait falloir payer. On se tournait vers le citoyen. On se tournait aussi vers le contribuable. Seul l’Etat en effet pouvait offrir une garantie pour les prêteurs. Lui seul paraissait assez armé pour tirer des traites sur l’avenir.

Mais quel avenir ? Arrivés à ce point, les thuriféraires du libéralisme hésitent. Leur voix tremble. Ils veulent se rassurer. Il ne saurait, bien évidemment, à leurs yeux, n’être question que d’ouvrir une « parenthèse interventionniste » comme il y eut pour d’autres, jadis, en 1983, une « parenthèse libérale ». Ils se refusent encore à réglementer, à prendre des participations publiques au capital des entreprises, à fixer des plafonds aux rémunérations. Ils préfèrent s’en remettre aux codes de bonne conduite qu’on laisse aux patrons le soin d’élaborer. La faiblesse de cette position commence à apparaître.

Car on devine que la crise sera longue et profonde. Immenses sont les problèmes qui restent irrésolus : réglementation des hedge funds et des banques en général, prohibition des paradis fiscaux, politique des revenus, parités monétaires, programmes publics et politiques industrielles capables de soutenir une relance enfin efficace, etc.

Le retour du politique prendra du temps, lui aussi. Il s’avance à tâtons et ne sait encore la forme qu’il prendra. Une chose est sûre : il faudra inventer ou réinventer l’Etat, développer les capacités d’anticipation, de prévision et de programmation, articuler le renouveau du civisme à de nouvelles formes de patriotisme, trouver des formes de coordinations encore inédites à l’échelle internationale, penser une Europe à géométrie variable, des institutions économiques et monétaires mondiales, associant aux vieux pays riches les puissances émergentes, sans oublier – espérons-le – les pays qui n’émergent pas.

Surtout il faudra donner forme humaine au retour du politique : recréer l’espoir en pensant le monde avec trente ans d’avance. Déjà on devine que d’immenses investissements sont nécessaires pour préparer l’après-pétrole, limiter l’émission de gaz à effet de serre, nourrir l’humanité, économiser les biens rares : eau, air, sols, et que l’idée de service public garde toute sa force pour faire de la santé, de l’éducation, de la culture et de la recherche les vraies priorités du développement humain. Ces priorités, pourtant incontestables, ne s’imposeront pas d’elles-mêmes. Pour dépasser les concurrences et les tensions inévitables et préparer un monde réellement meilleur, on ne fera pas l’impasse des luttes et de la conscience, bref de ce qu’on appelle « la politique ».

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Voir le sommaire de la revue de l'ENA, dont le dossier est "Le monde face à la crise".

mercredi 25 mars 2009

La politique étrangère de la France, après sa réintégration dans l'OTAN

Projet d'intervention en séance du sénateur Chevènement lors du débat relatif à la déclaration du Gouvernement sur la politique étrangère de la France, mercredi 25 mars 2009 (seul le prononcé fait foi).
(L'intervention de Jean-Pierre Chevènement commence à 118min et 50 secondes et finit à 128min et 35 secondes)

Le Président de la République a justifié sa décision de réintégrer les structures militaires de l’OTAN par l’évolution du contexte stratégique depuis 1966.

A l’époque, le général de Gaulle craignait que la doctrine américaine de la « riposte graduée » fît de la France un champ de bataille alors même que ses intérêts directs n’auraient pas été directement engagés. Mais il craignait aussi que nous ne fussions entraînés dans des guerres qui ne seraient pas les nôtres, ainsi la guerre du Vietnam qu’il fustigea à la même époque dans son discours de Phnom-Penh. Cette éventualité n’a rien perdu de son actualité. Le risque de nouvelles guerres s’est déjà concrétisé, notamment en Irak, et nul ne sait ce qu’il en sera demain, au Proche Orient, en Iran, au Pakistan, dans le Caucase ou en Asie de l’Est.

Le Président de la République a évoqué, en reprenant les analyses du livre blanc sur la Défense, l’apparition de « nouvelles menaces » liées à la mondialisation, « facteur d’instabilité et incertitude stratégique ». Concept flou surtout qui ne décrit aucune logique claire mais énonce seulement la multiplicité des phénomènes contradictoires qui caractérisent la scène internationale contemporaine. Cette analyse néglige les Etats et l’évolution de la géographie de la puissance. La crise actuelle – crise financière et économique mais aussi enlisement militaire américain en Irak et en Afghanistan – manifeste que les Etats-Unis ne sont plus en mesure de dominer seuls le reste de la planète et peut-être même de le dominer du tout. La montée de pays milliardaires en hommes, comme la Chine et l’Inde, mais aussi le retour de la Russie et plus généralement d’anciennes nations ou le surgissement de puissances émergentes, structurera le paysage stratégique beaucoup plus que le concept-valise de « mondialisation ».

A l’orée de ces temps nouveaux, le Président de la République, par occidentalo-centrisme, met d’emblée la France dans le sillage des Etats-Unis. En soulignant notre appartenance non pas à la famille humaine, mais à la « famille occidentale », il sape en fait – sans peut-être le mesurer – l’émergence potentielle, dans le monde multipolaire de demain, d’un pôle proprement européen en nous confondant dans l’OTAN. Celle-ci ne remplacera jamais l’ONU où nous siégeons comme membres permanents du Conseil de Sécurité aux côtés de la Chine et de la Russie. Votre décision est un contresens géopolitique !

Que nous demandent en fait les Américains, à nous Européens ? C’est d’être leurs auxiliaires dans la tâche qu’ils s’assignent de refondation de leur leadership. Laissez-moi vous citer M. Brzezinski, ancien conseiller spécial du Président Carter et toujours influent dans les milieux Démocrates :

« Tout en arguant qu’ils ne sont pas en mesure d’intervenir militairement, les Européens insistent pour prendre part aux décisions … Même si les Etats-Unis demeurent la première puissance mondiale, nous avons besoin d’une alliance forte avec l’Europe pour optimiser notre influence respective » … et il ajoute « L’Europe peut faire beaucoup plus sans déployer d’efforts surhumains et sans acquérir une autonomie telle qu’elle mette en danger ses liens avec l’Amérique » (1).

On ne peut être plus clair : l’OTAN est un moyen de solliciter davantage la contribution militaire des Européens à des opérations dont chacun sait très bien qu’elles se décident d’abord à Washington, tout en empêchant que l’Europe se dote d’une défense autonome. Or celle-ci est la condition d’une politique étrangère indépendante.

La décision du Président de la République de faire réintégrer par la France les Etats-majors de l’OTAN obéit donc à une logique américaine : celle d’un partage accru du fardeau mais nullement des décisions, au sein d’une alliance qu’ils dominent absolument.

Personne ne nous a demandé de réintégrer l’OTAN ni les Etats-Unis ni nos alliés européens. Cette décision du Président de la République a été prise sans débat préalable : à l’Assemblée Nationale le gouvernement a pris sa majorité en otage en utilisant l’article 49-1 de la Constitution. Au Sénat il n’y a eu ni débat ni vote. S’il y avait eu un véritable débat au Parlement et dans le pays, la réponse aurait été tout autre.

Vous prétendez que la France restera indépendante au sein de l’OTAN mais vous méconnaissez le poids des entraînements et celui des symboles.

Sept cents officiers dans les états-majors de l’OTAN, cela crée un tropisme dans nos armées qu’on déshabitue ainsi de penser national. L’argument selon lequel l’Allemagne ou la Turquie, dans une certaine mesure, ont pu, en 2003, se tenir à l’écart de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine ne tient pas. Ce refus de participer est un fusil à un coup. Quand on est intégré, assis en permanence à la même table, on ne peut dire « non ! » tout le temps. Le Président de la République laisse à penser que la France en envoyant des officiers généraux dans les Etats-majors, et pas seulement des soldats sur le terrain, pourra peser sur les décisions. C’est un sophisme : chacun sait bien que les vraies décisions ne se prennent pas dans les états-majors de l’OTAN mais à la Maison Blanche. Nous serons mieux informés, dites-vous. Mais de quoi ? De décisions élaborées en dehors de nous !

Vous méconnaissez enfin et surtout le poids des symboles. Depuis 1966, la France avait maintenu une distance vis-à-vis de l’OTAN qui la faisait regarder comme un pays non-aligné, bref indépendant. C’est à cela que vous allez mettre fin. Vous protestez en déclarant qu’il ne s’agit que d’une impression. Mais en politique internationale, l’impression est tout.

Le Président de la République a justifié la réintégration complète de la structure militaire de l’OTAN par l’argument de la défense européenne. En nous faisant « plus blanc que blanc », nous dissiperions les suspicions qui auraient freiné les avancées de ladite défense européenne. C’est là une vue bien naïve des choses :

Il n’y a pas de défense européenne parce que les Etats-Unis ne le souhaitent pas, parce que les Britanniques s’opposent à la mise sur pied d’une structure d’Etat-major significative qui permettrait la planification et la mise en œuvre d’opérations proprement européennes, et enfin parce que les autres pays européens ne sont pas prêts à faire l’effort de se défendre par eux-mêmes. Et là est le risque pour la France aussi, dont l’effort de défense – 1,6 % du PIB – n’a jamais été historiquement aussi faible : en dehors de l’indépendance nationale la justification de l’effort à la longue disparaît. A long terme l’intégration à l’OTAN affaiblira l’esprit de défense.

Certes, il convient de saluer les nouvelles orientations du Président Obama, quant aux relations qu’il convient de tisser entre les Etats-Unis d’une part, la Russie, la Chine, et même l’Iran d’autre part. Mais il ne faut pas oublier que le Président élu entend bien refonder un nouveau « leadership américain » et ouvrir la voie, je le cite, à un « nouveau siècle américain ». Ne confondons pas le moment Obama et l’extrême difficulté des transitions inévitables. Qui peut dire que dans la crise profonde qui frappe l’économie mondiale, la guerre demain – en Iran ou ailleurs - ne sera pas, encore une fois, aux yeux de dirigeants aux abois, le moyen de forcer le destin ?

Votre décision de réintégration complète de l’OTAN accroît le risque que la France se laisse entraîner demain dans des guerres qui, selon l’expression du général de Gaulle, « ne seraient pas les siennes ».

Alors que nous nous apprêtons à fermer une base militaire en Afrique Centrale, traditionnelle zone d’influence française, mais aussi réservoir de richesses qui suscitent toutes les convoitises, nous ouvrons une nouvelle base à Abu Dhabi, dans le Golfe, région où notre autonomie stratégique est nulle.

Avec la Chine, grande puissance du XXIe siècle que le général de Gaulle avait reconnue le premier, en 1964, une brouille – espérons-le passagère et due peut-être à des impairs ou à des susceptibilités excessives – vient obscurcir notre relation. Mais qui peut croire que cette brouille n’illustre pas aussi notre changement de posture vis-à-vis des Etats-Unis ?

Je n’observe pas par ailleurs que les Etats-Unis aient renoncé à faire entrer un jour dans l’OTAN l’Ukraine et la Géorgie. Ce jour-là, notre partenariat stratégique avec la Russie deviendra rhétorique.

L’indépendance nationale ne se définit pas contre les Etats-Unis. On peut être indépendant et d’autant mieux allié des Etats-Unis. Je souhaite ainsi que nous venions à l’aide du Président Obama dans un puissant effort de relance coordonné à l’échelle mondiale. Mais dans le monde multipolaire de demain, il y a place pour une France indépendante qui donnerait une voix à l’Europe et contribuerait à l’existence – OTAN ou pas – d’un « pôle européen » capable de peser sur la scène du monde. Votre décision rendra cet objectif beaucoup plus difficilement accessible.

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1/ L’Amérique face au monde, Editions Pearson, novembre 2008.

L'intervention sera disponible sur le site de Public Sénat en format vidéo

dimanche 22 mars 2009

Elections européennes : la position du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen

Résolution adoptée par le Conseil National du Mouvement Républicain et Citoyen, dimanche 22 mars 2009.
Elections européennes : la position du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen
La gauche, toute la gauche, a aujourd’hui la responsabilité historique d’apporter une réponse à la crise sans précédent qui frappe et frappera demain encore plus fort, crise historique du capitalisme, résultant elle-même d’une déréglementation généralisée engagée sous l’impulsion des Etats-Unis et dont l’Europe libérale a été depuis vingt-cinq ans le relais.

Le Mouvement Républicain et Citoyen a recherché loyalement un accord avec l’ensemble des forces de gauche pour redresser la construction européenne sur une base de projets, répondant aux besoins et aux aspirations des peuples à partir des nations, cadres premiers de la démocratie, d’une puissance publique réhabilitée, adossée à une citoyenneté relevée, dans la perspective d’un monde multipolaire régi par le Droit.

Le Parti socialiste s’est montré d’abord préoccupé de surmonter ses propres divisions intérieures. Quant aux organisations politiques regroupées au sein du « Front de gauche », elles n’ont pas voulu d’un accord acceptable par le Mouvement Républicain et Citoyen.

Le Conseil National réuni le 22 mars au Kremlin Bicêtre a constaté que les négociations engagées avec ces organisations achoppent sur une divergence de fond quant à la manière de redresser la construction européenne.

Leur rejet de la souveraineté nationale et particulièrement d’un amendement MRC indiquant qu’« on ne fera pas l’Europe sans et à plus forte raison contre les nations qui sont le lieu privilégié de l’expression démocratique et de la solidarité » est révélateur. Les organisations du « Front de Gauche » partagent en fait, à travers des expressions comme « souveraineté européenne », « assemblée constituante européenne », les mêmes postulats illusoires que ceux qui ont conduit les sociaux-libéraux à accepter, au nom de la supranationalité, la prise en otage de la construction européenne par le capitalisme financier mondialisé.

Faire croire à notre peuple qu’on peut redresser la ligne sociale-libérale sur la base de postulats illusoires procéderait d’une démagogie trompeuse à laquelle nous nous refusons. La République ne peut se dissoudre dans le mouvementisme.

Une alliance électorale sans principe ni débouché stratégique ne correspondrait pas à notre conception de l’action politique. Le MRC constate que la gauche aujourd’hui n’offre malheureusement pas de débouché politique à la crise et à la protestation sociale : le PS n’a pas rompu avec sa ligne sociale-libérale, comme l’a montré la ratification du traité de Lisbonne par la majorité de ses parlementaires. Le « Front de gauche » n’offre pas de perspective sérieuse de redressement. Le NPA ne veut pas venir au pouvoir.

Dans ces conditions le MRC développera sa propre ligne républicaine. Il publiera son propre texte d’orientation dans les prochains jours. Il préparera les échéances qui viennent et plus particulièrement celles de 2012 qui seules permettront de relever la France et la République et de réorienter vraiment la construction européenne.

jeudi 15 janvier 2009

Gaza : l'exigence d'une parole juste et libre

Intervention de Jean-Pierre Chevènement lors du débat sur la situation au Proche-Orient, le 14 janvier 2009 au Sénat.
Gaza : l'exigence d'une parole juste et libre
Le sens de l'urgence que vous appliquez à une trêve des combats à Gaza est sans doute bienvenu, mais il risque d'occulter les responsabilités de longue durée à l'origine du conflit. La lucidité dont vous vous prévalez est, en ce sens, à courte vue. Le Hamas, dont les positions sont ce qu'elles sont et qu'il n'est pas besoin de partager, a tout de même gagné les élections de 2006 au Conseil législatif palestinien, élections démocratiques et internationalement contrôlées. Il n'a pas été tenu compte du verdict des urnes, même pour tenter de responsabiliser le Hamas. Récusé par Israël et la communauté internationale, il n'est pas considéré autrement que comme une organisation terroriste. Les experts considèrent pourtant que ses positions peuvent évoluer et n'ont pas le caractère caricatural que leur attribue la presse. Le programme électoral et les déclarations politiques de M. Haniyeh, qui fut un temps Premier ministre, en témoignent. Vous-même ne voulez pas de contact direct avec le Hamas, sinon par le canal d'autres États. Ce n'est pas courageux. On ne peut attendre que l'adversaire se conforme à vos vues pour négocier. Vous appliquez, en somme, le boycott voulu par Israël et les États-Unis.

Mais l'absence de contact n'est pas seule en cause. La victoire du Hamas n'est pas arrivée comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Elle est le fruit d'un long pourrissement. La conférence de Madrid, en 1992, a soustrait le problème israélo-palestinien à la compétence de l'ONU. Le processus d'Oslo, de même. Il n'a plus été question, depuis seize ans, d'aucune conférence internationale sous l'égide du Conseil de sécurité.

Le processus d'Oslo a été conçu comme un processus progressif, étiré sur de longues années et plus encore au fil du temps, après l'assassinat d'Itzhak Rabin puis la victoire de M. Netanyahu, en 1996, suivis par la médiation trop tardive, en fin de mandat, du président Clinton, entre l'été 2000 et le début de 2001.
Après l'éclatement de la deuxième Intifada, le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a été diabolisé. Son successeur, Mahmoud Abbas, pourtant animé d'intentions pacifiques, a été décrédibilisé par la poursuite de la colonisation israélienne en Cisjordanie, où les implantations ont été multipliées par trois ou quatre depuis les accords d'Oslo. La conférence d'Annapolis a été un échec, la mission du Quartet une farce.

Gaza : l'exigence d'une parole juste et libre
Tout s'est passé comme si manquait la volonté d'appliquer les accords dans l'esprit de la résolution de l'ONU, qui prévoit la création d'un État palestinien viable. Je ne dis pas que certains n'étaient pas sincères, mais tous ne l'étaient pas.

Naturellement, l'envoi de missiles, même rustiques, sur Israël, constitue une agression susceptible de frapper des innocents et une violation du droit international. Mais le blocus de Gaza, comme le refus d'Israël d'appliquer l'accord de cessez-le-feu, est parfaitement illégal. Et que dire de l'offensive lancée sur un million et demi de réfugiés regroupés sur 362 kilomètres carrés, pas plus de la moitié du territoire de Belfort ? Elle a fait plus de 1 000 morts et pas moins de 4 000 blessés.

Le Président de la République a bien fait, dans l'immédiat, de rechercher une trêve par le canal de l'Égypte pour sécuriser la frontière. Mais la France doit voir plus loin et garder sa parole libre et franche pour créer les conditions d'une réconciliation entre les Palestiniens, préalable à une négociation loyale visant à créer un État palestinien viable.

Il appartient à la France d'exercer son influence pour amener le président Obama à inverser l'ordre des priorités qu'il a énoncées pour le Proche et le Moyen-Orient et qu'il mette en tête de son ordre du jour l'enclenchement d'une négociation palestino-israélienne plutôt que le renforcement des troupes de l'Otan en Afghanistan. Le problème de Gaza est, comme l'a dit le Président de la République, un problème mondial. Il faut faire tomber la pression dans l'ensemble du monde arabo-musulman. C'est ainsi qu'on asséchera le terreau du terrorisme et qu'on créera les conditions d'une normalisation avec l'Iran, d'un retrait pacifique des troupes américaines d'Irak et d'une solution politique du problème afghan.

Le problème palestino-israélien est devenu « la matrice des relations internationales », selon l'expression de Dominique Moïsi. Il faut le comprendre avant qu'il ne soit trop tard. La négociation avec l'ensemble des parties, c'est l'intérêt de tous les peuples, y compris d'Israël dont la sécurité à long terme est commandée par la normalisation de ses relations avec ses voisins. C'est l'intérêt de la paix et c'est l'intérêt de la France dont le projet d'Union pour la Méditerranée ne peut réussir qu'à cette condition.
Ce que nous attendons du gouvernement français ? Moins de faux-fuyants, moins d'expressions biaisées, une parole plus franche, une parole de justice. Vous avez déclaré la semaine dernière : « Le Hamas représente quelque chose dans le peuple palestinien. Il est donc indispensable que certains aient des contacts avec eux » Pourquoi pas nous ?

La liberté de parole et d'action de la France sera le plus sûr moyen de faire reculer la tentation d'importer sur notre sol le conflit du Proche-Orient et les haines fanatiques qu'il suscite. La République est une exigence dans l'ordre intérieur, mais aussi dans l'ordre extérieur. C'est l'exigence d'une parole juste et libre !

mercredi 31 décembre 2008

Les voeux de Jean-Pierre Chevènement pour l'année 2009

Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), contacté par l'AFP, a formulé deux voeux essentiels pour l'année 2009 :
Les voeux de Jean-Pierre Chevènement pour l'année 2009
En premier lieu, que l'Etat républicain reprenne toute sa place dans le pilotage à long terme de l'économie par la recréation d'un commissariat du plan et la nationalisation partielle ou totale des grandes banques.

En second lieu, que la France, plutôt que de renforcer son engagement militaire en Afghanistan, pèse sur le nouveau président américain Barack Obama pour qu'il accorde la priorité au règlement du problème israélo-palestinien.

mardi 23 décembre 2008

L'idée républicaine et l'idée de citoyenneté aujourd'hui

Canevas d’intervention de Jean-Pierre Chevènement pour le débat avec le Professeur Higuchi, le 19 décembre 2008 à la Maison franco-japonaise de Tokyo.
L'idée républicaine et l'idée de citoyenneté aujourd'hui
Introduction : Cinquante ans de Ve République

La Ve République a cinquante ans mais la République française en a 216. La Ve République a été fondée par le général de Gaulle en réaction aux errements et à l’instabilité du régime d’Assemblée qui avait conduit la IIIe République à sa perte et enlisé la IVe République dans le bourbier des guerres coloniales.

La Ve République « donne une tête à l’Etat », selon l’expression du général de Gaulle. Le pouvoir du Président de la République n’a cessé de s’y affirmer, notamment depuis l’élection de celui-ci au suffrage universel décidée par référendum en 1962. Depuis lors, tout montre que le peuple français n’entend pas renoncer à cette élection présidentielle au suffrage universel qui est devenue le moment charnière de la vie politique française.

Au fil des décennies, le fait majoritaire s’est imposé. Il existe aujourd’hui un bipartisme de fait. Ce fait majoritaire a relativisé la nécessité du parlementarisme rationalisé voulu au départ par Michel Debré mais la forme parlementaire du régime demeure, avec la responsabilité devant le Parlement du gouvernement dont le Chef est nommé par le Président de la République. La réforme institutionnelle de juillet 2008 préserve cette responsabilité du gouvernement et donc cette dyarchie du pouvoir exécutif mais elle a élargi sensiblement les pouvoirs du Parlement, tirant ainsi les conséquences des réformes de 2001 (quinquennat) et 2002 (inversion des échéances électorales).

Plus contestable est l’extension de la saisine, même indirecte, du Conseil Constitutionnel par tous les citoyens, sans parler bien entendu des limitations apportées à l’exercice de la souveraineté nationale par les traités européens et notamment par le traité de Maastricht et par le traité de Lisbonne, non encore ratifié.

L’évolution de la Ve République est ainsi ambivalente même si la réforme de juillet 2008 marque, du point de vue des pouvoirs du Parlement, une avancée peu contestable.


Souveraineté populaire, citoyenneté, école.

Dans la conception républicaine classique, héritée de la Révolution française, la souveraineté populaire repose sur les individus en tant que citoyens, « le peuple en corps » disent les juristes. Le citoyen n’est pas seulement l’individu jouissant de ses droits naturels et pourvu de sensibilité, de désirs divers et bien sûr de besoins, c’est un individu rationnel conscient de devoir de participer à l’élaboration de la volonté générale, c’est-à-dire de la loi, avec les droits et les devoirs qu’elle comporte. Le citoyen c’est une parcelle du « Souverain » (en d’autres termes le Peuple).

Cette « citoyenneté » s’apprend, et c’est la raison pour laquelle la tradition républicaine, de Condorcet à Jules Ferry, a toujours mis un accent particulier sur le rôle de l’Ecole. Non pas une école qui participerait à une sorte de « bourrage de crânes » et de conditionnement des esprits, mais bien au contraire une Ecole destinée à former le jugement critique du citoyen, bref sa « capacité à penser par lui-même ».

L’Ecole républicaine éduque à la liberté : elle est naturellement laïque car elle présuppose un espace commun à tous les citoyens en dehors des dogmes révélés : celui de la « raison naturelle », chose du monde la mieux partagée selon Descartes. L’Ecole républicaine porte par ailleurs des valeurs : égalité, fraternité nullement antinomiques avec la première de ses missions : l’éducation à la liberté c’est-à-dire à l’autonomie.

