«Bien fait pour la gueule des Ricains» pensaient les camarades CGT de Pierre Cassen. C’est ce que j’ai pensé à l’époque et que je pense encore au delà de la naturelle compassion pour les victimes et pour le peuple américain. J’ai éprouvé un immense soulagement rempli d’espoir, presque une joie : les alliés islamistes des Américains se retournaient contre leur protecteur, le cauchemar allait enfin s’arrêter.

Le fait est qu’il y eut une pause (de courte durée) : les troupes d’Al-Qaïda arrivées en Bosnie à la faveur des manœuvres de l’Otan furent expulsées, il fut mis un arrêt à la progression militaire des Albanais dans l'Ancienne République Yougoslave de Macédoine bien que les Américains interdissent aux autorités de juger les terroristes albanais. La géopolitique américaine - décrite par Zbigniew Brzeziński dans Le Grand Echiquier - marquait le pas. Elle consistait, en favorisant une influence islamique et turque jusque sur les rives de l’Adriatique, à empêcher le continent européen libéré du mur de Berlin de devenir un acteur stratégique indépendant ; elle recréait une séparation entre le protectorat ouest-européen et le monde orthodoxe slave.

Je n’ai pu m’empêcher de penser à toutes les horreurs et à tous les malheurs qu’avait engendrés l’alliance stratégique conclue entre les Etats-Unis et ce que l’Arabie comptait de plus obscurantiste et de plus rétrograde, les Ibn Saoud. L’Arabie séoudite est le seul Etat du monde à porter le nom d’une famille ! Ce sont de riches séoudiens qui financent la construction des mosquées à la surface du globe ainsi que le jihad. Les auteurs de l’attentat étaient des séoudiens instruits appartenant aux classes aisées. J'aime à le rappeler aux niais ou aux malhonnêtes (les deux existent) qui professent que le terrorisme islamique prospère sur le terreau fertile de la misère et de l'ignorance. Ces alliés de l'Empire en Afghanistan, dans les Balkans et ailleurs ne supportaient plus la présence en Arabie séoudite - toute entière assimilée à une grande mosquée - de leurs amis les troupes «impies» américaines qui y avaient pris pied, depuis qu'ils avaient contre l'Irak, volé au secours de ce que la planète compte de plus rétrograde et de plus jihadiste : les théopétromonarchies. Il est vrai que la première armée du monde pouvait encore se permettre quelques reliquats de dignité. Ce ne fut pas le cas de nos gendarmes du GIGN humiliés par l’obligation de se convertir à l'islam pour pouvoir voler au secours des Ibn Saoud en donnant l'assaut contre ceux qui s'étaient emparés de la Grande Mosquée de la Mecque en 1979. C’était il y a 32 ans sous le règne de Giscard, la gauche n’y était pour rien !

On a beaucoup reproché à Bush junior ses «croisades» contre l’islam en réaction à l’attentat . Je ne voyais pas où il y avait croisade à part dans le discours, tout au plus une réitération moderne de la quatrième croisade contre nos frères orthodoxes dans les Balkans. La guerre de religion planétaire n’eut pas lieu, bien au contraire. Le coup venait d’Arabie séoudite, il ne lui fut pas rendu. Il n’y eut pas en retour pour laver l’affront quelques Tomahawks envoyés sur les deux mosquées (La Mecque et Médine). L’émasculation des deux élévations humaines les plus hautes de l’époque, les Twin Towers, est lourde de sens pour l’islam très attaché à sa suprématie érectile. Dans le monde musulman mosquées et minarets doivent impérativement dominer clochers et églises. L’Arabie séoudite avait même exigé (sans succès) que la mosquée de Rome soit plus haute que Saint Pierre du Vatican ! Le fait est qu’aujourd’hui la plus haute élévation construite par l’homme se trouve dans le Golfe, Burj Khalifa, une tour de 828 mètres à Dubaï !

En guise de «croisade» les américains nous gratifièrent d’une énième guerre du pétrole en Irak, l’un des Etats le plus séculier du monde arabe, à des années-lumière d’une quelconque responsabilité dans l’attaque du 11 septembre. Et voilà comment après avoir pris l’Afghanistan aux Russes pour le rendre à son obscurantisme, comment après avoir contribué à la création d’un Etat musulman au cœur de l’Europe, la Bosnie plaque tournante des attentats, comment après avoir arraché le Kossovo à la Serbie, l’Oncle Sam installait à la place de l’Irak trois satrapies islamiques qui excluaient de fait les chrétiens irakiens de ce berceau de la chrétienté. Jolie croisade en effet !

