Contribution présentée par Pascal Olivier pour le congrès national du MRC - Paris 26 et 27 juin 2010

L’oligarchie mondialisée semble préférer Dominique Strauss-Kahn à Nicolas Sarkozy. Le PCF ne veut plus du mot « nationalisation », trop de relents nationalistes ! Bientôt ce sera fasciste de vouloir des services publics.

« Aiguillon républicain » d’une gauche finissante, est-ce un rôle à la hauteur de l’enjeu ? Le dernier carré de la gauche, le MRC, seul espoir qui reste pour ressusciter la gauche, est-il en train de gâcher ses chances ?

De la question islamique en France

Sur la question du voile intégral « nous avons été au-dessous du niveau de la mer » pour reprendre une expression célèbre d’Elisabeth Badinter sur le traitement  de la polygamie par la gauche au pouvoir. Le MRC qui devrait être en première ligne pour rejeter la « judiciarisation » du débat politique s’est comporté comme une antichambre du Conseil d’Etat. Ce n’est pas son rôle. Si interdire le voile intégral est anticonstitutionnel on demande au souverain de se prononcer par référendum, si c’est contraire à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, on demande un protocole additionnel et cela d’autant plus aisément que son article 9 est un dévoiement, entre autres à force de précisions rajoutées, de l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

La question islamique devient centrale en France, autant que la crise, le peuple le sent bien. Nos lacunes, nos carences et nos fautes sur cette question font nous confondre avec la fausse gauche. C’est dommage parce que sur le reste les événements nous donnent raison. Qui d’autre mieux que nous a le devoir impérieux de critiquer et de s’opposer au droitier et gauchicide islam, loi et doctrine politique figées, érigées en dogme et sacralisées, à la spiritualité toute relative mais avec un liant fort qui cimente la oumma ?

Il va falloir remettre en cause beaucoup de certitudes, penser et repenser. « Face à la question islamique, la laïcité n’est d’aucun secours » prévient Pascal Hilout, né Mouhamad, d’une mère intégralement voilée, et rédacteur à Riposte laïque. Il commence ainsi sa conférence : « A mon sens, la laïcité, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, est un pays de Cocagne pour le communautarisme à base de religion islamique. » http://www.ripostelaique.com/Face-a-la-question-islamique-la.html

De la question turque

Comme pour nous confondre encore plus avec la fausse gauche, notre Programme de Salut public par son article 10 fait sien le sophisme de Michel Rocard : celui qui consiste à prétendre que l’Europe, ayant renoncé à la puissance politique n’est plus qu’une vaste zone de libre-échange, et que dans ce cas, l’adhésion de la Turquie ne pose pas de problème.

La Turquie, quant à elle, n’a pas renoncé à la puissance politique. Recep Erdogan tente de mettre en application sa déclaration du 5 octobre dernier « Restaurer la grandeur de l’Empire ottoman », notamment par son action téléguidée aux confins des eaux territoriales de Gaza sous blocus et des eaux internationales. L’Empire turc ne peut pas « restaurer la grandeur de l’Empire ottoman », coincé entre l’Empire russe et l’Empire perse. Il a besoin de la profondeur européenne pour se faire. La lui offrir est une faute politique, stratégique et historique.

L’Europe a renoncé à la puissance pour se mettre sous le parapluie de l’OTAN. Les Etats-Unis s’empressent par ailleurs d’y faire entrer tout candidat à l’Union européenne avant son adhésion. Il faut que la carte de l’Union européenne colle avec celle de l’OTAN. Les Etats-Unis pèsent de tout leur poids pour nous imposer l’adhésion de la Turquie avec ses 800 000 hommes sous les drapeaux, deuxième armée de l’OTAN. Brzezinski et Huntington préconisaient un nouveau rideau de fer après la chute du mur de Berlin pour séparer le monde orthodoxe slave du reste de l’Europe. La Turquie est une carte maîtresse des Etats-Unis pour empêcher que le protectorat Ouest-Européen ne devienne un acteur stratégique indépendant en opérant la naturelle jonction avec la Russie. La géopolitique étasunienne coïncide avec celle de la Turquie en Asie centrale, dans le Caucase et dans les Balkans. Le récent rapprochement russo-turc n’est que de circonstance, dû à la démonstration de force de la Russie en août 2008. Cela n’empêche pas que La Turquie en Europe serait le meilleur moyen de nous éloigner, voire plus de la Russie.

Si cet article 10 est maintenu tel quel, il y aura donc unanimité sur le sujet, de l’extrême-gauche au centre-gauche, à l’exception peut-être de Laurent Fabius, en total décalage avec le peuple et contre ses intérêts.

Oui à une politique méditerranéenne intégrant la question turque ; mais sans perdre de vue que nous avons à faire à une Turquie très peu respectueuse des souverainetés : incursions militaires fréquentes en Irak, blocus de l’Arménie depuis 15 ans, occupation et colonisation de Chypre, refus de reconnaissance de Chypre pourtant membre de l’Union européenne, refus d’étendre le protocole d’Ankara à Chypre, harcèlement militaire permanent de la Grèce provocant des engagements fréquents.

