Le blog de Pascal OLIVIER

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jeudi 14 janvier 2010

Comment on doit gouverner les États ou principautés qui, avant la conquête, vivaient sous leurs propres lois

Quand les États conquis sont, comme je l’ai dit, accoutumés à vivre libres sous leurs propres lois, le conquérant peut s’y prendre de trois manières pour s’y maintenir : la première est de les détruire ; la seconde, d’aller y résider en personne ; la troisième, de leur laisser leurs lois, se bornant à exiger un tribut, et à y établir un gouvernement peu nombreux qui les contiendra dans l’obéissance et la fidélité : ce qu’un tel gouvernement fera sans doute ; car, tenant toute son existence du conquérant, il sait qu’il ne peut la conserver sans son appui et sans sa protection ; d’ailleurs, un État accoutumé à la liberté est plus aisément gouverné par ses propres citoyens que par d’autres.

Les Spartiates et les Romains peuvent ici nous servir d’exemple.

Les Spartiates se maintinrent dans Athènes et dans Thèbes, en n’y confiant le pouvoir qu’à un petit nombre de personnes ; néanmoins ils les perdirent par la suite. Les Romains, pour rester maîtres de Capoue, de Carthage et de Numance, les détruisirent et ne les perdirent point. Ils voulurent en user dans la Grèce, comme les Spartiates ils lui rendirent la liberté, et lui laissèrent ses propres lois mais cela ne leur réussit point. Il fallut, pour conserver cette contrée, qu’ils y détruisissent un grand nombre de cités ; ce qui était le seul moyen sûr de posséder. Et, au fait, quiconque ayant conquis un État accoutumé à vivre libre, ne le détruit point, doit s’attendre à en être détruit. Dans un tel État, la rébellion est sans cesse excitée par le nom de la liberté et par le souvenir des anciennes institutions, que ne peuvent jamais effacer de sa mémoire ni la longueur du temps ni les bienfaits d’un nouveau maître. Quelque précaution que l’on prenne, quelque chose que l’on fasse, si l’on ne dissout point l’État, si l’on n’en disperse les habitants, on les verra, à la première occasion, rappeler, invoquer leur liberté, leurs institutions perdues, et s’efforcer de les ressaisir. C’est ainsi qu’après plus de cent années d’esclavage Pise brisa le joug des Florentins.

Mais il en est bien autrement pour les pays accoutumés à vivre sous un prince. Si la race de ce prince est une fois éteinte, les habitants, déjà façonnés à l’obéissance, ne pouvant s’accorder dans le choix d’un nouveau maître, et ne sachant point vivre libres, sont peu empressés de prendre les armes ; en sorte que le conquérant peut sans difficulté ou les gagner ou s’assurer d’eux.

Dans les républiques, au contraire, il existe un principe de vie bien plus actif, une haine bien plus profonde, un désir de vengeance bien plus ardent, qui ne laisse ni ne peut laisser un moment en repos le souvenir de l’antique liberté : il ne reste alors au conquérant d’autre parti que de détruire ces États ou de venir les habiter.

Chapitre 5 du Prince de Nicolas Machiavel

lundi 9 novembre 2009

Du prétendu débat sur l'identité nationale

Eric Besson ne rate pas une occasion de citer Ernest Renan dans le cadre du prétendu débat qu'il a initié sur l'identité nationale. C'est pourtant Ernest Renan lui-même qui est censuré. Voilà le commentaire que j'ai posté le 5 novembre dernier sur le site officiel sensé accueillir ce débat, commentaire qui a fait l'objet d'une censure :

Que penserait Renan s'il se retrouvait parmi nous aujourd'hui ? "Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements." in Qu'est-ce qu'une nation ? Conférence donnée en Sorbonne en 1882 par Ernest Renan.

Les maints soulèvements, petits ou grands, dans les territoires perdus de la République aux cris d'allah akbar, la revendication d'une parité politique en lieu et place de l’égalité, l’allégeance supranationale à la «oumma», la séparation avec le voile islamique et jusque dans la mort avec la revendication de cimetières musulmans ainsi que les mosquées, lieux politiques d'extra-territorialité, sont-ils compatibles avec cette définition de la nation ? C'est Ernest Renan lui même qui nous donne la réponse. "L'islamisme (à l'époque on n'avait pas inventé la très peu pertinente discrimination entre islam et islamisme) ne peut exister que comme religion officielle ; quand on le réduira à l'état de religion libre et individuelle, il périra. L'islamisme n'est pas seulement une religion d'État, comme l'a été le catholicisme en France, sous Louis XIV, comme il l'est encore en Espagne, c'est la religion excluant l'État... L'islam est la plus complète négation de l'Europe ; l'islam est le fanatisme, comme l'Espagne du temps de Philippe II et l'Italie du temps de Pie V l'ont à peine connu". Discours au Collège de France en 1862.

Pascal Olivier

mercredi 7 octobre 2009

La tour Eiffel souillée par les couleurs turques

Ceux qui ont choisi de souiller la tour Eiffel par les couleurs turques sont de la même engeance que ceux qui, en 1999, dans le cadre d'une offensive de l'OTAN sans mandat onusien, ont applaudi aux bombardements de Belgrade par l'aviation turque. La Serbie à peine sortie de la nuit ottomane, et après avoir vaillamment combattu à nos cotés durant les deux guerres mondiales se retrouvait aux prises avec les héritiers des collabos et convertis de la Porte et sous les bombes de ses anciens bourreaux non repentis. Enfants de la Grande Révolution, qui se devaient de porter haut l’idée de nation contre les empires, qui se devaient de marcher dans les pas de Guiseppe Garibaldi et de Lord Byron, qui avaient appris de Jaurès à conjuguer patriotisme et internationalisme, ils se sont avérés, zélateurs d’une Turquie bras séculier de l’hyperpuissance, être les héritiers d’Adolphe Thiers et de Robert Brasillach.

Tirons les enseignements de ce qui se passe aujourd’hui dans la zone arabe de l’ex Empire ottoman où se rejoue le drame qui s’est déroulé en Asie mineure le siècle dernier. La tentative des chrétiens d'Orient pour devenir des citoyens à part entière a échoué. Leurs luttes aux cotés des musulmans contre le colonialisme et l'impérialisme turco-ottoman puis occidental, leur promotion de l’arabité, la création des partis laïques et progressistes panarabes, socialistes et communistes, dont ils sont largement à l’origine, ne produit plus l'effet escompté. Ils avaient tout de même tant bien que mal globalement échappé pendant quelques décennies au funeste sort des communautés chrétiennes d'Asie mineure, arménienne, grecque, syriaque et nestorienne dont la destruction fut totale. Le même ressentiment, qu’avaient provoqué les «Tanzimat» au XIXe siècle en Asie mineure auprès des musulmans qui ne supportaient pas de voir juifs et chrétiens accéder aux mêmes droits qu'eux, est à l’œuvre aujourd’hui dans le monde arabe. C'est la notion d'islamité qui remplace peu à peu celle d'arabité, cette dernière supposait une communauté de destin entre chrétiens et musulmans, la notion d'islamité suppose l'éviction des chrétiens. C'est ce qui se passe aujourd'hui en Mésopotamie et en Palestine. En Egypte c'est la recrudescence des pogroms contre les coptes.

Aujourd’hui que les chrétiens d’Orient ne sont plus que des «indiens d’Amérique» qu’il faudra bientôt mettre dans des réserves, que les juifs du monde arabe ne sont plus, que le monde musulman est retourné à l’obscurité, je crains que ce ne soit bientôt nous, les européens, qui remplissions le rôle jadis dévolu aux chrétiens d’Orient. Un rôle de modérateur, de transmetteur, de passeur, le tout dans une position inconfortable de soumission et de persécution.

Eh bien non, il n’y a pas de fatalité, ne sortons pas de l’histoire, il nous faut nous ressaisir, d’autant plus qu’il est vain de déposer dans l’islam les ferments de la laïcité et des Lumières, cela ne prend pas. L’humanisme antique a pu être distillé dans le christianisme. Que faire avec le Coran inlibration de Dieu, livre incréé selon le dogme, donc anhistorique ? Que faire avec le «beau modèle» à imiter en tout point, l’exécrable Mahomet ? Sur cette question et uniquement sur cette question Atatürk avait raison.

Je suis triste quand je vois les pathétiques efforts des arméniens et autres petits enfants des victimes de la barbarie turque œuvrer pour que la Turquie fasse amende honorable. S’ils doivent cela aux morts afin de leurs offrir une sépulture, ils perpétuent par la même occasion la tradition chrétienne de rédemption en voulant réintégrer la Turquie dans la communauté des hommes. C’est un présent immérité, une grâce qu’ils lui offrent. Puisque la Turquie s’obstine dans la négation et persiste dans de nouvelles infamies, ne vaut-il pas mieux la laisser continuer à errer dans une damnation éternelle ?

Ceux qui croient à une pacification par le processus d’adhésion de la Turquie à l’Europe font preuve d’irénisme. Croire que la Turquie consentira à des délégations de compétences ou à des transferts de souveraineté est utopique. Elle ne rentrera en Europe qu’en position dominante, lorsque le nombre d’habitants de la Turquie ajouté à celui des turcophones d’Asie centrale et à celui des musulmans d’Europe le lui permettra. Le premier ministre turc Recep Erdogan a affirmé le 5 octobre dernier que son ambition est de «restaurer la grandeur de l’Empire ottoman».

Toute concession octroyée à la Turquie est assimilée à un signe de faiblesse. En 1996, la conflagration gréco-turque évitée de justesse après l’invasion de l’îlot d’Imia, ainsi que la revendication de mille, puis de trois mille îles grecques, sont intervenues juste après l’entrée en vigueur du protocole d’Ankara qui supprimait les barrières douanières entre la Turquie et l’Union européenne ce qui correspond à l’entrée de la Turquie dans l’ancienne C.E.E. L’Union européenne fait fausse route. Sa croyance en la fin de l’histoire et en la fin des nations est une hérésie, une faute. Elle nous désarme.

La Russie nous montre le chemin. La Turquie qui armait et entraînait l’armée géorgienne, avant l’intervention russe en août 2008, a parfaitement compris le message. Le récent et inquiétant rapprochement russo-turc n’est dû qu’à la démonstration de force de la Russie. Avec elle, aujourd’hui, la Turquie file doux. La guerre de Géorgie nous a aussi probablement évité une nouvelle guerre de Crimée autour la question de la flotte russe à Sébastopol. Honteuse guerre de Crimée et honteuse coalition dans laquelle les britanniques nous ont embarqué aux cotés des ottomans et sans laquelle la Russie aurait probablement rendu à l’Europe l’une de ses plus glorieuses capitales, Constantinople. Je ne sais pas si la troisième Rome a toujours le dessein de replacer la croix orthodoxe au sommet de la coupole de Sainte-Sophie, mais son besoin d’accès aux mers chaudes est une certitude.

Boycotter la saison de la Turquie c'est le début de la sagesse, c’est se comporter en homme libre, c'est contribuer à sauver l'honneur de la Ville lumière et de la France.

Pascal Olivier

vendredi 18 septembre 2009

Quand la gauche s'éveillera, l'islam tremblera

Bravo à l'ensemble de la gauche, et particulièrement à Henri Emmanuelli, qui s'est opposé à l'amendement introduit par le Sénat, soutenu par le Gouvernement et voté par une droite sans foi ni loi en dernière lecture à L'Assemblée nationale le 17 septembre dernier, amendement qui permet de modifier le Code civil pour l'adapter à la charia en matière fiduciaire. "On introduit le droit islamique dans le droit positif français", a déclaré Henri Emmanuelli. "Cela nous heurte profondément. C'est inacceptable. Vous faites n'importe quoi."

La gauche serait-elle sur le point de recouvrer la charge morale de la nation dont elle est historiquement la dépositaire depuis la Grande Révolution ? Serions-nous sur le point de sortir du double brouillage gauche-droite introduit par l'exception gaullienne d'une part et par une contre-révolution déguisée en révolution, mai 68, d'autre part ? Si tel était le cas, nous éviterions, au moins en France, qu'une gauche finissante serve d’alibi, voire de supplétif, aux obscurantistes armées qui sourdent de partout en Europe, nous aurions gagné du temps et épargné de la peine, des larmes et du sang.

Nous pourrions même nous payer le luxe d'un bel affrontement idéologique gauche-droite, la droite faisant amende honorable en œuvrant pour la démigration, la gauche faisant amende honorable en œuvrant pour la désislamisation. Belle empoignade en perspective dont la France sortirait gagnante. Nonobstant la virulence du débat, les protagonistes auraient la même bienveillance pour leurs adversaires que celle dont font preuve les obscurantistes "modérés" vis à vis des obscurantistes "extrémistes" et vice et versa.

Le dénouement sous forme de dépassement pourrait être, inspiré du préambule de notre Constitution et et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : "Tout apostat à l'islam dans le monde, assimilé à un combattant de la liberté, est français de plein droit".

Pascal OLIVIER

lundi 7 septembre 2009

"Comprendre, vouloir, agir" c’est infiniment mieux que "Changer la vie"


Je publie le commentaire que j'ai posté sur le blog de Jean-Pierre Chevènement le 30 août dernier et dans lequel j'émets le souhait de le voir signer la pétition de "Riposte laïque". Ce commentaire fait suite à sa participation à l'université d'été du Parti Socialiste à la Rochelle. Il intervenait après Cécile Duflot qui avait fait sienne le titre du programme du PS de 1972 : "Changer la vie". JPC fit savoir qu'il était l'auteur du programme mais pas du titre et évoqua le programme de 1980 dont il était également l'auteur : "Comprendre, vouloir, agir".

«Comprendre, vouloir, agir» c’est infiniment mieux que «Changer la vie». Quand on a choisi de changer la vie c’est qu’on a renoncé à changer le monde. Tous les renoncements du Parti Socialiste étaient déjà inscrits dans cette formule en 1972.