On fait souvent valoir aujourd’hui que cette école parce qu’elle était l’Ecole de la République a participé à l’exaltation du sentiment national. On confond me semble-t-il deux choses : le patriotisme républicain ouvert à l’universel et le nationalisme de repli. Il me semble que l’Ecole républicaine a toujours enseigné, quand elle l’a enseigné, le patriotisme républicain, socle du civisme, plutôt que le nationalisme. On pourrait même dire que de 1919 à 1940 elle était plutôt ouverte à l’influence du pacifisme. De façon générale cependant, l’école républicaine telle qu’elle avait été conçue par la Révolution et telle que l’a mise en œuvre la IIIe République dite souvent « République enseignante » a plutôt formé des citoyens, leur transmettant une éducation morale et civique respectueuse de la liberté de chacun et qui se voulait universelle.


I – « L’idée républicaine » et le concept de citoyenneté sont aujourd’hui battue en brèche dans le contexte de la globalisation financière.

1. L’individu avant d’être considéré comme un citoyen libre a d’abord été identifié par l’économie politique anglaise à un agent économique soi-disant rationnel : « l’homo oeconomicus » agissant sur le marché. La conception anglo-saxonne fondée sur la supériorité, en tous domaines, de l’économie de marché (Hayek – Friedman à notre époque) a inspiré les politiques de dérégulation mises en œuvre d’abord aux Etats-Unis dans les années soixante-dix, quatre-vingt du dernier siècle et généralisée plus ou moins au reste de la planète dans les années quatre-vingt-dix, deux mille. Le Président Reagan avait défini le programme dès 1980 : « L’Etat n’est pas la solution à nos problèmes. Il est le problème ».

2. La souveraineté populaire a été ainsi confisquée par la souveraineté des marchés et d’abord des marchés financiers. Historiquement il est intéressant d’observer que la « dérégulation financière » (libération des mouvements de capitaux, prééminence de la bourse, effacement du rôle des banques) a précédé la dérégulation commerciale (OMC 1994). Les marchés financiers sont devenus la force directrice de l’économie, provoquant une série de bulles spéculatives qui ont éclaté de 1996-97 à 2000, puis en 2007-2008.

3. La dépossession de la souveraineté populaire en Europe notamment s’est souvent camouflée derrière des instances technocratiques.
a) Par exemple les instances européennes : Commission, Banque Centrale, Cour de Justice de l’Union européenne, institutions entièrement déconnectées du suffrage universel avec un Parlement européen alibi car n’exprimant aucune « volonté générale ». L’Europe a ainsi évolué pour l’essentiel vers une zone de libre échange dérégulée.
b) On peut observer une évolution comparable à l’échelle mondiale :
- pratique des sommets restreints aux grands pays industrialisés (G5 puis G8) à partir des années 1970-80 jusqu’à aujourd’hui ;
- rôle du FMI dans les plans d’ajustement structurels appliqués aux pays en voie de développement dans les années quatre-vingt ;
- rôle de l’OMC qui remplace le GATT après 1994 dans le désarmement tarifaire et contingentaire.
c) L’Asie est sans doute un cas spécifique : le libre échange à l’extérieur n’a généralement pas eu son pendant dans l’ordre interne. La croissance est tirée par l’exportation. Le marché intérieur reste souvent protégé (c’est plus ou moins le cas du Japon hisoriquement, de la Corée, de l’ASEAN et maintenant de la Chine). Il faudrait discuter, me semble-t-il, de ce « capitalisme asiatique » dont l’ancien Premier ministre de Singapour, M. Lee Kuan Yew, s’était fait le théoricien.

4. La crise financière actuelle illustre les excès du capitalisme financier et met parallèlement en cause le rôle de l’Hyperpuissance américaine dans la genèse et la propagation de la crise.

Les déséquilibres économiques fondamentaux de l’économie américaine (déficits – endettement) nourrissent une fuite en avant dans la sophistication des produits financiers (« économie virtuelle ») aussi bien que dans l’aventurisme extérieur (contrôle des sources d’approvisionnement en pétrole – guerre d’Irak – conflits autour du pétrole et du gaz de la Caspienne - tracé des oléoducs dans le Caucase – tensions avec la Russie).

5. Dans ce contexte, la conception individualiste, républicaine ou encore « citoyenne » de la démocratie est affrontée :

a) Soit à un mouvement de décomposition interne théorisé en France par Marcel Gauchet : c’est la démocratie des droits revendiqués qui étouffe la démocratie « citoyenne » (la citoyenneté associant les droits et les devoirs). L’hyperindividualisme libéral met la citoyenneté active en vacances.

b) Soit au retour en force du « holisme » (du grec holos : tribu) c’est-à-dire des identités dites « naturelles » préconstituées : nationalismes ethniques ou nationalismes de grande puissance (Etats-Unis, Russie, Chine) opposés à la conception républicaine de la nation définie comme « communauté de citoyens », ouverte à l’universel.
Louis Dumont a jadis fondé une distinction entre les peuples traditionnellement dits « holistes » (Allemagne, Japon) et les peuples individualistes (France – Etats-Unis), l’Angleterre constituant sans doute une « synthèse » des deux. La France et les Etats-Unis ne sont d’ailleurs pas à l’abri de réactions nationalistes (le « Front National » en France – les néo conservateurs américains). Le retour du « holisme » peut aussi prendre la forme du « communautarisme soit ethnique soit religieux (intégrismes islamiste, juif ou chrétien : on le voit aux Etats-Unis avec la force du fondamentalisme chrétien).

c) Enfin il faut évoquer la crise de l’Ecole affrontée à la puissance manipulatrice des médias de masse et à la montée de la violence scolaire. Les fractures de la société font irruption dans l’Ecole. L’Ecole est remise en cause par les mouvements libertaires (contestation du « Savoir » et des valeurs de la connaissance et par conséquent de l’autorité des maîtres, autant que par la puissance de l’Argent (ségrégation scolaire) ; « L’effet télé » peut-il être compensé par « l’effet Internet » ? Plus que jamais le redressement de l’Ecole comme service public conditionne l’avenir de la démocratie. Il n’y a pas de République sans Ecole forte et assurée de ses valeurs.

Au total, la volonté populaire est aujourd’hui prise en otage : un nouveau conformisme s’est installé, fondé sur l’idée que les hommes, collectivement, ne peuvent pas changer le cours d’une Histoire qui les dépasse. Plus subtilement un prétendu « Cercle de la Raison » veut imposer un dogmatisme libéral étouffant.

Mais ce dogme est profondément remis en cause par la crise économique et financière actuelle. L’élection de Barak Obama a fait lever des espoirs qui, espérons-le, ne seront pas déçus. « Yes, we can », c’est un beau slogan pour une démocratie citoyenne active mais le nouveau Président devra tenir compte du fait que les Etats-Unis doivent aujourd’hui accepter la multipolarité du monde et qu’ils ne peuvent plus dominer seuls la planète, d’autant qu’ils vivent aujourd’hui très au-dessus de leurs moyens. Pourront-ils remettre en cause leur mode de vie dispendieux et revenir à un sain multilatéralisme ? Vis-à-vis de l’Europe, sur le terrain des rapports avec le Moyen-Orient et avec la Russie qui sont tous deux des sujets de contentieux ? Vis-à-vis de l’Asie aussi, et de la Chine en particulier, avec laquelle ils entretiennent un rapport ambigu d’alliance et de rivalité ?

Quelle place pour le Japon dans ce monde « multipolaire » ? Mais le mot « multipolarité » n’est-il pas lui-même déjà dépassé ? Le monde, fondamentalement, reste un monde de nations. Celles-ci doivent inventer des formes de coopération nouvelles, particulièrement au plan régional, mais tout en restant sous l’égide de l’ONU qui doit symboliser l’universalité du droit.


III – Vers une nouvelle donne (un nouveau « New Deal »)

A) Le monde a profondément changé depuis la fin de la guerre froide.

1. Le déclin de l’Europe et du Japon mais aussi des Etats-Unis.
2. la montée des pays émergents et le retour de la Russie.
3. La crise du monde musulman.
4. Le Sud délaissé (Afrique, Asie profonde, pays andins).

B) Les axes possibles d’une stratégie destinée à surmonter la crise.

1. Dans l’immédiat une relance coordonnée à l’échelle mondiale est nécessaire. Les Etats-Unis ne peuvent pas relancer « en solitaire », comme en 2002-2003, sauf à détériorer encore plus leurs « fondamentaux » et à aller vers une nouvelle crise plus profonde encore que l’actuelle. Les pays excédentaires du point de vue du commerce extérieur et de l’épargne (Chine-Japon-Allemagne) doivent participer à la relance économique mondiale. La garantie des Etats est nécessaire : le retour du politique clôt le cycle de la « globalisation financière ».

2. Il faut articuler la relance de l’économie avec la conception d’un nouveau modèle de développement répondant aux besoins de l’humanité et d’une société du XXIe siècle respectueuse des besoins sociaux et de l’environnement.

Il faut gérer deux transitions
a) celle de l’unipolarité dominée par les Etats-Unis à la multipolarité du monde voire à une certaine bipolarité avec le dépassement vers 2025-2030 des Etats-Unis par la Chine en termes de PNB)
b) deuxième transition : faire que le modèle de développement du Nord puisse évoluer pour devenir transposable au Sud. Trouver un équilibre entre les deux trajectoires économiques et sociales, du Nord qui doit préserver ses équilibres sociaux (problèmes de délocalisations d’activités) et du Sud qui doit trouver un modèle de développement harmonieux, en se fondant aussi sur les besoins de sa population.

3. Citons comme axes d’effort et d’investissement principaux :
a) la révolution énergétique (« l’après-pétrole »)
b) la lutte contre le réchauffement climatique et l’émission de gaz à effet de serre : tout cela implique d’énormes investissements ;
c) la préservation des biens rares de l’humanité (eau – air – sols - matières premières, etc.)
d) l’accent mis sur les valeurs d’égalité et sur les besoins sociaux fondamentaux :
- infrastructures dans les pays du Sud (agriculture, eau, hôpitaux, transports) – financées le cas échéant par l’émission de droits de tirage spéciaux (DTS émis par le FMI)
- Education – formation – recherche
- Protection sociale – conciliation entre l’activité professionnelle des femmes et leur épanouissement personnel et familial.

4. La reconstruction (ou la construction) d’Etats « républicains » est une tâche majeure des temps à venir :
- fonction d’anticipation, de programmation, de politique industrielle
- reprise en main du crédit par l’Etat
- la notion de service public couplée avec la valeur d’égalité a un grand avenir : il faut penser des Etats modernes avec des services publics performants et justes.

5. Cette période de transition (à plusieurs niveaux : géopolitique : entre les Etats-Unis et la Chine – économique et sociale : entre deux modèles de développement et pour l’accès aux matières premières) peut être la source de fortes tensions, voire de guerres :
- dans le monde musulman (conflits israélo-palestinien, Irak-Iran, Golfe, Afghanistan et Pakistan – Pakistan et Inde, Cachemire)
- en Europe (Balkans – Caucase)
- en Asie de l’Est (Taïwan – Corée).
La mobilisation pour la paix peut être un puissant vecteur de solidarité à l’échelle mondiale

6. La démocratie n’est pas un article d’exportation. Chaque peuple doit trouver son propre chemin, d’où l’importance du « dialogue des cultures ». Néanmoins il faut préserver l’idée de valeurs universelles et améliorer l’ordre juridique international existant : ne pas opposer l’ONU et les organisations régionales. Améliorer la légitimité de l’ONU par une réforme du Conseil de Sécurité.

L’idée « constitutionnaliste » et « l’idée républicaine » sont des valeurs d’avenir aussi dans le monde extraoccidental. Mais elles ne doivent pas prendre la forme hypocrite d’un impérialisme culturel. Chaque peuple doit trouver sa propre voie pour associer les droits de l’homme et du citoyen car la liberté nationale et la démocratie sont les deux faces d’une même médaille.

lundi 8 décembre 2008

A propos du budget de la mission Relation avec les collectivités territoriales

Intervention du sénateur Jean-Pierre Chevènement sur le budget de la mission relation avec les collectivités territoriales, vendredi 5 décembre 2008.
A propos du budget de la mission Relation avec les collectivités territoriales
Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, la mission « Relations avec les collectivités territoriales » ne concerne qu'un montant limité de crédits : 2,4 milliards d'euros, soit 4 % seulement des concours financiers que l'État apporte aux collectivités locales.

En 2007, M. Mercier avait proposé la suppression de cette mission ; vous n'avez pas suivi cette suggestion. Nous avons donc l'occasion de porter un regard d'ensemble sur la place que l'État accorde aux collectivités territoriales.

Nous constatons d'abord le souci d'associer les collectivités territoriales à l'effort de maîtrise des finances publiques, euphémisme pour évoquer la réduction de leurs dotations. Ce souci est approuvé par la majorité, mais je m'interroge sur la logique de la politique mise en œuvre par le Gouvernement.

D'abord, il convient d'observer que la dette des collectivités locales, c'est de la bonne dette, celle qui finance les investissements, qu'il faut distinguer de la mauvaise dette, comme nous l'avons indiqué lors du débat sur la dette publique. M. Sarkozy, en annonçant hier son plan de relance, à Douai, a sans le savoir – comme M. Jourdain faisait de la prose – théorisé le concept de bonne dette.

Son plan de relance de 26 milliards d'euros va essentiellement gonfler la trésorerie des entreprises. Je ne suis pas persuadé que cela aura un effet très rapide sur l'activité économique. Pour plus des deux tiers, ce plan abondera la trésorerie des collectivités locales puisque l'État leur remboursera par anticipation 5 milliards d'euros sur le FCTVA. Cela devrait permettre de réaliser 2,5 milliards d'euros d'investissements.

Ce dispositif est très curieux. En effet, le Fonds de compensation de la TVA est inclus dans l'enveloppe normée. Sa vive croissance – 12,8 % – va donc venir en déduction des dotations que l'État affecte aux collectivités locales. Il donne d'une main ce qu'il reprend de l'autre ! Pourtant, « donner et retenir ne vaut » dit le proverbe !

Le débat, très compliqué, porte sur la nature même du FCTVA : est-ce une dotation ou simplement un remboursement ? M. Woerth, ministre des comptes publics, a fini par rendre les armes. Il a reconnu, ici même, au Sénat, qu'il s'agissait en fait du remboursement d'une dette. Dès lors, les choses sont claires : le FCTVA ne devrait pas être intégré dans l'enveloppe normée.

Le Gouvernement prévoit de rembourser par anticipation 5 milliards d'euros sur le FCTVA au mois de janvier dans l'espoir que les collectivités locales vont investir. Rien n'est moins sûr ! Compte tenu de la conjoncture, elles peuvent préférer se désendetter. L'effet n'est donc nullement garanti.

Si le Gouvernement avait voulu accélérer le rythme des investissements des collectivités locales, il aurait pu augmenter, ne fût-ce que légèrement, le taux de remboursement sur les investissements réalisés en 2009 et 2010. Au lieu de cela, il prétend rembourser par anticipation ce qu'il devra payer de toute façon.

Certes, vous avez prévu une convention entre le préfet et la collectivité pour conditionner cette aide à l'investissement réalisé en 2009, mais il n'est que trop prévisible que ce système favorisera les effets d'aubaine : les collectivités effectueront en 2009 les investissements qu'elles ont de toute façon prévu de réaliser.

Le choix du FCTVA comme levier de la relance est donc très contestable. C'est le serpent qui se mord la queue, madame le ministre.

L'augmentation des remboursements dus au titre du FCTVA va donc réduire le montant des dotations d'ajustement, notamment la DCTP perçue par les villes anciennement industrialisées, qui sont souvent parmi les plus pauvres.

Par un jeu d'amendements, le Sénat a obtenu qu'une déduction s'opère à hauteur de 100 millions d'euros. Il n'y a pas de petits profits ! Au terme de la construction de cette usine à gaz, les dotations d'ajustement, qui devaient initialement baisser de 21 %, ne devraient donc plus diminuer que de 14 %.

Certes, M. Marini fait valoir que l'inclusion du FCTVA dans l'enveloppe normée ne change rien au calcul des droits de chaque collectivité ayant réalisé un investissement donnant lieu à remboursement. C'est peut-être exact au niveau de chaque collectivité prise séparément, mais ce n'est pas vrai globalement ; il y aura un effet systémique : l'inclusion du FCTVA dans l'enveloppe normée découragera les collectivités d'investir puisque les remboursements de TVA viendront en déduction des dotations de fonctionnement.
Tout occupé qu'il est à freiner l'investissement des collectivités locales, politique préalablement annoncée et qui, au fond, sous-tend ce budget, le Gouvernement se prend les pieds dans le tapis en prétendant accélérer des remboursements qui viendront en déduction de ses concours.

M. Arthuis, président de la commission des finances, a indiqué que le FCTVA ne devait pas se transformer subrepticement en dotation. ; je ne peux qu'approuver ce propos. On ne peut pas vouloir une chose et son contraire, madame le ministre !

Ce projet de budget est essentiellement restrictif. Le projet de loi de finances inclut dans le périmètre de l'enveloppe normée, outre le FCTVA, diverses lignes nouvelles telles que la dotation de développement urbain, dédiée à cent communes particulièrement défavorisées, et le Fonds d'accompagnement des communes au titre des restructurations de Défense. Ce dernier est doté de 5 millions d'euros : une poignée de cacahuètes, madame le ministre ! Au surplus; ces nouvelles lignes budgétaires ne coûteront rien à l'État, puisqu'elles viendront en déduction de la DCTP.

Vous faites valoir comme un cadeau aux collectivités une augmentation de 2 % de la DGF et de l'enveloppe normée, avec une inflation qui, avez-vous décrété, sera de 1,5 %. Mais, en 2007, l'inflation était de 3,5 % ! Et maintenant, il n'y a plus de régularisation a posteriori, ce que je déplore profondément.
J'observe la stabilisation en valeur, voire la baisse, de nombreuses dotations : dotation générale de décentralisation, dotation spéciale instituteurs, dotation globale d'équipement des communes et des départements, dotation départementale d'équipement des collèges, dotation régionale d'équipement scolaire, dotation de développement rural, compensation de la part salaires de la taxe professionnelle, compensation des pertes de base d'imposition à la taxe professionnelle…

La baisse prévue pour les dotations d'ajustement est ramenée de 2 milliards d'euros à 1,5 milliard, paraît-il ; mais elle n'en jette pas moins une lumière crue sur le contenu essentiellement restrictif, je le répète, de ce budget.

L'effort de péréquation, que je salue – 70 millions d'euros au travers de la DSU, 50 millions d'euros au travers de la DDU –, viendra lui aussi en déduction de la dotation forfaitaire, qui constitue le minimum vital pour des milliers de petites communes.

Enfin, la réforme de la taxe professionnelle est inquiétante pour l'autonomie fiscale de nos communes, de nos intercommunalités et des départements ; il faudrait au demeurant veiller à ne pas priver les intercommunalités des concours financiers dont elles ont besoin, car elles constituent, je le crois, une réponse adéquate à la spécificité française que représente dans un pays européen l'existence de 36 600 communes.

Nous aurons d'autres occasions, madame le ministre, d'évoquer l'architecture territoriale du pays, le « millefeuille », comme on l'appelle, et j'ai quelques idées sur le sujet.

J'aimerais que vous nous annonciez, comme tout à l'heure le ministre des affaires étrangères à un autre propos, que cette grande question fera l'objet d'un débat de fond : elle exige que vous recherchiez le consensus, qui implique forcément une discussion large, approfondie, dont l'examen de ce fascicule budgétaire ne nous donne pas la possibilité. Quand donc, madame le ministre, y serez-vous disposée ?

samedi 6 décembre 2008

Le MRC : une ligne claire face à la crise

300 personnes ont assisté à la réunion publique organisée par le MRC jeudi 4 décembre avec Jacques Sapir, Jean-Luc Gréau, Marie-Noëlle Lienemann, Ernst Hillebrand, Benoît Hamon et Jean-Pierre Chevènement.
Le MRC : une ligne claire face à la crise

Une administration territoriale de l’Etat déséquilibrée

Intervention du sénateur Jean-Pierre Chevènement sur la réforme de l'administration territoriale de l’Etat, vendredi 5 décembre 2008.
Une administration territoriale de l’Etat déséquilibrée
Madame le Ministre,
Je veux exprimer ma profonde préoccupation devant l’application de la RGPP à l’Administration territoriale de l’Etat.

Le programme « Administration territoriale de l’Etat » doté de 1 673 milliards d’euros dans le projet de budget 2009 voit ses crédits progresser de 1,2 % seulement. Les 733 suppressions d’ETPT (équivalents temps plein travaillé) pèsent essentiellement sur l’Administration préfectorale. Celle-ci va subir, en fonction d’une logique d’économie financière à courte vue, une profonde restructuration qui mettra gravement en cause le service public.

Vous parlez, Madame le Ministre, de « modernisation » et de « meilleur service rendu au citoyen ». Vous alléguez le raccourcissement des distances et la dématérialisation des procédures pour occulter un fait simple : vous vous orientez vers la suppression du département en tant qu’échelon déconcentré de plein droit de l’Etat, pour le remplacer par la Région. La RGPP c’est cela : la régionalisation de l’Etat et la sous-préfectoralisation de tous les départements dont la ville chef-lieu n’est pas capitale de région.
Et parallèlement, des voix autorisées se font entendre pour dire qu’il existe un niveau de trop parmi les collectivités décentralisées. La Commission Attali l’avait déjà identifié : ce serait là encore le département, mais cette fois-ci non plus comme échelon déconcentré de l’Etat mais en tant que collectivité.

Cette vision est purement technocratique car je ne vois pas en quoi les compétences de proximité du département, notamment en matière sociale, seraient mieux exercées au niveau de la capitale, souvent distante de plus de cent kilomètres !

Mais revenons, puisque c’est l’objet du débat, à la RGPP, appliquée à l’Administration territoriale de l’Etat :
C’est le Préfet de Région qui devient le vrai patron dans tous les départements : l’essentiel des services de l’Etat est regroupé au niveau de la Région en huit nouvelles directions :
- La DRFP (finances publiques)
- La DRAAF (alimentation, agriculture et forêts)
- La DRAC (culture)
- La DREAL (environnement, aménagement et logement)
- la DERECCTE (entreprises, concurrence, consommation, travail, emploi)
- la DRJSCS (jeunesse, sports, cohésion sociale) curieux regroupement
- le Rectorat d’Académie
- l’ARS (Agence régionale de santé)

Ne subsisteront plus dans les autres départements que des « unités territoriales » chargées des territoires, ou de la protection des populations et là où cela sera jugé utile, cohésion sociale. Lorsque l’expérimentation a été faite dans le Territoire de Belfort je puis vous dire que le regroupement des moyens de la DDE et de la DDA fusionnées en une direction unique la DDEA s’est traduite par une déperdition de compétences qui conduit les communes à se tourner de plus en plus vers les bureaux d’études privés souvent plus chers. Mais peut-être était-ce le but recherché ? Ajoutons aux deux unités territoriales de plein droit ce qui restera des Inspections académiques dont les compétences sont de plus en plus absorbées par les Rectorats, un pôle « finances publiques » et un pôle « sécurité ». Bref, une restructuration violente, une véritable cure d’amaigrissement pour les personnels départementaux de l’Etat dont chacun ici tient à saluer, malgré la faiblesse déjà insigne de leurs moyens, le professionnalisme et l’esprit de service public.

Sur toutes les affaires des départements, le Préfet de Région aura un pouvoir d’évocation. Et le Préfet de Région restera préfet de son département, si j’ai bien compris, ce qui ne facilitera pas en règle générale les arbitrages impartiaux, tant il est vrai que l’on décide souvent selon les critères du lieu où l’on habite.

Ici, dans les chefs lieux de région, on construira des cités administratives et là dans les préfectures périphériques et bientôt déclassées, l’Etat vendra ses immeubles et regroupera ses services. Curieuse conception de l’aménagement du territoire et curieuse façon de faire des économies en commençant par dépenser plus.

