Le 15 mars 2004, Jacques Chirac ratifiait la loi dite d’interdiction du voile islamique à l’école. Lucette Jeanpierre nous a rappelé dans un article que les mahométans n’ont jamais digéré cette loi votée il y a dix ans. Très belle victoire, obtenue de haute lutte par des laïques et des républicains parmi lesquels des rédacteurs de Riposte laïque, des amis de RL, les deux fondateurs de RL Pierre Cassen et la regrettée Brigitte Bayle. La contribution épistolaire de Régis Debray à la commission Stasi, Ce que nous voile le voile, la République et le sacré avait marqué les esprits.

Nicolas Sarkozy, dans un premier temps vent debout contre le projet, vira sa cuti quand Chirac trancha en faveur d’une loi. Pour ne pas être en reste et reprendre la main sur une question qui risquait de lui échapper, pour contenter à la fois les partisans de la loi et les mahométans, l’impétueux ministre de l’Intérieur se rendit au Caire pour obtenir une onction de la supposée plus haute autorité de l’islam sunnite, le grand imam de la mosquée al-Azhar, Mohammed Tantaoui. Qu’un ministre de l’Intérieur de la République aille à Canossa, à quelques milliers de kilomètres de la capitale, en s’abaissant à quémander un soutien à un imam nommé par le président égyptien, n’est pas l’aspect le moins infamant de cette affaire !

Sarkozy obtint de Mohammed Tantaoui un «blanc-seing» très diplomatique qui fut aussitôt contesté par des oulémas d’al-Azhar et par le mufti d'Egypte, Ali Gomaa, présent aux allocutions publiques de MM. Sarkozy et Tantaoui. Il mit en garde la France contre une telle loi.

La visite officielle de Sarkozy prit fin le 30 décembre 2003. Le 3 janvier 2004 le vol 604 de Flash Airlines transportant 134 français sur 135 passagers plongeait dans la mer Rouge peu après son décollage de Charm el-Cheikh.

J’ai toujours eu l’intime conviction que les deux évènements étaient liés, rien depuis dix ans n’est venu ébranler cette conviction, au contraire.

Le rapport factuel fait par la commission d’enquête égyptienne est contesté. Les conclusions du rapport final sont floues, elles se contentent de donner des pistes. La thèse de l’erreur humaine est privilégiée par le NTSB et le BEA. L’avocat des familles déplore que les autorités égyptiennes n’ont fourni que des transcriptions (incomplètes) des boites noires et refusé de fournir une copie des enregistrements sonores.

Dans les causes possibles, la fiche Wikipédia, bien documentée, concernant l’hypothèse d’un attentat dit ceci :

«Un attentat : dû à l’explosion d’une bombe, à un système de radioguidage ou à l’action du pilote. Le crash a eu lieu alors que Tony Blair, cible éventuelle, était à Charm el-Cheikh. Les soupçons ont été alimentés par l’empressement des autorités égyptiennes à affirmer que la thèse de l’attentat était exclue. De plus, un groupe terroriste nommé Ansar el Haq, inconnu par ailleurs, a revendiqué un attentat contre l’appareil et menacé d’en réaliser un autre contre un avion d’Air France si le voile islamique était interdit en France. La thèse terroriste est contredite par le fait que les restes des corps ne portent pas de traces de brûlure, et par le fait que la revendication a été jugée peu crédible par la DST. De plus, depuis le vote d’une loi sur les signes religieux en France, aucun avion d’Air France n’a été victime d’un attentat.»

Il n’y a pas de trace de bombe, mais il ressort des rapports que l’attitude du pilote et du co-pilote fut pour le moins inappropriée, voire étrange. Pour mémoire, il y a un précédent, le vol 990 d’EgyptAir qui s’est écrasé dans l’océan Atlantique le 31 octobre 1999. Les enquêteurs américains ont conclu que cet accident a été sciemment provoqué par le copilote. Certes aucun avion d’Air France par la suite n’a été victime d’un attentat mais nous avons eu la séquence de nos otages retenus en Irak libérables en échange d’un retrait de la loi sur les signes religieux à l’école. Je me souviens d’un François Fillon, ministre de l’Education, qui rétropédalait, envisageant de vider la loi de sa substance en autorisant le voile pour raison culturelle.

La question du voile est évoquée dans les hypothèses à cause de la revendication qui en a été faite auprès du bureau de l’AFP du Caire le 5 janvier 2004. Le périple égyptien de Sarkozy quatre jours avant le crash n’est en revanche pas évoqué. Et pourtant, on aurait voulu retirer au ministre des Cultes le bénéfice de ce que la plus haute autorité mondiale de l’islam sunnite ne pouvaient pas décemment lui refuser, diplomatie oblige, que l’on ne s’y serait pas pris autrement.

Pascal Olivier