"Aujourd'hui nous devons construire avec tous les républicains de progrès une nouvelle alliance majoritaire, des communistes au Modem" a déclaré Vincent Peillon lors de ses ateliers d’été. Il est vrai que «les mots n’ont pas de sens, ils n’ont que des emplois»(Ferdinand de Saussure), mais tout de même ! Taubira, de Sarnez, Hue et Cohn-Bendit, communautaristes et européistes, islamophiles et turcophiles pour certains d’entre eux, qualifiés de «républicains de progrès», c’est un comble. Faisait également partie de la «fête» l’ami des jihadistes bosniaques et albanais Edwy Plenel.

Il semble que nous aurons beaucoup de mal à empêcher que la gauche française ne rejoigne la gauche italienne au Panthéon des gauches défuntes. Les primaires en Italie ont contribué à la disparition de la gauche, mais son islamophilie n’a pas compté pour rien. Notre ex-camarade, Max Gallo, du temps où il était le meilleur niçois depuis Garibaldi, pensait qu’il fallait regarder de près les événements politiques italiens parce que souvent ils se produisent en France un peu plus tard. L’exemple italien, sa connaissance intime de la gauche française et la candidature de Ségolène l’ont probablement convaincu d’opter pour une retraite dorée en habit d’académicien à l’ombre du Berlusconi français. La Coupole en guise d’île de Caprera en quelque sorte. La conséquence est qu’il manque aujourd’hui un maillon dans l’arc intellectuel républicain entre Régis Debray et Alain Finkielkraut. «Islam : ne rien céder à la politique de l’apaisement» écrivait-il en 2006 lors de l’affaire des caricatures de Mahomet. Sur les événements de l’automne 2005, il fut l’un des très rares courageux à aborder la dimension confessionnelle du soulèvement (après la malencontreuse grenade lacrymogène aux abords d’une mosquée en plein ramadan) au milieu des couards qui cherchaient à conjurer le sort en ne voulant pas que se soit autre chose que du social. Entre les «pogroms antirépublicains» d’ Alain Finkielkraut et le «basculement civilisationnel» de Régis Debray, nous avions avec Max Gallo une articulation politique.

Il faudra faire sans lui. Force est de constater que nous sommes au MRC le dernier carré de la gauche. Nous portons une lourde responsabilité devant l’histoire. Même si nous sommes très au point sur la nation (à un bémol près), sur la sécurité, sur la construction européenne, sur la crise et sur les relations internationales, nous sommes inaudibles parce que lacunaires voire fautifs sur trois questions très sensibles que le peuple suit de près : la fiscalité des classes moyennes, la Turquie et enfin l’islam.

Je ne m’étendrai pas sur la fiscalité des classes moyennes évoquée avec Elie Arié, Claire Strime et Anis dans une autre discussion.

Sur la Turquie, notre position officielle, «non au non», pour ne pas nous mélanger avec ceux qui seraient contre pour de mauvaises raisons est un paralogisme. C’est un comble alors que nous sommes le seul parti politique avec probablement DLR à vouloir une alliance stratégique avec la Russie, ce qui serait impossible avec la Turquie en Europe. Les intérêts de la Russie et de la Turquie sont géostratégiquement opposés dans les Balkans, dans le Caucase et en Asie centrale. Cela ressemble à un autre paralogisme que nous avons construit sur le vote des étrangers aux élections locales. Nous sommes contre la citoyenneté de résidence donc opposé au vote des étrangers, mais comme les ressortissants de l’Union européenne peuvent prendre part aux élections locales et que nous sommes plus proches par l’histoire des nord-africains que des scandinaves, nous sommes pour. Voilà pour le bémol sur la nation.

Sur l’islam, maintenant que nous avons réchauffé l’œuf du serpent, et qu’il est dans nos murs, il va bien falloir l’affronter. Cette question est centrale et nous n’allons pas continuer par lâcheté à jouer aux faux témoins en renvoyant dos à dos, comme s’il s’agissait de la même gravité, les communautarismes. Le confort d’une pseudo impartialité ou équité est le plus souvent de courte durée. Le communautarisme, quand il n’est pas imputable à l’islam, est certes agaçant , désagréable et contrevient à nos valeurs et à notre unité, mais il n’a pas l’ambition d’imposer sa loi à la terre entière. Le véritable enjeux est entre l‘héritage des lumières à vocation universelle et l’islam, loi à prétention universelle. Mouammar Kadafi nous a gentiment prévenu, soit nous combattons l’islam, soit nous devenons musulmans. Chaque nouvelle mosquée construite sur notre territoire apporte son cortège de malheurs, de régressions de la condition des femmes et des jeunes filles (pas seulement pour les musulmanes) et favorise les très prochaines sécessions territoriales. Sur l’étendard de l’offensive islamique que sont les voiles de tout type, il serait heureux que Jean-Pierre Chevènement signe la pétition de «Riposte laïque» demandant de mettre un terme à l’envahissement dans l’espace public de toutes ces bannières. Son collègue du RDSA au Sénat Jean-Pierre Plancade, Yvette Roudy et Corinne Lepage l’ont fait.

Si nous n’arrivons pas à sauver la gauche, les républicains et les patriotes de l’autre rive auront fort à faire avec la multitude des princes Salina sans foi ni loi dont la droite est truffée, et qui changeront tout pour que tout demeure, quitte à passer à l’islam. On reconnaît un conservateur au fait qu’il n’a aucune nostalgie constate Régis Debray. Soyons révolutionnaires, ayons de la nostalgie. De nous dépend que l’oppression ne demeure plus.

Pascal OLIVIER

mercredi 26 août 2009

Halte à la burqa et au voile, symboles de la soumission des femmes et de l’offensive islamiste


J'ai signé cette pétition que je considère de la première importance.

Pétition adressée au Président de la République, aux députés et aux sénateurs

Halte à la burqa et au voile, symboles de la soumission des femmes et de l’offensive islamiste

Unissons nos voix afin de mettre un terme à l’envahissement de l’espace public par les voiles et foulards islamiques.

Promoteurs de la présente pétition, nous nous réjouissons de l’initiative prise par le député communiste André Gérin qui a conduit à la mise en place courant juillet d’une mission parlementaire d’information sur « la pratique du voile intégral sur le territoire national » et qui rendra son rapport fin novembre.

Militant pour une loi contre les signes religieux à l’école, en 2004, nous avions déjà impulsé, en octobre 2007, une demande d’interdiction de la burqa et du voile à l’université et pour les mineures.

C’est maintenant qu’il faut mettre un coup d’arrêt à l’offensive politico-religieuse qui cherche à imposer sa présence, de plus en plus visible, et par là trouver une légitimité, à l’ensemble de la société française. Ses leaders exigent, tous les jours, par petits pas, des « accommodements raisonnables » et militent ouvertement pour que la loi religieuse (charia) se substitue pour les musulmans, aux lois de la République. Cette offensive a également lieu dans de nombreux pays européens.

Céder serait faire injure au courage et au refus du voile, signe de la soumission de leurs mères, par la majorité de nos concitoyens venus d’outre-Méditerranée qui en connaissent les effets destructeurs, dans une vie sociale fondée sur la mixité.

La loi doit opposer ses limites au voile islamique qu’il soit intégral ou non, car symboliquement il a la même signification, incompatible avec les valeurs d’égalité et de laïcité, socle de l’ordre public républicain en France.

La jurisprudence européenne donne raison à la France

La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) dans tous ses arrêts suite aux plaintes résultant de l’interdiction du port du voile islamique, donne raison aux États mis en cause.

Les attendus sont fondés sur la défense de l’Ordre Public et reconnaissent que le port de signes religieux ostensibles dans l’espace public ne respecte pas les opinions et les libertés d’autrui.

Pourquoi légiférer de nouveau ?

Il y a vingt ans, la première affaire du voile éclatait, à Creil, dans une école publique. Il a fallu plus d’une décennie de palabres épuisantes avec des écolières, militantes ou manipulées, pour comprendre que seule la loi pouvait mettre un terme à ces multiples provocations.

Aujourd’hui on ne peut que constater la prolifération des foulards et voiles islamiques dans l’espace public :

multiplication dans de nombreuses villes françaises des voiles intégraux, tenue qui avait indigné l’opinion quand elles étaient portées en Afghanistan, parce qu’elle caractérisait le fait qu’une femme ne pouvait paraître dans l’espace public que sous la forme d’une ombre.

progression spectaculaire du nombre de voiles dans l’ensemble de notre pays. Même des fillettes le portent de plus en plus fréquemment. Il est autorisé à l’université publique, et dans les écoles privées.

multiplication des affaires de voile dans le domaine professionnel ou des loisirs. Ainsi des lieux de soins, des chefs d’entreprise, propriétaires de gîtes (affaire Fanny Truchelut), d’auto-écoles, de salles de sports sont de plus en plus souvent confrontés à des provocations. Ils se retrouvent parfois poursuivis devant les tribunaux par des associations islamistes, souvent soutenues par le Mrap, la LDH et la Halde.

candidates qui postulent à des élections, et qui, comme à Echirolles, veulent imposer le voile en exerçant leur mandat d’élue. Verrons-nous bientôt, comme en Belgique, des élues voilées représenter la République ?

cet été dans une piscine, en Seine-et-Marne, une nouvelle forme de provocation apparaît avec le port du burkini et plainte a été déposée contre le propriétaire qui a exclu la militante provocatrice.

Un marquage sexiste et raciste

Les premières auditions d’organisations féministes devant la mission parlementaire, le 15 juillet 2009, ont mis l’accent sur le message totalement contraire à l’égalité hommes-femmes véhiculé par le voile ; sur le refus du vivre ensemble qu’il représente en masquant le visage, les cheveux ou les mains ; sur l’interdiction qu’il impose d’aimer ou d’épouser l’être de son choix, quel que soit son sexe, sa religion ou ses origines. Porter le voile est une façon de signifier : « Je ne suis pas comme vous et je ne veux pas être comme vous ».

S’agira-t-il d’une loi inapplicable ?

Contrairement à ce que prétendent certains, le choix d’une tenue vestimentaire ne relève pas d’une liberté publique protégée. Ainsi, par exemple, la notion de tenue correcte existe dans notre pays : arrêt « bermuda » en entreprise, ou bien interdiction de se promener torse nu, ou en maillot de bain, en ville ou dans les stations balnéaires.

Un devoir de solidarité ici et ailleurs

Nos concitoyens, notamment ceux issus de pays où la religion impose ses lois, ont besoin de la République, de la laïcité et des principes égalitaires pour échapper aux fondamentalistes religieux, qui veulent les enfermer dans une logique communautariste.

À une époque où dans de nombreux pays, des femmes résistent pour ne pas le porter, il est temps d’en finir, sur notre territoire, avec ce symbole de soumission.

Envoyer un message fort à la mission parlementaire

Lacordaire écrivait déjà au XIXe siècle « Entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui affranchit ».

Nous lançons cette pétition pour encourager nos élus à prendre toute la mesure de la gravité de la situation, et à légiférer en conséquence.

Anne Zelensky, présidente de la Ligue du Droit des Femmes

Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit International des Femmes

Pierre Cassen, fondateur de Riposte Laïque

lundi 8 juin 2009

Et si le Parti Socialiste rappelait Jean-Pierre Chevènement ?

On pourrait presque remercier Nicolas Sarkozy . Après avoir débarrassé le Parti Socialiste de son mentor libéral-social, Dominique Strauss-Kahn, par un exil doré qui ressemble fort à un bannissement ( voir mon billet “DSK, le Masque de fer”), Nicolas Sarkozy a mis un coup d’arrêt aux ambitions de François Bayrou de réitérer la stratégie de François Mitterrand : prendre la France par la gauche.

Dans le rôle du second couteau, Daniel Cohn-Bendit a parfaitement rempli sa mission. Nous saurons assez vite quelle sera sa récompense.

Le Parti Socialiste est à terre. S’il veut se relever, il ne lui reste plus qu’à faire appel à Jean-Pierre Chevènement, à fermer enfin la parenthèse libérale ouverte en 1983 et à se débarrasser du carcan pseudo-européen, instrument de notre vassalisation à l’empire américano-anglo-germano-turc, afin de retrouver notre indépendance, notre liberté, notre prospérité et notre influence dans le monde.

Félicitations à nos amis de Debout la République qui avec un score autour de 2% ont réalisé, vu les circonstances, une véritable prouesse.

La critique de gauche de l’islam que j’appelais de mes vœux, ne peut plus attendre si nous voulons retrouver le peuple. Nous ne pouvons pas continuer à laisser seule “Riposte Laïque” sauver l’honneur de la gauche.

Il n’y a rien de plus droitier, de plus efficace contre la gauche, de plus gauchicide que l’islam et dans les périodes troubles qui s’annoncent, grande pourrait être la tentation de nos oligarchies d’utiliser ce formidable instrument de coercition qu’est l’islam.

Il faut faire vite avant qu’Obama-Caracalla ne se transforme en Obama-Constantin et n’organise l’islam en religion de l’Empire. L’obscène révérence d’Obama devant le roi d’Arabie Saoudite et le discours du Caire, ne sont qu’un début.

Si dans cette distribution Jean-Pierre Chevènement se voit en inoculateur des ferments de la laïcité et des Lumières dans l’islam à l’instar de ceux qui ont distillé l’humanisme antique dans le christianisme, il se trompe lourdement. Il serait temps de se débarrasser du mauvais génie daté que fut Jacques Berque. “Les nouvelles Andalousies” rêvées par celui-ci sont en réalité un cauchemar. Nous savons tous maintenant que le postulat est un faux, produit de la mythologie et de la propagande islamique.

Régis Debray, en 2003, dans sa contribution épistolaire à la commission Stasi, Ce que nous voile le voile - La République et le sacré, avait écrit : “Même si on ne prévoit pas de guerres ethniques et religieuses en Europe avant 2030 ( les conflits dits de défédération étant les plus cruels ), il y a, dans l’immédiat, du pain sur la planche ; le découper de travers ferait un mauvais début”.

Ne pas découper le pain de travers, voilà notre mission.