Divine surprise, nous n’étions pas très chauds en France et en Allemagne pour prendre part à cette guerre. Qu’est-ce qui avait donc tant changé depuis 1990-1991 date de la première «ratonnade électronique» (1) contre l’Irak, celle qui avait fait presque l’unanimité à l’exception très remarquée et remarquable de Jean-Pierre Chevènement ? Qu’est-ce qui mettait cette fois-ci Chirac et Villepin dans le camp des justes ? Etait-ce le résultat des signes de faiblesse qu’avait donnés les Etats-Unis avant le 11 septembre, faiblesse brutalement exacerbée par le sentiment de vulnérabilité occasionné par la première grosse attaque sur son sol depuis la seconde guerre mondiale ? Etre attaqué par des anciens alliés et ne pas être soutenu par d’autres est effectivement un signe que le maître n’est plus tout à fait le maître. On peut comprendre le ressentiment qu’ont éprouvé les Américains. Mais il ne faut pas se réjouir trop vite, cette apparente rédemption de Chirac et ce magnifique discours de Villepin à l’ONU cachaient autre chose. Cette fois-ci, en 2003, il ne s’agissait pas de faire la guerre aux orthodoxes ou de voler au secours des théopétromonarchies, on pouvait donc légitimement craindre en France une brutale réaction, voire un soulèvement de la part de ceux qui font allégeance à la «oumma». Chirac était en outre effrayé par la perspective de voir la Turquie récupérer une ex-province de l'Empire ottoman, Mossoul. C'était en effet la condition qu'avait posée la Turquie pour être de l'expédition. N’ayant pas obtenu gain de cause elle ne participa pas à cette guerre.

Avec l’avènement d’Obama il y eut le fameux discours du Caire qui consacra l’islam comme une religion de l’Empire un peu comme l’Edit de Milan de Constantin en 313 consacra le christianisme comme une religion de l'Empire avant qu'il ne devienne plus tard «la» religion de l'Empire. Les vassaux européens eurent droit à des remontrances sur la question du voile islamique. Un imam islamiste a même obtenu le droit d’ériger une mosquée dans le périmètre de «Ground Zero», alors que le seul édifice religieux détruit par l’attentat, une église orthodoxe grecque construite en 1916 et qui se trouvait au pied des tours jumelles est interdite de reconstruction comme si le pacte d’Omar s’appliquait d’ores et déjà dans le Nouveau Monde.

Nous nous sommes beaucoup émus de la relégation dans les programmes d'histoire de Clovis, de Louis XIV, de Napoléon etc.. Voici des extraits d’un câble diplomatique de l'Ambassade américaine en France classé confidentiel et dévoilé par Wikileaks, daté de janvier 2010 et intitulé, Stratégie d'engagement auprès des minorités :

« De plus, nous continuerons et renforcerons notre travail avec les musées français et les enseignants pour réformer le programme d’histoire enseigné dans les écoles françaises, pour qu’ils prennent en compte le rôle et les perspectives des minorités dans l’histoire de France ».

« Restant fidèle à l’histoire unique de la France et de ses traditions, l’ambassade de Paris a créé une stratégie d’engagement pour les minorités qui englobe, entre autres groupes, les populations musulmanes françaises.  »

«En s’appuyant sur notre travail avec les deux sites Web de premier plan axés vers les jeunes musulmans de langue française — oumma.fr et saphirnews.com – nous soutiendrons, formerons et investirons dans des médias et des militants politiques qui partagent nos valeurs.»

Le déclin de l’Empire américain n’est pas étranger au vent de liberté et de révolte contre l’islam qui commence à souffler en Europe. L’islam utilisé comme fer de lance religieux de l’Empire aiderait les Etats-Unis dans leur volonté de continuer à diriger seuls le reste du monde. Une course est engagée, pour nous libérer de l’islam, il faut nous libérer assez vite de l’Empire.

Pascal Olivier (Article publié le 12 septembre 2011 dans Riposte laïque)

(1) Expression empruntée de mémoire à Régis Debray .