La démocratie n'est pas un article d'exportation
Par Pascal Olivier le mercredi 4 février 2009, 02:43 - Lien permanent
“La démocratie n’est pas un article d’exportation”, devait affirmer Jean-Pierre Chevènement le 19 décembre dernier à la Maison franco-japonaise de Tokyo. Après avoir marché dans les pas de Jaurès lors de la guerre du golfe, il adapte à notre siècle la fameuse formule attribuée à Léon Gambetta, “l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation”.
Il est vrai qu’imposer la démocratie dans le monde musulman c’est à peu près la certitude de voir les islamistes accéder au pouvoir. C’est ce qui arriva en 2006 en Palestine. Envolé le rêve d’une Palestine libre, laïque et démocratique. Ce rêve, c’était pourtant il n’y a pas si longtemps, avant que les chrétiens palestiniens, ceux qui étaient là avant la conquête arabe, ceux qui ont la mémoire la plus longue comme le dit si justement Régis Debray de retour de son voyage en Terre sainte, ne subissent les persécutions de leurs compatriotes musulmans. Jadis un cinquième de la population, aujourd’hui un cinquantième, avec eux s’en est allée l’âme de la Palestine. Leur disparition n’annonce pas seulement la fin d’une Palestine laïque et démocratique, mais aussi l’affaiblissement de la notion même de nation palestinienne. L’hypothétique futur Etat palestinien ressemblera plus à une satrapie islamique ayant une allégeance supranationale à la “Oumma”, la matrie en traduction littérale, et qui se rêvera en “wilaya” d’un califat islamique.
C'est paradoxalement la perspective du règlement de la question nationale palestinienne en 2000 à Taba où nous sommes passés à un cheveu d'un accord qui a engendré toutes ces violences : deuxième intifada, persécution des chrétiens palestiniens pourtant à l’avant-garde de la lutte de libération et actes antisémites en France et en Europe. Les ethnopsychiatres le savent bien ce n'est ni l'arrachement ni l'exil qui provoquent le plus de troubles, c'est le moment critique où l'on sent qu'il faut faire le deuil de ce qu'on est et s'intégrer dans la société d'accueil qui provoque le plus de violences intérieures et de maladies . Or un Etat palestinien c'est le deuil de la Palestine historique et on peut comprendre que cela soit une souffrance. Et quand on sait que le "cheveu" en question portait sur Jérusalem - Yasser Arafat aurait reculé déclarant : “Pour Jérusalem j’ai 1,4 milliard de musulmans derrière moi” - on comprend mieux comment on est passé d'une guerre de libération nationale dont on avait entrevu l’aboutissement à une guerre de religion. La conclusion est qu'il faut un Etat palestinien mais qu'il ne faut surtout pas croire que ce sera une garantie pour la sécurité d'Israël et du Monde.
Il faut évidement discuter avec tout le monde, y compris avec le Hamas, malgré son ingérence dans nos affaires intérieures au moment de la loi sur la laïcité de mars 2004, malgré sa charte, malgré son intention de rajouter la conquête de Rome à celle de Constantinople, malgré sa volonté de contribuer à l’établissement d’un califat mondial islamique. La Russie l’a fort bien compris qui dès le verdict des urnes a reçu officiellement un dignitaire du Hamas pour entrevoir le devenir des lieux saints de la chrétienté. Vladimir Poutine s'est posé en seul héritier européen des lointaines capitulations inaugurées par François 1er. De Moscou la troisième Rome on en attendait pas moins.
“La République est une exigence dans l'ordre intérieur, mais aussi dans l'ordre extérieur. C'est l'exigence d'une parole juste et libre !” Conclusion de Jean-Pierre Chevènement le 14 janvier dernier au Sénat à propos de Gaza. Chiche.
Pour ce qui est de l’ordre extérieur abordons par exemple la question des violations du droit international par la Turquie, pas seulement ses incursions en Irak, son blocus depuis 15 ans de l’Arménie, la rétention des eaux de l’Euphrate au détriment de la Syrie et de l’Irak, l’occupation et la colonisation de Chypre, mais également une question très peu abordée par nos médias, le harcèlement militaire de la Grèce. Violation continuel de l’espace aérien et maritime de la Grèce par l’armée turque provoquant des engagements, casus belli annoncé par la Turquie au cas où la Grèce appliquerait les accords internationaux sur l’étendue des eaux territoriales, refus de s’en remettre au tribunal international de La Haye pour l'arbitrage des différents. Les gages - aveu de faiblesse - donnés par l’Union européenne à la Turquie, n’ont fait qu’aggraver la situation . C’est ainsi que début 1996, après l’entrée en vigueur du protocole d’Ankara qui supprimait les barrières douanières entre l’Union européenne et la Turquie, celle-ci s'autorise à revendiquer mille puis trois mille îles grecques remettant en cause le traité de Lausanne de 1923 et le traité de paix de Paris de 1947. Les turcs envahissent l’îlot d’Imia et nous échappons de peu à une conflagration. Le 17 décembre 2004 la Turquie salue à sa manière la décision du Conseil européen d’ouvrir des négociations d’adhésion avec elle malgré son obstination à ne pas reconnaître Chypre, en survolant à basse altitude la Grèce continentale avec une armada de chasseurs et de bombardiers.
Pour ce qui est de l’ordre intérieur, la parole juste et libre à l’heure où la France se couvre de mosquées, où nos voisins britanniques instituent des tribunaux islamiques, où l’Organisation de la Conférence Islamique veut nous imposer le délit de blasphème et la fin de la liberté d’expression, où un récent sondage CSA/Le Monde des religions indique que 54% des musulmans en France sont pour l’application de la charia et 70% pour le port du voile islamique, la parole juste et libre c’est d’exiger de nos compatriotes musulmans qu’ils soient au moins autant désislamisés que nous sommes déchristianisés. Prenons au mot ceux qui nous reprochent de les considérer comme indignes des valeurs universelles et qui nous renvoient à la figure cette fameuse formule de Gambetta, aidons les à se désislamiser.
Pour finir je laisse à méditer les vœux à notre adresse d’un exarque alépin : “Pour nous c’est terminé, ce que nous voulons maintenant c’est votre salut.”
Pascal OLIVIER