Pascal OLIVIER

jeudi 28 mai 2009

Vote blanc et bienveillance républicaine

Les nonistes de gauche comme de droite qui ont voulu faire des élections européennes une réitération du référendum de 2005 ont fait preuve d’amateurisme politique. Je m’en étais expliqué il y a quelques mois en évoquant une politique suicidaire. L’élection n’étant pas de même nature je ne voyais pas comment une majorité aurait pu se porter sur les listes nonistes. Les nonistes du PS ou de l’UMP voteront évidemment pour leurs partis respectifs.

Revendiquer une partie de l’abstention et du vote blanc permettra une sortie honorable d’autant plus que nombreux sont dans le camps du “non” les appels à l’abstention ou au vote blanc : MRC, Comité Valmy, RIF etc...

Bien que cette élection soit mineure et qu’il n’est pas illégitime de la boycotter, je regrette l’absence et l’invisibilité du MRC. Après l’échec des négociations avec le Front de Gauche, sans doute était-il trop tard pour des négociations avec notre alter ego de l’autre rive, Debout la République, qui avait déjà présenté ses têtes de listes.

Aux camarades du MRC qui ne peuvent réfréner leur pulsion d’aller à Canossa en appelant à voter Front de Gauche, je suggère un geste plus esthétique, moins obscène, moins compromettant et plus discret : la relecture de Sacher-Masoch, de Georges Bataille ou du Marquis de Sade.

Ils pourront également lire le discours de Jean-Luc Mélenchon au Sénat le 9 juin 1992 “Maastricht est un compromis de gauche” . En rapprochant ce texte des causes de l’échec des négociations entre le FG et le MRC, la souveraineté nationale entre autres, on peut en conclure que Jean-luc Mélenchon est resté fidèle à ce qu’il était et n’a pas été touché par la grâce républicaine comme on aurait pu le croire en 2005. Nicolas Dupont-Aignan et quelques uns de ses amis se trompent en qualifiant Jean-Luc Mélenchon d’internationaliste. Nous sommes au MRC internationalistes parce que patriotes ce qui va de pair. JLM est un européiste fédéraliste et un mondialiste.

L’appel au vote blanc, tout à fait légitime, a cet avantage qu’il permet de se rendre dans les bureaux de vote. En 1981, l’inscription sur les listes électorales de partisans de Coluche, qui ne se seraient jamais inscrits autrement, a quelque peu contribué à la victoire de François Mitterrand. Il me semble que dans le secret de l’isoloir entre le bulletin blanc et le bulletin DLR les républicains et les patriotes sincères feront le bon choix, ne serait-ce qu’en raison de la bienveillance qu’ils se doivent mutuellement. C’est le choix que je ferai même si je regrette qu’Anne-Marie Le Pourhiet ne soit plus candidate et que DLR n’ait pas su offrir à Paul-Marie Coûteaux, égaré un temps chez de Villiers, l’asile politique qu’il mérite. Marie-Noëlle Lienemann comme Paul-Marie Coûteaux ne retrouveront pas leur siège au parlement européen, c’est dommage.

C’est en toute conscience que je fais ce choix et d’autant plus aisément que je ne fais pas partie de ceux qui appellent au rassemblement des républicains des deux rives. Nous avons pour le moment stratégiquement des missions différentes et nous sommes plus utiles séparés que dilués dans le marécage d’un centre républicain. Cela n’empêche pas qu’on puisse se retrouver ponctuellement comme ce fut le cas contre le traité de Lisbonne ou lors de futures échéances électorales.

Pascal OLIVIER

jeudi 14 mai 2009

Elections européennes : le MRC pour un vote blanc ou nul

Communiqué de presse de Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement Républicain et Citoyen, jeudi 14 mai 2009.
Le Mouvement Républicain et Citoyen ne prend pas part à la campagne des élections européennes. Il préconise, le 7 juin prochain, un vote blanc ou nul à ces élections européennes.

Pourquoi ?

Cette élection à un Parlement-fantôme est un trompe l’œil. Dans cette enceinte où 770 soi-disant députés inconnus de leurs électeurs peuvent s’exprimer trois minutes chacun, en usant de l’une des vingt-deux langues officielles reconnues, aucune volonté générale ne peut bien évidemment s’exprimer.

M. Sarkozy, à Nîmes, a parlé de politique de change volontariste, de protection communautaire et de politique industrielle commune, mais il sait très bien que le texte du traité de Lisbonne qu’il a fait adopter, l’en empêchera. La même schizophrénie – pour ne pas dire hypocrisie - frappe le Parti socialiste qui a approuvé lui aussi le traité de Lisbonne. D’ores et déjà MM. Brown et Zapatero ont fait savoir que les députés travaillistes anglais et ceux du PSOE espagnol soutiendraient le candidat libéral à la présidence de la Commission européenne, M. José Manuel Barroso. Cette élection est vide de contenu.

Ni le NPA de M. Besancenot ni le « Front de gauche » ne proposent de stratégie de redressement crédible. L’un ne veut pas venir au pouvoir. L’autre méconnaît le ressort que peut constituer l’exercice de la souveraineté nationale, c’est-à-dire de la démocratie, dans une Europe qui est faite d’une trentaine de nations.

C’est sur celles-ci qu’il faudra s’appuyer pour redresser une construction européenne que le dogme libéral et le mythe d’un peuple européen inexistant vouent à l’impuissance. Le Mouvement républicain et citoyen appelle au vote blanc ou nul de préférence à l’abstention : le peuple français, en effet, ne doit pas laisser bafouer la volonté qu’il a démocratiquement exprimée le 29 mai 2005.

jeudi 23 avril 2009

La crise fait revenir la Nation au premier plan et démontre sa solidité

Portrait de Jean-Pierre Chevènement par Philippe Plassart et Julien Tarby, paru dans Le Nouvel Economiste, 23 avril 2009, n°1473.
La crise fait revenir la Nation au premier plan et démontre sa solidité
Conversation sous forme de confession politique avec le “Che”. Sous les ors de la salle des pas perdus du Sénat.

On ne s'attendait pas à retrouver le “Che” dans un fauteuil de sénateur. S'il avoue s'y trouver “un peu par hasard”, suite à une déconvenue électorale dans son bastion belfortain, il semble y avoir trouvé assez vite ses marques, fort de sa longue expérience de la vie politique. Qu'on l'aime ou pas, Jean-Pierre Chevènement figure parmi les plus lourds de la politique française. Il fut la cheville ouvrière de l'alliance avec le PC et le concepteur des 101 propositions qui allaient amener Mitterrand au pouvoir. Depuis lors, sa vie politique a été ponctuée par trois démissions gouvernementales, une sécession corps et bien d'avec le Parti socialiste, une campagne prometteuse à la présidentielle de 2002 qui le plaçait au statut enviable de “troisième homme” mais qui finira dans les décombres de la poussée lepéniste à moins de 6 %...
Aujourd'hui, l'homme, outrage du temps passant, semble en avoir rabattu sur ses ambitions. Feinte ? “Même mort, je reviendrai”, prévient-il, reprenant la maxime latine devenue fétiche depuis sa résurrection post-comatique. Donnant la clé de sa longévité : “Pour survivre en politique, l'essentiel est d'être en harmonie avec soi-même et avec ce que l'on croit.” Et quand Jean-Pierre Chevènement, l'artisan des nationalisations de 1981, plaide aujourd'hui pour une politique industrielle et une programmation dans laquelle l'Etat aurait plus que son mot à dire, il prouve sa constance.
Par Philippe Plassart et Julien Tarby

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"Les conséquences de la crise sont loin d’avoir été toutes tirées. Beaucoup des tenants de la doctrine officielle estiment qu’elle ne sera qu’une parenthèse. Et qu’une fois celle-ci refermée, il sera possible de repartir comme avant. Ceux-là font une grave erreur. Il n’y a plus de boussole, les repères ont été perdus. Il faut faire un saut conceptuel pour imaginer les trente prochaines années. Rien ne serait plus nécessaire que de cerner ce que l’on veut pour le monde de l’après-pétrole, du combat contre le réchauffement climatique. Or on ne sait pas où on va. Une politique industrielle à moyen terme serait plus que jamais utile. L’Etat est légitime, s’il le juge nécessaire, pour réinvestir les secteurs stratégiques. Il y a certainement place pour une planification rénovée. J’emploie à dessein ce mot “planification” car il ne fait pas moderne, mais la notion de “programmation” convient très bien à sa place. On va y revenir. Mon combat est à contre-courant. Je note qu’avec la crise, la nation sur laquelle certains s’acharnent montre sa solidité. Les plans de relance sont conçus à cette échelle, ensuite on les coordonne. Et ce n’est pas étonnant. La nation qui vient du fond de l’histoire est la brique de base à partir de laquelle on peut bâtir. Tout ce qu’on a fait miroiter par ailleurs — le régionalisme, le communautarisme — ne tient pas la route quand les temps sont difficiles.

Républicain d’abord
Pour éviter tout malentendu, je ne me présente jamais comme souverainiste, notion accolée à des courants avec lesquels je ne me sens aucune affinité. Je suis d’abord républicain. Pour moi la démocratie ne peut pas s’exercer sans la souveraineté. Charles de Gaulle l’a dit : ce sont l’avers et l’envers d’une même médaille. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : cela ne veut pas dire que je suis contre le partage des compétences dès lors que l’on contrôle démocratiquement leur exercice. Par exemple, dès lors que l’euro existe, non seulement j’admets mais je revendique un gouvernement économique de la zone euro. Je ne regrette absolument pas les combats que j’ai menés ces trente dernières années. Ils témoignent peut- être d’une opiniâtreté excessive, trait de caractère, dit-on, des Belfortains. Ma première inclinaison a été pour Mendès France à 15 ans. Ensuite, j’ai conçu, avec d’autres, au Ceres, la stratégie du programme commun et de l’alliance avec le Parti communiste, comme moyen de redynamiser la gauche, de provoquer l’alternance et de mettre en œuvre un programme progressiste. Par la suite, je n’ai jamais donné dans les “ponts aux ânes” libéraux. Je n’ai jamais été pour le Matif, la Bourse remplaçant la banque, la Commission faisant régner la loi de la concurrence sur le marché européen. Je me suis opposé en Conseil des ministres à la libéralisation des capitaux sans contrepartie sur le plan de l’harmonisation fiscale. De même, je n’étais pas favorable au traité de Maastricht qui donnait une totale indépendance en dehors de tout contrôle du suffrage universel. J’ai le sentiment, permettez-moi de le dire à la lumière de la situation d’aujourd’hui, que tout cela était tout à fait justifié, si bien que je ne me sens pas en porte-à- faux avec moi-même, comme certains socialistes qui ont en quelque sorte adoubé le libéralisme dans leur propre maison. Et qui sont obligés aujourd’hui de se contorsionner. Je n’ai jamais fait des marchés financiers l’horizon de l’humanité.

La pédagogie par la démission
Certes j’ai démissionné trois fois mais en même temps, j’ai été l’un des ministres les plus longtemps en poste au gouvernement avec Jack Lang. Mes démissions ne doivent pas oblitérer les décisions que j’ai prises : la relance de la recherche en 1981-1982, le redressement de l’école publique en 1984, avec l’instauration en particulier du baccalauréat professionnel, la défense, et le plan armée 2000, la police de proximité, l’intercommunalité, la définition d’un équilibre dans la politique de l’immigration. Il est vrai cependant qu’à plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion de marquer nettement mon désaccord ; une première fois au moment du tournant libéral en 1983, une deuxième fois avec la guerre du Golfe en janvier 1991 et enfin au sujet de la Corse, la République et de l’Europe en 2000. Pour moi, cela fait partie de la déontologie républicaine car il y a des moments où il faut savoir dire non et prendre du champ. Sous la IIIe République, ce type de décisions était très courant. Cela s’est perdu parce que sous la Ve République et jusqu’à la dernière réforme constitutionnelle, le démissionnaire ne retrouvait pas automatiquement son siège de député, son suppléant devant démissionner mais sans que rien ne l’y oblige.

Le mien l’a fait sans aucune difficulté. Démissionner ? C’est toujours une décision douloureuse, surtout si on quitte un gouvernement dans lequel on a le sentiment d’œuvrer utilement. Je ne l’ai jamais prise facilement. Pour moi, ces démissions avaient une dimension pédagogique pour “marquer le coup”. En 1983, contre le “tout marché” dont trop de camarades étaient devenus les thuriféraires ; en 1991, contre l’aberration des guerres Nord-Sud et du clash des civilisations. En 2000, contre la dissolution de la nation.

Faisant le constat de mon incapacité à pouvoir changer le cours des choses de l’intérieur, je prends alors date. Ma démission de 1983 trouve aujourd’hui à mon sens, vingt-cinq ans plus tard, toute sa justification. Idem pour celle de 1991, ou quand la France a refusé en 2003 de cautionner l’invasion de l’Irak. Quant à la Corse, les Corses eux-mêmes ont rejeté le statut particulier qu’on leur offrait en 2003 et les Français ont dit non en 2005 à la Constitution européenne ; il y a toujours dans la démission un pari sur l’avenir. A court terme, la réaction des gens est variable. Beaucoup s’écartent de vous dès lors que vous n’êtes plus en mesure de distribuer les postes et les honneurs. Et en quittant un gouvernement, vous perdez beaucoup de moyens. En même temps, certains vous soutiennent tandis que chez d’autres ce comportement suscite de l’incompréhension. Le temps en général éclaircit les choses. Par exemple, à Belfort, les gens n’ont pas compris sur le coup ma démission au moment de la guerre du Golfe. Sans doute peuvent-ils mieux la comprendre aujourd’hui.

La ressource intellectuelle
Pour faire de la politique dignement, il faut défendre des idées que l’on croit justes. Cela passe par un investissement intellectuel collectif. On est plus intelligent à plusieurs que tout seul. J’ai toujours eu cette capacité à fédérer autour de moi des compétences de qualité. Il faut pour cela une certaine exigence intellectuelle et une certaine rectitude et aussi incarner quelque chose à un moment donné. Je pense que j’ai incarné une conception républicaine que la gauche pouvait signifier et apporter à la France.