Avez-vous réfléchi, Madame le Ministre, à la marginalisation de ces départements périphériques qui sont quand même plus de soixante-dix ! A ces départements reculés, de friches et de montagnes où la présence de l’Etat était ressentie comme une protection contre l’oubli et le délaissement ?

Il sera loin le temps où l’on pouvait dire après Napoléon : « De la création des Préfets date le bonheur des Français ». Car disons-le, le Préfet joue dans son département un rôle d’influence et d’équilibre que la décentralisation a rendu encore plus nécessaire. C’est lui qui réunit, sur tel ou tel dossier brûlant, toutes les parties prenantes, lui qui écoute et qui sait faire entendre de sages conseils, lui qui arbitre en cas de désaccord, avec l’accord de tous, tant son prestige reste grand. A condition qu’on ne lui retire pas tous ses moyens et qu’on ne le transforme pas en simple boîte postale de la Préfecture de Région ! La logique d’économies a évidemment prévalu sur la notion de service public. Le Préfet aménageur disparaîtra. Il restera le préfet policier, ce qui dans ma bouche n’est pas une injure.

Voyons les choses en dynamique : il est évident que dans le contexte financier actuel, une logique budgétaire implacable déplacera insensiblement le curseur vers les chefs-lieux de Région : les directeurs régionaux aspireront vers eux les personnels et ne laisseront que de moins en moins de moyens dans les « unités territoriales » des départements périphériques voués à devenir coquilles vides. Comment alors pourront être résolus les conflits sociaux éclatant à l’autre bout de la Région ? Le détricotage du réseau des préfectures ne manquera pas d’influer négativement sur la cohésion sociale !

Et en même temps que s’opérera la sous-préfectoralisation des préfectures, on va naturellement supprimer des sous-préfectures. Des conseillers d’administration remplaceront les sous-préfets. On croira faire des économies en fermant et en vendant des immeubles sous-préfectoraux qui contribuaient à la disponibilité des sous-préfets et matérialisaient la présence de l’Etat dans tant de villes moyennes voire petites, qui se sentaient revalorisées par leur rang de sous-préfecture.

Et on centralisera parallèlement le contrôle de légalité vers les Préfets de chefs-lieux au risque de l’affaiblir grandement. Car les Préfets sont déjà incités pour ce qui concerne le contrôle de légalité à se consacrer à l’essentiel : la commande publique, l’environnement, l’urbanisme. Mais il n’y a pas que cela, Madame le Ministre, dans un Etat de droit et qui entend le rester ! Croyez-vous que dans certains départements que je ne veux pas nommer, il ne faut pas encore veiller à ce que certains décideurs publics n’en prennent pas trop à leur aise avec la loi ?

La vigilance voudrait, Madame le Ministre, qu’on ne détricote pas trop vite le réseau des préfectures et des sous-préfectures qui sont au contact du terrain et qu’on ne substitue pas un vague conseil à la procédure du contrôle de légalité. La France était et reste connue pour être un Etat de droit sérieux, où la corruption et les passe-droits sont moins répandus que dans d’autres pays malheureusement de plus en plus nombreux, y compris en Europe. Ce danger ne nous épargnera pas, si la vigilance de l’Etat se relâche.

Les restructurations prévues par la RGPP dans l’Administration territoriale doivent s’effectuer en 2009 pour entrer en vigueur le 1er janvier 2010. Elle n’a rien d’irréversible contrairement à ce qu’a déclaré M. Woerth, ministre des Comptes en Conseil des ministres. Il n’est pas trop tard, Madame le Ministre, pour freiner le zèle de hauts-fonctionnaires qui ne raisonnent qu’en termes d’économies budgétaires au risque de perdre de vue le sens du service public et celui même de l’Etat. Il faut imaginer des garde-fous, des règles protectrices, ne pas tout régionaliser au prétexte de « mutualiser ».

Certes, il y a un travail excellent qui est fait par ailleurs dans votre ministère pour mener à bien la nécessaire réforme de l’Etat – je pense aux titres sécurisés, à l’informatisation des procédures, à la formation des personnels. Mais ne gâchez pas ce travail fécond par une réforme précipitée, inspirée par des considérations budgétaires à courte vue.

Je n’ai jamais douté de votre sens de l’Etat. Sincèrement, je crois qu’il a matière à s’appliquer pour qu’un œil politique, celui du ministère de l’Intérieur, ministère qui est par excellence celui de l’Etat, veille à ce que la présence de celui-ci sur tout le territoire nationale ne soit pas mise en cause par des décisions hâtives qu’on regretterait bien vite !

La politique étrangère de la France dans un monde multipolaire

Intervention du sénateur Jean-Pierre Chevènement sur le budget du Ministère des Affaires étrangères, vendredi 5 décembre 2008.
La politique étrangère de la France dans un monde multipolaire
L’examen des crédits de la mission « Action extérieure de l’Etat » est l’occasion de nous interroger sur la capacité de notre pays à exister en dehors de ses frontières, c’est-à-dire pour les autres, mais aussi pour lui-même, tant il est vrai qu’on ne peut séparer les affaires étrangères de la politique intérieure.

Etrangères, ces affaires le sont si peu qu’elles se répercutent souvent très vite sur les équilibres de la société française et sur nos choix politiques : crises au Moyen-Orient, crise financière, montée irréversible de la Chine au rang des très grandes puissances et qui fait déjà sentir son poids, élection américaine qui rebat les cartes en maints domaines, en Irak, mais aussi en Afghanistan où nous risquons d’être entraînés dans une guerre qu’on ne peut pas gagner. La multipolarité du monde est d’ores et déjà un fait. Encore peut-on se demander si elle n’est pas elle-même dépassée par un mouvement brownien de nations qui, à côté de pays continents, aspirent à s’affirmer, hier le Vietnam, aujourd’hui l’Iran, le Venezuela, la Bolivie, la Serbie, demain sans doute la Corée. Bref, le monde reste fait de nations et la France, puissance ancienne mais encore respectable, membre permanent du Conseil de Sécurité, disposant d’une capacité nucléaire dissuasive, tête de la francophonie, qui rassemble, à travers une langue partagée, de très nombreux peuples sur tous les continents, peut encore influer.

Parlons d’abord de votre budget puis de votre politique.

I – Votre budget.
Si votre budget est modeste, votre mission est importante. Si vous ne disposez que de 15 866 emplois, chacun sait que le personnel du Quai d’Orsay est de très grande qualité : son professionnalisme, sa motivation, son dévouement au service de la France, en font un corps d’élite et pour tout dire une des grandes institutions de la France. Vous avez hérité, Monsieur le Ministre, du deuxième réseau diplomatique du monde. C’est un grand atout pour l’influence et le rayonnement de notre pays. Mais que voyons-nous à travers ce projet de budget ?

1. A structures constantes, il baisse de 1,53%.

a) On vous colle sur le dos les pensions des enseignants à l’étranger - 120 millions d’euros – au risque d’étouffer l’AEFE (l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger).
b) La prise en charge passablement démagogique des frais de scolarité des enfants français – 20 millions de plus cette année mais 94 millions à terme – ne peut manquer d’avoir un effet d’éviction sur les enfants des élites du pays d’accueil ou de pays tiers. C’est un précieux moyen de rayonnement que nous gaspillons ainsi.
c) La croissance optique des crédits de votre ministère – 3,6 % - provient du « rebasage » toujours trop tardif - 41,2 millions cette année – destiné à financer les opérations de maintien de la paix de l’ONU comme l’opération Darfour dont le coût pour la France est chiffré à plus de 90 millions d’euros. Croyez-vous que des problèmes humanitaires puissent être traités essentiellement à travers le prisme militaire ? N’y a-t-il pas une approche politique, moins coûteuse, plus efficace et en définitive plus humaine ?
d) Les contributions de la France hors OMP aux institutions internationales - 405 millions d’euros en 2008 - représentent plus que le coût de nos ambassades – 160 millions d’euros – et de nos consulats - 97 millions d’euros.
e) Un mot, Monsieur le Ministre, sur la francophonie. Son centre de gravité sera de plus en plus en Afrique. N’ayons donc pas peur d’affirmer la nécessité y compris militaire de notre présence en Afrique pour aider à la construction de jeunes Etats. Sans la sécurité, il n’y a ni développement ni démocratie possible. Deuxième observation : l’avenir de la francophonie passe pour le multilinguisme. Il faut augmenter les moyens accordés au corps des interprètes et traducteurs non seulement à l’ONU mais dans toutes les organisations dont nous sommes membres. Une surcharge très légère sur les transactions internationales permettrait de sauver la diversité culturelle et linguistique du monde. Une cause qui vaut la peine d’être défendue !

2. Une contradiction manifeste frappe ainsi le budget de votre ministère. La France réduit ses moyens d’action propres. Elle augmente sa participation aux organisations multilatérales et aux opérations de maintien de la paix. Tout se passe comme si nous avions de plus en plus peur d’agir par nous-mêmes et comme si nous devions dissimuler notre action dans des interventions multilatérales où la France n’apparaît guère.

a) C’est dans ces conditions que votre ministère se voit appliquer, au nom de la révision générale des politiques publiques, un plan de rigueur d’une exceptionnelle sévérité.
Vous devez ainsi supprimer 700 équivalents temps plein de vos effectifs, soit 4 % : plus d’un départ à la retraite sur deux, alors que certains ministères ne sont taxés que de un sur trois. Ce sont des économies de bout de chandelle. Désormais on touche à l’os. Plus de la moitié des suppressions de postes concernera des personnels titulaires.
b) On n’améliorera pas l’image de la France en créant trois catégories d’ambassades. Cette différenciation qui heurtera la sensibilité des pays-hôtes qui se sentiront méprisés sera fortement préjudiciable à notre rayonnement.
c) Outre les restrictions infligées à l’AEFE, j’observe que les crédits consacrés à l’action culturelle baissent de 13 % dans le programme 185. Des fermetures successives sont intervenues, notamment en Allemagne, notre premier partenaire en Europe, alors que nos voisins multiplient les British Councils, les Goethe Instituts, ou les Instituts Cervantès. Tout se passe comme si la coopération culturelle servait de variable d’ajustement. Cessons ces fermetures. Soyons moins restrictifs à l’accueil d’étudiants étrangers dont l’effectif baisse pour la première fois en 2008.

3. Comment ne pas comparer à la modestie de nos moyens propres le poids des opérations extérieures (dites OPEX) dans le budget de la Défense ? Un surcoût de 850 millions d’euros en 2008, soit 20 % de vos crédits, et un coût réel d’ailleurs, bien supérieur ! Un mot encore sur le coût du Tribunal pénal international pour la Yougoslavie – plus de 300 millions d’euros pour plus de 1 000 emplois. Je laisse ces chiffres à votre réflexion et à celle du Sénat.

Vos crédits sont chichement mesurés. Parallèlement, la contribution de la France au budget de l’Union Européenne atteindra 17,4 milliards d’euros. En solde net, nous paierons 4 milliards d’euros au budget de l’Union Européenne ce qui fera de nous le deuxième contributeur net, un peu derrière l’Allemagne. Où est la cohérence de notre action extérieure ?


II – Venons-en à votre politique

Le XXIe siècle comporte pour la France un grave risque d’effacement, soit qu’elle se laisse absorber dans un Empire, soit qu’elle se fracture entre différents communautarismes. Ces deux dangers peuvent d’ailleurs aller de pair.

Au premier de ces dangers conspire l’idéologie « occidentaliste », théorisée par M. Balladur dans un livre intitulé « Pour une Union Occidentale » : il faudrait dans un Occident en perdition une véritable fusion euratlantique, bien entendu autour des Etats-Unis.

1. L’OTAN serait la colonne vertébrale de ces futurs Etats-Unis d’Occident. Je ne crois pas que ce soit là ni l’intérêt ni la vocation de la France : le monde est pluriel au Sud comme au Nord et dans un monde de nations la France a encore un beau rôle à jouer. A quoi sert l’OTAN, Monsieur le Ministre, quand l’URSS a disparu, et dans un monde dont les équilibres se déplacent à grande vitesse vers l’Asie ? Dans deux décennies, le PIB de la Chine aura rejoint, si les tendances observées se poursuivaient, celui des Etats-Unis. S’agit-il de nous mettre à la remorque de leur diplomatie et de transformer l’OTAN en bras armé de l’Occident, sous la direction des Etats-Unis, comme on le voit au Kosovo ou en Afghanistan ?

L’Institut John Hopkins réfléchit, nous dit-on, à un « nouveau concept stratégique de l’OTAN ». Nous aimerions être associés à cette réflexion. S’agit-il de contenir la Russie ? Il est regrettable que le Président de la République ait approuvé le déploiement par l’OTAN de systèmes anti-missiles en Tchéquie et en Pologne. Le principe de l’adhésion à l’OTAN de l’Ukraine et de la Géorgie a été acté, même si sa concrétisation a été renvoyée à un avenir indéfini. Chacun voit le danger de se laisser entraîner dans les conflits du Caucase ou dans une nouvelle affaire de Crimée dont Sébastopol sera l’enjeu.

Le comportement politique irresponsable de certains leaders, comme on l’a vu en Géorgie, peut mettre en danger la sécurité collective. On nous dit qu’il y a des critères pour l’admission dans l’OTAN : sincérité des élections – indépendance de la justice – lutte contre la corruption, etc. Je crains qu’en réalité nous ayons mis le doigt dans un engrenage, même si la Géorgie et l’Ukraine n’ont pas été admises dans la procédure « MAP », préparatoire à l’admission.

Le Président de la République nous a expliqué que la réintégration de la France dans l’organisation militaire de l’OTAN était subordonnée dans son esprit à des progrès décisifs en matière de défense européenne. J’avoue ne pas voir ces avancées : on nous parle d’action maritime commune contre la piraterie sous l’autorité d’un amiral britannique. J’ose espérer que nous ne nous payons pas de mots.

La seule réalisation concrète significative serait la constitution permanente d’un Etat-major de forces, auquel s’oppose toujours la Grande-Bretagne, à ma connaissance. Le retour dans l’organisation militaire intégrée n’aurait pour la France que des inconvénients : il porterait un coup à l’originalité de notre posture de défense et de politique extérieure aux yeux des peuples du Sud et de puissances émergentes.

Une telle réintégration renforcerait encore la propension de certains de nos officiers généraux à s’évaluer à l’aune du regard américain plutôt qu’à l’aune de l’intérêt national.

En tout cas, le Parlement a un impérieux besoin de débattre de cette question et notamment du « nouveau concept stratégique de l’OTAN », avant toute décision, et avant même le Conseil de l’OTAN prévu à Strasbourg en avril prochain. Il ne serait pas admissible que celui-ci soit l’occasion d’une piteuse mise en scène du retour au bercail du fils prodigue.

2. Certes il y a eu des aspects positifs dans la diplomatie française récente :

a) Le succès du lancement de « l’Union pour la Méditerranée », obéré cependant par le fait qu’on n’a pas vu se constituer en 2008 un Etat palestinien viable, contrairement à des propos imprudents.
b) Il y a eu surtout le succès de la Présidence française de l’Union européenne :
- d’abord de la médiation russo-géorgienne qui préserve la possibilité d’un partenariat indispensable entre la Russie et l’Union européenne ;
- ensuite face à la crise financière, les initiatives pragmatiques du Président Sarkozy qui a su mettre en congé - mais pour combien de temps ? - les règles européennes qui eussent pu faire obstacle à une stratégie de consolidation bancaire et je l’espère aussi, de relance économique coordonnée à l’échelle européenne et mondiale.
c) Leçon de choses pour ouvrir les yeux des tenants d’une idéologie fédéraliste à l’échelle de l’Europe : on a assisté au grand retour non seulement de la puissance publique mais des Etats-nations parce que seuls ceux-ci ont la légitimité démocratique qui leur permet d’agir en cas de crise. Le Président Sarkozy a eu la sagesse de le comprendre et d’agir en pratiquant la géométrie variable en matière européenne. C’est par cercles concentriques progressifs : G4 puis Eurogroupe à quinze, auquel s’est joint la Grande-Bretagne, puis Union européenne à vingt-sept, qu’un cadre de cohérence a été dessiné, où se sont emboîtés des plans qui restent nationaux.

J’observe que le Président de la Commission européenne, M. Barroso, ressassant de vieilles patenôtres, voudrait faire valoir à nouveau des règles de concurrence opportunément suspendues alors qu’il faudrait faire prévaloir l’idée de politiques économiques et industrielles coordonnées sur les tables de la loi de la concurrence libre et non faussée.
d) Opportune également a été la décision de réunir, le 15 novembre, le G20 à Washington, même si l’application tarde et se heurte en Europe aux réticences de Madame Merkel dont on ne sait si c’est le dogme libéral ou une vision à courte vue de l’intérêt de l’Allemagne qui les inspirent. Je crois au contraire que le rôle de locomotive de la relance correspond à l’intérêt européen et par conséquent à l’intérêt national bien compris de l’Allemagne.

3. La France ne doit pas avoir peur de son ombre, y compris dans ses rapports avec le grand allié d’Outre Atlantique. Les retrouvailles avec M. Bush étaient peut-être un peu trop ostensibles, puisqu’aussi bien, nous allons devoir travailler avec M. Obama et son équipe. Les priorités de celui-ci ne sont pas forcément les nôtres. Comme l’a dit plaisamment Hubert Védrine, gardons-nous de croire que les Américains ont élu à la Maison Blanche un Européen de gauche.

L’un des premiers discours de M. Obama, à Chicago, évoquait « un nouveau leadership américain ». La vérité est que M. Obama devra réviser en baisse les objectifs de la politique extérieure américaine. Il aura aussi besoin de la coopération internationale pour relancer l’économie et instaurer aux Etats-Unis une société moins inégalitaire. L’équipe qu’a choisie M. Obama est composée d’hommes et de femmes réalistes. M. Obama a laissé entendre qu’il nouerait un rapport diplomatique avec Téhéran. Il faut résister à la tentation de frapper, donner du temps au temps et parier sur la société iranienne avide de modernité. L’Iran est la puissance dominante de la région depuis l’écrasement de l’Irak. C’est un fait.

Les Etats-Unis peuvent faire comprendre aux dirigeants iraniens que le véritable intérêt de leur pays n’est pas dans la prolifération nucléaire dans une région instable. Il serait intelligent de la part de la France de se placer dans la perspective de ce rapprochement irano-américain probable plutôt que de surenchérir sur un bellicisme à courte vue.

4. Concernant le Kosovo, quel intérêt y a-t-il à prolonger notre présence militaire dans un micro Etat non viable ? Il ne sert à rien de faire miroiter à une demi-douzaine d’Etats de l’ancienne Fédération yougoslave la perspective d’une adhésion à l’Union européenne sans leur avoir demandé de procéder à une intégration régionale préalable.

5. Un mot sur l’Afghanistan, M. le Ministre : le risque est grand de nous voir entraînés à participer toujours plus profondément à une guerre sans issue. La solution n’est pas à Kaboul mais à Islamabad où la jeune démocratie pakistanaise doit s’affranchir de la tutelle de son armée.

6. Enfin, une question sur la Chine : comment expliquez-vous la vivacité regrettable de la réaction chinoise aux propos du Président de la République sur une éventuelle rencontre avec le Dalaï Lama ?

Est-il bien heureux, M. le Ministre, qu’après avoir échoué à trouver une solution politique viable au conflit israélo-palestinien, ou aux conflits balkaniques, nous allions nous immiscer dans les conflits immémoriaux de l’Hindou-Kouch, du Caucase, des vallées himalayennes ? Il y a pour la France une manière raisonnable et honnête d’exister, loin de l’hubris de postures que nous ne pouvons pas soutenir dans la durée, mais tout simplement en nous tenant à la légalité internationale telle que la définit le Conseil de Sécurité dont nous sommes membre permanent.

7. Un mot encore sur la réforme du Conseil. Sachons ne pas augmenter le nombre de ses membres permanents au-delà de vingt et permettons que certains membres non permanents puissent être rééligibles au bout de deux ans. Cette simple « réformette » (il suffit de modifier un article de la Charte) permettrait l’inclusion dans le Conseil de quelques membres semi-permanents ou quasi permanents et consoliderait la légitimité déjà grande du Conseil de Sécurité.

Déjà au XVIe siècle Montaigne écrivait qu’il se sentait homme en général et Français par accident. J’aimerais vous convaincre, Monsieur le Ministre, qu’on peut s’écarter de cette inspiration et défendre les intérêts de la France sans trahir ceux de l’Humanité.

vendredi 5 décembre 2008

Enrayer le déclin de l'aménagement du territoire

Intervention du sénateur Jean-Pierre Chevènement sur la politique des territoires au Sénat, jeudi 4 décembre 2008.
Enrayer le déclin de l'aménagement du territoire
Monsieur le Ministre,

Vous travaillez dans un contexte difficile.
Si déjà il n’est pas facile de séparer la mission dite « politique des territoires », dotée de 386 millions d’euros en autorisations d’engagement et de 375 millions en crédits de paiement, du rôle de l’Etat en matière d’aménagement du territoire, évalué à 5,6 milliards d’euros vous subissez de plein fouet les conséquences des politiques restrictives que votre gouvernement met en œuvre : ainsi pour ce qui concerne l’Administration de l’Etat à travers la révision générale des politiques publiques (RGPP), en fait une régionalisation des administrations déconcentrées qui fragilisera et marginalisera les départements périphériques. Ainsi encore, la réduction des moyens accordés aux collectivités territoriales. Or, on ne dira jamais assez à quel point les élus se sont eux-mêmes, au fil des ans, transformés en stratèges de l’aménagement des territoires pour renforcer l’attractivité et la compétitivité de ceux-ci. Il faut vous appuyer sur eux, Monsieur le Ministre, et c’est le rôle irremplaçable des contrats de plan que de favoriser les synergies entre les différents niveaux de collectivités à partir de quelques grandes priorités nationales. On nous rebat les oreilles avec la nécessité de clarifier les compétences entre différents niveaux de collectivités. Mais c’est très difficile en matière de développement économique par exemple, et les contrats de plan sont le meilleur outil pour faire jouer harmonieusement les compétences dites « croisées » qui sont inévitables et assurer ainsi la coopération la plus efficace entre les différents niveaux de collectivités.

Sur la période 2007-2013, les contrats Etat-régions et autres collectivités représentent des engagements de 28,2 milliards d’euros. Les retards pris sur les contrats de la génération précédente 2000-2006 n’ont pas encore été comblés – je l’observe sur le terrain à Belfort pour les bâtiments de l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard. Je doute fortement que les crédits du FNADT, vu leur proportion modeste, permettent non seulement de combler ces retards qui sont autant de manquements à la parole de l’Etat que de tenir les engagements pris à hauteur de 12,7 milliards pour la période 2007-2013. Il faut mentionner aussi la baisse des fonds européens consacrés à l’aménagement du territoire – 5,6 milliards de crédits FEDER seulement sont prévus sur sept ans, de 2006 à 2013. Cette régression est le fruit de l’élargissement dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a pas été négocié avec toutes les conséquences qu’il comporte sur la délocalisation de nos activités, particulièrement dans le secteur de l’automobile.

Les moyens dont vous disposez en propre sont donc modestes même si les dépenses fiscales liées à divers types d’exonérations s’y ajoutent pour un montant non négligeable puisqu’il dépasse le montant des crédits de paiement. Toutefois, l’action de la Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires (DIACT) est, comme son nom l’indique, interministérielle par nature. Il vous appartient donc de réaliser au mieux les mises en synergie nécessaires pour aider à la mutation des territoires frappés par les réorganisations administratives et militaires, mais aussi par les effets de la crise économique, et je pense en particulier aux régions d’implantation de l’industrie automobile et de ses sous-traitants, comme c’est d’ailleurs le cas pour le bassin d’emploi de Montbéliard-Belfort où vous êtes venu récemment.

