La tour Eiffel souillée par les couleurs turques
Par Pascal Olivier le mercredi 7 octobre 2009, 18:58 - Lien permanent
Ceux qui ont choisi de souiller la tour Eiffel par les couleurs turques sont de la même engeance que ceux qui, en 1999, dans le cadre d'une offensive de l'OTAN sans mandat onusien, ont applaudi aux bombardements de Belgrade par l'aviation turque. La Serbie à peine sortie de la nuit ottomane, et après avoir vaillamment combattu à nos cotés durant les deux guerres mondiales se retrouvait aux prises avec les héritiers des collabos et convertis de la Porte et sous les bombes de ses anciens bourreaux non repentis. Enfants de la Grande Révolution, qui se devaient de porter haut l’idée de nation contre les empires, qui se devaient de marcher dans les pas de Guiseppe Garibaldi et de Lord Byron, qui avaient appris de Jaurès à conjuguer patriotisme et internationalisme, ils se sont avérés, zélateurs d’une Turquie bras séculier de l’hyperpuissance, être les héritiers d’Adolphe Thiers et de Robert Brasillach.
Tirons les enseignements de ce qui se passe aujourd’hui dans la zone arabe de l’ex Empire ottoman où se rejoue le drame qui s’est déroulé en Asie mineure le siècle dernier. La tentative des chrétiens d'Orient pour devenir des citoyens à part entière a échoué. Leurs luttes aux cotés des musulmans contre le colonialisme et l'impérialisme turco-ottoman puis occidental, leur promotion de l’arabité, la création des partis laïques et progressistes panarabes, socialistes et communistes, dont ils sont largement à l’origine, ne produit plus l'effet escompté. Ils avaient tout de même tant bien que mal globalement échappé pendant quelques décennies au funeste sort des communautés chrétiennes d'Asie mineure, arménienne, grecque, syriaque et nestorienne dont la destruction fut totale. Le même ressentiment, qu’avaient provoqué les «Tanzimat» au XIXe siècle en Asie mineure auprès des musulmans qui ne supportaient pas de voir juifs et chrétiens accéder aux mêmes droits qu'eux, est à l’œuvre aujourd’hui dans le monde arabe. C'est la notion d'islamité qui remplace peu à peu celle d'arabité, cette dernière supposait une communauté de destin entre chrétiens et musulmans, la notion d'islamité suppose l'éviction des chrétiens. C'est ce qui se passe aujourd'hui en Mésopotamie et en Palestine. En Egypte c'est la recrudescence des pogroms contre les coptes.
Aujourd’hui que les chrétiens d’Orient ne sont plus que des «indiens d’Amérique» qu’il faudra bientôt mettre dans des réserves, que les juifs du monde arabe ne sont plus, que le monde musulman est retourné à l’obscurité, je crains que ce ne soit bientôt nous, les européens, qui remplissions le rôle jadis dévolu aux chrétiens d’Orient. Un rôle de modérateur, de transmetteur, de passeur, le tout dans une position inconfortable de soumission et de persécution.
Eh bien non, il n’y a pas de fatalité, ne sortons pas de l’histoire, il nous faut nous ressaisir, d’autant plus qu’il est vain de déposer dans l’islam les ferments de la laïcité et des Lumières, cela ne prend pas. L’humanisme antique a pu être distillé dans le christianisme. Que faire avec le Coran inlibration de Dieu, livre incréé selon le dogme, donc anhistorique ? Que faire avec le «beau modèle» à imiter en tout point, l’exécrable Mahomet ? Sur cette question et uniquement sur cette question Atatürk avait raison.
Je suis triste quand je vois les pathétiques efforts des arméniens et autres petits enfants des victimes de la barbarie turque œuvrer pour que la Turquie fasse amende honorable. S’ils doivent cela aux morts afin de leurs offrir une sépulture, ils perpétuent par la même occasion la tradition chrétienne de rédemption en voulant réintégrer la Turquie dans la communauté des hommes. C’est un présent immérité, une grâce qu’ils lui offrent. Puisque la Turquie s’obstine dans la négation et persiste dans de nouvelles infamies, ne vaut-il pas mieux la laisser continuer à errer dans une damnation éternelle ?
Ceux qui croient à une pacification par le processus d’adhésion de la Turquie à l’Europe font preuve d’irénisme. Croire que la Turquie consentira à des délégations de compétences ou à des transferts de souveraineté est utopique. Elle ne rentrera en Europe qu’en position dominante, lorsque le nombre d’habitants de la Turquie ajouté à celui des turcophones d’Asie centrale et à celui des musulmans d’Europe le lui permettra. Le premier ministre turc Recep Erdogan a affirmé le 5 octobre dernier que son ambition est de «restaurer la grandeur de l’Empire ottoman».
Toute concession octroyée à la Turquie est assimilée à un signe de faiblesse. En 1996, la conflagration gréco-turque évitée de justesse après l’invasion de l’îlot d’Imia, ainsi que la revendication de mille, puis de trois mille îles grecques, sont intervenues juste après l’entrée en vigueur du protocole d’Ankara qui supprimait les barrières douanières entre la Turquie et l’Union européenne ce qui correspond à l’entrée de la Turquie dans l’ancienne C.E.E. L’Union européenne fait fausse route. Sa croyance en la fin de l’histoire et en la fin des nations est une hérésie, une faute. Elle nous désarme.
La Russie nous montre le chemin. La Turquie qui armait et entraînait l’armée géorgienne, avant l’intervention russe en août 2008, a parfaitement compris le message. Le récent et inquiétant rapprochement russo-turc n’est dû qu’à la démonstration de force de la Russie. Avec elle, aujourd’hui, la Turquie file doux. La guerre de Géorgie nous a aussi probablement évité une nouvelle guerre de Crimée autour la question de la flotte russe à Sébastopol. Honteuse guerre de Crimée et honteuse coalition dans laquelle les britanniques nous ont embarqué aux cotés des ottomans et sans laquelle la Russie aurait probablement rendu à l’Europe l’une de ses plus glorieuses capitales, Constantinople. Je ne sais pas si la troisième Rome a toujours le dessein de replacer la croix orthodoxe au sommet de la coupole de Sainte-Sophie, mais son besoin d’accès aux mers chaudes est une certitude.
Boycotter la saison de la Turquie c'est le début de la sagesse, c’est se comporter en homme libre, c'est contribuer à sauver l'honneur de la Ville lumière et de la France.
Pascal Olivier