Le Ceres était un think-tank composé de jeunes gens de 20 à 25 ans dont beaucoup sortaient de l’ENA ou de l’X. Son premier opuscule sur les nationalisations publié en avril 1968 avait pour thème la gauche et la politique industrielle. Et quatorze ans plus tard, la gauche au pouvoir conduisait son programme de nationalisations. Cela prouve que les idées anticipatrices peuvent cheminer. Par la suite j’ai créé un club, République moderne, en lettre mensuelle. Et il y a cinq ans, j’ai fondé une fondation, Res Publica. Celle-ci a une production intellectuelle abondante. Elle doit en être à son quarantième cahier sur des sujets extrêmement variés qui vont de l’école à l’Allemagne, la Russie, l’Onu, le décollage du Maghreb, l’instruction civique. Du Ceres à Res Publica, les ressorts sont les mêmes : les participants apportent leur contribution parce qu’ils ont envie d’agir et de s’inscrire dans une perspective. Mon ancrage local au territoire de Belfort est tout aussi essentiel. J’ai été élu député du Territoire de Belfort en 1973 - cela fait 38 ans - et mon mandat de sénateur court jusqu’en 2014. C’est dire combien je me suis puissamment investi dans la destinée de ce territoire. Sans lui, ma vie politique, singulièrement depuis que je suis sénateur, n’aurait pas le même intérêt. “Même mort, je reviens !” J’ai fais mienne cette devise latine depuis mon coma. Pour survivre en politique, l’essentiel est d’être en harmonie avec soi-même, avec ce que l’on croit, et avoir des convictions. Des convictions non pas figées — mes grands-parents m’en ont forgé de fortes que je renie pas — mais avec la volonté de comprendre le monde dans lequel on est et non pas tel qu’on voudrait qu’il soit. Mes analyses, je les ai puisées à la fois à la tradition républicaine, à Jaurès, à l’analyse de Marx — je dis bien à l’analyse, pas au prophétisme. Un creuset que je ne récuse pas car encore aujourd’hui, ces grilles de lecture m’ont paru assez sûres. Il convient bien sûr de toujours essayer de se perfectionner et d’actualiser ses interprétations. Les cahiers de Res Publica y contribuent.

L’Europe, l’Allemagne
Je ne suis pas en campagne. Ces élections n’ont pas à mes yeux beaucoup de signification. Le Parlement de Strasbourg est une institution fantôme qui ne forme aucune volonté générale. Les députés s’y expriment trois minutes tour à tour. C’est plutôt un alibi pratique qu’un outil de démocratie. J’observe que dans la vie politique française, personne n’a pu faire prospérer un succès à ces élections. Ni Le Pen, ni de Villiers, ni Pasqua, ni Tapie. C’est une élection où chaque force politique mesure son influence. Cela permet aussi d’investir à Strasbourg les recalés du suffrage universel. Qui connaît le nom de son député européen ? On a prétendu rapprocher les députés européens des électeurs en découpant la France en cinq grandes régions, on les en a encore davantage éloignés. C’est pourquoi mon mouvement ne concourt pas à ses élections. Pour ma part, je voterai blanc. Les relations entre la France et l’Allemagne sont un sujet très ancien et très difficile ; force est de constater que les rapports franco-allemands ne sont jamais spontanément au beau fixe. A amener ces deux peuples contigus à travailler ensemble est une tâche à renouveler en permanence. Il faut qu’ils se persuadent l’un l’autre qu’aucun d’eux ne peut dominer l’Europe d’une manière ou d’une autre, soit par la diplomatie, la technologie ou l’industrie. Et que l’ère du leadership européen est close. Conscients de leur solidarité de destin, Français et Allemands peuvent ensemble impulser une grande politique européenne. Trop souvent, il y a d’un côté une certaine arrogance ou de l’autre une certaine suffisance qu’il faut surmonter. Le traité de Lisbonne va avoir des conséquences dommageables. Il va créer un déséquilibre durable entre la France et l’Allemagne, cette dernière disposant d’un tiers de voix supplémentaires au Conseil européen. Cela rompt les équilibres fondateurs établis en 1951 par les pères fondateurs – l’exacte parité des votes entre les deux pays quoi qu’il puisse arriver. Il s’agit pour le coup d’une véritable rupture.

Quant à la réintégration de la France dans l’Otan, c’est une erreur.

L’Otan, l’Irak
Intégrer l’Otan ? Personne ne nous demandait de prendre cette décision. Elle va nous entraîner dans des guerres qui ne seront pas les nôtres, comme par exemple l’affaire d’Afghanistan. Cela correspond à un tropisme de la politique américaine, l’élargissement vers l’Est. Je fais tout à fait crédit aux initiatives prises ou à venir de Barack Obama. Mais sa présidence ne sera qu’un moment de l’histoire, alors que l’alliance de l’Otan perdure depuis 1949. La distance marquée par le général de Gaulle aurait dû être conservée. Quant à l’intégration ou pas de la Turquie, elle est d’abord une affaire européenne et on aimerait bien que les limites de l’Europe soient fixées par les Européens eux-mêmes, et non pas par les Américains. Je suis très américanophile et le peuple américain est très hospitalier. Mais l’administration américaine, c’est autre chose. Elle mène une politique qui vise à dominer le monde et les Etats-Unis n’ayant plus les moyens de le dominer, ils ont besoin d’auxilliaires qu’ils viennent chercher en Europe ou ailleurs. Obama a bien compris que l’Amérique vivait au-dessus de ses moyens. J’attends de voir comment il va réussir à sortir son pays du guêpier moyen-oriental.

L’Irak est un pays composite, une sorte de Grand Liban. Saddam Hussein avait un régime qui se voulait laïque, par rapport à un environnement plus fondamentaliste. En écrasant l’Irak, on a ouvert la voie aux fondamentalistes. Al Qaida ne se serait pas développé si les troupes américaines ne s’étaient pas installées durablement en Arabie Saoudite. Par ailleurs on a redonné un rôle prédominant à l’Iran dans la région. Etait-ce très intelligent ? Saddam Hussein avait proposé au Russe Primakov — j’ai encore le télégramme — que son armée évacue le Koweït et son remplacement par des troupes arabes. Proposition sans suite. Or les responsables politiques doivent pouvoir porter un jugement sur une situation. Si l’on pouvait sortir pacifiquement de cette situation, c’était cent fois préférable plutôt que d’ouvrir la voie à la famine, à l’encagement et au final à l’invasion du pays et à son explosion. Disant cela, on veut me faire passer pour un soutien inconditionnel de Saddam Hussein. Cela relève de procédés de propagande auxquels se heurtent tous ceux qui se mettent contre le flot dominant.

L’Etat, les élites, la jeunesse
Sarkozy cite souvent le cas d’Alstom. Pourquoi ne pourrait-on pas imaginer que l’Etat prenne des participations stratégiques dans des secteurs absolument stratégiques ? On ne peut pas faire l’impasse sur une politique industrielle à moyen terme. Je crains que l’on cherche à changer les choses pour que rien ne change. Aujourd’hui, il faut penser les nouvelles formes d’énergie, une économie sans effet de serre qui permette de nourrir la planète. Dans ce domaine de l’éducation, il y a tout à faire et à refaire dans notre pays. Je m’inquiète beaucoup du déclin des filières scientifiques. Car l’avenir d’un pays se dessine par la science. Il est question paraît-il de supprimer la filière S. Complètement stupide. On encourage les jeunes à faire des métiers qui ne préparent pas l’avenir du pays. Les projets individuels sont déconnectés d’une ambition collective. Or l’un ne va pas sans l’autre. Il n’y pas d’épanouissement individuel s’il n’y a pas en même temps de succès collectif. Le manque de patriotisme des élites m’alarme. De même que les progrès de la démagogie à tous les niveaux, cette idée répandue que tout à chacun a droit à tout : les uns ont droit aux parachutes dorés et les autres à des pensions de retraite revalorisées ad vita eternam. Or cela ne marche pas comme cela. On oublie de mettre l’accent sur l’intelligence, la production, l’industrie, la technologie et la compréhension du monde. Pour la France et l’Europe, ce monde-là n’est pas facile car nous rapetissons à toute vitesse. Le concept de nation républicaine a été sapé méthodiquement. Ce faisant, on sape le civisme et c’est le règne du chacun pour soi. Nous sommes à un moment de l’esprit public où l’esprit national a été considérablement dévalué. Cela vient de très loin. On a connu cela pendant l’entre-deux-guerres, sous Vichy et la collaboration."

Bio express
Parcours national tourmenté

Jean-Pierre Chevènement est né le 9 mars 1939 à Belfort. Sorti de l’ENA, il adhère à la SFIO en 1964 et fonde avec d’autres en 1966 le Ceres qui deviendra un des principaux courants du PS à partir du congrès d’Épinay de 1971. Pendant ce temps, JPC est élu député aux élections législatives de 1973 à 1997, et en 2000, dans le Territoire de Belfort. De même il a été maire de Belfort entre 1983 et 2007. Ministre de la Recherche sous Pierre Mauroy, il refuse de participer au troisième gouvernement pour s’opposer au “tournant libéral” du PS. Ministre de l’Education nationale sous Laurent Fabius puis ministre de la Défense sous Michel Rocard, il démissionne en 1991 pour s’opposer à la guerre des Etats-Unis contre l’Irak. En 1992 il quitte la direction du PS afin de faire campagne pour le non au traité de Maastricht. Il fonde en 1992 le Mouvement des citoyens (MDC) et démissionne du PS. Ministre de l’Intérieur du gouvernement de Lionel Jospin, il démissionne en 2000 pour s’opposer au processus de Matignon visant à donner le pouvoir législatif à la Corse. Candidat à l’élection présidentielle de 2002, il obtient 5,33 %. Il devient président de la Fondation de recherche Res Publica. J.T

Source : Le Nouvel Economiste

Vous pouvez également télécharger ci-dessous le portrait tel qu'imprimé par Le Nouvel Economiste

mardi 7 avril 2009

Face à la crise, le retour du politique

Article de Jean-Pierre Chevènement, paru dans la revue "Hors les murs" des anciens élèves de l'ENA, avril 2009.
Face à la crise, le retour du politique
Finie l’ère du tout marché, du principe de la concurrence libre et non faussée, de l’interdiction des aides d’Etat, de la prohibition des déficits et des endettements excessifs ! Depuis l’automne 2008, la « main invisible » censée réaliser l’optimum social pourvu que l’autorité publique ne s’en mêlât point n’inspire plus confiance. Les dieux du Marché sont tombés de leurs autels. Les grands prêtres se sont tu. La foule qui se prosternait à l’énoncé de vérités éternelles qui tombaient de leurs bouches a déserté leurs temples.

L’Etat est revenu avec ses gros sabots pour assurer plans de refinancement et plans de relance face à la dépression. C’est celle-ci qui a conduit, en catastrophe, les politiques, libéraux de doctrine ou fraîchement convertis, à changer de pied devant les foules éberluées.

« A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ». C’est par centaines de milliards de dollars ou d’euros que s’énoncent les plans destinés à sauver les banques de la faillite. Les pays anglo-saxons ne reculent pas devant les nationalisations. D’autres, de tradition moins libérale, comme la France, se bornent paradoxalement à prêter à leurs banques à des taux presque usuraires pour qu’elles continuent de financer l’économie à des taux bien inférieurs. Comprenne qui pourra : La plus grande de nos banques par exemple qui continue de déclarer des bénéfices, s’endette à grands frais auprès de l’Etat et rachète dans le même temps des activités bancaires dans les pays voisins. Dans tout cela flotte comme un air d’improvisation. Les doctrinaires du désendettement public viennent maintenant expliquer qu’il y a « la bonne dette » à côté de la mauvaise, et que l’explosion des déficits n’est en fait qu’une illusion d’optique. Après les plans de refinancement viennent les plans de relance, dont l’effet paraît nul, tant le bruit sourd d’un effondrement continu monte des profondeurs de l’économie : deux millions et demi d’emplois supprimés aux Etats-Unis en quelques mois. Un million de chômeurs supplémentaires en Espagne en moins d’un an. En un trimestre, les ventes et la production d’automobiles plongent presque partout de 40 %.

Une chose cependant devrait frapper les esprits : si leurs effets ne sont pas encore visibles, les plans de relance ont été annoncés partout par les autorités nationales, à l’instar des Etats-Unis. En Europe, c’est le Président en exercice de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy, qui a pris l’initiative de lancer son plan à travers une instance qui ne s’était jamais encore réunie, le G4, c’est-à-dire les quatre principales économies européennes, puis le G16, instance tout aussi improvisée puisqu’elle consistait à faire entrer la Grande-Bretagne dans l’Eurogroupe. Il en a résulté deux choses : un montage qui juxtaposait les plans nationaux et qu’approuva in fine l’Union à vingt-sept, et enfin l’initiative d’un G20 imposée à un G.W. Bush finissant. Il est vrai qu’une relance coordonnée répondait à l’intérêt bien compris des Etats-Unis. Dans cette affaire, non seulement Nicolas Sarkozy, mais aussi Gordon Brown et l’Administration américaine elle-même, ont donné l’exemple d’une réactivité inattendue de la part de dirigeants présumés libéraux. C’est en tout cas dans le cadre national que des décisions d’une ampleur jamais vue depuis des décennies ont été prises. L’Union à vingt-sept et le G20 n’ont été que de vastes mises en scène. De bout en bout, les décisions ont été nationales, y compris dans l’Allemagne de Mme Merkel, au départ la plus réticente à agir dans un cadre européen ou même tout simplement multilatéral. Les décisions ont été nationales pour une raison toute simple : la nation reste le seul cadre démocratique où des gouvernants appuyés sur l’opinion publique et sur le Parlement ont la légitimité pour agir avec force à l’échelle requise. La Commission européenne a disparu dans un trou de souris. Le FMI fait des communiqués. Les textes européens ont été « suspendus ». Le retour du politique s’est donc fait dans un cadre national. Seuls jusqu’alors des responsables politiques portés sur la théorie, c’est-à-dire isolés, avaient osé soutenir que les marchés financiers n’étaient pas l’horizon de l’humanité mais que les peuples et les nations restaient les permanences de l’Histoire. Depuis près de trois décennies, la « doxa » libérale avait réussi à diaboliser l’intervention de l’Etat dans l’économie et à ringardiser l’idée même d’une politique industrielle. Mais dans l’immense désarroi qui s’est emparé des esprits après la chute des géants de la finance de Wall Street, on s’est tourné d’emblée et comme instinctivement, vers les pouvoirs qui trouvaient leur source dans le vouloir-vivre des nations. Celles-ci qu’on avait démonisées comme l’origine des pires fléaux, retrouvaient leurs couleurs. Certes il ne s’agit pas d’un retour au nationalisme, perversion de l’idée de nation, mais simplement de la réaffirmation du rôle démocratique des nations qui, au début du XXIe siècle, partagent d’ailleurs les mêmes valeurs et les mêmes principes.