Dans le contexte de la globalisation financière, votre tâche apparaît digne de Sisyphe : notre pays subit en effet, depuis les années quatre-vingt-dix, la distension croissante des liens entre les entreprises et les territoires, du fait d’une ouverture sans limites aux mouvements de capitaux, résultant de l’Acte Unique européen d’abord, puis aux mouvements de marchandises, sous l’impulsion de l’OMC depuis 1994, réduisant de 14 % à 1% de 1992 à aujourd’hui le montant pondéré des droits de douane aux frontières de l’Union européenne. C’est la dictature des actionnaires et du profit financier qui s’est imposée aux entreprises et aux nations, réduisant bien souvent les managers et les hommes politiques au rang de spectateurs impuissants. Les entreprises françaises réalisent de plus en plus leurs chiffres d’affaires et leurs bénéfices à l’étranger. Un mouvement de délocalisation des activités productives vers les pays à bas salaires frappe notre pays. Dans ces conditions la croissance potentielle en France, comme d’ailleurs dans le reste de l’Europe, s’est réduite d’abord à 2 % puis à 1 %. La part de l’Europe à vingt-cinq dans le commerce mondial est aujourd’hui de 20 % contre 30 % en 1980, tandis que celle de la Chine a crû de 2,5 % à 14 %. Notre déficit commercial reflète cette perte d’attractivité.

L’avidité des actionnaires a aussi creusé les inégalités entre les entreprises elles-mêmes, au détriment des petites et dans les rémunérations, dont l’écart n’a jamais été aussi grand. La France populaire s’est réfugiée dans des zones périurbaines loin des centres-villes. Dans ce contexte de globalisation financière qui fracture la société française, il est bien difficile, Monsieur le Ministre, de mener à bien une politique d’aménagement du territoire rationnelle. L’erreur – mais elle vous est antérieure – consiste à substituer à la logique d’aménagement du territoire, à partir d’une vision d’ensemble que seul l’Etat peut assurer, une autre logique qui consiste à mettre en concurrence les territoires entre eux. C’est ce que symbolise, me semble-t-il, le passage de la DATAR à la DIACT. Ce sont les évolutions soi-disant « naturelles » du marché qui commandent. La Puissance publique n’intervient plus guère qu’à la marge, du fait même de l’insuffisance de ses moyens. Cette évolution se pare du masque du girondinisme pour mieux fustiger l’Etat jacobin, ce pelé, ce galeux d’où viendrait tout le mal Cette idéologie est pernicieuse. Les temps nous obligent au contraire à organiser, y compris en matière d’aménagement du territoire, le grand retour de l’Etat.


Je me bornerai à vous suggérer quelques pistes pour enrayer un déclin de l’aménagement du territoire qui n’était que trop prévisible.

Un mot sur la DIACT (l’ancienne DATAR) d’abord. Il est regrettable que les activités de prospective aient été progressivement délaissées. La qualité des hommes et des équipes n’est pas en cause. C’est un mal plus général qui a également conduit à l’abandon du Commissariat Général du Plan, pour un vague Centre de prospective et d’analyses soi-disant stratégiques.

En réalité, c’est toute l’Administration économique de l’Etat qu’il faudrait reconstruire pour faire face à la crise économique actuelle. Les Etats nationaux, parce qu’ils ont seuls la légitimité de la démocratie, ont été appelés au secours en catastrophe. On a juxtaposé dans une certaine improvisation les plans nationaux tant en ce qui concerne le sauvetage des banques que la relance économique. Les règles européennes en matière de concurrence ont été suspendues. L’erreur serait de croire que cette suppression pourrait n’être que temporaire. Le temps est venu de concevoir à nouveau des politiques industrielles et des politiques d’équipement. Pour prendre un exemple, la juxtaposition de soixante-et-onze pôles de compétitivité ne saurait remplacer un Ministère de l’Industrie qui seul peut disposer d’une vue d’ensemble, éviter doublons et gaspillages, et donner les impulsions nécessaires en matière de recherche finalisée.

Il lui faudra aussi guider les choix du Fonds d’investissement stratégique dévoilé par le Chef de l’Etat. Avec 6 milliards de fonds propres plus 14 milliards de ressources d’emprunts, ce fonds ne suffira pas à défendre nos entreprises dont la capitalisation boursière a diminué de moitié mais atteint encore, pour les entreprises du CAC 40, plus de 700 milliards d’euros. Les fonds souverains étrangers disposent de capacités financières infiniment plus grandes : plusieurs milliers de milliards de dollars.

C’est pourquoi il faudra aller beaucoup plus loin, Monsieur le Ministre, sur la voie de la réglementation des OPA voire de leur interdiction quand elles émanent d’entreprises non « opéables », comme c’était le cas pour le raid réussi de Mittal sur Arcelor. Car les entreprises ont une nationalité, celle de leur pays d’origine qui retentit sur l’emploi, la recherche et les choix d’implantation. Faut-il rappeler les conséquences du rachat de Pechiney par Alcan ? Celles d’Arcelor par Mittal ne sont que trop visibles. Dussè-je me faire taxer de patriotisme économique – quelle injure par les temps qui courent ! -, il est important de préserver la nationalité française de la plupart de nos entreprises en favorisant des pactes d’actionnaires stables.

L’Etat doit se doter des moyens durables d’une politique industrielle digne de ce nom. Assez de RGPP ! Il y a des équipes d’ingénieurs compétents à reconstituer au sein même du service public sur les décombres de l’ancien ministère de l’Industrie jadis mis à sac par M. Madelin et par ses successeurs.

Ce qui vaut pour le Ministère de l’Industrie vaut également pour l’aménagement du territoire.
Vous mettez l’accent à juste titre sur les réseaux numériques et sur les liaisons ferroviaires à grande vitesse. Ils constituent avec le bon niveau de formation de notre main d’œuvre, de puissants atouts pour la compétitivité de la France. Mais il y a encore trop de zones d’ombre en matière de téléphonie mobile en dehors des grands axes ou des grandes agglomérations. Il n’y a pas de mystère à cela : c’est l’effet de l’abandon du service public au bénéfice des concessionnaires privés. C’est un plan d’ensemble qui serait nécessaire pour la téléphonie mobile comme pour l’accès au réseau à haut débit. Et puis, n’oubliez pas le réseau des villes moyennes et des petites villes qui contribue tant au charme et par conséquent aussi à l’attractivité de notre pays.

Vos moyens directs sont limités, Monsieur le Ministre, mais indirectement vous pouvez susciter les initiatives et les ripostes nécessaires à travers les autres ministères ou les grands opérateurs ou encore les grandes entreprises que vous pouvez éclairer et guider. Bref vous pouvez exercer une magistrature d’influence. Le plan de relance que les Pouvoirs publics doivent annoncer et dont ils vont devoir décliner les modalités devrait constituer pour vous l’occasion de faire prendre en compte les exigences de l’aménagement du territoire, en matière d’infrastructures de transport notamment, je pense en particulier à l’achèvement de la branche Est du TGV Rhin-Rhône, par la réalisation du tronçon qui va de Petit Croix dans le Territoire de Belfort à Lutterbach près de Mulhouse, qui fera gagner vingt-cinq minutes sur le trajet Strasbourg-Lyon, ou encore par la remise en service de la liaison ferroviaire Belfort-Delle et au-delà, la Suisse et l’Italie. Il y a sans doute des dizaines d’autres opérations utiles, réalisables à bref délai, et dont on ne se repentira pas si on les mène à bien dans les prochaines années.

La France n’est plus au centre de l’Europe. Avec l’élargissement à l’Est, le centre de gravité de celle-ci s’est déplacé. Ce peut être une chance pour le Nord et l’Est de la France si cruellement éprouvés par la désindustrialisation et par les restructurations militaires. Cette partie de notre pays est naturellement proche de l’Europe Centrale et les décisions de localisation des entreprises dépendent souvent de la proximité des marchés. C’est un atout pour le Nord et l’Est vde la France.

Dernière piste, Monsieur le Ministre, si l’on veut enrayer les délocalisations d’activité, il suffit de rétablir aux frontière de l’Union européenne le tarif extérieur commun qu’avaient prévu les « Pères Fondateurs » de l’Europe. Cette mesure seule inciterait les investisseurs à ne pas abandonner la vieille Europe et à y investir à nouveau. Dans un monde où la concurrence est asymétrique en raison des écarts de salaires et de protection sociale et où le souci de l’environnement est si inégalement partagé, il ne serait que naturel de prévoir des taxes anti-dumping social et des écotaxes. Encore faut-il en avoir la volonté et je n’ai entendu aucune proposition en ce sens de la présidence française de l’Union européenne.

Je ne vous ai pas parlé de la Corse, Monsieur le Ministre, à l’avenir de laquelle je reste attaché. Il s’y réalise un important programme d’investissement public. Peut-être pourriez-vous nous éclairer sur les réalisations et l’avancement de ce programme ?

Au total, Monsieur le Ministre, j’ai encore une raison de m’opposer au programme « politique des territoires », une raison que vous partagez sans doute, c’est son insuffisante, très insuffisante dotation en 2009 et surtout dans les deux années qui suivront.

Et c’est plus généralement une conception de l’Etat qui vous manque car il ne suffit pas d’être réactif, comme sait l’être le Président de la République à l’occasion : il faut inscrire son action dans la perspective longue d’un retour de la Puissance publique.

Bref, la crise n’est pas une parenthèse. C’est la fin d’une époque dominée par les dogmes du « tout-marché » comme si le marché était la clé de l’intérêt général.

Etes-vous en mesure, Monsieur le Ministre, de réhabiliter le long terme qui seul peut éclairer une véritable politique d’aménagement du territoire ? Le gouvernement auquel vous appartenez ne vous en donne pas les moyens. En a-t-il d’ailleurs la volonté ?

jeudi 27 novembre 2008

Croissance, Budget, déficit, dette : Jean-Pierre Chevènement interpelle le gouvernement

Intervention de Jean-Pierre Chevènement sur la dette au Sénat, mercredi 26 novembre 2008.
Croissance, Budget, déficit, dette : Jean-Pierre Chevènement interpelle le gouvernement
Le gouvernement nous a fait une présentation quelque peu lénifiante du projet de loi de finances pour 2009. Selon M. Woerth, si le déficit budgétaire va dépasser le seuil de 3 % du PIB en 2009, il ne s’agit que d’une « évolution conjoncturelle », je le cite. Le gouvernement aurait simplement choisi de laisser jouer les « stabilisateurs automatiques » : en d’autres termes, il ne change rien aux dépenses en dehors des hypothèses révisées sur la charge d’intérêt et les dépenses indexées. Il prend acte par avance de la baisse anticipée des recettes (7 Milliards) et nous présente un déficit budgétaire à hauteur de 57,6 Milliards d’euros. Dans ces conditions, la dette publique qui atteignait 1.269,3 Milliards d’euros au 30 juin 2008 devrait dépasser 66% du PIB dès 2009. Le gouvernement prétend faire rapidement diminuer la dette pour la ramener à 61,8 % du PIB en 2012. Objectif parfaitement irréaliste !

En fait vous réussissez ce miracle, M. le Ministre, de nous présenter un budget déflationniste et laxiste à la fois. C’est le contraire d’un budget volontariste face à la crise. Un seul exemple : le gouvernement en affichant une haute priorité pour l’université et la recherche supprime 900 emplois dans l’enseignement supérieur !

Vous êtes pris à contrepied. Certes, vous renoncez à comprimer davantage les dépenses ou à recourir à des impôts nouveaux et de ce point de vue je ne saurais que vous approuver : il ne faut pas ajouter la crise à la crise.

Mais quelle frilosité, M. le Ministre, dans votre politique ! Certes M. Sarkozy a annoncé hier à Valenciennes un plan de relance dont on dit qu’il atteindrait 20 milliards d’euros, soit 1 % du PIB. Mais aux Etats-Unis, on parle de 5 à 700 milliards de dollars, soit 5 % du PIB, et M. Obama a annoncé vouloir créer 2,5 millions d’emplois nouveaux d’ici 2011. De même, M. Brown prévoit une relance budgétaire massive en Grande-Bretagne, avec la baisse de 2,5 points de la TVA et un déficit budgétaire qui pourrait atteindre 8 % du PIB. En réalité nous sommes prisonniers au sein de la zone euro, de la frilosité de Mme Merkel. Bien que l’Allemagne dispose d’une marge budgétaire conséquente, puisque son déficit budgétaire ne dépasse pas 0,5 % du PIB, le gouvernement fédéral refuse le rôle de locomotive européenne qui lui incomberait pourtant naturellement. La relance européenne sera insuffisante et elle ne contribuera pas à une stratégie de relance coordonnée à l’échelle mondiale, pourtant affirmée par le G20 à Washington le 15 novembre. Nous attendons donc du gouvernement et de la Présidence française de l’Union européenne beaucoup plus d’audace politique et stratégique.

En réalité, vous êtes victime de la campagne culpabilisatrice que vous avez vous-même orchestrée sur la base du rapport Pébereau sur la dette de 2006.

Puisqu’il est question de la dette, parlons-en : il n’est pas difficile de montrer que l’Etat a été depuis trente ans l’artisan de sa propre déshérence financière, pour reprendre l’expression de l’économiste Jean-Luc Gréau.

De 1974 à 1982 il a vécu sur l’illusion d’un retour rapide à la grande croissance des trente glorieuses. Puis, victime de sa propre politique de désinflation compétitive, il a accepté tout au long des années quatre-vingt, de payer des taux d’intérêt assassins. La dette publique qui était de 21 % en 1980 est passée à 32 % du PIB en 1991, mais le pire est venu quand après avoir signé les accords de Maastricht, le gouvernement français, s’étant rendu prisonnier d’une parité fixe avec le mark allemand pour préparer l’union économique et monétaire, a installé l’économie française dans la récession en 1993, puis dans la stagnation, creusant les déficits et faisant bondir l’endettement public à 58 % du PIB en 1998 : plus vingt-six points d’endettement supplémentaires en sept ans de 1991 à 1998. Enfin, pour les dix dernières années, nous nous sommes installés dans la facilité. Cette situation regrettable n’est devenue dramatique, que parce que vous l’avez dramatisée à souhait, à des fins politiques, pour faire accepter comme une nécessité la politique de rigueur budgétaire. La vérité est que la France n’est pas ruinée : sa position nette vis-à-vis de l’extérieur reste créditrice, même si elle est entamée par la succession des déficits commerciaux, indicateur au moins aussi préoccupant que celui de la dette publique.

Le Japon a une dette publique supérieure à 150 % de son PIB, mais il dispose des deuxièmes réserves de change du monde. A l’inverse, les Etats-Unis dont l’endettement conjugué des ménages et de l’Etat a gonflé la dette extérieure jusqu’à représenter dix-huit mois d’exportations, sont exposés à une crise de leurs paiements extérieurs et de leur monnaie, qui chacun le sait, est aussi la monnaie mondiale.
La France, quant à elle, n’est pas menacée de faillite par la taille de sa dette publique, comparable voire inférieure encore à celle de beaucoup de pays développés (Etats-Unis, Japon, Italie, Belgique). Ce qui la menace, c’est la perte de compétitivité du site de production national, notamment automobile, du fait de la surévaluation de l’euro, de l’atonie de la demande en Allemagne et en Italie, du processus continu de délocalisation au bénéfice des pays à bas coûts salariaux et de l’absence totale de protection du marché européen.

La dette publique n’est qu’un élément parmi d’autres. Les ménages français sont beaucoup moins endettés que les ménages américains : 60 % de leurs revenus contre 150% aux Etats-Unis, et même que les ménages britanniques ou espagnols. La dette doit être appréciée globalement, quels que soient les agents qui la portent.

Le grand atout de la France, c’est l’importance de son épargne, et particulièrement de l’épargne des ménages – près de 15 % de leurs revenus alors que l’épargne des ménages américains n’atteint que 0,6 % de ceux-ci. La dette française est soutenable. Elle est aux mains, pour plus de moitié, des résidents, et ceux-ci détiennent une partie de la dette publique étrangère. La France est un pays solvable. Le problème est de faire de notre remarquable capacité d’épargne un véritable levier de développement face à la crise.

Ainsi le problème de la dette doit être analysé dans la durée. En dehors d’une hypothèse de monétisation de la dette, chose concevable au Japon et même aux Etats-Unis, mais que la Banque Centrale européenne s’interdit, ou d’une hypothèse d’inflation qui diminue objectivement le montant de la dette en euros constants, la gestion de la dette publique doit essentiellement s’inscrire dans le meilleur « trend » de croissance possible pour l’économie française.

C’est à cela que doit tendre la politique du gouvernement. Partout dans le monde on assiste à un grand retour du politique et n’ayons pas peur du mot, à un grand retour de l’Etat. La vraie question est de savoir comment vous le concevez : soit comme un expédient provisoire, une parenthèse interventionniste qu’on ouvre à regret, avec l’intention de la refermer dès que possible, et c’est bien évidemment la perspective dans laquelle vous vous placez. Vous faites comme si les critères de Maastricht n’étaient que momentanément suspendus, et que les règles européennes, en matière de concurrence et de prohibition des aides d’Etat, devaient à nouveau s’appliquer demain avec toute leur rigueur aveugle. C’est sous-estimer beaucoup l’ampleur de la crise.

Il faudrait vous placer dans une tout autre perspective, beaucoup plus audacieuse, celle d’un Etat anticipateur et programmateur, attaché à transformer durablement l’abondante épargne liquide dont nous disposons pour favoriser en France même des investissements de long terme qui garantiront notre croissance ultérieure : famille, éducation, recherche, innovation, infrastructures énergétiques et de transports ferroviaires, logement social, économies d’énergie, hôpital public, voitures propres. Et il faudrait pour cela s’appuyer sur les collectivités locales auxquelles vous tenez la bride trop serrée.
Nos possibilités de croissance dans le long terme conditionnent la solvabilité future de la France. La dette publique est un problème intérieur dont je ne conteste pas qu’il faut le gérer avec sérieux. Ce qui est déterminant, c’est la balance extérieure de la France. Bref, il faut renverser l’ordre des facteurs et se préoccuper davantage des institutions publiques ou privées, Caisse des Dépôts ou autres institutions bancaires qui nous permettront de transformer utilement notre épargne dans l’intérêt national, notion trop souvent oubliée au profit de règles de gestion à courte vue.

C’est la protection et le développement du site de production France qui nous permettra de maîtriser à long terme le problème de la dette. Encore faut-il que le gouvernement prenne les moyens d’une politique ambitieuse, notamment vis-à-vis des banques, bref qu’il ne se contente pas de mesures palliatives mais inscrive ses choix dans une perspective où l’Etat n’aura pas peur de son ombre en Europe comme en France même. C’est évidemment une toute autre histoire. Encore faudrait-il avoir la volonté d’ouvrir cette page-là …

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Voir aussi les actes du colloques de la Fondation Res Publica, tenu le 24 avril 2006, Finances publiques et pérennité de l'Etat

mardi 21 octobre 2008

Quelle politique face à la mondialisation?

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au forum "Quelle alternative politique dans la mondialisation", organisé par le PS, le MRC, le PCF, le PRG et le Verts, mardi 21 octobre 2008.
Quelle politique face à la mondialisation?
Nous avons un devoir de lucidité. A moins de quatre ans de la prochaine élection présidentielle, la gauche française est-elle en état d’apporter une réponse convaincante au défi immense de la crise actuelle ? Maryse Dumas nous a demandé de créer la confiance. Mais les deux économistes nous ont alerté sur la profondeur de la crise. « Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté », jamais l’exhortation de Gramsci n’a été plus actuelle.

I – D’abord comprendre

La crise actuelle n’est pas seulement celle du capitalisme financier. Elle s’enracine dans de profonds déséquilibres économiques et géopolitiques.

A) Le capitalisme financier a pris le pas sur le capitalisme industriel à la faveur de la « globalisation » voulue par les Etats-Unis. La crise actuelle clôt un cycle entamé dans les années soixante-dix avec le flottement des monnaies et poursuivie, sous l’impulsion de Mme Thatcher et de M. Reagan, par une dérégulation progressivement généralisée de l’économie mondiale. De cette dérégulation, l’Europe libérale a été le relais à travers l’Acte Unique négocié en 1985 et ratifié en 1987, et le traité de Maastricht signé en décembre 1991.

Le capitalisme financier a peu à peu imposé sa loi, celle de « l’acquisition de valeur pour l’actionnaire », avec l’ouverture généralisée des marchés notamment ceux des capitaux (France 1990), les privatisations, la fin de toutes les protections (OMC), la mise en concurrence des territoires et des mains d’œuvre et son cortège de délocalisations. Des politiques d’abaissement du coût du travail, qu’a stigmatisées Maryse Dumas, en ont naturellement résulté. A la faveur d’une véritable dictature de l’actionnariat, l’habitude s’est prise d’exiger des taux de rentabilité mirobolants, évidemment impossibles à satisfaire à long terme.

Cette frénésie d’enrichissement sans cause s’est traduite par des « bulles financières » successives : 1997-98 (crises asiatiques et russe), 2000 (éclatement de la bulle technologique) 2007-2008, crise des subprimes, la plus grave de toutes car elle touche le système en son cœur. C’est la fin d’un cycle de trente ans.

B) Cette crise traduit non seulement les excès du capitalisme financier lui-même (la « titrisation ») mais des déséquilibres économiques et géopolitiques plus profonds.

• Déséquilibres économiques : fuite en avant dans l’endettement et les déficits aux Etats-Unis ; excédents et thésaurisation en Chine, au Japon, dans les pétromonarchies, mais aussi en Allemagne dont l’excédent commercial (200 Milliards d’euros) a ceci de particulier qu’il se fait à 75% sur ses voisins de l’Union européenne.
• Déséquilibres géopolitiques aussi : la « surextension » de l’Empire américain décrite par Paul Kennedy est devenue évidente : les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens et n’ont plus les moyens de dominer seuls le monde. L’enlisement au Moyen-Orient le démontre.

C) La récession risque d’être longue car ces déséquilibres ne se corrigent pas en un jour : épargne des ménages US (moins de 1 % de leurs revenus) – mode de vie américain dispendieux et énergétivore – le rétablissement des comptes par la réindustrialisation ne peut se faire que dans la durée.

Le rétablissement des équilibres de l’économie américaine n’est guère compatible avec le libre-échangisme déséquilibré qui prévaut aujourd’hui entre des pays de niveau économique et social hétérogène. Ce retour au protectionnisme peut être limité par un plan de relance coordonnée à l’échelle mondiale où les pays excédentaires : Chine-Japon. Allemagne, donc Europe, serviraient de « locomotives ». Mais l’instauration de protections est aussi inévitable que souhaitable aux Etats-Unis et en Europe pour des raisons sociales et environnementales.

Quant aux pays émergents il est probable qu’ils devront privilégier davantage le développement de leur marché intérieur et la prise en compte de leurs besoins sociaux. C’est un nouveau modèle de développement qu’il faut inventer, avec notamment le souci de limiter les émissions de gaz à effet de serre.

La lucidité s’applique aussi à l’action. Sachons nous défier des chimères et garder les yeux ouverts.


II – La réponse à la crise est et ne peut être qu’à la fois nationale et internationale. Elle remet en cause toutes les sacrosaintes règles du néolibéralisme.

A) La réponse est d’abord nationale.

• Les Etats-Unis ont donné le branle avec le Plan Paulson d’abord amendé par le Congrès puis par l’Administration américaine elle-même ;
• L’Europe a suivi par un enchaînement de décisions nationales progressivement coordonnées : G4, le 4 octobre, puis dans les jours suivants : Eurogroupe à quinze + Grande Bretagne ; Union européenne à 27.

C’est une Europe des cercles qui s’est mise en mouvement. Les modalités et l’ampleur de la réponse diffèrent d’un pays à l’autre pour des raisons diverses et souvent légitimes (RFA : système bancaire décentralisé).

Le fait national a ainsi éclaté en plein jour : Seuls les Etats nationaux ont la légitimité démocratique pour agir par gros temps.

Les « autorités » européennes sont condamnées à suivre ou à s’effacer : Commission – Banque Centrale européenne qui a dû baisser ses taux, contrairement à la volonté de M. Trichet exprimée quelques jours auparavant.

La désuétude des règles européennes inscrites dans les traités est justifiée au nom de « circonstances exceptionnelles » (Jouyet, 3 octobre, interview aux Echos) :
• Principe de la concurrence libre et non faussée (le principe que rappelait encore le protocole n° 6 du traité de Lisbonne) ;
• Prohibition des aides d’Etat.

Les critères de Maastricht en matière de dette et de déficit sont « explosés ». Bref, « nécessité fait loi ».

