Les rocardiens Manuel Valls à Matignon et Michel Sapin à Bercy, nous voilà parés pour le virage «social-démocrate» annoncé par François Hollande ! Sauf qu’en France, pays latin, il n'y a pas, il n'y a pas eu et il n'y aura pas de social-démocratie, comme il y en eut naguère en Allemagne, au Royaume-Uni et en Scandinavie. Nous sommes passés d'un syndicalisme révolutionnaire, de combat, l'anarcho-syndicalisme, à un syndicalisme indépendant des partis politiques (Charte d'Amiens de 1906). Le syndicalisme révolutionnaire faisait lui-même débat au sein de la classe ouvrière (avec en filigrane la question de l’autonomie ouvrière) comme l’atteste la controverse entre Pierre Monatte et Errico Malatesta. Malgré les relations incestueuses entre le PCF et la CGT, nous n'avons jamais eu l'équivalent d'un Labour ou d'un SPD, relais d'un syndicalisme de masse.

Le virage «social-démocrate» n’est donc que le faux-nez d’une politique ultra-libérale, droitière et anti-nationale amorcée en 1983. Michel Rocard le mentor de Valls et de Sapin déclarait le 2 septembre 2010 à l'université d'été du Medef : « L’urgence est qu’il va falloir finir par tomber d’accord pour dire : les souverainetés nationales ont dépassé leur stade d'efficacité, elles entrent dans la période de la nuisance ». Ce cri du cœur a été prononcé en plénière par Michel Rocard, en début d’après-midi, les joues rosies (in vino veritas !), assis à la tribune à côté de Pascal Lamy lui-même assis à côté de Dominique Reynié un tantinet gêné par autant de franchise. Quant à Pascal Lamy proche de François Hollande, il a plaidé mercredi dernier pour des «petits boulots» payés en dessous du Smic. «Pascal Lamy à l’O.M.C. et DSK au F.M.I. les socialistes français sont à la tête du capitalisme mondial» avait naguère fait remarquer Jean-Pierre Chevènement.

Lors d’une autre université d’été, celle du MRC, le 14 septembre dernier, Manuel Valls avait clairement annoncé la couleur (un peu avant la 52e minute) : «Cher Jean-Pierre, je connais tes qualités de théoricien et d’animateur d’idées. Je suis avec attention les travaux menés au sein de la Fondation Res Publica que tu présides. Mais j’avoue qu’une de tes dernières publications, « Les scenarii de dissolution de l’Euro » m’a laissé perplexe. Non, je ne crois pas que l’euro soit responsable de la crise que nous vivons. Il est la traduction et le symbole du projet Européen. Il est aussi un signe qui dit que l’Europe est unie dans la nouvelle compétition internationale». La confiture ce n’est pas pour les cochons, cette étude commandée à Jacques Sapir et Philippe Murer, Les scenarii de dissolution de l'euro, est un précieux outil pour les patriotes, Florian Philippot et Marine Le Pen ne s’y sont pas trompés. DLR et le FN auraient intérêt à annexer ce document à leur programme.

Les choses sont on ne peut plus claires. Ils ont l’intention de nous sacrifier sur l’autel du veau d’or qu’est l’euro. Michel Sapin et Manuel Valls sont les prêtres les mieux indiqués pour accomplir cette immolation.

Le «hollandisme révolutionnaire», prophétie d’Emmanuel Todd, faisait le pari qu’avec un inévitable effondrement de l’économie, François Hollande, le bébé Jospin-Delors, serait alors dans l’obligation de défaire l’euro et la construction européenne tels que nous les connaissons. Todd saura à l’avenir qu’il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour la fausse gauche de retrouver le chemin de la République.

Pascal Olivier