Le retour à la nation a des raisons plus prosaïques : C’est qu’il allait falloir payer. On se tournait vers le citoyen. On se tournait aussi vers le contribuable. Seul l’Etat en effet pouvait offrir une garantie pour les prêteurs. Lui seul paraissait assez armé pour tirer des traites sur l’avenir.

Mais quel avenir ? Arrivés à ce point, les thuriféraires du libéralisme hésitent. Leur voix tremble. Ils veulent se rassurer. Il ne saurait, bien évidemment, à leurs yeux, n’être question que d’ouvrir une « parenthèse interventionniste » comme il y eut pour d’autres, jadis, en 1983, une « parenthèse libérale ». Ils se refusent encore à réglementer, à prendre des participations publiques au capital des entreprises, à fixer des plafonds aux rémunérations. Ils préfèrent s’en remettre aux codes de bonne conduite qu’on laisse aux patrons le soin d’élaborer. La faiblesse de cette position commence à apparaître.

Car on devine que la crise sera longue et profonde. Immenses sont les problèmes qui restent irrésolus : réglementation des hedge funds et des banques en général, prohibition des paradis fiscaux, politique des revenus, parités monétaires, programmes publics et politiques industrielles capables de soutenir une relance enfin efficace, etc.

Le retour du politique prendra du temps, lui aussi. Il s’avance à tâtons et ne sait encore la forme qu’il prendra. Une chose est sûre : il faudra inventer ou réinventer l’Etat, développer les capacités d’anticipation, de prévision et de programmation, articuler le renouveau du civisme à de nouvelles formes de patriotisme, trouver des formes de coordinations encore inédites à l’échelle internationale, penser une Europe à géométrie variable, des institutions économiques et monétaires mondiales, associant aux vieux pays riches les puissances émergentes, sans oublier – espérons-le – les pays qui n’émergent pas.

Surtout il faudra donner forme humaine au retour du politique : recréer l’espoir en pensant le monde avec trente ans d’avance. Déjà on devine que d’immenses investissements sont nécessaires pour préparer l’après-pétrole, limiter l’émission de gaz à effet de serre, nourrir l’humanité, économiser les biens rares : eau, air, sols, et que l’idée de service public garde toute sa force pour faire de la santé, de l’éducation, de la culture et de la recherche les vraies priorités du développement humain. Ces priorités, pourtant incontestables, ne s’imposeront pas d’elles-mêmes. Pour dépasser les concurrences et les tensions inévitables et préparer un monde réellement meilleur, on ne fera pas l’impasse des luttes et de la conscience, bref de ce qu’on appelle « la politique ».

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Voir le sommaire de la revue de l'ENA, dont le dossier est "Le monde face à la crise".

vendredi 3 avril 2009

Le choc Chevènement-Montbrial sur l'Otan dans Valeurs actuelles

"Fallait-il revenir dans le commandement intégré de l'Otan que de Gaulle nous a fait quitter ?", débat entre Jean-Pierre Chevènement et Thierry de Montbrial (directeur de l'Institut français de relations internationales), Valeurs actuelles n°3775, du 2 avril 2009, pages 12 à 15.
Le choc Chevènement-Montbrial sur l'Otan dans Valeurs actuelles
Valeurs actuelles : Pour clarifier le débat, pourriez-vous résumer d’emblée les raisons dirimantes qui fondent votre opposition ou votre accord avec le retour de la France dans les structures intégrées de l’Otan ?
Jean-Pierre Chevènement :
Ces raisons peuvent tenir en une phrase : notre monde devenant de plus en plus multipolaire, la France a moins que jamais intérêt à se fondre dans une alliance unipolaire. J’ajoute que les raisons qui ont conduit le général de Gaulle à faire sortir la France du commandement intégré de l’Otan à l’époque d’une confrontation Est-Ouest dominante sont plus que jamais valables dans une époque devenue multiconflictuelle…

Thierry de Montbrial : Etant tout aussi attaché que Jean-Pierre Chevènement à garder intactes les marges de manoeuvres de la France, j’estime que celle-ci n’a rien à gagner à une confrontation directe avec les Etats-Unis. Bien sûr que le monde a changé depuis 1966 et le retrait de l’organisation intégrée de l’Otan ! L’Europe aussi. Elle s’est élargie, et j’estime que, vis-à-vis de ses partenaires d’Europe orientale, la France est davantage entendue quand elle s’exprime dans un cadre atlantique que lorsqu’elle est isolée. Je reviens de Pologne où j’ai pu constater que notre changement d’attitude face à l’Amérique est un puissant facteur de compréhension entre nos deux pays.

Jean-Pierre Chèvenement : On retient avec raison qu’en sortant de l’organisation intégrée, de Gaulle voulait nous éviter d’être pris en otages dans une possible confrontation nucléaire Est-Ouest. Mais on oublie qu’il entendait plus généralement faire en sorte que la France ne soit pas entraînée dans des guerres qui ne seraient pas les siennes. Ce qui s’applique parfaitement à la situation présente.

C’est ainsi que nous avons résisté, à juste titre, à la pression américaine lors de l’invasion de l’Irak en 2003. Mais que se passera-t-il, demain, si d’autres guerres pointent à l’horizon ? Les conflits possibles, nous les connaissons : outre l’Afghanistan, où nous sommes déjà, et pourquoi pas demain, le Pakistan, il y a surtout l’Iran. Il y a aussi ce qui peut se passer dans le Caucase et dans les Balkans où la stabilité n’est qu’apparente. En Asie de l’Est, il y a le détroit de Formose, la Mer jaune, la Corée… Bref, il peut éclater des guerres dans lesquelles nos intérêts directs ne seraient pas engagés et où les Etats-Unis, pour des raisons qui leur sont propres, peuvent être tentés d’intervenir.

L’Afghanistan, dites-vous, nous y sommes déjà. Que change donc pratiquement, le fait de réintégrer le dernier comité de l’Otan où nous ne siégions pas – celui des plans de défense ?
Jean-Pierre Chèvenement :. Le président de la République nous répète chaque jour que cela ne change rien. Matériellement, peut-être. Mais d’un point de vue politique et symbolique, cela change malheureusement tout. C’est la distance qui sépare l’autonomie du suivisme obligé, l’amitié naturelle de la subordination. Pour la France, d’abord, le fait que sept cents officiers de plus participent aux Etats-majors de l’Otan va induire un tropisme qui risque de les déshabituer bien vite de penser « national »; pour les autres, les pays du Sud, surtout, cela va constituer un signal décisif. La preuve juridique, en quelque sorte, que nous abandonnons notre posture d’indépendance. Voir la Chine.

Quant à la Pologne, il faut bien admettre que c’est un cas à part : sa situation géographique et historique étant ce qu’elle est, comment ne verrait-elle pas d’un bon œil l’alliance américaine qui contribue à la désenclaver ?

Thierry de Montbrial : Entièrement d’accord sur les risques de conflits qu’énumère Jean-Pierre Chevènement. On peut être favorable au rapprochement avec l’Otan et rester vigilant sur l’éternel phénomène d’engrenage. Moi aussi, j’ai considéré, en 2003, que l’intervention américaine en Irak était une faute majeure dont nous payons les conséquences aujourd’hui, avec l’émergence de l’Iran comme seule puissance dans la région. Mais cela ne m’a pas empêché, au même moment, de prendre mes distances avec l’attitude foncièrement anti-américaine de la France d’alors. Attitude qui nous a probablement empêché de défendre mieux nos intérêts par la suite, en divisant inutilement nos partenaires européens. En un mot comme en cent, nous avons eu raison… et notre posture nous empêchés d’en tirer profit !

Voyez les Allemands : ils ont eu, sur le fond, la même position que nous, bien qu’étant membres à part entière de l’Otan. Mais ils n’ont pas donné dans l’anathème inutile.

Résultat : nous avons affaibli notre position, à la fois lorsque nous abordons la question de la défense européenne, qu’aucun de nos partenaires ne conçoit découplée des Etats-Unis, et face aux problèmes du Moyen-Orient.

A contrario, les positions proaméricaines de Nicolas Sarkozy ne l’ont pas empêché de renouer le dialogue avec la Syrie, ni la France de jouer un rôle majeur dans le conflit israélo-arabe… Paradoxalement, une position pacifiée vis-à-vis de l’Otan et de l’Amérique peut donc nous permettre de regagner la confiance de nos partenaires et, par là, de jouer notre rôle plus efficacement grâce à des marges de manœuvres accrues.

Jean-Pierre Chèvenement : Monsieur de Montbrial a l’art de cultiver le paradoxe : plus nous serions intégrés à l’Otan, plus nous serions indépendants !

Thierry de Montbrial : Plus efficaces, je le maintiens !

Jean-Pierre Chèvenement : Mais plus efficace dans quelle perspective ? Je crains que vous ne défendiez là une conception très « occidentalo-centriste » de notre politique étrangère. Nous sommes dans un monde où montent des pays milliardaires en hommes, la Chine, l’Inde, où d’anciennes nations réapparaissent, comme l’Iran, le Vietnam, et où de nouvelles surgissent, comme le Brésil. Et il faudrait que la France qui a toujours su entretenir un dialogue singulier avec d’autres civilisations, réintègre le cercle étroit d’une coalition identifiée par les autres comme l’expression de l’hégémonie américaine ! C’est une erreur stratégique. C’est un contre-sens historique.

Ce n’est pas parce que, comme le dit M. Sarkozy, nous avons, à tort ou à raison, des hommes sur le terrain au côté des Etats-Unis, que nous devons envoyer des officiers généraux dans les Etats-majors de l’OTAN ! Etre les amis des Américains et nous trouver à leurs côtés quand nos intérêts coïncident, très bien ! Le statu-quo vis-à-vis de l’OTAN allait très bien à tout le monde ! Pourquoi, subitement, abandonner cette posture, alors que ni les Etats-Unis ni nos alliés européens ne nous le demandaient ?

Réintégrer le commandement de l’Otan, dans l’esprit de Nicolas Sarkozy, c’est aussi rétablir la confiance qui seule peut permettre l’émergence d’une défense européenne…
Thierry de Montbrial : Disons-le tout net : c’est un pari. Qui comme tout pari, peut réussir ou échouer. Jean-Pierre Chevènement n’a pas tort quand il taxe mon raisonnement de paradoxal. Mais je crois qu’il se trompe en le ramenant à du pur « occidentalo-centrisme ». De même qu’un rapport apaisé avec les Américains peut nous rendre de sérieuses marges de manœuvres dans le monde, de même peut-il nous permettre de construire une véritable défense européenne.

Un seul exemple dont j’ai été personnellement le témoin, en tant qu’organisateur de la World Policy Conférence d’Evian, en octobre dernier : l’accord intervenu entre Nicolas Sarkozy et le président russe, Dimitri Medvedev sur le principe d’une nouveau système de sécurité en Europe, accord sur lequel, alors, les Etats-Unis étaient plus que réticents. Et je ne parle pas de la Géorgie, à propos de laquelle ce même Sarkozy a pu, au nom de l’Europe, aboutir à un accord ! Franchement, je ne pense pas qu’il aurait eu les coudées aussi franches s’il avait été perçu par nos partenaires comme un adversaire des Etats-Unis.

Il en va de même pour la défense européenne : nos voisins étant ce qu’ils sont, comme aurait dit de Gaulle, ils n’accepteront jamais de mettre sur pied une défense commune que Washington percevrait comme hostile. On peut le regretter, mais c’est ainsi ! Eviter la confrontation, faire preuve de modestie, ce n’est pas s’abaisser, bien au contraire ! Pensez à Louis XI dont la stratégie était à la fois grandiose… et pleine de chemins détournés !

Jean-Pierre Chèvenement : Et tellement subtile qu’il lui arrivait à lui « l’universelle araigne » de se perdre dans le fil de ses intrigues, au point de se retrouver prisonnier à Péronne (rires)

Thierry de Montbrial : Et de gagner à la fin ! Je le répète : quand on fait un pari, on n’est jamais certain de le gagner. Mais on est toujours sûr de perdre en faisant comme si les autres n’existaient pas… La preuve : jusqu’ici, la défense européenne n’est jamais sorti des cartons.

Jean-Pierre Chèvenement : Si ! Si ! On l’a vue à l’œuvre en 1999, quand pour complaire à Mme Albright qui voulait absolument sauver l’Otan, dix ans après la chute du mur de Berlin, on a bombardé Belgrade et créé l’entité la moins viable et la plus instable du continent, le Kosovo !

Soyons sérieux, s’il n’y a pas aujourd’hui de défense européenne, c’est pour trois raisons.

La première : les Etats-Unis ne la souhaitent pas. Brzeszinski l’a écrit, je cite : « l’Europe peut faire beaucoup plus pour sa défense, à condition qu’elle n’acquière pas une autonomie telle qu’elle mette en danger ses liens avec l’Amérique » (L’Amérique face au monde, Pearson décembre 2008). Peut-on être plus clair ?

La seconde c’est l’opposition des Britanniques à la mise sur pied d’un Etat-major proprement européen significatif.

La troisième : c’est que les Européens ne veulent pas se défendre ! Qui parmi nos voisins, consacre autant que la France à sa défense, qui d’ailleurs relâche ses efforts d’année en année ? Personne ! Les Allemands ? Les Italiens ? Les Espagnols ? Allons donc ! Ce que je vois, c’est que, la crise aidant, la réintégration dans la machine Otan va se traduire avec une démobilisation de l’esprit de défense au nom du bon vieux principe : « puisque les Américains sont là… ». Notre effort de défense à la longue en sera atteint ! La défense c’est le prix de l’indépendance !