Une contradiction majeure apparaît ainsi entre le texte et la philosophie des traités telle que la Commission les interprétait et la nécessité urgente de l’intervention des Etats. Les idéologues du libéralisme et les dirigeants patronaux se dressent contre les remises en cause qu’ils observent ou plus encore, devinent à l’horizon.


B) Les décisions nationales doivent être et ont été jusqu’ici internationalement coordonnées.

Un nouveau Bretton Woods ?

Il est difficile de revenir à des parités stables sans corriger les déséquilibres économiques de fond.

Le contenu d’un nouveau Bretton Woods ne peut se borner à quelques corrections comptables ou prudentielles. La « régulation » doit aller beaucoup plus loin jusqu’à l’interdiction des paradis fiscaux. Surtout un nouveau Bretton Woods implique d’abord un plan de relance coordonné pour corriger les déséquilibres économiques fondamentaux. Ensuite, on pourra fixer des fourchettes aux parités monétaires si la volonté politique est au rendez-vous et réformer l’ensemble des institutions internationales.

C) Une nouvelle redistribution du pouvoir est inévitable.

Elle n’ira pas sans tensions :

1. La tentation d’une fuite en avant dans la guerre doit être conjurée (Iran, Pakistan, Russie, Chine).

2. Les Etats-Unis doivent redevenir la grande nation qu’ils sont : Ils n’ont plus les moyens d’une domination universelle, mais ils restent « la nation indispensable » que Mme Allbright évoquait, sans s’y être vraiment résignée, comme on l’a vu dans les Balkans en 1999.

3. Le monde multipolaire est déjà une réalité. Sachons l’organiser sur la base du droit, c’est-à-dire dans le cadre de l’ONU et d’institutions internationales rénovées, FMI, Banque Mondiale, OMC, OIT, Organisation mondiale de l’environnement, etc.

La France et l’Europe doivent y trouver leur place car il serait paradoxal que la France et l’Europe cessent d’être un pôle dans un monde devenu multipolaire. La France a un rôle particulier à jouer pour combattre l’idée d’un « choc des civilisations ».


III – La gauche a un très bel espace à occuper et une tâche historique à remplir

1. Pour renouer à la fois avec l’idée de progrès social et avec les couches populaires,

L’idée de service public n’a jamais été aussi moderne (hôpital public, logement, éducation, mais aussi eau et ressources rares, crédit car la recapitalisation des banques par l’Etat doit se traduire par des participations publiques au capital et par une politique de transformation de l’épargne au profit de l’investissement, avec un changement inévitable des équipes dirigeantes). Un nouveau modèle de développement est à construire : plusieurs révolutions technologiques sont devant nous. Sachons en prendre les moyens.

2. Mais la gauche ne pourra devenir hégémonique qu’à une condition impérative : qu’elle reprenne le drapeau du patriotisme républicain qu’elle a laissé échapper, qu’elle se réapproprie l’idée nationale (≠ nationalisme). C’est une gauche refondée sur une base républicaine qui peut à nouveau faire aimer la France à tous ceux qui l’habitent. C’est parce que nos élites ont abandonné le patriotisme, le drapeau et la Marseillaise à Le Pen, que la signification même des symboles nationaux s’est perdue et pas seulement chez les immigrés. Comment en effet faire aimer par d’autres un pays qui ne s’aime pas lui-même, qui laisse piétiner son Histoire et son identité par tous les communautarismes, par les contempteurs de l’idée nationale et par tous ceux qui voient dans la France un obstacle à leurs ambitions ? Oui, la gauche, pour être audible, doit se remettre à la hauteur de la France car l’Histoire de la France n’est pas finie. On peut être européen sans renvoyer la France aux oubliettes.

3. L’avenir, en effet, n’est pas à une Europe libérale et technocratique. Il n’est pas non plus à une Europe fédérale dont ni la Grande-Bretagne, ni les PECO, ni les pays nordiques ni même l’Allemagne ne veulent (je ne parle pas du peuple français auquel on ne demande plus son avis). Il est à une Europe des peuples, des nations donc des Etats (autant de gros mots), une Europe à géométrie variable et s’assumant comme telle.

Sans être fédéraliste, mais seulement euroréaliste, on peut souhaiter un gouvernement économique de la zone euro, pour le jour où l’Allemagne l’acceptera. Tel n’est pas le cas aujourd’hui, mais on peut toujours espérer. Cultivons le principe : « Autant d’Europe que possible, mais autant de France que nécessaire ».

Le problème de l’Europe c’est en grande partie le problème de l’Allemagne. Il faut aider celle-ci à penser l’intérêt européen en même temps que l’intérêt du monde du travail en Allemagne. Cela n’est sans doute possible en Allemagne que par le rapprochement entre le SPD et « Die Linke ». Une victoire ou même un redressement de la gauche en France dynamiserait ce processus.

4. Je voudrais terminer sur une idée simple.

La gauche doit créer un électrochoc, si elle veut devenir majoritaire dans le pays. Il n’y a aucune raison pour que nous ne nous retrouvions pas tous dans un même parti. Nos divergences sont réelles, mais elles n’empêchent nullement la coexistence dans une même organisation démocratique de sensibilités radicales au sens étymologique du terme, et de sensibilités plus gestionnaires. C’est même une condition d’une victoire électorale possible.

Les cartes sont sur la table. J’ai envie de dire « A vous de jouer ! » Le PS et le PCF tiendront leur Congrès en novembre et décembre prochains. J’espère qu’ils feront avancer à la fois l’idée d’une réorientation profonde, à la hauteur du défi immense qui est devant nous et l’idée d’une grande organisation de toute la gauche qui donnerait le signal d’un nouveau départ. Et puisque certains sont encore réticents devant l’idée d’un grand parti, bâtissons au moins sans tarder une Confédération qui serait chargée d’organiser en 2011 des primaires ouvertes à tous les militants et à tous les sympathisants pour désigner le candidat de la gauche à la présidentielle de 2012. Cela aurait de la gueule. Cela ferait se lever de grands débats et souffler sur le pays le vent du renouveau !

mercredi 8 octobre 2008

Un véritable débat national sur la crise financière

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat lors du débat sur la crise financière, 8 octobre 2008.
Devant une crise majeure, qui se répercutera immanquablement dans l’ordre international – paix ou guerre entre les nations – sur l’avenir de l’euro et dans la vie de dizaines de millions de Français et d’abord des plus démunis, l’appel à dépasser des clivages devenus secondaires n’est pas à rejeter a priori. Mais on n’a pas le droit de parler d’« union nationale » avant qu’un vrai débat national ait eu lieu, permettant d’aller aux racines de la crise et de dégager des propositions répondant à la fois à l’intérêt du pays et à la justice sociale. Ce bref débat parlementaire ne saurait être que la préfiguration du grand débat national souhaitable. Encore faut-il que le gouvernement et le Parlement définissent un cadre pour ce débat national.

I – Ne nous voilons pas la face : cette crise sera profonde et durable, à la mesure des déséquilibres qui se sont creusés : entre l’économie réelle et la sphère financière d’abord, mais aussi et surtout dans l’habitude qu’ont prise les Etats-Unis, au cœur d’une globalisation qu’ils ont impulsée, de vivre tellement au-dessus de leurs moyens, s’endettant à tout va (316 % du PIB), captant 80 % de l’épargne mondiale, avec un déséquilibre de leurs comptes extérieurs équivalant à 6 points de leur produit intérieur brut. On incrimine à juste titre les dérives du capitalisme financier et notamment la titrisation des prêts qui a déresponsabilisé les prêteurs. Mais ces dérives ont été encouragées ! Elles l’ont été par M. Alan Greenspan, ce grand magicien, hier encensé, et aujourd’hui découronné ! Tout simplement parce que pour sortir de la crise née en 2000 de l’éclatement de la bulle technologique et soutenir les choix dispendieux de l’Administration Bush, il n’a pas trouvé d’autre moyen que de créer une autre bulle, la bulle immobilière en favorisant l’endettement des ménages, le crédit hypothécaire et la titrisation. L’endettement des ménages ne touche certes pas que les Etats-Unis - la Grande-Bretagne et l’Espagne ont suivi leur exemple -, mais pour l’essentiel, la crise est américaine. Elle obéit à une logique qui est d’abord américaine. Notons que les partenaires des Etats-Unis, par suivisme, et les institutions internationales, par inféodation, se sont trouvés incapables d’enrayer cette dérive.

Il faudra du temps pour que les ménages américains se remettent à épargner et pour que les Etats-Unis rétablissent leurs comptes extérieurs et délaissent le rêve impossible d’un Empire universel, en acceptant d’être la grande nation qu’ils sont, dans un monde devenu irréversiblement multipolaire.

Cette crise n’est pas une simple crise psychologique, comme le dit M. Minc.


II - Cette crise clôt un cycle de trente ans qui avait commencé avec l’élection de Mme Thatcher et de M. Reagan et peut-être avant, avec le flottement des monnaies autour du dollar, consacré monnaie mondiale par les accords de la Jamaïque en 1976 : elle clôt le cycle de la finance globalisée, des marchés ouverts « à coup de barre à mine », la fin de toutes les protections avec l’OMC se substituant au GATT en 1994, le cycle des privatisations, la mise en concurrence des territoires et des main d’œuvre, avec son cortège des délocalisations, pour satisfaire aux exigences insatiables de « l’acquisition de valeur pour l’actionnaire », bref la dictature de l’actionnariat, au mépris des exigences du long terme et des entreprises elles-mêmes. Rappelez-vous le marché-roi dont le fonctionnement était censé assurer l’intérêt général, le principe de la concurrence libre et non faussée inscrit dans l’Acte Unique de 1987 et dans le traité de Maastricht de 1992 et repris dans le protocole n° 6 du traité de Lisbonne. Rappelez-vous la vigilance sourcilleuse de la Commission européenne vis-à-vis de toute intervention qui aurait pu fausser le libre jeu du marché !

C’était hier, mais cela paraît soudain dater d’il y a cent ans ! Francis Fukuyama décrétant la fin de l’Histoire et le triomphe définitif du libéralisme, c’était en 1992. Mais l’Histoire, pour le meilleur ou pour le pire, s’est remise en marche. Un débat surréaliste a surgi, il y a quelques jours, aux journées parlementaires de l’UMP, à propos des critères de Maastricht que M. Guaino proposait de relativiser. Les thuriféraires de l’orthodoxie maastrichtienne s’en sont donnés à cœur joie, comme s’il n’était pas évident que les dotations allouées aux banques, comme Dexia, les garanties données aux épargnants, les plans de soutien multipliés n’allaient pas, en dernier ressort, obérer le budget de l’Etat. Ces cris de vierges effarouchées ont été bien vite noyés par l’accélération des évènements. M. Jouyet, le 3 octobre, est obligé de reconnaître que l’Union européenne est revenue sur deux dogmes fondamentaux : l’un concernant les règles de la concurrence, l’autre les aides de l’Etat (les Echos, 3 octobre). Après que l’Allemagne eût rejeté l’idée d’un « plan Paulson à l’européenne », Mme Merkel impose le 4 octobre une simple « coordination de mesures nationales » sous le régime de l’urgence, c’est-à-dire en dehors des règles posées par la Commission. Le lendemain, 5 octobre, elle est la première - non ! la seconde après l’Irlande, qu’elle avait pourtant critiquée ! - à annoncer, sans prévenir, une garantie illimitée à tous les déposants allemands. La réalité de l’Union européenne éclate aux yeux mêmes de ceux qui ne veulent pas voir : c’est le chacun pour soi. Je ne m’en réjouis pas, bien qu’ayant toujours prédit que le fait national ne disparaîtrait pas.


III - La leçon est claire : il faut innover franchement et pour cela se délivrer des mythes, du politiquement correct, de parler faux libéral et pseudo européen. Autant d’Europe que possible oui, notamment par la création d’un gouvernement économique de la zone euro, mais autant de national que nécessaire ! Car nécessité fait loi : Mieux vaut l’Europe des Etats que pas d’Europe du tout. Il faut revenir à un interventionnisme qui redonne aux Etats, c’est-à-dire aux peuples, la possibilité d’encadrer et de réguler le marché, si possible de concert. Oui, il faut que les Etats reprennent leurs droits par rapport à des instances entièrement déconnectées du suffrage universel comme la Commission et la Banque Centrale européenne. Seuls les Etats ont la légitimité démocratique pour agir efficacement, mais ensemble de préférence, cela va de soi.

*

L’urgence impose d’agir dans quatre directions :

1. Il faut, bien sûr, empêcher les faillites bancaires en chaîne et pour cela privilégier les recapitalisations publiques et les conversions de dettes en actions plutôt que la reprise aléatoire, arbitraire et d’ailleurs insuffisante d’actifs toxiques, sur le modèle du Plan Paulson. Le contribuable, à défaut de rentrer dans ses frais, doit trouver des contreparties solides à l’effort qu’on lui demande. Toute garantie publique doit être gagée par des participations publiques. Puisque les contribuables seront contraints de payer, que les financiers soient expropriés ! Ce ne serait que justice que les banques qui remplissent en fait une véritable mission de service public et ont acquis le monopole de fait de la création monétaire, redeviennent, conformément au préambule de la Constitution de 1946, propriété de la collectivité. Et que les conséquences en soient tirées quant au choix des dirigeants et quant à la définition de nouvelles conditions d’octroi des crédits. La recréation d’un grand pôle financier public est d’ailleurs un élément de la solution comme outil d’un plan de relance ciblé.

2. La deuxième urgence en effet est d’enrayer la contraction massive du crédit aujourd’hui observable pour éviter l’approfondissement de la crise. La révision des normes comptables et l’aménagement des contraintes prudentielles ne suffisent pas. Sans doute serait-il souhaitable d’obtenir aussi de la Banque Centrale européenne une baisse des taux d’intérêt et l’allongement sur plusieurs jours de la durée des refinancements qu’elle procure. Mais il faut aller plus loin : il faut que l’Etat garantisse, comme l’a fait l’Allemagne, tous les dépôts, c’est-à-dire en vienne à une renationalisation au moins provisoire du crédit.

3. En troisième lieu, il faut concevoir rapidement un plan de relance économique :

- Orienter l’épargne vers l’économie réelle. Les Français ont une épargne abondante. Il faut la transformer au bénéfice de l’investissement productif.
- Au-delà du rachat de 30.000 logements en déshérence grâce aux excédents du Codevi, il ne faut pas hésiter à utiliser les excédents de collecte du livret A, au moins 12 Milliards d’euros, pour amplifier l’effort sur le logement.
- Aider par priorité les PME et les collectivités locales par des prêts bonifiés en utilisant les fonds d’épargne en gestion financière de la Caisse des Dépôts.
- Mettre en œuvre un programme d’aides aux industries en difficulté comme l’automobile pour favoriser la recherche sur les véhicules électriques et hybrides, la pile à combustible et l’économie de l’hydrogène, avec obligation de localisation ou de relocalisation.
- Aider la mutation énergétique à investir dans la sûreté nucléaire et les économies d’énergie.
- Bref remettre la politique industrielle à l’ordre du jour.
- Lancer un grand plan d’infrastructures ferroviaires : nouvelles lignes TGV et de fret ferroviaire, modernisation et fiabilisation du réseau.

Est-ce témoigner de trop d’audace que de préparer le lancement d’un grand emprunt d’Etat d’équipement de 30 Milliards d’euros ? Enfin, on ne devrait pas faire l’économie d’une relance concertée du pouvoir d’achat en Europe et au plan international. Cela aiderait d’ailleurs les Etats-Unis à rétablir leurs comptes.

4. Le quatrième axe d’une politique anticrise efficace consiste à agir internationalement :

- pour mettre un terme à la croissance incontrôlée de l’endettement et maîtriser, sous l’égide du FMI, les mouvements de capitaux spéculatifs ;
- pour rétablir les équilibres financiers mondiaux en stimulant la demande des pays excédentaires et aider ainsi au rétablissement d’un taux d’épargne positif aux Etats-Unis.

C’est seulement si ces conditions sont réunies qu’on pourra fixer des fourchettes à la fluctuation des parités monétaires.

Il faut donc frapper vite et fort sans faire l’économie du débat. Voilà le défi !

mercredi 24 septembre 2008

Chevènement ne voit pas «très bien la différence» entre les motions du PS

Dépêche AFP, mercredi 24 septembre 2008, 10h27.
Chevènement ne voit pas «très bien la différence» entre les motions du PS
Le président du Mouvement républicain et citoyen Jean-Pierre Chevènement a déclaré mercredi qu'il ne voyait "pas très bien la différence" entre les quatre grandes motions du PS pour le congrès de Reims, hormis celle de "Benoît Hamon et ses amis qui sont clairement anti-libéraux".

"Je ne vois pas très bien la différence entre eux, sauf peut-être chez Benoît Hamon et ses amis qui sont clairement anti-libéraux. Tous les autres pensent la même chose", a affirmé le nouveau sénateur de Belfort sur i-télé à propos des motions déposées mardi par Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Ségolène Royal.

"Le vrai problème c'est la désignation du candidat à la présidentielle" de 2012, a-t-il estimé en prônant l'organisation "de primaires ouvertes à toute la gauche, avec tous les militants, tous les sympathisants".

Selon M. Chevènement, il faut que "le Parti socialiste s'ouvre" et "cesse de s'enfermer dans ses querelles de chefs soutenus par des baronnies", d'être "un parti d'élus et d'affidés".

dimanche 21 septembre 2008

Territoire-de-Belfort: Jean-Pierre Chevènement, vainqueur, fait son retour

Dépêche AFP, 21 septembre 2008, 19h40.
Territoire-de-Belfort: Jean-Pierre Chevènement, vainqueur, fait son retour
Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a réussi dimanche d'assez belle manière son retour comme élu national en remportant les sénatoriales devant le socialiste Yves Ackermann.

Il prend le meilleur avec 149 voix contre 127 au candidat sortant socialiste, président du Conseil général du Territoire-de-Belfort qui était entré au Sénat le 8 septembre dernier suite au décès du sénateur Michel Dreyfus-Schmidt.

"A Yves Ackermann et au PS qui a échoué à me faire battre, comme il y était parvenu (ndlr: lors des élections législatives) en 2002 et 2007, je propose de tourner la page", a déclaré, grand seigneur, le patron du MRC.

Déçu, M. Ackermann a ironisé: "les électeurs belfortains ont confondu avec la journée du patrimoine et ont élu un monument historique".

Le candidat de l'UMP Robert Creel, conseiller régional, recueille 79 voix mais peut se féliciter d'avoir contraint la gauche à un second tour, inhabituel dans cette traditionnelle terre de gauche. "Je compte utiliser à bon escient la notoriété acquise pour la reconquête de la Franche-Comté aux régionales de 2010", a-t-il déclaré.

M. Chevènement a repris devant la presse sa proposition d'une confédération à gauche et l'organisation de primaires ouvertes pour la désignation du candidat de la gauche à la Présidence de la République".

A la Fédération départementale du PS et à M. Ackermann qui a refusé de se désister après le premier tour pour le candidat de gauche le mieux placé, il a proposé d'organiser un "forum de l'unité de la gauche".

L'ancien ministre qui a abandonné la mairie de Belfort après avoir échoué aux dernières législatives retrouve ainsi un mandat électif.

Outre sa défense des idées du MRC, il entend peser en tant que sénateur, poste qu'il briguait pour la première fois, sur de grands dossiers franc-comtois, comme le futur TGV Rhin-Rhône et le développement de l'université de technologie de Belfort.

M. Chevènement, 69 ans, énarque, ancien député, marié et père de deux enfants, a été ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin (1997-2000) et ministre à trois reprises sous la présidence de François Mitterrand: Recherche (1981-1983), Education (1984-1986) et Défense (1988-1991).

Il a démissionné trois fois de son poste pour protester en 1983 contre la gestion des entreprises nationalisées, en 1991 contre la guerre du Golfe et en 2000 contre la gestion du dossier corse.

En 2001, il avait abandonné la présidence du Mouvement des Citoyens (MDC) qu'il avait créé, pour se consacrer à sa campagne présidentielle.

Fin 1998 il avait abandonné pendant quatre mois son ministère en raison d'un grave accident d'anesthésie.

dimanche 7 septembre 2008

Chevènement et Lienemann appellent à un grand parti de gauche

Dépêche AFP, dimanche 7 septembre 2008, 14h39.
Chevènement et Lienemann appellent à un grand parti de gauche
Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC) et l'eurodéputée Marie-Noëlle Lienemann ont appelé à une refondation de la gauche dimanche lors de la deuxième université d'été du MRC, en réclamant un grand parti "solide" et "uni".

L'ancien ministre de l'Intérieur qui est en lice pour les sénatoriales du 21 septembre a estimé que "si la gauche n'est pas capable de concevoir un sursaut civique et démocratique salvateur, elle ne reviendra pas au pouvoir en 2012".

Selon lui, la gauche est frappée d'un "malaise intellectuel" responsable d'une absence de projet. Il considère que "la gauche a besoin d'un projet solide s'inscrivant dans une vision d'avenir" et de "s'affranchir du capitalisme financier".

M. Chevènement a appelé de ses voeux une fédération à gauche pour 2012 tout en se disant partisan de larges primaires.

Auparavant, Marie-Noëlle Lienemann a rappelé que "jamais la gauche n'est arrivée au pouvoir si elle n'était pas unie". "Il faut engager une nouvelle étape vers l'unité de la gauche vers une alliance globale", a-t-elle déclaré.

Henri Emmanuelli a fustigé de son côté le PS qui fait face à un "tabou total" en ce qui concerne la question du libre-échange.

Il s'est dit "ouvert" à un grand parti à condition d'une "représentation proportionnelle" des sensibilités.

L'université d'été du MRC, la deuxième depuis 2003 a réuni quelque 250 participants nationaux et une centaine de locaux et avait pour thème la mondialisation et la nation républicaine.

mercredi 3 septembre 2008

Mutation-sanction de Rossi: «dans la veine de la BD de Pétillon» (Chevènement)

Dépêche AFP, mercredi 3 septembre 2008, 16h03.
Mutation-sanction de Rossi: «dans la veine de la BD de Pétillon» (Chevènement)
Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a déclaré mercredi que la brutale mutation de Dominique Rossi, patron des forces de sécurité en Corse, "était tout à fait dans la veine de la bande dessinée de Pétillon".

Interrogé en marge du Comité de liaison de la gauche, l'ancien ministre de l'Intérieur a jugé que "la manière dont le ministère de l'Intérieur a réagi était tout à fait dans la veine de la bande dessinée de Pétillon", en allusion à "L'enquête corse" de René Pétillon, où le détective Jack Palmer se trouve aux prises avec les indépendantistes.

Dominique Rossi a été muté à l'IGPN après la brève occupation par des nationalistes de la propriété de l'acteur Christian Clavier, un proche de Nicolas Sarkozy.

"C'est évidemment une sanction injustifiée", a estimé M. Chevènement.

Mais le patron du MRC se dit "insurgé" par une autre affaire": "l'absence de réaction des pouvoirs publics à l'exigence des indépendantistes formulées lors des Journées d'été en juillet dernier que la BNP ne fasse plus de prêts aux non-résidents pour l'acquisition d'une maison".

"Même M. Clavier ne pourrait plus avoir un emprunt pour acquérir sa villa, mais il n'en avait peut être pas besoin!", a-t-il lancé.

Pour lui, "la BNP s'est couchée. L'Etat n'est pas intervenu, ni le préfet, ni le ministère des Finances, ni la commission bancaire. Il n'y a eu aucune réaction des pouvoirs publics par rapport à cette mesure anti-républicaine et le ressort même du système mafieux", a-t-il déploré.

dimanche 31 août 2008

Chevènement (MRC): «il est temps que le PS se reprenne»

Dépêche AFP, dimanche 31 août 2008, 17h17.
Chevènement (MRC): «il est temps que le PS se reprenne»
Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républician et citoyen (MRC), a exorté dimanche le PS à "se reprendre", estimant que lors de son université d'été à La Rochelle "il a donné le sentiment de se désintéresser des questions de fond".

"Le PS a donné le sentiment de se désintéresser des questions de fond, qu'il s'agisse de la crise économique mondiale ou des risques d'une nouvelle guerre froide sur notre continent", a déploré M. Chevènement dans un communiqué.

