Max Gallo est mort. 

Il est mort au moment du triomphe du macronisme, c’est-à-dire de l’officialisation de l’union incestueuse de la « gauche » sociétale (ou américaine comme on l’appelait du temps de Rocard) et de la droite libérale.

Homme de gauche (tant que la gauche était encore la gauche), Max Gallo fut à la fois patriote, républicain, souverainiste, laïque et catholique. Il avait fait sienne cette phrase quasi apophthegmatique de Marc Bloch tirée de L’Etrange défaite : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir de Reims, ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ».

Max Gallo pensait que la France traverse une crise nationale de grande ampleur, comparable à celle que nous avons connue durant la guerre de Cent Ans. Il avait déclaré à propos du Suicide français de l’ami Zemmour : « Je suis assez souvent d'accord avec Éric Zemmour. Dans ce livre, il y a beaucoup de points qui me paraissent très intéressants : les thèmes de souveraineté, d'indépendance, les questions liées à l'immigration sont des problématiques essentielles. Et Zemmour a un mérite, c'est de mettre le doigt sur les questions qui fâchent, qui font mal. Et il le fait avec la sincérité d'un patriote républicain. Et, de ce point de vue là, je le soutiens ».

Max Gallo avait enchanté l’émission de Philippe Meyer sur France Culture, L’Esprit public, émission devenue sans intérêt depuis son départ. A lui seul, il tenait tête avec talent aux autres habitués de l’émission, européistes dans leur ensemble. L’écouter le dimanche matin donnait comme pour l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut le samedi matin le sentiment d’écouter Radio Londres.

Le patriote, l’antifasciste, le souverainiste, le républicain, le laïque et le chrétien qu’il était se devait d’appeler à résister à la chose la plus totalitaire, la plus violente, la plus esclavagiste, la plus misogyne, la plus obscurantiste, la plus inégalitaire, la plus droitière qui soit, l’islam. C’est ce qu’il fit courageusement et habilement dans son célèbre article publié en février 2006 par le Figaro au moment de l’affaire des caricatures de Mahomet, Islam : ne rien abandonner à la politique de l’apaisement.

L’article commençait ainsi : « Aurons-nous demain le courage – et la possibilité – d’exprimer ce que nous pensons, vrai ou faux, de l’islam ? Ou bien, au moment de dessiner une caricature, d’écrire, de publier, ou tout simplement de parler, et même de penser, devrons-nous nous autocensurer, nous souvenant des foules déchaînées incendiant des représentations diplomatiques du Danemark et de la Norvège, ces deux pays qui sont parmi les plus pacifiques, les plus démocratiques de tous les États du monde ? »

Max Gallo concluait son article par un détour dialectique, en faisant mine de passer par une sorte de soumission houellebecquienne avant l’heure : « On peut aussi envisager une capitulation rampante qui se donnerait la bonne conscience de la sagesse et de l’esprit de responsabilité. […] pourquoi ne pas cesser de résister ? Va-t-on se battre pour douze caricatures sinistres ? Et allons au bout : l’Empire romain a été conquis par le christianisme ; pourquoi l’islam ne serait-il pas la nouvelle religion conquérante ? On s’adaptera. On se convertira. Il faut oser regarder ces choix en face. Que voulons-nous défendre de ce que nous avons acquis, siècle après siècle ? Que sommes-nous prêts à abandonner ? Par réalisme ? Par sagesse ? Ou par lâcheté ? Au temps de Munich, en 1938, ce dernier mot avait un synonyme, employé par les diplomates : apaisement ».

Lorsqu’à l’automne 2005 les bibliothèques brûlaient en France, comme toute proportion gardée elles brûlèrent en 637 à Ctésiphon, Max Gallo fut l’un des très rares courageux à aborder la dimension islamique du soulèvement au milieu des couards qui cherchaient à conjurer le sort en ne voulant pas que ce soit autre chose que du social. Entre les « pogromes antirépublicains » que dénonçait Alain Finkielkraut et le « basculement civilisationnel » que déplorait Régis Debray, nous avions avec Max Gallo une articulation, une proposition politique.

Puissent le souvenir et l’exemple de Max Gallo inspirer au camp patriote un dénouement à sa crise interne. République, souverainisme, patriotisme, laïcité, catholicisme et identité vont de pair comme a contrario vont de pair mondialisme sous égide américaine, libéralisme économique et sociétal et paradoxalement (mais pas si paradoxalement que ça) islam.

Pascal Olivier