Thierry de Montbrial : Je suis d’accord avec Jean-Pierre Chevènement quand il dit que les Américains ne veulent pas d’une défense européenne qui pourrait déboucher sur une coalition potentiellement alternative à l’Otan. Ce qu’ils veulent, c’est que nous dépensions plus, mais dans des limites compatibles avec leur leadership. Je suis moins d’accord quand il dit que les Européens sont, par nature, rétifs à accroître leurs efforts. Ils l’ont été, et vont peut-être continuer à l’être tant que la crise économique durera. Mais je tire de mes contacts avec les nouveaux membres de l’Union européenne, l’impression très nette, et presque la certitude, que cet état d’esprit et en train de changer. Pour attachés qu’ils soient à l’alliance américaine, les pays d’Europe centrale et orientale prennent progressivement conscience que l’Amérique est loin, et qu’elle ne constitue pas une panacée. A condition que l’émergence d’une défense européenne s’effectue dans un esprit de coopération avec les Etats-Unis, ils seront prêts à beaucoup plus de sacrifices qu’on ne le croit. Et du coup, l’Amérique elle-même sera bien obligée, tôt ou tard, d’en tenir compte…


Même quand nous n’étions plus membres du commandement intégré, l’article 5 de la charte de l’Otan qui prévoit qu’en cas d’agression d’un membre de l’alliance, les autres doivent lui porter secours, demeurait toujours valable. Mais la France restait souveraine quant aux modalités d’emploi de ses forces armées. Cette liberté d’appréciation peut-elle rester la règle, une fois la réintégration accomplie ?
Thierry de Montbrial : Réponse, oui ! L’article 5 n’entraîne aucune automaticité d’ordre opérationnel. Il n’a d’ailleurs jamais été utilisé. Ni avant 1966, ni après. Et quand, à la suite du 11 septembre 2001, les Européens ont proposé d’en faire usage, ce sont les Américains qui s’y sont refusé ! J’ajoute que la perspective de l’élargissement de l’Otan vers l’Est va encore accroître la prudence des Américains quant à l’utilisation éventuelle de cet article. Que la Géorgie ou l’Ukraine entrent demain dans l’alliance, éventualité que je tiens pour ma part pour dangereuse, vu l’instabilité de la région, je les vois mal honorer leurs engagements au titre de l’article 5… Sauf à faire perdre toute crédibilité à l’Otan, ce qui n’est souhaitable pour personne. Et surtout pas pour les Etats-Unis.

Jean-Pierre Chèvenement : Je partage cet avis. Mais je constate tout de même que l’Amérique qui s’était engagée, lors de la réunification allemande, à ne pas étendre l’Otan vers l’Est, a renié ses promesses. Dix Etats supplémentaires ont rejoint l’Alliance ! Ce mouvement de progression des intérêts américains vers la sphère eurasiatique me semble hautement préoccupant. Rien n’indique d’ailleurs que les Américains aient renoncé à l’adhésion de la Géorgie et même de l’Ukraine.

Comment expliquez-vous, pour finir, l’évolution contradictoire des forces politiques françaises à l’égard de l’Otan, la gauche ayant voté en 1966 contre la sortie du commandement intégré puis votant, en 2009 contre sa réintégration, et la droite obéissant au mouvement inverse ?
Jean-Pierre Chèvenement : Les choses ne sont pas si tranchées. En 1966, la gauche était divisée comme la droite l’est aujourd’hui. Le PS, avec François Mitterrand, voyait d’un bon œil la présence des troupes américaines en Europe. Ce fut d’ailleurs une constante chez lui, jusqu’à l’affaire des Pershing, en 1983. J’étais moi-même dans la minorité de gauche qui soutenait la volonté d’indépendance de de Gaulle. Aujourd’hui, la droite est globalement pour la réintégration. Seule une minorité est contre. Au fond d’elles-mêmes, la droite et la gauche ne croient ni l’une ni l’autre à l’indépendance de la France.

Thierry de Montbrial : Au-delà de nos désaccords, je vais faire plaisir à Jean-Pierre Chevènement. Je pense que les forces politiques sont, par essence, conservatrices. Elles ont du mal à s’arracher de leurs disciplines intrinsèques. Quitte à me faire des ennemis, je dirais que les hommes politiques français qui réfléchissent par eux-mêmes sur les questions internationales se comptent sur les doigts de la main.

Jean-Pierre Chèvenement : Disons des deux…

Thierry de Montbrial :… Et je crains qu’en 2009, comme en 1966, les considérations de politique intérieure l’emportent sur toutes les autres… Qui sont pourtant, souvent, les plus importantes !

Jean-Pierre Chèvenement : L’esprit de parti est plus fort que l’esprit républicain !

mercredi 25 mars 2009

La politique étrangère de la France, après sa réintégration dans l'OTAN

Projet d'intervention en séance du sénateur Chevènement lors du débat relatif à la déclaration du Gouvernement sur la politique étrangère de la France, mercredi 25 mars 2009 (seul le prononcé fait foi).
(L'intervention de Jean-Pierre Chevènement commence à 118min et 50 secondes et finit à 128min et 35 secondes)

Le Président de la République a justifié sa décision de réintégrer les structures militaires de l’OTAN par l’évolution du contexte stratégique depuis 1966.

A l’époque, le général de Gaulle craignait que la doctrine américaine de la « riposte graduée » fît de la France un champ de bataille alors même que ses intérêts directs n’auraient pas été directement engagés. Mais il craignait aussi que nous ne fussions entraînés dans des guerres qui ne seraient pas les nôtres, ainsi la guerre du Vietnam qu’il fustigea à la même époque dans son discours de Phnom-Penh. Cette éventualité n’a rien perdu de son actualité. Le risque de nouvelles guerres s’est déjà concrétisé, notamment en Irak, et nul ne sait ce qu’il en sera demain, au Proche Orient, en Iran, au Pakistan, dans le Caucase ou en Asie de l’Est.

Le Président de la République a évoqué, en reprenant les analyses du livre blanc sur la Défense, l’apparition de « nouvelles menaces » liées à la mondialisation, « facteur d’instabilité et incertitude stratégique ». Concept flou surtout qui ne décrit aucune logique claire mais énonce seulement la multiplicité des phénomènes contradictoires qui caractérisent la scène internationale contemporaine. Cette analyse néglige les Etats et l’évolution de la géographie de la puissance. La crise actuelle – crise financière et économique mais aussi enlisement militaire américain en Irak et en Afghanistan – manifeste que les Etats-Unis ne sont plus en mesure de dominer seuls le reste de la planète et peut-être même de le dominer du tout. La montée de pays milliardaires en hommes, comme la Chine et l’Inde, mais aussi le retour de la Russie et plus généralement d’anciennes nations ou le surgissement de puissances émergentes, structurera le paysage stratégique beaucoup plus que le concept-valise de « mondialisation ».

A l’orée de ces temps nouveaux, le Président de la République, par occidentalo-centrisme, met d’emblée la France dans le sillage des Etats-Unis. En soulignant notre appartenance non pas à la famille humaine, mais à la « famille occidentale », il sape en fait – sans peut-être le mesurer – l’émergence potentielle, dans le monde multipolaire de demain, d’un pôle proprement européen en nous confondant dans l’OTAN. Celle-ci ne remplacera jamais l’ONU où nous siégeons comme membres permanents du Conseil de Sécurité aux côtés de la Chine et de la Russie. Votre décision est un contresens géopolitique !

Que nous demandent en fait les Américains, à nous Européens ? C’est d’être leurs auxiliaires dans la tâche qu’ils s’assignent de refondation de leur leadership. Laissez-moi vous citer M. Brzezinski, ancien conseiller spécial du Président Carter et toujours influent dans les milieux Démocrates :

« Tout en arguant qu’ils ne sont pas en mesure d’intervenir militairement, les Européens insistent pour prendre part aux décisions … Même si les Etats-Unis demeurent la première puissance mondiale, nous avons besoin d’une alliance forte avec l’Europe pour optimiser notre influence respective » … et il ajoute « L’Europe peut faire beaucoup plus sans déployer d’efforts surhumains et sans acquérir une autonomie telle qu’elle mette en danger ses liens avec l’Amérique » (1).

On ne peut être plus clair : l’OTAN est un moyen de solliciter davantage la contribution militaire des Européens à des opérations dont chacun sait très bien qu’elles se décident d’abord à Washington, tout en empêchant que l’Europe se dote d’une défense autonome. Or celle-ci est la condition d’une politique étrangère indépendante.

La décision du Président de la République de faire réintégrer par la France les Etats-majors de l’OTAN obéit donc à une logique américaine : celle d’un partage accru du fardeau mais nullement des décisions, au sein d’une alliance qu’ils dominent absolument.

Personne ne nous a demandé de réintégrer l’OTAN ni les Etats-Unis ni nos alliés européens. Cette décision du Président de la République a été prise sans débat préalable : à l’Assemblée Nationale le gouvernement a pris sa majorité en otage en utilisant l’article 49-1 de la Constitution. Au Sénat il n’y a eu ni débat ni vote. S’il y avait eu un véritable débat au Parlement et dans le pays, la réponse aurait été tout autre.

Vous prétendez que la France restera indépendante au sein de l’OTAN mais vous méconnaissez le poids des entraînements et celui des symboles.

Sept cents officiers dans les états-majors de l’OTAN, cela crée un tropisme dans nos armées qu’on déshabitue ainsi de penser national. L’argument selon lequel l’Allemagne ou la Turquie, dans une certaine mesure, ont pu, en 2003, se tenir à l’écart de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine ne tient pas. Ce refus de participer est un fusil à un coup. Quand on est intégré, assis en permanence à la même table, on ne peut dire « non ! » tout le temps. Le Président de la République laisse à penser que la France en envoyant des officiers généraux dans les Etats-majors, et pas seulement des soldats sur le terrain, pourra peser sur les décisions. C’est un sophisme : chacun sait bien que les vraies décisions ne se prennent pas dans les états-majors de l’OTAN mais à la Maison Blanche. Nous serons mieux informés, dites-vous. Mais de quoi ? De décisions élaborées en dehors de nous !

Vous méconnaissez enfin et surtout le poids des symboles. Depuis 1966, la France avait maintenu une distance vis-à-vis de l’OTAN qui la faisait regarder comme un pays non-aligné, bref indépendant. C’est à cela que vous allez mettre fin. Vous protestez en déclarant qu’il ne s’agit que d’une impression. Mais en politique internationale, l’impression est tout.

Le Président de la République a justifié la réintégration complète de la structure militaire de l’OTAN par l’argument de la défense européenne. En nous faisant « plus blanc que blanc », nous dissiperions les suspicions qui auraient freiné les avancées de ladite défense européenne. C’est là une vue bien naïve des choses :

Il n’y a pas de défense européenne parce que les Etats-Unis ne le souhaitent pas, parce que les Britanniques s’opposent à la mise sur pied d’une structure d’Etat-major significative qui permettrait la planification et la mise en œuvre d’opérations proprement européennes, et enfin parce que les autres pays européens ne sont pas prêts à faire l’effort de se défendre par eux-mêmes. Et là est le risque pour la France aussi, dont l’effort de défense – 1,6 % du PIB – n’a jamais été historiquement aussi faible : en dehors de l’indépendance nationale la justification de l’effort à la longue disparaît. A long terme l’intégration à l’OTAN affaiblira l’esprit de défense.

Certes, il convient de saluer les nouvelles orientations du Président Obama, quant aux relations qu’il convient de tisser entre les Etats-Unis d’une part, la Russie, la Chine, et même l’Iran d’autre part. Mais il ne faut pas oublier que le Président élu entend bien refonder un nouveau « leadership américain » et ouvrir la voie, je le cite, à un « nouveau siècle américain ». Ne confondons pas le moment Obama et l’extrême difficulté des transitions inévitables. Qui peut dire que dans la crise profonde qui frappe l’économie mondiale, la guerre demain – en Iran ou ailleurs - ne sera pas, encore une fois, aux yeux de dirigeants aux abois, le moyen de forcer le destin ?

Votre décision de réintégration complète de l’OTAN accroît le risque que la France se laisse entraîner demain dans des guerres qui, selon l’expression du général de Gaulle, « ne seraient pas les siennes ».

Alors que nous nous apprêtons à fermer une base militaire en Afrique Centrale, traditionnelle zone d’influence française, mais aussi réservoir de richesses qui suscitent toutes les convoitises, nous ouvrons une nouvelle base à Abu Dhabi, dans le Golfe, région où notre autonomie stratégique est nulle.

Avec la Chine, grande puissance du XXIe siècle que le général de Gaulle avait reconnue le premier, en 1964, une brouille – espérons-le passagère et due peut-être à des impairs ou à des susceptibilités excessives – vient obscurcir notre relation. Mais qui peut croire que cette brouille n’illustre pas aussi notre changement de posture vis-à-vis des Etats-Unis ?

Je n’observe pas par ailleurs que les Etats-Unis aient renoncé à faire entrer un jour dans l’OTAN l’Ukraine et la Géorgie. Ce jour-là, notre partenariat stratégique avec la Russie deviendra rhétorique.

L’indépendance nationale ne se définit pas contre les Etats-Unis. On peut être indépendant et d’autant mieux allié des Etats-Unis. Je souhaite ainsi que nous venions à l’aide du Président Obama dans un puissant effort de relance coordonné à l’échelle mondiale. Mais dans le monde multipolaire de demain, il y a place pour une France indépendante qui donnerait une voix à l’Europe et contribuerait à l’existence – OTAN ou pas – d’un « pôle européen » capable de peser sur la scène du monde. Votre décision rendra cet objectif beaucoup plus difficilement accessible.

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1/ L’Amérique face au monde, Editions Pearson, novembre 2008.