En outre, selon lui, "le débat sur l'Europe qui avait traversé le parti socialiste lui-même, a été refermé".

"Il est temps que le PS se reprenne pour refonder la gauche sur des bases républicaines et offrir au peuple français une alternative véritable au fondamentalisme de marché dont l'échec est partout visible", a-t-il conclu.

mardi 26 août 2008

Chevènement (MRC) pour une «redéfinition» des objectifs en Afghanistan

Dépêche AFP, mardi 26 août 2008, 15h24.
Chevènement (MRC) pour une «redéfinition» des objectifs en Afghanistan
Jean-Pierre Chevènement, président du MRC, a déclaré mardi à l'AFP qu'il fallait une "redéfinition beaucoup plus claire" du rôle et des objectifs que poursuit la communauté internationale en Afghanistan.

"Il faut une redéfinition beaucoup plus claire des objectifs et du rôle que la communauté internationale peut jouer pour aider l'Afghanistan à exister en tant que pays indépendant", a affirmé l'ancien ministre.

"Il est extrêmement important d'aider les Afghans à reconstruire leur Etat, et de borner le rôle des troupes françaises à un rôle d'instruction des forces afghanes", a jugé M. Chevènement.

Selon lui, "des concertations approfondies de la communauté internationale, qui n'exclueraient personne --ni la Chine, ni la Russie--, sont nécessaires" pour tenter de "stabiliser cette région".

"Avec l'invasion de l'Irak, les Etats-unis ont doublement pollué le dossier afghan", selon lui, "d'abord parce qu'il ont mis en Irak l'essentiel de leurs forces et puis, parce qu'en s'intéressant plus au pétrole qu'à la guerre contre la terreur, ils ont créé les conditions d'un conflit de civilisation".

"L'Afghanistan ne peut pas être isolé du contexte régional, alors qu'au Pakistan la situation se dégrade rapidement", a encore relevé l'ancien ministre.

dimanche 13 juillet 2008

Chevènement: réduction des armées pas «compatible» avec les engagements extérieurs

Dépêche AFP, dimanche 13 juillet 2008, 11h52.
Chevènement: réduction des armées pas «compatible» avec les engagements extérieurs
L'ancien ministre de la Défense Jean-Pierre Chevènement (MRC) juge, dans une interview au Journal du Dimanche, que la diminution prévue des effectifs militaires n'est "guère compatible" avec les engagements extérieurs de la France.

"La réduction annoncée de 54.000 postes pour une armée fortement +dégraissée+ n'est guère compatible avec les multiples engagements extérieurs de notre armée", déclare le président du Mouvement républicain et citoyen.

"On est loin de l'inspiration gaulliste de la défense", estime-t-il par ailleurs. "Un pays qui remet à d'autres - dans le cas qui nous occupe à l'organisation militaire intégrée de l'Otan - le soin de sa défense, abandonne la maîtrise de sa politique étrangère et de son destin", affirme-t-il.

"Je suis très préoccupé par l'abandon du consensus en matière de défense auquel en tant qu'ancien ministre de la Défense, je suis très attaché et auquel j'avais contribué à rallier le PS", relève-t-il.

mercredi 2 juillet 2008

Mieux que la social-démocratie : la République

Article de Jean-Pierre Chevènement, paru dans la revue "Hors les murs" des anciens élèves de l'ENA, mai 2008.
Mieux que la social-démocratie : la République
La social-démocratie en France n'a pas de réalité organisationnelle.

La République en France plonge ses racines dans l'événement fondateur de la Révolution française.

La relation à la République du mouvement ouvrier naissant au XIXe siècle n'a pas été simple. A deux reprises en effet – en 1848 et en 1871 – la République libérale a pris le visage de la répression. Ce divorce initial s'inscrira durablement dans le paysage institutionnel. La Charte d'Amiens, en 1902, proclamera l'apolitisme, ou en tout cas la réserve des syndicats par rapport aux partis. Dans le même temps, en 1905, l'unification socialiste se réalisera, au sein de la SFIO, sur une base idéologique précise : la synthèse opérée par Jaurès entre l'idée républicaine et la pensée marxiste.

Si Jaurès avait anticipé le rôle des réformes sociales pour combler le fossé entre la classe ouvrière et la République, il faudra attendre le Front Populaire puis la Libération pour réaliser la fusion du mouvement social et de l'idée républicaine. Et cette fusion procède moins de la lutte syndicale que d‘une victoire électorale d'abord, en 1936, et surtout du programme du Conseil National et la Résistance à la Libération. Politique d'abord, cette conception est celle de la République, non celle de la social-démocratie. Celle-ci, en France, n'a pas de réalité, au plan de l'organisation.

Social-démocratie et partage de la valeur ajoutée

L'hégémonie des idées social-démocrates devint manifeste en Europe, tout au long des trente glorieuses, c'est-à-dire dans une période où le rapport des forces à l'échelle mondiale favorisait les intérêts du monde du travail : victoire en 1945 du New-Deal mais aussi du communisme. Les partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe de l'Ouest surent monnayer efficacement la crainte du communisme et leur ralliement à l'atlantisme, en avantages sociaux sonnants et trébuchants au bénéfice du monde du travail. Si on entend par social-démocratie non pas une organisation liant les syndicats et un parti politique comme en Suède, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, mais un partage de la valeur ajoutée favorable aux salariés et au monde du travail, on peut dire que la IVe République aussi bien que le gaullisme et le pompidolisme furent sociaux-démocrates à leur manière.

Ce pacte se défit progressivement à partir du milieu des années 70 et jusqu'au début des années 90 avec le triomphe de la « globalisation : l'ouverture généralisée des marchés sous l'égide du néo-conservatisme libéral anglo-saxon et de l'Hyperpuissance américaine.

Dans ce contexte, le modèle républicain français va être mis à rude épreuve. Sommée par l'Europe de remettre en cause, au nom du principe de la « concurrence libre et non faussée », le compromis social né du programme du CNR, la France donnera toujours l'impression d'être en retard d'une guerre. Ce n'est pas le moindre paradoxe de la période de voir les socialistes au gouvernement présider, à partir de 1983, au grand renversement du partage entre les salaires et les profits. L'intérêt général et l'intérêt du monde du travail semblent diverger, même si la gauche essaie de limiter le creusement des inégalités par la progression de l'assistance sociale (RMI – CMU – APA, etc.).

Face à la mondialisation, la refondation républicaine de la gauche

Quel peut être le rôle de la gauche (on a vu que la social-démocratie, en France, n'existe pas) face à la mondialisation ? Et que reste-t-il du modèle républicain dans une Europe contrainte à s'ouvrir et à subir aussi bien la loi du moins disant social dans les pays à bas coûts salariaux, que l'hégémonie monétaire destructrice du dollar ?

Poser la question c'est y répondre : la République française a accepté par le traité de Lisbonne de ne pas remettre en cause des règles du jeu sociales, commerciales, monétaires, que pourtant le peuple français avait rejetées le 29 mai 2005. Elle est donc prisonnière, pour l'heure, d'un équilibre géopolitique qui fait dépendre des évolutions intérieures allemandes (politiques, syndicales, patronales) une réorientation d'ensemble de la construction européenne qu'impose le développement de la crise financière mondiale.

Ce serait désespérer de la République que de la voir durablement condamnée à l'impuissance. La gauche ne fera pas l'économie d'une refondation républicaine. C'est en se battant contre la domination du capital financier et pour de nouvelles règles du jeu à l'échelle française, européenne et mondiale que la gauche retrouvera de l'espace, jettera les bases d'un nouveau compromis social, favorisant le monde du travail, et s'ancrera à nouveau dans les couches populaires.. Ainsi la gauche aurait grand tort de prendre congé de l'idée républicaine, car c'est dans la conscience civique – en France mais pas seulement – que réside l'espoir d'un nouveau cours.

Le fil de l'Histoire n'a pas été définitivement tranché par la ratification, par voie parlementaire, du traité de Lisbonne. La souveraineté populaire, qui est une autre définition de la République, n'a pas encore dit son dernier mot.

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Voir le sommaire de la revue de l'ENA, dont le dossier est "Quel avenir pour la social-démocratie ?"

vendredi 13 juin 2008

Le probable «non» irlandais, «un service rendu à l'Europe» (Chevènement)

Dépêche AFP, vendredi 13 juin 2008, 15h57.
Le probable «non» irlandais, «un service rendu à l'Europe» (Chevènement)
Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a estimé vendredi que le probable rejet du Traité de Lisbonne par les Irlandais, selon des projections de la télévision publique, était "un service rendu à l'Europe tout entière".

"Le vote du peuple irlandais revêt une signification profonde : les peuples refusent de se laisser dissoudre dans une Europe à la fois technocratique et antisociale", a affirmé M. Chevènement dans une déclaration à l'AFP.

Adversaire du traité, il a jugé que "le rejet de la Constitution européenne bis est un service rendu à l'Europe tout entière". "C'est aussi un service rendu à la France, dont le poids relatif était affaibli par le Traité de Lisbonne, en rupture avec la parité fondatrice avec l'Allemagne qui avait jusqu'ici permis le progrès équilibré de la construction européenne", a-t-il ajouté.

Selon M. Chevènement, "c'est à partir de la volonté démocratiquement exprimée des nations qu'on doit pouvoir avancer vers une Europe à géométrie variable, fondée sur des coopérations renforcées". "Cela est particulièrement vrai pour le gouvernement économique de la zone euro, mais pourrait l'être aussi dans des domaines comme la politique étrangère et la défense", a précisé l'ancien ministre.

mercredi 11 juin 2008

Sénatoriales dans le Territoire-de-Belfort: Chevènement compte se présenter

Dépêche AFP, mercredi 11 juin 2008, 12h12.
Sénatoriales dans le Territoire-de-Belfort: Chevènement compte se présenter
Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a annoncé mercredi qu'il comptait se présenter aux sénatoriales en septembre prochain.

"J'espère pouvoir avoir un mandat national pour avoir une tribune et faire entendre la voix du Territoire-de-Belfort", a dit l'ancien maire de Belfort à la presse réunie dans le petit village de La Madeleine-Val-des-Anges.

"Au-delà du MRC, je pense être le candidat des femmes et des hommes de progrès et je sais qu'au-delà du Territoire de Belfort, certains trouvent que ma voix manque en France", a-t-il dit.

L'ancien ministre et ex-député (1973-2002) a expliqué qu'il comptait suivre tout particulièrement les dossiers du futur TGV Rhin-Rhône et du développement de l'Université de Franche-Comté.

Rappelant qu'il résidait depuis 37 ans dans le Territoire de Belfort, il a indiqué qu'il serait opposé à l'UMP Robert Creel, conseiller général, au socialiste Yves Ackermann et au sénateur sortant Michel Dreyfus-Schmidt, candidat dissident du PS.

"Les grands électeurs seront les arbitres pour décider qui sera le meilleur sénateur. Je crois qu'il faut sortir des étiquettes", a-t-il encore dit.

Les prochaines élections sénatoriales sont prévues le 21 septembre.

mercredi 4 juin 2008

François Furet, le passé d'une illusion

Intervention de Jean-Pierre Chevènement à l’IUFM de Franche-Comté, mardi 20 mai 2008. L’Histoire de la Révolution française reste un objet chaud, comme l’a montré la commémoration du bicentenaire, en 1989.
Certes, dès 1978, François Furet la déclarait-elle « terminée », depuis qu'à la fin du XIXe siècle, la IIIe République avait été instituée sur des bases solides. Mais l'historiographie de gauche ne partageait pas ce point de vue : qu'elle fut communiste, socialiste, radicale et même mitterrandienne. 1989 fut aussi l'année de la chute du mur de Berlin, deux ans avant celle de l'URSS. Et la tentation était grande de faire de la défaite de la révolution d'octobre 1917, une défaite de la révolution française dans sa phase jacobine et terroriste. Un grand publiciste français dans la mouvance de François Furet déclara ainsi : « Je suis pour la Révolution française, jusqu'aux « Feuillants »».

Dans les années précédentes, le Professeur Ernst Nolte, dont je salue la présence, avait cherché à montrer que le national-socialisme ne pouvait se comprendre dans son époque que comme réplique au bolchevisme. A travers le concept de guerre civile européenne, il européise le national-socialisme en le rattachant au fascisme et même à l'Action française, omettant le fait que celle-ci n'a jamais pu l'emporter en France par la voie électorale, mais seulement de façon d'ailleurs partielle à la faveur d'une défaite et d'une capitulation, auxquelles elle s'était résignée de bon cœur, derrière son maître, Charles Maurras. Ce faisant Ernst Nolte évacue trop vite, à mon sens, la question de la filiation pangermaniste du national-socialisme. Il réduit celui-ci à un antibolchevisme et fait la part trop belle aux émotions bourgeoises et petites-bourgeoises qui pouvaient le faire comprendre, sinon le justifier.

Or il ne serait pas difficile de montrer que les principaux ingrédients du national-socialisme étaient déjà présents dans l'Allemagne d'avant 1914 bien que séparément : pangermanisme, désir de conquêtes quasi coloniales à l'Est de l'Europe perçues comme une légitime compensation à l'éviction de l'Allemagne du partage du monde, racialisme, antisémitisme, etc.

Certes ces éléments étaient séparés avant 1914 et leur cristallisation dans une idéologie totalitaire n'a pu s'opérer qu'à la faveur de la guerre, de la défaite et de l'ardent désir de revanche qui en était né, sans parler de la crise économique du début des années trente, qui éprouva particulièrement l'Allemagne, et fournit l'occasion de l'accession de Hitler au pouvoir.

Le rapprochement du bolchevisme et du national-socialisme peut bien sûr se fonder sur des traits communs mais méconnaît l'enracinement du premier dans une idéologie universaliste, à la différence du second, particularisme exacerbé, au nom de la race.

L'extermination des Juifs et la liquidation des « koulaks » en tant que classe, quelque horribles qu'aient pu en être les formes, ne peuvent être assimilées l'une à l'autre. Et il ne suffit pas d'extraire quelques citations de Zinoviev et de Trotski mettant le terrorisme au service de la Révolution pour établir un pendant convaincant avec l'antisémitisme d'extermination de Hitler, tel que formulé dans son discours du 15 janvier 1939, si ce n'est déjà dans Mein Kampf.

L'assimilation du communisme et du national-socialisme est tentante. Cette thèse, développée par E. Nolte, soutient le livre noir du communisme de Stéphane Courtois mais cette « réductio ad hitlerum », pour parler comme Pierre-André Taguieff, repose sur l'idée que le XXe siècle, de 1917 à 1991, n'aurait été qu'une parenthèse. Elle ne rétablit le temps long de l'Histoire que pour affirmer avec François Furet une filiation directe entre le jacobinisme et le bolchevisme. La thèse d'Ernst Nolte omet de rappeler que la première guerre mondiale a commencé en 1914 et qu'elle conclut ce qu'on a appelé la « première mondialisation ». Cette thèse identifiant les deux totalitarismes est démentie par les conditions tout à fait inédites de l'effondrement du communisme. Celui-ci procède en effet d'une remise en question radicale de ses postulats de base par les dirigeants communistes eux-mêmes.

C'est le ralliement de Gorbatchev aux valeurs universelles et la fin du monopole accordé au PCUS qui ont entraîné la dissociation de l'Etat soviétique. Cette contradiction interne entre les objectifs et la réalité n'existait pas dans le national-socialisme qui se voulait une subversion complète des valeurs judéo-chrétiennes laïcisées qu'on appelle en France les valeurs républicaines et ailleurs les valeurs libérales. Il est vrai que ces deux appellations ne recouvrent pas tout à fait les mêmes réalités conceptuelles. La République, en France, comporte deux ailes : une aile au repos qu'on peut qualifier de libérale, celle qui considère la Révolution comme terminée, et une aile marchante, pour laquelle la Révolution garde une valeur d'annonciation. Ainsi Clemenceau, peu suspect de tendresse pour le bolchevisme, déclarait-il de la Révolution qu'elle était « un bloc » et de la République « une idée toujours neuve ».

Clemenceau se disait anti-collectiviste, mais se réclamait d'un socialisme individualiste, au moins dans la période qui va de 1871 à 1914. Longtemps rejeté du Panthéon de la gauche, tant que celle-ci n'avait pu connaître une expérience longue du pouvoir, en gros jusqu'en 1981, il est aujourd'hui en voie de réhabilitation, comme le montre le livre récent de Michel Winnock. Le combat des historiens est une forme raffinée de guerre civile. Le déroulement des évènements met en valeur tantôt l'une ou l'autre thèse. Après 1991, l'historien américain Francis Fukuyama a proclamé « la fin de l'Histoire » et le triomphe définitif du libéralisme. On a vu, avec l'autonomisation des pays émergents, à la fin de la décennie 1990, avec la crise américaine en 2000, le 11 septembre 2001, et avec l'invasion de l'Irak en 2003, débouchant sur « un clash de civilisations » et sur une crise profonde à la fois de la globalisation et de l'Hyperpuissance qui la soutient, que la thèse d'Huntington était plus opératoire que celle de Fukuyama.

Le retour de la Russie n'a rien à voir avec celui de l'URSS mais la Russie actuelle est loin de disqualifier entièrement l'héritage soviétique. A certains égards l'analyse de l'historien américain Moshe Lewin sur « le siècle soviétique » permet de séparer le bon grain de l'ivraie dans une histoire qui a duré quand même soixante-treize ans. Il y a une nostalgie de la social-démocratie d'Etat que Poutine cherche à satisfaire. Chaque pays dans son histoire a connu une période de violence révolutionnaire comme l'Angleterre au XVIIe siècle, la France au XVIIIe et XIXe siècles, et la Russie au XXe, ou contre-révolutionnaire comme l'Allemagne de 1933 à 1945, ou les deux comme l'Italie, du Risorgimento au fascisme.

*

L'idée d'égalité ne s'est pas imposée facilement dans l'Histoire humaine parce qu'elle est contraire à l'apparence. L'idée de différence est beaucoup plus accessible et potentiellement plus dangereuse. Si l'égalité des citoyens existait dans la cité grecque ou dans la République romaine, elle laissait de côté les métèques et les esclaves. C'est le christianisme qui a donné à l'idée de l'égalité cette force propulsive universelle qui existe aussi dans l'Islam, mais l'égalité des musulmans ne vaut que dans « l'Oumma » alors que c'est la Révolution française qui a laïcisé l'idée chrétienne en disposant que tous les Hommes, partout, naissent libres et égaux en droit.

Par définition, l'égalité est toujours à réaliser, même si on ne parle que de l'égalité en droit. Les conditions de départ n'étant pas les mêmes pour les uns et pour les autres, des mesures correctrices s'imposent même, s'il doit être établi que chacun doit pouvoir aller au bout de toutes ses capacités. C'est ce que j'avais appelé en 1984 « l'élitisme républicain », qui ne faisait au fond que reprendre le mot d'ordre de Paul Langevin s'agissant des missions de l'Ecole : « assurer la promotion de tous et la sélection des meilleurs ».

Cette conception de l'égalité s'oppose bien évidemment à l'égalitarisme niveleur et à l'idéologie de la communauté éducative dite pédagogiste qui voudrait empêcher les uns de progresser de manière à ne pas faire sentir aux autres leur retard. Cette conception de l'éducation n'a évidemment rien à voir avec l'idéal républicain des Lumières. Elle lui tourne le dos en proclamant plus désirable l'égalité dans l'obscurantisme que les lumières offertes à tous.

Je ne suis pas si loin de mon sujet qu'il apparaît : La Révolution française s'est heurtée dès le départ à une pensée contre-révolutionnaire organisée : Burke et Maistre. La Révolution française ne s'est pas arrêtée avec le triomphe des Républicains en 1877-1881. La conquête de la République sociale restait à réaliser. Tel était le sens de la synthèse jaurésienne, de l'« histoire socialiste de la Révolution française » et de sa définition du socialisme comme « la République accomplie jusqu'au bout ». La révolution d'octobre et l'Union soviétique ont éclipsé pendant le court XXe siècle la force de l'idée républicaine, telle que l'a décrite et illustrée Claude Nicolet. Celle-ci est cependant restée vivante dans la gauche socialiste et radicale et dans le gaullisme. C'est à partir du milieu des années 1970 que se développe la contre-offensive des idées dites libérales, mais en réalité contre-révolutionnaires – car elles allaient bien au-delà d'une critique du communisme et renouaient avec une critique beaucoup plus ancienne de la Révolution française. On ne peut abstraire ce moment idéologique de la victoire du courant néo-conservateur et libéral dans le monde anglo-saxon et de la « globalisation » subséquente. Soljenitsyne, François Furet, Ernst Nolte pour ne pas parler des pseudos « nouveaux philosophes » en France ou des publicistes néo-conservateurs aux Etats-Unis appartiennent à un moment idéologique aujourd'hui en voie de dépassement. Car l'Histoire continue. La globalisation financière est entrée en crise. Le programme de néo-conservatisme libéral comme retour à un monde d'avant 1914 que l'histoire n'aurait jamais dû quitter apparaît comme une illusion.

La seconde mondialisation, sous égide américaine, révèle sa fragilité. L'avènement d'un monde multipolaire, gros de tensions, semble inévitable. Dans ce contexte la lutte pour l'égalité entre puissances installées et puissances émergentes, élites mondialisées et couches populaires assignées au local n'a nullement perdu de son acuité. De nouveaux équilibres et de nouvelles règles du jeu doivent être trouvés.

Le XXe siècle a ébranlé en profondeur la domination de l'Occident sur le monde. Dans la fin des empires coloniaux européens et dans l'avènement du communisme en Chine, l'URSS a joué un rôle déterminant. Vu de ce qu'on appelait autrefois le Tiers-monde, notre court vingtième siècle ne s'est pas borné à l'affrontement de deux totalitarismes.

La victoire de l'URSS en 1945 a déplacé très sensiblement le rapport des forces sociales et politiques dans le monde entier. La classe ouvrière d'Europe occidentale en a d'ailleurs bénéficié, elle aussi, de 1945 à 1974 car elle a pu négocier le Welfare State grâce à la peur du communisme. Après le cycle du New-Deal, celui des trente glorieuses est venu un autre cycle, celui du néo conservatisme libéral et de la globalisation financière. Moins de vingt ans séparent la chute de Saïgon en 1975 et la chute de l'URSS en 1991. Mais il est probable que nous apercevons les prémices de la fin de ce cycle, dont la philosophie, à la différence du précédent, était et reste imprégnée de valeurs inégalitaires.

Au fond, c'est bien de l'égalité qu'il s'agit et des valeurs que l'Ecole a pour rôle de transmettre. Dans l'héritage de la Révolution française, la valeur d'égalité est centrale, même si elle ne doit pas être confondue avec ses déviations égalitaristes. Je ne souhaite pas pour ma part que la critique abusive de deux Révolutions injustement confondues, aboutisse à miner les croyances qui sous-tendent l'Ecole républicaine car on n'enseigne que ce à quoi on croit, comme l'a souligné avec force Hannah Arendt dans « Crise de la culture ». L'Histoire a certes toujours besoin d'être revisitée et je suis pour la liberté de la recherche dans ce domaine comme dans tous les autres, mais ce qu'on appelle révisionnisme au sens d'entreprise généralisée de remise en cause des valeurs nées de la Révolution française, doit trouver sa limite dans la résistance des valeurs républicaines que les enseignants, depuis Jules Ferry, ont la charge de faire vivre. De l'interprétation de l'Histoire depuis 1789 découle bien évidemment une conception de l'Ecole.

François Furet, Ernst Nolte ont certes nourri le débat d'idées au tournant des années quatre-vingt. Mais qui dit débat dit forcément contradiction. Ce ne serait pas servir l'Ecole de la République que d'étouffer cette contradiction motrice. Je suis sûr que l'IUFM de Franche-Comté saura replacer cette controverse dans le cadre d'une réflexion philosophique et historique approfondie avec le souci de demeurer fidèle aux valeurs que les Pères fondateurs de l'Ecole républicaine lui ont donné mission de transmettre.