Donner des gages à la Turquie n’est pas une garantie de paix, c’est même plutôt risqué. Souvenons-nous début 1996, juste après l’entrée en vigueur du protocole d’Ankara qui supprimait les barrières douanières entre l’Union européenne et la Turquie - ce qui correspond à l’entrée dans l’ancienne CEE - la Turquie s'autorise à revendiquer mille puis trois mille îles grecques remettant en cause le traité de Lausanne de 1923 et le traité de paix de Paris de 1947. Les turcs envahissent l’îlot d’Imia et nous échappons de peu à une conflagration. Le 17 décembre 2004 la Turquie salue à sa manière la décision du Conseil européen d’ouvrir des négociations d’adhésion avec elle, malgré son obstination à ne pas reconnaître Chypre, en survolant la Grèce continentale à basse altitude avec une armada de chasseurs et de bombardiers.

Du dialogue des civilisations

« Vœux pieux, exorcisme, mantra, exutoire » (Régis Debray) ou « moulin à prière » (Hubert Védrine) que cet improbable « dialogue des civilisations ». Les civilisations ne dialoguent pas ! Evitons le mièvre et le ridicule. Ce serait dommage que le MRC, rare parti qui verse dans la production théorique de qualité s’abaisse à des considérations de patronage.

Il n’y a pas affrontement entre l’Occident et le monde musulman mais plutôt alliance pour assujettir les peuples. L’Occident a jadis favorisé le jihad en Afghanistan, le favorise en Asie Centrale, dans le Caucase, dans les Balkans et ailleurs. Les Etats-Unis en envahissant l’Irak se sont attaqués à un des Etat les plus séculier du monde musulman. Ils ne se sont justement pas attaqués à l’Arabie Saoudite ou au Pakistan. En Irak comme dans les Balkans et ailleurs, on favorise l’émergence de satrapies islamiques. Ce sont les descendants des passagers du Mayflower qui ont réemburqiné les afghanes qu’avait libérées l’Armée rouge. Ce sont les mêmes qui ont favorisé l’islam contre la gauche arabe, ultime tentative des chrétiens d’Orient à travers les partis laïques, panarabes et progressistes pour devenir des citoyens à part entière. Et que dire du massacre de 500 000 communistes, encouragé par l’oncle Sam dans une Indonésie qui bascule aujourd’hui dans l’obscurantisme. Il s’agirait donc d’en finir avec les souverainetés, les nations, la démocratie et la solidarité pour une « gouvernance mondiale » ! Et si l’islam était l’instrument rêvé ? Quoi de mieux qu’une loi à prétention universelle profondément inégalitaire, ségrégationniste et coercitive ? Obama-Caracalla ou l’un de ses successeurs pourrait bien se transformer en Obama-Constantin et organiser l’islam en fer de lance religieux de l’Empire. Voilà qui aiderait bigrement les Etats-Unis dans leur volonté de continuer à diriger seuls le reste du monde. Oussama Ben Laden pourra à nouveau déclarer comme il le fit dans les années 90 au directeur des cahiers de l’Orient, Antoine Sfeir : « les Etats-Unis sont un don du ciel ». La diplomatie américaine semble déjà avoir choisi son camp en France, elle est présente lors de l’inauguration de mosquées comme à Saint-Etienne en compagnie d’un ministre algérien connu pour faire la chasse aux chrétiens dans son pays.

De la nostalgie en guise de conclusion

« La nostalgie n’est pas de mise » peut-on lire à la fin de notre Programme de Salut public.

Pourtant la nostalgie est le seul sentiment authentiquement révolutionnaire. En 1792 il y a une volonté de retour à un idéal civique antique, en 1848 il y a la nostalgie de 1792, derrière Marcos il y a Bolivar.

« Et si la République, qui est d'hier, revenait demain ? Ce ne serait pas la première pirouette de l'opéra-planète qui n'a jamais cessé de suivre en son for intérieur le mot d'ordre de Giuseppe Verdi : « Tournons-nous vers le passé, ce sera un progrès ». Pour être résolument modernes, osons être archaïques. C'est en ressuscitant l'Antiquité gréco-romaine que les hommes de la liberté, ces grands nostalgiques, enjambant le XVIIIème vers l'arrière, ont devancé tous leurs contemporains. Nous oublions trop que l'Ancien Régime, c'était leur modernité à eux. Ne la trouvant pas assez moderne, ils vainquirent l'ancien par l'antique : le style Louis XV par la rhétorique Brutus, Boucher par David. L'invention du futur a de ces ruses, comme si l'histoire, parfois, devait reculer pour mieux sauter. » Extrait de Etes vous démocrate ou républicain ? de Régis Debray dans le Nouvel Observateur du 30 novembre 1989.

Nous avons une lourde responsabilité devant l’Histoire. Si nous n’arrivons pas à sauver la gauche, les républicains et les patriotes de l’autre rive auront fort à faire avec la multitude des princes Salina sans foi ni loi dont la droite est truffée, et qui changeront tout pour que tout demeure, quitte à passer à l’islam. On reconnaît un conservateur au fait qu’il n’a aucune nostalgie constate Régis Debray. Soyons révolutionnaires, ayons de la nostalgie. De nous dépend que l’oppression ne demeure plus.