L'intervention sera disponible sur le site de Public Sénat en format vidéo

lundi 23 mars 2009

Je suis fier de la probité de mon parti

A la suite de l'echec des négociations avec le Front de Gauche et malgré la déception, je suis fier de la probité de mon parti. Je publie le commentaire instructif de notre camarade Catherine Coutard paru aujourd'hui dans le blog de Jean-Pierre Chevènement :

Secrétaire nationale et porte parole du MRC, je souhaite vous apporter quelques éléments de discussion qui ont guidé notre choix. Le débat a été long, sérieux et argumenté. La négociation avec les uns et les autres également.

Rappels : Nous avons transmis un texte sur la nécessaire réorientation de la construction européenne, en particulier face à la crise, à toute la gauche mi-janvier. (cf site MRC) Alors qu'une crise majeure du capitalisme va frapper des millions de personnes, le PS n'a été capable d'une discussion avec personne, enfermé dans le règlement de ses dissensions.

Pour donner toutes ses chances à un accord politique dynamique et de qualité avec le front de gauche, nous avons passé des heures en discussion sur le fond et en amendements, nos négociateurs ont fait preuve de beaucoup de patience voire d'abnégation et nous avons repoussé notre CN de 8 jours.

Malheureusement, une partie des directions nationales du PG et du PCF ne voulait pas d'un accord respectueux de l'identité et de la dignité de chacun. J'y vois là une erreur politique majeure : par rapport aux Français qui attendent des réponses à la crise et du neuf à gauche et par rapport aux militants sincères de toutes ces organisations. A défaut de pouvoir faire des listes de toute la gauche, j'étais très favorable à cet accord qui me paraissait une possible étape utile de la refondation républicaine de la Gauche. Le PCF et le PG ne me semblent pas l'avoir compris.

Un rapport exhaustif serait bien difficile Quelques éléments me paraissent significatifs. En vrac et sans hiérarchie :

- il n'a pas été possible d'intégrer des thèmes qui nous sont chers et dont on a du mal à comprendre qu'ils puissent poser problème comme

- l'introduction de l'emploi dans les objectifs de la BCE;

- ou toute référence à une protection du modèle social comme du tissu économique européen à travers un tarif douanier;

- ou la perspective d'une mondialisation régulée parce que dixit "ce serait accepter le capitalisme..." (alors même que c'est un amendement MRC qui a introduit l'analyse que cette crise est une crise sévère du capitalisme, notion qui avait été omise);

- ou le rôle central des USA et de leur logique d'endettement dans cette crise;

- ou l'importance de la souveraineté nationale (cf texte du CN) comme si la souveraineté populaire pouvait s'exercer sans l'indépendance nationale;

- et même le mot nationalisation qui serait trop connoté ! La liste n'est pas exhaustive.

- la discussion a été extrèmement difficile aussi parceque les avancées d'un jour (amendement et formules de compromis acceptés un jour) pouvaient finalement être rejetés le lendemain. On peut rendre hommage à Francis Wurtz (PCF) pour avoir rédigé à un moment un texte de synthèse solide mais qui est devenu caduque 48 heures plus tard. Eric Coquerel (PG) aussi a fait de nombreux efforts pour essayer d'enrichir la déclaration de principes du Front de gauche de notre logiciel républicain, mais indéniablement le mot république ou républicain sent le souffre pour un certain nombre : Jean Jaurès et les résistants de 39/45 doivent se retourner dans leur tombe en constatant que leurs héritiers proclamés ne savent plus porter ensemble patriotisme et internationalisme.

- Enfin on peut mesurer l'envie de nous associer pleinement à la proposition faite du nombre de candidats sur les listes soit 9 sur 138 candidats (69 titulaires et 69 suppléants)...

Il n'y avait pas d'accord honorable possible et c'est bien triste. Ceux qui l'ont emporté dans les directions nationales du PCF et du PG portent une lourde responsabilité face aux Français et aux sympathisants de gauche.

dimanche 22 mars 2009

Elections européennes : la position du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen

Résolution adoptée par le Conseil National du Mouvement Républicain et Citoyen, dimanche 22 mars 2009.
Elections européennes : la position du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen
La gauche, toute la gauche, a aujourd’hui la responsabilité historique d’apporter une réponse à la crise sans précédent qui frappe et frappera demain encore plus fort, crise historique du capitalisme, résultant elle-même d’une déréglementation généralisée engagée sous l’impulsion des Etats-Unis et dont l’Europe libérale a été depuis vingt-cinq ans le relais.

Le Mouvement Républicain et Citoyen a recherché loyalement un accord avec l’ensemble des forces de gauche pour redresser la construction européenne sur une base de projets, répondant aux besoins et aux aspirations des peuples à partir des nations, cadres premiers de la démocratie, d’une puissance publique réhabilitée, adossée à une citoyenneté relevée, dans la perspective d’un monde multipolaire régi par le Droit.

Le Parti socialiste s’est montré d’abord préoccupé de surmonter ses propres divisions intérieures. Quant aux organisations politiques regroupées au sein du « Front de gauche », elles n’ont pas voulu d’un accord acceptable par le Mouvement Républicain et Citoyen.

Le Conseil National réuni le 22 mars au Kremlin Bicêtre a constaté que les négociations engagées avec ces organisations achoppent sur une divergence de fond quant à la manière de redresser la construction européenne.

Leur rejet de la souveraineté nationale et particulièrement d’un amendement MRC indiquant qu’« on ne fera pas l’Europe sans et à plus forte raison contre les nations qui sont le lieu privilégié de l’expression démocratique et de la solidarité » est révélateur. Les organisations du « Front de Gauche » partagent en fait, à travers des expressions comme « souveraineté européenne », « assemblée constituante européenne », les mêmes postulats illusoires que ceux qui ont conduit les sociaux-libéraux à accepter, au nom de la supranationalité, la prise en otage de la construction européenne par le capitalisme financier mondialisé.

Faire croire à notre peuple qu’on peut redresser la ligne sociale-libérale sur la base de postulats illusoires procéderait d’une démagogie trompeuse à laquelle nous nous refusons. La République ne peut se dissoudre dans le mouvementisme.

Une alliance électorale sans principe ni débouché stratégique ne correspondrait pas à notre conception de l’action politique. Le MRC constate que la gauche aujourd’hui n’offre malheureusement pas de débouché politique à la crise et à la protestation sociale : le PS n’a pas rompu avec sa ligne sociale-libérale, comme l’a montré la ratification du traité de Lisbonne par la majorité de ses parlementaires. Le « Front de gauche » n’offre pas de perspective sérieuse de redressement. Le NPA ne veut pas venir au pouvoir.

Dans ces conditions le MRC développera sa propre ligne républicaine. Il publiera son propre texte d’orientation dans les prochains jours. Il préparera les échéances qui viennent et plus particulièrement celles de 2012 qui seules permettront de relever la France et la République et de réorienter vraiment la construction européenne.

vendredi 13 mars 2009

Voilà pourquoi notre gauche est muette (réponse à Paul Thibaud)

Tribune de Jean-Pierre Chevènement, à paraître dans Marianne, 14 mars 2009. Le PS a sacrifié ses valeurs au capitalisme financier. Et reste incapable de réinventer un système de valeurs collectives.
Voilà pourquoi notre gauche est muette (réponse à Paul Thibaud)
Selon Paul Thibaud (Marianne du 21 février), la gauche, depuis 1962, n’est plus capable de refonder et de « relancer le destin national ». Son échec dans la décolonisation la poursuivrait encore aujourd’hui à travers le désir de revanche incarné de 1958 à 1981 par François Mitterrand qui aurait étouffé tout effort de refondation intellectuelle et morale.

Paul Thibaud incrimine l’immobilisme idéologique, celui du programme commun contre le « mouvement d’émancipation culturelle et générationnelle » de 1968 débouchant sur le vide politique. C’est pourquoi la victoire politique de 1981, celle d’un « volontarisme politique artificiel », se serait avérée « creuse ». La gauche serait toujours aujourd’hui sur la ligne mitterrandienne (« la foi sans les œuvres », d’où un « immobilisme agité, velléitaire, dangereux, qui déprime les Français »).

Certes il y a du vrai dans la description de Paul Thibaud : François Mitterrand n’était pas porté sur l’autocritique, mais De Gaulle non plus. Il s’est servi de l’union de la gauche pour venir au pouvoir mais surtout il a substitué au projet de transformation sociale de 1981 - non sans hésitation d’ailleurs - une Europe technocratique et libérale tournant le dos aux aspirations populaires.

La relance par De Gaulle de l’Histoire nationale, après 1962, s’est incarnée dans des choix (des institutions stables, la dissuasion, la sortie de l’OTAN, l’indépendance de notre politique extérieure) beaucoup plus que dans une modernisation économique entamée, elle, par la IVe République, sur la base du programme du CNR, programme d’union nationale, mais marqué par la gauche. Pour relancer à nouveau l’histoire nationale, en 1981, la gauche devait rebattre les cartes en matière économique et sociale.

Ce n’est pas la passion de la revanche (passion bien ordinaire) qui a nourri l’immobilisme idéologique de la gauche, c’est son incapacité à rendre compte du tournant qu’elle a opéré dans les années quatre-vingt en cédant au vent néolibéral qui soufflait d’Amérique : revalorisation de la Bourse, réhabilitation du profit et d’abord dans le partage de la valeur ajoutée, sacralisation du principe de la concurrence à travers l’Acte Unique, libération des mouvements de capitaux et enfin, et peut-être surtout, dévalorisation de la nation à travers le mythe européen. Cette incapacité à « refonder » va de pair avec le choix libéral et européen qui renvoie la nation aux oubliettes. La vision instrumentale de l’union de la gauche a relégué à l’arrière plan l’effort conceptuel qui avait été fait pour donner à la gauche un projet moderne : politique et restructurations industrielles à travers les nationalisations, priorité à la recherche et à sa valorisation, modernisation du « dialogue social », etc. Cette politique a été bel et bien torpillée par l’ouverture de la « parenthèse libérale » en mars 1983.

Naturellement on peut discuter à l’infini de la faisabilité d’une « autre politique ». Constatons simplement où a conduit « la seule politique possible » : à l’éloignement des couches populaires à l’égard de la gauche et à la crise actuelle de la « mondialisation libérale à laquelle le PS a sacrifié l’originalité de son projet et de ses valeurs.

Relancer le destin national ? De Gaulle n’y pouvait parvenir seul dans les années soixante avec l’appui d’une droite qui se méfiait de lui. La translation opérée de droite à gauche à travers la stratégie de l’union de la gauche était alors le seul moyen de sauver ce que la Ve République apportait de fondamentalement positif (des institutions stables, une défense moderne reposant sur la dissuasion, une politique extérieure indépendante). Mais cela supposait aussi que la gauche fût capable d’innover par une politique industrielle et par un projet national adaptés.

La stérilité actuelle de la gauche, procède de son auto-trépanation de 1983, de son incapacité à avoir su devancer la crise (bien au contraire elle a contribué – en pratique et en théorie - à installer le capitalisme financier dans notre pays) et de son absence de réponse face à ses développements. Elle s’est réfugiée dans une vieille incantation (Europe ! Europe ! Europe !) plutôt que de chercher dans une vision moderne de la République, en France et en Europe, le moyen de refonder un système de valeurs et de croyances collectives. C’est pourquoi le PS se trouve pris à contrepied par la crise au moment même où il vient de ratifier le traité de Lisbonne et d’officialiser son ralliement au libéralisme. Et voilà pourquoi « notre gauche » est muette.

Je partage cependant la conclusion de Paul Thibaud : « C’est encore à la gauche de renouer avec l’éthique de responsabilité, le devoir de « faire société », de retrouver la capacité de synthèse qui donne espoir à un peuple, à une nation ». Mais peut-être lui faudrait-il d’abord se réconcilier avec la nation, dans sa conception républicaine, évidemment ...

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Ce texte est également publié sur Marianne2.fr.

dimanche 22 février 2009

Jean-Pierre Chevènement à On n'est pas couché face à Ruquier, Zemmour et Naulleau : la vidéo

Il répondait aux questions de Laurent Ruquier, Eric Zemmour et Eric Naulleau pendant plus de 30 minutes. L'émission est podcastée ci-dessous.
Les 29 premières minutes de l'entretien :

Un problème d'enregistrement empêche de voir les 30 secondes suivantes. Voici les 3 dernières minutes de l'entretien :

L'émission intégrale sera disponible pendant une semaine sur le site de France 2 : http://on-n-est-pas-couche.france2.fr/.
Note : l'émission est également disponible sur Dailymotion en deux parties : partie 1 et partie 2.

lundi 16 février 2009

DSK le Masque de fer

Le Parti Socialiste est orphelin, orphelin de son mentor, Dominique Strauss-Kahn, moins agité que notre Président et partageant avec lui le même soutien de l’oligarchie mondialisée.

Non dépourvu de talents et occupant la même niche écologique que le locataire de l’Elysée, ce denier s’est empressé dès son élection de l’écarter de la scène nationale. Il ne ménagea pas ses efforts pour que DSK fût désigné à la direction du F.M.I.

Pascal Lamy à l’O.M.C. et DSK au F.M.I. les socialistes français sont à la tête du capitalisme mondial fit remarquer Jean-Pierre Chevènement.

Washington c’est moins bucolique que l’île Sainte-Marguerite mais il n’en demeure pas moins que cet exil doré ressemble fort à un bannissement. Une organisation multilatérale en guise de Masque de fer moderne, c’est l’invention géniale de notre Président !

Pascal OLIVIER

mercredi 4 février 2009

La démocratie n'est pas un article d'exportation

“La démocratie n’est pas un article d’exportation”, devait affirmer Jean-Pierre Chevènement le 19 décembre dernier à la Maison franco-japonaise de Tokyo. Après avoir marché dans les pas de Jaurès lors de la guerre du golfe, il adapte à notre siècle la fameuse formule attribuée à Léon Gambetta, “l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation”.