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Annexes


I.
Je ne résiste pas au plaisir d'une citation :

(Préface au « Siècle de l'avènement républicain » - 1983 Gallimard)
François Furet et M. Ozouf, présentent une histoire de nos Républiques et concluent :

« Il arrive pourtant à nouveau qu'on use du mot République comme d'un mot-programme, d'un mot combat supposé réveiller et galvaniser les énergies. Se dire républicain, c'est alors bien plus que donner son assentiment au régime … C'est dans un monde hédoniste, individualiste, menacé d'engourdissement civique et de platitude, manifester son attachement à un modèle de participation politique et d'intégrité morale que diffusait l'Ecole des hussards noirs et faire fond à nouveau sur une pédagogie délibérément normative. C'est célébrer la communion sociale et poursuivre la critique du libéralisme si centrale dans la politique française ».

Il ajoute, il est vrai :

« C'est au moment où s'éteint la culture révolutionnaire, tenter d'en tisonner encore les centres. Car l'idée républicaine, autrefois considérée comme tout juste bonne à asseoir et à camoufler la domination bourgeoise, symbole même du passé à dépasser par l'idée socialiste paraît en préparer aujourd'hui l'avenir

Ironie de l'histoire …
Ignorance de l'Histoire, tant les valeurs invoquées s'alimentent à une représentation largement imaginaire de la IIIe République. On peut enfin douter des chances de succès d'une idée si visiblement défensive et substitutive. Mais dans ces textes neufs de l'idée républicaine, on retrouve toujours une vieille étoffe : l'idée de Révolution qui, même discréditée, même vaincue, continue de mettre sur l'idée républicaine en France une marque inimitable ».

Mes observations :
1. Qui disait la Révolution comme discréditée, vaincue ? F. Furet et M. Ozouf
2. Tous deux méconnaissent l'exigence républicaine, présente chez les Pères fondateurs même sous la Ve République avec le général de Ga ulle, présente chez Mendès-France et encore aujourd'hui chez d'autres.
3. Il est vrai que l'idée républicaine telle que je l'ai conçue correspondait dans les années soixante-dix à une stratégie gramscienne : gagner à la gauche du PCG (socialistes et communistes) les « autres » et d'abord les gaullistes. Puis au fil du temps elle est devenue une exigence opposée à l'opportunisme de la gauche, en ce sens seulement « défensive ».


II.

Alain Joxe montre que dans le peuple russe après 1991, adepte d'une stratégie à la Koutousof, il demeure une nostalgie de la social-démocratie d'Etat que lui assurait le régime soviétique et que Poutine va peu à peu et partiellement reconstituer grâce au rétablissement de l'économie à partir de l'an 2000.

Nostalgie aussi sans doute de la grandeur russe, et du respect que le monde éprouvait vis-à-vis de l'URSS. Poutine ne peut reconstituer la puissance de l'URSS encore moins l'URSS mais il peut refaire de la Russie une grande nation respectée et ayant retrouvé le sens de sa dignité.

En ce sens le peuple russe n'est pas dans la situation du peuple allemand qui doit annuler l'épisode national-socialiste, comme s'il n'avait pas existé. Le peuple russe peut « traiter » sa révolution, en faire une partie de sa mémoire, trier le bon grain de l'ivraie. Le PC de Russie reste la deuxième force politique avec 17 % des voix. Le peuple russe reste avec la Révolution d'Octobre dans un rapport beaucoup plus proche de la manière dont la France au XIXe siècle a traité la Révolution française.

Le socialisme a été une illusion, mais il a été aussi une réalité : sinon un raccourci du moins une méthode d'industrialisation, d'urbanisation, d'accès à la modernité (Raymond Aron – Charles Morazé).

L'idée d'un peuple tirant de ses propres forces la capacité de transformer sa société au prix de souffrances inhumaines mais qui se sépare de son régime non pas sans douleur car la décennie Eltsine sera terrible mais presque sans effusion de sang (si on excepte l'affaire tchétchène).

Vers la réconciliation des deux grands peuples européens que sont le peuple allemand et le peuple russe, réconciliation qui ne peut se faire en renvoyant dos à dos l'utopie communiste et la folie de conquête et de domination, au nom de la race, du national-socialisme. Cette réconciliation ne peut se faire, selon moi, que sur une base socialiste ou social-démocrate (critique de la révolution bolchevique comme aventuriste, méconnaissant la réalité du sous-développement économique et social de la Russie mais rejet absolu du national-socialisme (ce qui ne signifie pas du peuple allemand).


III.

Il y a quelque chose d'émouvant chez Ernst Nolte et à certains égards de bien compréhensible, la souffrance que peut éprouver un Allemand à devoir supporter l'assimilation de l'Allemagne au national-socialisme.

Sans doute une partie des forces politiques allemandes peut-être exonérée des crimes du nazisme : les partis de gauche et même le Zentrum .

Mais la droite dite nationale, en fait nationaliste, même si elle a, sur la fin, répudié le nazisme (Stauffenberg) porte comme une tunique de Nessus d'avoir appelé Hitler au pouvoir.

Quand au peuple allemand, ses vertus même ont été détournées au service du mal, ce qui l'interpelle encore aujourd'hui sur les valeurs dont il se sent, et à juste titre, historiquement porteur.

L'enracinement du national-socialisme dans l'Histoire allemande n'est sans doute pas le déterminant unique du national-socialisme mais il en est le principal :
-Idéologie völkisch
-Antisémitisme
-Pangermanisme

Ajoutons que la guerre de 1914-1918 a agi comme facteur de « brutalisation » (George Mosse)

Mais le peuple allemand ne saurait être identifié au national-socialisme.

vendredi 11 avril 2008

La France doit-elle revenir dans l'Otan ?

Entretien de Jean-Pierre Chevènement avec Pierre Lelouche, propos recueillis par Patrice de Méritens, Le Figaro Magazine, samedi 12 avril 2008.
« C'est l'arrêt de l'antiaméricanisme comme carte de visite de la France », observe Pierre Lellouche. « Mais il faut d'abord être indépendant pour se faire respecter », lui répond Jean-Pierre Chevènement.

Le Figaro Magazine - La présence renforcée de la France en Afghanistan ne constitue-t-elle pas un signal fort pour un retour accéléré au sein de l'Otan en 2009 ?

Pierre Lellouche -
Si de Gaulle nous a fait sortir en 1966 du commandement intégré, c'était pour éviter de voir la France entraînée dans des situations d'escalade de guerre nucléaire que nous n'aurions pas pu contrôler, ou de conflits - comme le Vietnam, par exemple - que nous n'aurions pas souhaités. Cela dit, la France est toujours demeurée membre de l'Alliance. Depuis, le monde a changé, le mur de Berlin est tombé, et l'Alliance est désormais le plus souvent utilisée comme bras armé de l'ONU, des Balkans à l'Afghanistan. Nous réintégrons donc une autre alliance dans une configuration stratégique différente. Le premier sens à donner à ce geste est symbolique : l'arrêt de l'antiaméricanisme comme carte de visite de la France. Mais au-delà, l'ambition du président de la République est d'imaginer une alliance équilibrée entre deux pôles, l'un américano-canadien, l'autre le pôle européen de la défense. Or, l'Histoire du demi-siècle écoulé montre que nous ne réussirons pas, nous Français, à impulser une défense européenne digne de ce nom contre les Etats-Unis. Elle ne peut se faire qu'en complémentarité. La nouveauté de Bucarest a été de l'affirmer tant du côté français et européen qu'américain. A Nicolas Sarkozy d'impulser cette dynamique lors de sa présidence de l'Europe. Si les deux conditions sont réunies : défense européenne d'un côté, signal fort des Américains de la part du successeur de George Bush, alors le donnant-donnant se réalisera au prochain sommet de l'Alliance, en 2009. Les intentions sont là. Cela étant, je le dis avec prudence...

Jean-Pierre Chevènement - Et vous faites bien car, compte tenu du texte du traité de Lisbonne, on se demande ce qui peut rester de la défense européenne étroitement asservie à l'Otan : une alouette, un cheval ! A la limite, l'Otan voudra bien sous-traiter à une pseudo-défense européenne quelques obscures missions de maintien de la paix en Iturie, au nord-est de la République démocratique du Congo, ou bien encore au Kosovo, tandis qu'on nous demandera de renforcer nos effectifs en Afghanistan pour soulager les Américains concentrés ailleurs, sur l'Irak aujourd'hui, sur l'Iran demain. Enlisement garanti.

Nous ne sommes plus à l'époque de la guerre froide. Les menaces ont changé : elles ne sont plus principalement militaires mais démographiques et économiques. Nous entrons dans un monde multipolaire avec la montée fulgurante de la Chine, de l'Inde, du Brésil, des puissances nouvelles comme l'Iran, l'Afrique du Sud, sans oublier le retour de la Russie. Nous ne sommes pas à la fin de l'Histoire. N'oublions jamais que la défense doit servir avant tout à protéger nos intérêts nationaux. Or nous ne devons pas nous laisser entraîner dans des guerres qui ne sont pas les nôtres, à la remorque d'une hyper-puissance américaine qui cherche des supplétifs pour essayer de maintenir une domination mondiale dont elle n'a plus les moyens, au Moyen-Orient et en Asie centrale par exemple, pour contrôler les ressources énergétiques, ou en Ukraine pour refouler la Russie. D'où ces élargissements à l'est dans lesquels l'intérêt de la France ne trouve nullement son compte. La Russie est un grand pays européen, nous aurions plutôt intérêt à la détacher de l'Asie plutôt que d'aller la chercher à Sébastopol... Que le sommet de l'Otan à Bucarest ait confié aux ministres des Affaires étrangères le soin de se prononcer sur l'extension de l'Otan à la Géorgie et surtout à l'Ukraine, à la fin de l'année, me paraît très inquiétant.

Pierre Lellouche - Un mot sur ce dernier point : l'Ukraine n'est pas prête aujourd'hui à entrer dans l'Otan parce que son opinion publique est très divisée, au contraire de celle de la Géorgie, tout à fait favorable à l'Alliance. Malheureusement, à Bucarest, nous avons donné aux Russes un signal équivalant à une sorte d'autorisation de veto préventif sur ces deux pays, alors qu'il faut précisément les laisser décider de leur avenir...

Mais j'en viens aux rapports avec les Etats-Unis. Il est évident que si l'Alliance atlantique ne devait servir que de supplétif au messianisme botté d'un George Bush, il y aurait problème. Mais si l'on pense au contraire que nous allons vers un monde plus complexe, où l'Amérique comprend qu'elle ne contrôle plus le jeu toute seule - l'Irak en a administré la preuve -, qu'elle aura besoin d'alliés, alors elle traitera d'égal à égal, et les décisions seront prises en commun. Bush termine son second mandat sur cette note. Reste à savoir si son successeur continuera. Compte tenu du traité de Lisbonne, vous estimez qu'il est impossible que l'Europe ait un quelconque poids, mais en l'occurrence, le problème est moins ledit traité que les budgets de défense. Les 28 pèsent à eux tous moins de 40 % du budget américain. Que Nicolas Sarkozy ait - peut-être un peu rapidement - annoncé l'éventuelle réintégration de la France au sein de l'Otan est sans doute une bonne chose, mais il serait encore mieux d'impulser une série d'initiatives fédératrices durant la présidence française, comme par exemple un critère de convergence de dépenses militaires autour de deux points du PIB. Si certains dépensent 0,8 % et d'autres plus de 2 % à l'intérieur de la même zone économique et monétaire, le jeu n'est évidemment pas égal. Nous avons six puissances majeures au sein de l'Union. Mettre 10 000 hommes pour chacune, en vue d'aboutir à une mini-armée européenne de 60 000 hommes disponibles en cas de crise, ne serait pas le bout du monde pour un continent qui compte 450 millions d'habitants. Il faut également une politique commune en matière d'industries d'armements et de défense antimissile, plutôt que de laisser les Américains dominer ce débat... Si d'un côté l'Europe a du poids et que l'Amérique est capable d'écouter, alors cette alliance aura du sens.

Jean-Pierre Chevènement - L'expérience montre qu'il faut d'abord être indépendant pour se faire respecter. Il ne faut pas être naïf. M. Sarkozy a déclaré : plus on est amis avec les Etats-Unis, plus on est indépendants.

Pierre Lellouche - Je dirai pour ma part que plus on est amis, plus on peut peser sur eux ! Si tel est le cas, alors la France sera plus forte.

Jean-Pierre Chevènement - L'Europe de la défense ne sera jamais qu'un petit appendice de la défense américaine dans le cadre de l'Otan.

Pierre Lellouche - Forcément, vous êtes antieuropéen ! On attend toujours votre « plan B » !

Jean-Pierre Chevènement - Contrairement à ce que vous pensez, j'ai fait beaucoup d'efforts pour donner un contenu à l'identité européenne de défense, en créant notamment la brigade franco-allemande à la fin des années 80. Mais ni l'Allemagne ni la Grande-Bretagne ne veulent d'une défense européenne indépendante qui permettrait à l'Europe d'exister dans le monde multipolaire de demain. La France ne pourra pas conserver une voix audible à travers une défense européenne confinée à des tâches de sous-traitance. La défense est faite pour soutenir la diplomatie ! Une défense complètement intégrée à celle de l'Amérique sonnerait le glas de notre indépendance, de notre influence, de notre capacité de médiation. Il est de l'intérêt de la France et du monde qu'au sein de l'Occident on n'entende pas que la seule voix des Etats-Unis. Qu'il puisse y avoir un avis modéré, sensé, comme cela fut le cas durant la guerre du Vietnam, ou au moment de l'invasion de l'Irak. Que, sur le Proche-Orient, la France puisse favoriser de manière originale une solution de paix qui n'a que trop tardé. Le virage atlantiste de Nicolas Sarkozy m'apparaît donc comme lourd de dangers.

Pierre Lellouche - Je réfute l'idée d'un partage manichéen de la France en deux camps, d'un côté les antieuropéens soi-disant partisans de l'indépendance nationale, de l'autre les « mauvais Français », prêts à brader notre liberté pour s'aligner derrière les Allemands ou les Américains. Notre outil de défense est au service d'abord de la sécurité des Français ; l'Europe comme l'Alliance sont dans notre intérêt national.

Jean-Pierre Chevènement - Eh bien, là-dessus, d'accord ! Il faut que l'intérêt national gouverne tout cela.

jeudi 10 avril 2008

Chevènement exclut un «retour» au PS, veut un grand parti de toute la gauche

Dépêche AFP, jeudi 10 avril 2008, 16h52.
Chevènement exclut un «retour» au PS, veut un grand parti de toute la gauche
Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a affirmé jeudi qu'il excluait un "retour" au PS mais souhaitait la création d'"un grand parti de toute la gauche" avant 2010, pour "gagner" la présidentielle de 2012.

"J'exclus le retour au Parti socialiste, mais je n'exclus pas la participation du MRC dans un grand Congrès de refondation de toute la gauche avec ceux qui voudront venir", a dit l'ancien ministre sur France 24.

Il a invité notamment les communistes à se joindre à cette démarche, estimant qu'ils pourront "mieux employer leur énergie dans un grand parti de toute la gauche que dans un parti devenu à certains égards résiduels".

Ce grand parti devrait se préparer, selon lui, par "des forums de l'unité ou peut-être des assises". Il s'agit "avant 2010 au plus tard" de créer cet "électrochoc" et "cet élan qui permettra de gagner en 2012".

Il a regretté que le PS soit "déchiré aujourd'hui par des querelles de personnes". "L'effort d'élaboration du projet doit prendre le pas sur la concurrence des égos", a-t-il dit.

Proche de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, l'ancien ministre a critiqué la récente "consultation participative" lancée par l'ex-candidate: "Je souhaite qu'elle sorte de la phase participative où elle est à nouveau entrée, pour faire une politique de l'offre et dire très clairement aux Français où elle veut les conduire".

M. Chevènement a confirmé qu'il allait "prendre en main la direction effective" de son parti à son Congrès de juin qui devrait avaliser la nouvelle stratégie. Le Parti socialiste, de son côté, s'était déclaré d'accord pour une "accélération du travail commun à gauche".

dimanche 6 avril 2008

Le MRC souhaite «la création d'un grand parti de toute la gauche»

Dépêche AFP, dimanche 6 avril, 18h56.
Le MRC souhaite «la création d'un grand parti de toute la gauche»
Jean-Pierre Chevènement pourrait reprendre en juin la présidence exécutive du Mouvement républicain et citoyen (MRC), qui souhaite aujourd'hui "la création d'un grand parti de toute la gauche", a-t-on appris auprès du parti dimanche, à l'issue d'un conseil national.

Selon un communiqué du MRC, le conseil national s'est "félicité de la disponibilité de Jean-Pierre Chevènement (actuellement président d'honneur du MRC) à reprendre la présidence active du MRC à l'issue du congrès de juin".

Le conseil national a également "manifesté" dans un texte d'orientation "la volonté du MRC de s'inscrire dans un processus de refondation républicaine par la création d'un grand parti de toute la gauche".

"Cette refondation ne saurait en aucun cas être confondue avec une adhésion au PS. Il s'agit de créer un électrochoc pour rassembler toutes les sensibilités, attirer les nouvelles générations et ancrer la gauche dans le peuple", selon le parti.

Le MRC "offre à la gauche un projet républicain, comportant notamment la possibilité de nationalisations partielles ou totales, pour préserver le tissu productif", précise-t-on de même source.

Un projet républicain plus que jamais d'actualité

Projet du Mouvement Républicain et Citoyen, dimanche 6 avril 2008.
Un projet républicain plus que jamais d'actualité
1 - EN FRANCE


1-1 – La République relevée


La souveraineté, la démocratie, la loi

Refonder les institutions européennes sur la démocratie, c'est la refonder sur les souverainetés nationales qui sont inaliénables. Cela n'exclut nullement des transferts de compétences, des compétences exercées en commun, mais à condition que celles-ci soient démocratiquement contrôlées.

Les droits de l'homme sont indissociables de ceux du citoyen, qui constitue une parcelle du souverain ; ils sont donc liés à la souveraineté nationale. Le « droitdel'hommisme » qui veut l'ignorer, et qui d'ailleurs s'évanouit à l'exercice du pouvoir, est une tromperie.

En République, le citoyen n'a qu'un maître : la loi, qui doit être égale pour tous. Il est urgent de simplifier la loi, de mettre un terme à la prolifération réglementaire, nationale comme européenne. Prendre le citoyen au sérieux c'est garantir la clarté et la lisibilité de la loi.

Le renouveau de l'Etat

L'Etat est l'instrument par lequel le bien commun s'affirme par dessus les intérêts particuliers. Pour réformer l'Etat, il faut clairement fixer ses tâches : fonctions régaliennes, fonctions anticipatrices, fonctions de stratège et missions d'intérêt public : transports, énergie, recherche, aménagement du territoire… Décentralisons, mais dans la République et dans le respect de la solidarité nationale ! Cessons d'opposer les collectivités locales à l'Etat : tous doivent servir le bien public. Le développement de l'intercommunalité de la loi de 1999 montre que c'est possible.

La reconquête des territoires

Une vigoureuse politique d'aménagement du territoire doit viser la reconquête de l'espace français, pensée en fonction des défis européens.

Pour réorienter la politique de la ville il faut clarifier les choix : quelle égalité bâtir, pour quelle citoyenneté, dans quelle nation ? Aux « politiques d'intégration » doit succéder une volonté nationale de plein accès à la citoyenneté, replaçant les valeurs républicaines au cœur du pacte social, rejetant dans les actes les réflexes communautaristes.


1-2 – Revaloriser le travail

Rééquilibrer les revenus du travail et du capital

La revalorisation du travail, par rapport aux revenus du capital, peut commencer en France par la réforme des charges sociales. Nous proposons que les cotisations sociales patronales, aujourd'hui assises sur les salaires, soient graduellement remplacées par une taxe assise sur la valeur ajoutée comptable de l'entreprise. Les cotisations salariales, à l'exception de la retraite, doivent être transférées vers une CSG ne supportant pas l'impôt. Ces transferts permettront aux entreprises de poursuivre l'effort de revalorisation du SMIC et de rendre aux salariés du pouvoir d'achat. A l'inverse, les revenus du capital seraient appelés à financer bien davantage la protection sociale.

Garantir les protections sociales

Le chômage important des jeunes et des salariés après 50 ans constitue un immense perte de cotisations pour les régimes de protection sociale. L'issue n'est pas dans les fonds de pension qui ne font qu'engendrer de nouveaux risques. Elle est dans la réforme de l'assiette des cotisations, l'amélioration du taux d'activité en fin de carrière… et dans le recul du chômage.

Nous voulons renforcer un système de protection universel, égalitaire et solidaire, dégagé des contraintes de rentabilité mais équilibré financièrement. Nous proposons de rendre au Parlement un rôle directeur dans la politique de santé publique et dans les dépenses de santé : (politique du médicament, libérée des pressions des grands groupes pharmaceutiques, modernisation de l'hôpital public, et synergie entre médecine de ville et établissements, Agences régionales de santé, organisation du risque dépendance, etc.

1-3 – La citoyenneté affermie


Face à l'individualisme, la citoyenneté est le rappel de l'intérêt général et le civisme est la forme la plus élaborée du lien social. Si la citoyenneté traverse aujourd'hui une crise, ce n'est pas le modèle républicain qui est en cause, mais les coups de boutoir qui le frappent jour après jour, au nom de l'individualisme exacerbé, du culte de la réussite personnelle par l'argent, des communautarismes. C'est aussi parce que l'intérêt général est perdu de vue.

L'égalité entre les hommes et les femmes est le premier défi à relever par le principe de citoyenneté, devant lequel les traditions, les cultures, les religions doivent céder le pas.

L'égal accès à la citoyenneté est devenu un enjeu majeur : aux jeunes issus de l'immigration, aux jeunes stigmatisés par leur quartier de résidence ou leur couleur de peau, nous devons tenir la promesse républicaine d'égalité. L'Etat ne doit pas rester observateur ou juge pénal : il doit devenir acteur de cette promotion volontaire.

Il faut donner sens à l'immigration, à condition que celle-ci soit régie par des règles claires et ne soit pas perpétuellement agitée par les démagogues, qui prennent le risque grave de déstabiliser les populations installées sur notre sol. Les quota d'origine ne sont pas acceptables en raison de leurs critères ethniques ou raciaux ; les quota par profession ne peuvent être utilisés qu'en accord avec les pays d'origine afin de ne pas organiser le pillage des cerveaux du Tiers Monde. Pour apaiser les peurs, donnons sens à l'immigration : les nouveaux venus, futurs citoyens de la République, feront la France de demain.

Au nom de la laïcité, nous devons veiller à ce qu'aucune distinction religieuse ne s'impose dans l'espace public, à ce que l'ethnicisation des rapports sociaux soit combattue, à ce que la liberté de l'esprit, de la recherche, de la création soit garantie. Le premier combat laïque d'aujourd'hui est à livrer contre l'enfermement dans le communautarisme.

Le droit égal pour tous à la sûreté doit s'imposer aussi bien face à la démagogie sécuritaire que face à l'angélisme : police de proximité, loi de programmation pour la justice en sont les outils.


1-4 – Refonder l'Ecole


Il est temps de recentrer l'Ecole sur ses missions premières : la transmission des savoirs et des valeurs, et relever l'autorité qui la rend possible, celle des maîtres. La maîtrise des savoirs élémentaires en primaire est la clé de toute réussite ultérieure. Une priorité doit être donnée à la maîtrise de la langue française qui conditionne tout le reste… La République doit conforter ses enseignants : ils ont la tâche ingrate d'inculquer le goût de l'effort dans une société hédoniste, le sens du travail dans un monde où la réussite par l'argent est portée au pinacle, la joie de comprendre, la fierté de s'élever, dans un environnement où tout concourt à la crétinisation de masse.

La formation de la citoyenneté est la deuxième grande mission de l'Ecole. L'instruction civique doit transmettre les valeurs de la citoyenneté.

Dans l'enseignement supérieur, nous devons faire face au tarissement du nombre d'étudiants dans les filières scientifiques et techniques. Des bourses incitatives seraient nécessaires. L'orientation, à l'Université, au cours du premier cycle doit répondre au défi que constitue l'abandon par de nombreux étudiants de leur cursus. Nous avons également proposé que l'Etat et le service public financent les études de jeunes de milieu modeste qui s'engagent ensuite à servir durant dix ans.


1-5 - Science, culture, environnement


Les relations de l'homme et de la nature revêtent une dimension planétaire : effet de serre, réchauffement du climat, conséquences sur le niveau des océans et sur les terres habitées des rivages, amenuisement de la biodiversité… Y faire face suppose de mobiliser les capacités de la raison et de la science, et non de sombrer dans un millénarisme aveugle.

L'éthique de responsabilité face à l'environnement et à l'avenir de la planète est une dimension moderne du civisme et de la citoyenneté. Il faut penser l'écologie de l'humanité, et réintroduire la responsabilité des nations face au devenir de l'humanité.

Un projet républicain fait confiance à la création et aux créateurs. Il s'agit de les défendre face à la marchandisation générale, et de promouvoir l'exception culturelle. Il s'agit aussi de favoriser la participation du plus grand nombre à la vie culturelle, en ressoudant ainsi le sentiment d'appartenance. Nous proposons en même temps d'ouvrir la culture française sur le monde et de faire de la francophonie une dimension majeure, culturelle et politique.



2 - EN EUROPE

2-1 – Face à la crise, renouer avec la croissance

La crise qui a commencé de s'abattre sur l'Europe appelle des remises en cause énergiques pour éviter d'être entraînés dans la spirale du désastre économique.

Changer l'architecture de la zone euro

Dans la zone euro il faut anticiper d'urgence pour surmonter la vague récessioniste venue d'Amérique :
- renégocier le Pacte de stabilité, et à tout le moins exclure du calcul du déficit budgétaire comparé les dépenses d'investissement productif, de recherche et de défense.
- modifier les statuts de la Banque centrale européenne afin d'inclure dans ses missions la nécessité de veiller à l'emploi et à un haut niveau d'activité et définir l'inflation de manière réaliste
- instituer un gouvernement économique de l'euro assuré par l'Eurogroupe, et autorisé à donner des orientations à la BCE. La politique du change doit être reprise en main.

L'innovation et la recherche

Les vœux pieux du sommet de Lisbonne en matière de recherche et de technologie ont heurté le mur du pacte de stabilité. Nous proposons de porter à 3% du PIB l'effort de recherche français, en déduisant ces engagements des déficits budgétaires comparés.

La politique industrielle

La politique industrielle doit reprendre ses droits . Elle a été ramenée par la Commission de Bruxelles à une simple politique de la concurrence empêchant d'ailleurs de faire naître en Europe des champions mondiaux. Les défis que nous lancent les pays émergents, la montée des « fonds souverains » exigent un changement de cap. L'Europe doit promouvoir une politique de l'offre, dans le domaine de l'industrie comme dans celui des services.

Dans les secteurs industriels vitaux et stratégiques, l'Etat doit exercer une mission de sécurité absolue. Son droit de regard, sous forme de golden share par exemple, est légitime. Des coopérations renforcées dans les domaines industriels clés doivent pouvoir se nouer, sans l'aval préalable de la Commission, avec un nombre restreint d'Etats membres volontaires.

Pour mettre nos grandes entreprises à l'abri des prédateurs boursiers, des moyens existent : contrôle des fusions boursières, constitution d'un pôle d'actionnaires stable capable d'intégrer les exigences de moyen et long terme pour l'entreprise, actionnariat salarié, qui à partir de 10 – 15% offre une résistance solide aux opérations prédatrices.

L'énergie

Nos approvisionnements en pétrole et en gaz sont liés à la qualité de nos relations avec les pays qui forment le grand voisinage de l'Europe : Moyen-Orient et Iran, Maghreb, Russie. Une Europe européenne, soucieuse de ses intérêts à terme, a autre chose à faire que d'emboîter le pas aux fiasco de la politique américaine dans ces régions.

Les prix durablement élevés du pétrole, le besoin d'indépendance énergétique, font que l'énergie nucléaire a un grand avenir devant elle. L'avenir du nucléaire doit être préparé. Sur vingt ans, il faut prévoir de gérer 500 tonnes de déchets, de manière sûre, durable et réversible. Ce n'est pas inaccessible ! Cette priorité peut d'ailleurs fort bien se conjuguer avec le développement des énergies renouvelables et avec une politique sérieuse de maîtrise des dépenses énergétiques.

Le service public

Nous avons besoin de services publics performants et de qualité. La « concurrence libre et non faussée » est le lacet avec lequel les libéraux entendent étrangler le service public, en les mettant à la merci d'un l'écrémage où le secteur privé s'octroie les activités rentables, ne laissant au public que le secteur déficitaire, avant de disparaître.

Nous avons besoin d'une directive « service public », permettant sans équivoque de préserver l'égalité d'accès des citoyens aux services de base.


Les paysans doivent pouvoir vivre de leur travail

Il faut réinventer la PAC et les principes qui l'avaient fondée : préférence communautaire, prix rémunérateurs encourageant la qualité, souveraineté alimentaire, en servant de nouveaux objectifs : agriculture paysanne, sécurité et qualité alimentaires, rejet du dumping vis à vis des agricultures des pays du Sud. Cette réinvention de la PAC doit permettre à l'Europe de se nourrir par elle-même et aux paysans de vivre de leur travail et non de subsides.



3 - DANS LE MONDE

L'incantation chère au président Sarkozy, ne suffit pas. La mondialisation libérale, c'est la mise en concurrence des « coûts » du travail. Pour revaloriser le travail, il faut changer les règles du jeu.

Pour protéger les acquis sociaux en Europe, la définition et le respect de clauses sociales et environnementales à l'OMC doit être notre cheval de bataille. Mais cette bataille sera rude et longue.

C'est pourquoi, dès à présent, l'Union européenne doit remettre en œuvre une préférence communautaire, qui prévalait jusqu'en 1974 au sein du Marché commun, et l'appliquer aux biens et aux services. Cette préférence communautaire implique un tarif extérieur commun et c'est la seule manière de garantir le niveau social européen.

La liberté des échanges ne peut valoir qu'entre zones de niveau économique et social comparable. Même les libéraux découvrent que l'extension sans limite du libre-échange n'apporte pas la prospérité. Il faut renverser ce dogme pour sortir l'OMC de sa crise. Il faut au contraire lier le volume de nos importations au niveau social et environnemental des pays à bas coût de main d'œuvre. A la vision de l'OMC nous devons opposer un projet d'organisation du commerce mondial par grands ensembles régionaux, de niveau économique et social comparable, avec liberté des échanges à l'intérieur, et régulation des échanges entre grandes zones.

La France doit rester une grande puissance politique

Plus que jamais, face à la crise qui s'annonce, c'est le contenu de la construction européenne qui est en cause. Nous avons le devoir de proposer un programme de mobilisation des instruments économiques (Pacte de stabilité, statuts de la BCE, politique du change, etc…)

Il faudra aussi simplifier la procédure de coopération renforcée et pouvoir y associer des pays du grand voisinage de l'Europe : Russie, Turquie, Maghreb. Une Union pour la Méditerranée, pour voir le jour, ne pourra pas faire l'économie des questions politiques (Turquie et UE, Proche-Orient,…)

L'échec des tentatives de fusion des nations par l'Europe, ou de fédéralisme à 27, ouvre de nouvelles opportunités : nos relations avec l'Allemagne, mais aussi avec l'Italie, dans certains domaines avec la Grande-Bretagne doivent trouver de nouveaux développements.


Vers le Sud, le co-développement doit devenir une exigence. La France républicaine doit faire entendre son message : il n'y a pas de développement sans Etat, qui soit si possible un Etat de droit; il est nécessaire de fonder des nations sur la citoyenneté et non sur le communautarisme ou l'ethnicité; il est souhaitable d'organiser le développement avec le soutien d'un Etat stratège, volontaire, garant du bien public.

La France peut jouer un rôle original et utile en direction du monde arabo-musulman. Les interventions militaires, au lieu de faire reculer le terrorisme, fouettent l'intégrisme. Ce n'est pas le choc des civilisations qui vaincra la violence, mais la coopération Nord – Sud. C'est l'alliance des civilisations qui peut tarir les sources du fanatisme et du terrorisme, imposer une paix juste au Proche-Orient. Après le fiasco américain, le moment est venu de faire valoir ces thèses.

Une défense indépendante

La défense est nationale; la dérive vers la fourniture de contingents aux quatre coins de la terre et le plus souvent sous commandement américain doit cesser. L'architecture de la défense doit être clairement perceptible : son noyau, c'est la force de dissuasion qui autorise l'indépendance de notre politique. En Europe, nous respectons pleinement les obligations du traité de l'Atlantique Nord, mais nous récusons les tentatives de faire de l'OTAN une organisation militaire internationale intervenant en Asie ou au Moyen-Orient, et nous refusons la pente dangereuse qui nous conduit par l'OTAN à un alignement sur la désastreuse politique de M. Bush.

vendredi 22 février 2008

La reconnaissance du Kosovo, c'est une triple faute

Tribune de Jean-Pierre Chevènement, parue dans Le Figaro, vendredi 22 février 2008.
La reconnaissance du Kosovo, c'est une triple faute
M. Thaci a déclaré l'indépendance du Kosovo et derechef nos médias s'illuminent devant la profusion des drapeaux agités à Pristina. On peine un peu à nous expliquer la signification du nouveau drapeau kosovar, vu la difficulté à justifier que les étoiles censées représenter les « minorités ethniques » sont précisément rejetées à l'extérieur du dessin du pays.

Reconnaître « l'Etat du Kosovo », c'est une triple faute.

Une faute contre l'Histoire
Celle-ci, contrairement à ce qui s'est passé pour les pays baltes, n'a jamais connu de Kosovo indépendant. Longtemps soumis au pouvoir turc (comme le fut aussi la Serbie), le Kosovo était, depuis plusieurs décennies, partie intégrante d'un Etat né par accord international : la Yougoslavie. Au sein de cet Etat fédéral il faisait partie de la Serbie qui, comme il a été mille fois rappelé, plaçait dans le Kosovo l'origine même de son identité. Que la démographie ait changé assurément. Belgrade elle-même favorisa cette évolution en accueillant généreusement dans sa province du Kosovo les Albanais qui fuyaient la dictature d'Enver Hodja. Il y avait là matière à imaginer un régime d'autonomie. Cela fut fait. On sait que Milosevic supprima ce régime. Certains, qui auront la curiosité de lire les chroniques, découvriront que l'une des raisons de cette décision fût la plainte des Serbes qui étaient fort mal traités dans un Kosovo « autonome ». Milosevic abolit l'autonomie. Il fit mal. Mais la réponse n'est certes pas d'aller à l'excès inverse, créer un Etat là où il n'y en eût jamais un. Ou alors allons jusqu'au bout. Bafouons l'Histoire : Reconnaissons la République Turque de Chypre, intéressons-nous au Cachemire, découpons un peu en Espagne, au Mali, au Tchad, etc. et en France, pourquoi pas ?

Les Français ne veulent plus rien savoir de l'Histoire. Mais ce qui est tout récent devrait quand même rester en mémoire et faire réfléchir. La Serbie, objet aujourd'hui de tant de critiques, n'a pas fait la moindre difficulté pour reconnaître l'indépendance du Monténégro, preuve qu'il ne s'agit pas de la part de Belgrade d'attitude obtuse maniaque.

Une faute contre le droit
Il y eût guerre, déclenchée en 1999 par l'OTAN en ignorant les principes du droit international, pour mater les Serbes coupables d'avoir réprimé durement – trop durement – un mouvement d'indépendance qu'ils qualifiaient de terroriste.
Mais la guerre aérienne de l'OTAN n'a rien réglé. Pour vaincre, l'OTAN devait aller à terre, ce que les Alliés, pas fous et se rappelant la manière dont les divisions nazies furent accrochées, ne voulaient pas. On négocia donc un nouvel accord – Serbes – Russes – Américains - Européens – qui déboucha sur une résolution des Nations Unies, celle dont on voudra bientôt nous faire oublier l'existence, mais qui est le seul droit applicable : la Résolution 1244 du 10 juin 1999 : Réaffirmation de l'attachement de tous les Etats-membres à la « souveraineté et à l'intégrité territoriale de la République fédérale de la Yougoslavie ». Appel en vue d'une « autonomie substantielle et d'une véritable auto-administration du Kosovo ».
Autonomie. Pas d'indépendance, pas de nouvel Etat. Préservation de ce vieil acquis européen que sont les Accords d'Helsinki. C'est à cette condition qu'il y eut paix, et que l'Europe (et les Etats-Unis) s'épargnèrent une guerre horrible.

Certes une résolution n'est pas intangible. Si le Conseil de Sécurité juge que les Kosovars ont raison de proclamer leur indépendance, il adoptera une nouvelle résolution qui se substituera à la Résolution 1244. Mais si le Conseil de Sécurité ne modifie pas la Résolution 1244 – et il ne le fera pas – le droit reste aujourd'hui ce que dit ce texte.
Que la France, après les beaux discours de 2003 sur le respect du droit, suive l'exemple des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne est une triste évolution. Nous aurons rejoint le camp ni des réalistes, ni des cyniques mais celui des veules, de ceux qui se refusent, par lâcheté, à négocier encore et toujours.


Une faute contre l'Europe unie
Nous sortons d'une de ces brèves périodes où l'on nous a refait le coup de l'Europe projet, de l'Europe politique.

Et si le Kosovo, situé lui aussi comme on le disait avec excitation de la Bosnie, à deux heures d'avion, n'était pas précisément un beau sujet de délibération pour l'Europe unie à laquelle nous sommes censés tant aspirer. Et que fait donc l'Europe unie ? Rien. Bien sûr, sinon constater ses divisions.
Mais faute contre l'Europe, au sens plus large, l'Europe de nos pères, l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, l'Europe qui veut bien accepter de considérer que la Russie n'est pas une steppe peuplée de Tatares aux yeux cruels, que les Slaves sont aussi européens, et allons jusqu'au bout de l'ouverture, que les Slaves orthodoxes sont aussi Européens. La singularité de la France fut d'être ce pays occidental, majoritairement de culture catholique mais heureusement de tradition laïque, qui tendait la main à l'Orient orthodoxe et noua en particulier de solides relations avec la Serbie et avec la Russie. Vis-à-vis de Belgrade, notre seule offre est celle de l'argent européen. Et vis-à-vis de Moscou, faut-il prendre les devants, déployer des éléments de système anti-missiles, agiter des drapeaux américains à la barbe des vieux popes ? Prenons garde dans notre excitation, de ne pas perdre entièrement raison. Réputée – bien théoriquement – vieux pays recru d'épreuves, etc., la France est-elle assez futile pour se flatter d'avoir un nouvel ambassadeur dans sa capitale avant même que le Parlement ait été saisi, et de gâcher très sérieusement des chances de paix sur le continent ? Alors que l'on peut – tout aussi bien – faire comprendre – comme c'est le cas pour les Chypriotes – que la négociation est toujours possible et vaut mieux – mille fois mieux – que le « bling-bling » d'une « reconnaissance » à la remorque.

dimanche 17 février 2008

Kosovo: Paris s'apprête à «bafouer le droit international» (Chevènement)

Dépêche AFP, dimanche 17 février 2008, 14h51.
Kosovo: Paris s'apprête à «bafouer le droit international» (Chevènement)
Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a estimé dimanche que la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo, à laquelle s'apprête Paris, "bafoue le droit international" et "peut occasionner une nouvelle guerre froide".
"Cette reconnaissance unilatérale de l'indépendance d'une province de la Serbie, sans aucune consultation du Parlement français, bafoue le droit international et contribue à l'abaissement du conseil de sécurité de l'ONU dont la France est membre permanent", estime l'ancien ministre de la Défense dans une déclaration à l'AFP.
Le Parlement du Kosovo est convoqué dimanche pour une session extraordinaire au cours de laquelle doit être votée la proclamation d'indépendance de la province serbe à majorité albanaise.
Selon une source diplomatique française, Paris veut reconnaître cette indépendance dans la foulée de sa proclamation, simultanément avec la Grande-Bretagne, l'Allemagne et l'Italie. Les pays de l'Union européenne doivent se concerter sur la position à prendre, lundi à Bruxelles.
Pour M. Chevènement, "cette reconnaissance, hors du cadre du conseil de sécurité de l'ONU, aboutit au dépeçage d'un Etat aux frontières internationalement reconnues, lui-même membre de l'ONU, au mépris des accords de 1990 sur la sécurité et la coopération en Europe".
Le dirigeant du MRC estime aussi que l'attitude des autorités françaises "nous met à la remorque de l'unilatéralisme américain".
"Elle est grosse de tensions dans les Balkans et légitime par avance la partition entre Serbes et Albanais, à hauteur de Mitroviça, car on ne voit pas au nom de quoi on refuserait aux uns ce qu'on autorise aux autres", ajoute-t-il.
"Cet acte unilatéral peut occasionner une nouvelle guerre froide en Europe avec la Russie, c'est un mauvais coup porté au droit international et à l'indépendance nationale", conclut M. Chevènement.

vendredi 15 février 2008

Appel du magazine Marianne : Pour une vigilance républicaine

Jean-Pierre Chevènement fait partie des signataires de l'appel lancé par l'hebdomadaire Marianne et publié dans le numéro 565 du samedi 16 février.
Appel du magazine Marianne : Pour une vigilance républicaine
Les soussignés se réclament de sensibilités très diverses, et ils ont sur un certain nombre de sujets importants des positions très différentes, mais ils ont malgré tout en commun un certain nombre de convictions et de valeurs qu'ils entendent réaffirmer.

- Leur attachement au principe républicain et, en conséquence, leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective.

- Leur attachement aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile.

- Leur attachement à l'indépendance de la presse et au pluralisme de l'information.

- Leur attachement aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l'indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXIè siècle.

Au-delà de leurs divergences, les soussignés tiennent à rappeler leur engagement à défendre, séparément ou ensemble, ces impératifs, comme toujours cela fut fait au cours de l'Histoire de la République.

Signataires :
Pierre Lefranc, ancien chef de cabinet du Général de Gaulle, administrateur de la Fondation Charles de Gaulle
Dominique de Villepin, ancien Premier ministre
Ségolène Royal, ancienne ministre, Présidente de la région Poitou-Charentes
François Bayrou, ancien ministre, député des Pyrénées-Atlantiques,
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre
Corinne Lepage, ancienne ministre
Nicolas Dupont-AIgnan, député de l'Essonne
Bertrand Delanoë, maire de Paris
Maurice Leroy, député de Loir-et-Cher
Nöel Mamère, député de la Gironde
Jean-Christophe Lagarde, député de la Seine-Saint-Denis
Marielle de Sarnez, conseillère de Paris
André Gérin, député du Rhône
Arnaud Montebourg, député de la Saône-et-Loire
Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Loire
Jean-Pierre Brard, député de la Seine-Saint-Denis
Jean-Paul Bled, président des Cercles universitaires d'études et de recherches gauliennes

dimanche 10 février 2008

Réaction de Jean-Pierre Chevènement après l'allocution de Nicolas Sarkozy sur le traité de Lisbonne

Dimanche 10 février 2007, 22h.
Le président Sarkozy se moque du monde. En faisant ratifier le traité de Lisbonne par la voie parlementaire, il a repris beaucoup plus que la partie institutionnelle de la Constitution européenne. Si, par exemple, la «concurrence libre et non faussée» n'est plus un objectif de l'Union, elle reste, au terme du protocole n°6, un principe que la Commission européenne est chargé de faire appliquer. De même un contrôle parlementaire limité au droit de saisine de la Cour de justice de l'union européenne n'est qu'un faux semblant de plus. Enfin l'OTAN consacrée comme cadre de la défense européenne, c'est l'Euramérique en marche, où la France disparaîtra.

Le président Sarkozy fait de grands moulinets verbaux : ainsi sur la monnaie, la politique commerciale ou industrielle, ou encore les dérives du capitalisme financier. Mais dès qu'il formule ses propos pour la présidence française de l'UE, il se garde bien d'aborder ces sujets qui fâchent. Il reprend des sujets rebattus (immigration, politique agricole, etc.). M. Sarkozy est un artiste dans la peinture en trompe l'œil. Mais les Français le jugeront et le jugent déjà sur les actes, et en particulier sur son incapacité à mettre en accord ceux-ci avec de tonitruantes proclamations.

lundi 4 février 2008

Chevènement: construction de l'UE «frappée d'illégitimité»

Dépêche AFP, lundi 4 février 2008, 19h28.
Chevènement: construction de l'UE «frappée d'illégitimité»
Jean-Pierre Chevènement a prévenu lundi que la construction européenne fondée sur "un déni de démocratie apparaîtra vite comme frappée d'illégitimité", après l'adoption par les parlementaires de la révision constitutionnelle, préalable à la ratification du traité de Lisbonne.
"181 voix contre la révision constitutionnelle", dont "près de 120 parlementaires socialistes, c'est mieux qu'un baroud d'honneur qui a été livré au Congrès de Versailles", estime dans un communiqué le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC).
Mais "ce n'est pas la bataille d'arrêt qu'une direction socialiste aurait pu livrer et gagner si le Parti socialiste avait été à l'unisson de la volonté du peuple français et particulièrement de son électorat", ajoute l'ancien ministre, partisan d'un référendum.
Dénonçant un "triomphe momentané de l'hypocrisie", il prévient: "cela ne durera pas toujours: la poursuite de la construction européenne sur la base d'un déni de démocratie apparaîtra vite comme frappée d'illégitimité".

mercredi 16 janvier 2008

Proposition référendum sur UE : des «braves» ont «sauvé l'honneur» (Chevènement)

Dépêche AFP, mercredi 16 janvier 2008, 20h35.
Proposition référendum sur UE : des «braves» ont «sauvé l'honneur» (Chevènement)
L'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement (MRC) a salué mercredi les "braves" qui ont "sauvé l'honneur de la démocratie" en approuvant mardi la proposition de loi visant à un référendum pour la ratification du traité de Lisbonne.
"Ils ont été 140 députés à soutenir la proposition communiste d'un référendum sur le traité de Lisbonne. 140 contre 176. C'est dire que ces 140 ont fait mieux que 'les 80', qui, le 10 juillet 1940, ont refusé de voter les pleins pouvoirs à Pétain", déclare M. Chevènement dans un communiqué.
"Ils ont sauvé l'honneur de la démocratie et, soit dit en passant, l'honneur de la gauche. Gloire à ces braves!", lance-t-il.
"Si les principaux dirigeants du PS ne s'étaient pas résignés à l'adoption parlementaire du traité de Lisbonne, il eût été possible d'imposer le référendum et d'infliger un désaveu mérité à Nicolas Sarkozy", juge-t-il.
"Ne voit-on pas en effet" la chancelière allemande Angela Merkel "se déclarer très sceptique quant à une réunion, cet été, des pays de l'euroland à propos de l'euro? Ces réticences allemandes mettent d'autant plus en valeur la faute commise par le président de la République en ne s'appuyant pas sur le non français du 29 mai 2005 pour renégocier la politique monétaire européenne", selon lui.
L'Assemblée nationale a rejeté mardi la voie du référendum pour la ratification du traité de Lisbonne, en repoussant une proposition de loi constitutionnelle PCF visant à consulter directement le peuple sur ce traité simplifié après le non français du 29 mai 2005.
L'Assemblée a adopté mercredi la révision de la Constitution, préalable à la ratification du traité européen, par 304 voix pour, 77 contre et 95 abstentions, principalement les socialistes.

mardi 8 janvier 2008

Nicolas Sarkozy est coincé par les contraintes du Traité de Lisbonne

Communiqué de Jean-Pierre Chevènement, mardi 8 janvier 2008.
M. Sarkozy, dans sa conférence de presse, m'est apparu très défensif, invoquant la « longue durée » pour juger d'une « politique de civilisation », concept assez flou qu'il a emprunté au sociologue Edgar Morin, contre le gré de celui-ci d'ailleurs.

En réalité, M. Sarkozy est coincé entre son volontarisme affiché et les contraintes qu'il a acceptées notamment en signant le traité de Lisbonne. Il prône une Europe agissante mais il a accepté dès le départ qu'elle soit ficelée dans les bandelettes d'une politique monétaire, budgétaire, commerciale, industrielle, marquée au coin de l'orthodoxie libérale et de la pensée unique.

Il y a un moyen de revaloriser le Parlement et de restaurer le débat public, c'est pour les parlementaires de refuser la révision constitutionnelle préalable à la ratification du traité de Lisbonne.