Il est vrai qu’imposer la démocratie dans le monde musulman c’est à peu près la certitude de voir les islamistes accéder au pouvoir. C’est ce qui arriva en 2006 en Palestine. Envolé le rêve d’une Palestine libre, laïque et démocratique. Ce rêve, c’était pourtant il n’y a pas si longtemps, avant que les chrétiens palestiniens, ceux qui étaient là avant la conquête arabe, ceux qui ont la mémoire la plus longue comme le dit si justement Régis Debray de retour de son voyage en Terre sainte, ne subissent les persécutions de leurs compatriotes musulmans. Jadis un cinquième de la population, aujourd’hui un cinquantième, avec eux s’en est allée l’âme de la Palestine. Leur disparition n’annonce pas seulement la fin d’une Palestine laïque et démocratique, mais aussi l’affaiblissement de la notion même de nation palestinienne. L’hypothétique futur Etat palestinien ressemblera plus à une satrapie islamique ayant une allégeance supranationale, la “Oumma”, la matrie en traduction littérale, et qui se rêvera en “wilaya” d’un califat islamique.

C'est paradoxalement la perspective du règlement de la question nationale palestinienne en 2000 à Taba où nous sommes passés à un cheveu d'un accord qui a engendré toutes ces violences : deuxième intifada, persécution des chrétiens palestiniens pourtant à l’avant-garde de la lutte de libération et actes antisémites en France et en Europe. Les ethnopsychiatres le savent bien ce n'est ni l'arrachement ni l'exil qui provoquent le plus de troubles, c'est le moment critique où l'on sent qu'il faut faire le deuil de ce qu'on est et s'intégrer dans la société d'accueil qui provoque le plus de violences intérieures et de maladies . Or un Etat palestinien c'est le deuil de la Palestine historique et on peut comprendre que cela soit une souffrance. Et quand on sait que le "cheveu" en question portait sur Jérusalem - Yasser Arafat aurait reculé déclarant : “Pour Jérusalem j’ai 1,4 milliard de musulmans derrière moi” - on comprend mieux comment on est passé d'une guerre de libération nationale dont on avait entrevu l’aboutissement à une guerre de religion. La conclusion est qu'il faut un Etat palestinien mais qu'il ne faut surtout pas croire que ce sera une garantie pour la sécurité d'Israël et du Monde.

Il faut évidement discuter avec tout le monde, y compris avec le Hamas, malgré son ingérence dans nos affaires intérieures au moment de la loi sur la laïcité de mars 2004, malgré sa charte, malgré son intention de rajouter la conquête de Rome à celle de Constantinople, malgré sa volonté de contribuer à l’établissement d’un califat mondial islamique. La Russie l’a fort bien compris qui dès le verdict des urnes a reçu officiellement un dignitaire du Hamas pour entrevoir le devenir des lieux saints de la chrétienté. Vladimir Poutine s'est posé en seul héritier européen des lointaines capitulations inaugurées par François 1er. De Moscou la troisième Rome on en attendait pas moins.

“La République est une exigence dans l'ordre intérieur, mais aussi dans l'ordre extérieur. C'est l'exigence d'une parole juste et libre !” Conclusion de Jean-Pierre Chevènement le 14 janvier dernier au Sénat à propos de Gaza. Chiche.

Pour ce qui est de l’ordre extérieur abordons par exemple la question des violations du droit international par la Turquie, pas seulement ses incursions en Irak, son blocus depuis 15 ans de l’Arménie, la rétention des eaux de l’Euphrate au détriment de la Syrie et de l’Irak, l’occupation et la colonisation de Chypre, mais également une question très peu abordée par nos médias, le harcèlement militaire de la Grèce. Violation continuel de l’espace aérien et maritime de la Grèce par l’armée turque provoquant des engagements, casus belli annoncé par la Turquie au cas où la Grèce appliquerait les accords internationaux sur l’étendue des eaux territoriales, refus de s’en remettre au tribunal international de La Haye pour l'arbitrage des différents. Les gages - aveu de faiblesse - donnés par l’Union européenne à la Turquie, n’ont fait qu’aggraver la situation . C’est ainsi que début 1996, après l’entrée en vigueur du protocole d’Ankara qui supprimait les barrières douanières entre l’Union européenne et la Turquie, celle-ci s'autorise à revendiquer mille puis trois mille îles grecques remettant en cause le traité de Lausanne de 1923 et le traité de paix de Paris de 1947. Les turcs envahissent l’îlot d’Imia et nous échappons de peu à une conflagration. Le 17 décembre 2004 la Turquie salue à sa manière la décision du Conseil européen d’ouvrir des négociations d’adhésion avec elle malgré son obstination à ne pas reconnaître Chypre, en survolant à basse altitude la Grèce continentale avec une armada de chasseurs et de bombardiers.

Pour ce qui est de l’ordre intérieur, la parole juste et libre à l’heure où la France se couvre de mosquées, où nos voisins britanniques instituent des tribunaux islamiques, où l’Organisation de la Conférence Islamique veut nous imposer le délit de blasphème et la fin de la liberté d’expression, où un récent sondage CSA/Le Monde des religions indique que 54% des musulmans en France sont pour l’application de la charia et 70% pour le port du voile islamique, la parole juste et libre c’est d’exiger de nos compatriotes musulmans qu’ils soient au moins autant désislamisés que nous sommes déchristianisés. Prenons au mot ceux qui nous reprochent de les considérer comme indignes des valeurs universelles et qui nous renvoient à la figure cette fameuse formule de Gambetta, aidons les à se désislamiser.

Pour finir je laisse à méditer les vœux à notre adresse d’un exarque alépin : “Pour nous c’est terminé, ce que nous voulons maintenant c’est votre salut.”

Pascal OLIVIER

samedi 24 janvier 2009

Notre camarade Christine Tasin menacée de mort par un admirateur du Hamas

Notre camarade Christne Tasin du MRC de Charente-Maritime et collaboratrice de Riposte Laïque a reçu des menaces de mort sur son blog de la part d'un prétendu historien admirateur du Hamas. Voici le texte de soutien que je lui envoie :

Chère Christine, chère camarade,

Dans cette épreuve que tu affrontes je te fais part de mon soutien fraternel et de mes remerciements pour ton combat.

Tu as raison de tenir bon car le front se trouve à gauche. La gauche est généreuse et irénique, c’est pourquoi c’est une terre de mission pour les islamistes.

La bataille de la gauche est décisive et malgré les pertes que nous avons subies par les prises de guerre de l’ennemi - LCR, Ligue de l’enseignement, LDH, MRAP, une partie du PC, des verts,et du PS - nous n’avons pas perdu la bataille.

C‘est pourquoi je trouve un appel à la résistance prématuré, il vaudrait mieux appeler à une mobilisation générale de la gauche ou de ce qu’il en reste. Jean-Pierre Chevènement a raison de vouloir rassembler la gauche, de vouloir la relever. Sans relèvement de la gauche il n’y aura pas de de relèvement de la France. Il faut que la gauche se souvienne de son baptême: la nation républicaine.

Il n’y a pas plus inégalitaire et liberticide que l’islam et c’est un comble de laisser à ceux qui en sont naturellement le plus proche - la droite et l’extrême droite - le monopole de sa critique.

Les islamistes savent bien que la droite est sans foi ni loi, qu’elle est prête à vendre père et mère pour “bien gérer”, c’est à dire défendre ses intérêts de classe et que si pour cela il faut passer à l’islam elle n’hésitera pas très longtemps. Pour s’en convaincre il suffit de voir comment l’Empire américain a encouragé l’islam contre la gauche arabe et ses partis laïcs, progressistes ou panarabes dont l’origine est largement chrétienne, comment il a contenu l’Union Soviétique par une ceinture verte islamique,comment il a soutenu les moujahidines en Afghanistan contre les soviétiques qui avaient libéré au moins la moitié du peuple en desserrant le carcan qui enserrait les femmes.

La machine de guerre islamique sait bien que si elle gagne la bataille de la gauche, elle aura gagné la guerre. C’est pourquoi tout en prônant “une collaboration avec la gauche et le mouvement social” elle s’attaque si violemment aux consciences libres de la gauche comme elle le fit contre Robert Redeker.

Pour toutes ces raisons je ne fais pas partie de ceux qui appellent à un rassemblement du dernier carré socialiste républicain, le MRC, avec le dernier carré gaulliste, nos amis de Debout la République. Pour le moment leur mission est à l’arrière, ils se doivent de rassembler ce que compte encore la droite de patriotes sincères. L’addition de deux groupuscules n’a jamais fait un mouvement de masse, et la tentative de dépasser la gauche et la droite a déjà été tentée par Jean-Pierre Chevènement en 2002 avec le Pôle Républicain. Si par malheur nous perdions la bataille de la gauche, ce n’est pas dans un Pôle Républicain que nous nous retrouverions mais dans un Conseil National de la Résistance qui irait bien au delà du rassemblement des républicains des deux rives.

Pour l’heure tous les espoirs sont permis. Un réveil des consciences est en marche. Les récentes manifestations du hamas en France ont échaudé beaucoup de militants qui se sont sentis phagocytés par les barbus. Même nos amis libertaires -évidemment pas les “li-li” les libéraux-libertaires artisans et complices de la contre-révolution à l’œuvre ces dernières décennies - se rendent à l’évidence ; en témoignent une article du Monde Libertaire sur les manifestations du hamas à Paris, ainsi que les propos de Michel Onfray invité de Taddeï sur France 3 le 14 janvier dernier, l’hédoniste libertaire se déclarant républicain.

Avec toute ma sympathie et mes encouragements.

Pascal OLIVIER

Obamania

Sans doute faut-il modérer les espoirs d’une relation plus apaisée avec le monde arabo-musulman grâce à Obama.

Il ne faut pas sous-estimer le mépris que peut susciter un noir dans le monde arabe, monde arabe qui a razzié et réduit en esclavage les noirs durant 13 siècles, situation qui perdure encore au Soudan.

Mais encore plus grave, Barack Hussein Obama est né musulman et s’est converti au christianisme, c’est donc un apostat. L’apostasie est un crime majeur dans le monde musulman sanctionné par la peine capitale. Des Etats qui se veulent modernes comme l’Egypte ou le Maroc ont transformé la sanction en peine de mort civile : le mariage du condamné est dissous le cas échéant et sa succession ouverte. Le plus souvent les islamistes ne se satisfont pas de cette mort civile et exécutent eux-mêmes le condamné. C’est ce qui est arrivé à un écrivain égyptien

Il faut donc bien plus craindre des risques d’attentats de ce coté que des partisans d’un “white power”. Que la principale puissance mondiale ait à sa tête un apostat à l’islam peut être vécu comme l’humiliation ultime. Oussama Ben Laden ne pourra plus déclarer comme il le fit dans les années 90 au directeur des cahiers de l’Orient, Antoine Sfeir : ” les USA sont un don du ciel”.

Je suis agacé par l’obamania ambiante et les leçons de diversité que nous assènent les communautaristes. Pendant qu’une ségrégation violente sévissait aux USA, nous avions en France une égalité des droits et un noir président du Sénat, numéro 2 de la République.

Régis Debray avait écrit en 2002 un roman politique “l’Edit de Caracalla ou plaidoyer pour les États-Unis d’Occident”. Il semble que nous y voilà. Caracalla avait un père berbère et une mère syrienne. Son édit de 212 qui octroyait la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire redonna pour quelques temps vitalité à l’Empire. Le revers de la médaille c’est que quand le centre a besoin de la périphérie, la sortie n’est pas loin. C’est peut-être la meilleure nouvelle du syndrome Obama.

Pascal OLIVIER

mardi 20 janvier 2009

Obama, un cap à tenir

Devant la tâche difficile qui est la sienne, le Président Obama a trouvé les mots justes dans son discours d’investiture :
Obama, un cap à tenir
-Action ferme et rapide face à la crise économique
-Vigilance vis-à-vis des marchés financiers
-Nouvelles relations fondées sur le respect et l’intérêt mutuel avec le monde arabo-musulman.

En peu de mots, le cap est fixé. Pour aider à le tenir face aux obstacles prévisibles, une France active et déterminée restera nécessaire à Obama et au monde.

jeudi 15 janvier 2009

Gaza : l'exigence d'une parole juste et libre

Intervention de Jean-Pierre Chevènement lors du débat sur la situation au Proche-Orient, le 14 janvier 2009 au Sénat.
Gaza : l'exigence d'une parole juste et libre
Le sens de l'urgence que vous appliquez à une trêve des combats à Gaza est sans doute bienvenu, mais il risque d'occulter les responsabilités de longue durée à l'origine du conflit. La lucidité dont vous vous prévalez est, en ce sens, à courte vue. Le Hamas, dont les positions sont ce qu'elles sont et qu'il n'est pas besoin de partager, a tout de même gagné les élections de 2006 au Conseil législatif palestinien, élections démocratiques et internationalement contrôlées. Il n'a pas été tenu compte du verdict des urnes, même pour tenter de responsabiliser le Hamas. Récusé par Israël et la communauté internationale, il n'est pas considéré autrement que comme une organisation terroriste. Les experts considèrent pourtant que ses positions peuvent évoluer et n'ont pas le caractère caricatural que leur attribue la presse. Le programme électoral et les déclarations politiques de M. Haniyeh, qui fut un temps Premier ministre, en témoignent. Vous-même ne voulez pas de contact direct avec le Hamas, sinon par le canal d'autres États. Ce n'est pas courageux. On ne peut attendre que l'adversaire se conforme à vos vues pour négocier. Vous appliquez, en somme, le boycott voulu par Israël et les États-Unis.

Mais l'absence de contact n'est pas seule en cause. La victoire du Hamas n'est pas arrivée comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Elle est le fruit d'un long pourrissement. La conférence de Madrid, en 1992, a soustrait le problème israélo-palestinien à la compétence de l'ONU. Le processus d'Oslo, de même. Il n'a plus été question, depuis seize ans, d'aucune conférence internationale sous l'égide du Conseil de sécurité.

Le processus d'Oslo a été conçu comme un processus progressif, étiré sur de longues années et plus encore au fil du temps, après l'assassinat d'Itzhak Rabin puis la victoire de M. Netanyahu, en 1996, suivis par la médiation trop tardive, en fin de mandat, du président Clinton, entre l'été 2000 et le début de 2001.
Après l'éclatement de la deuxième Intifada, le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a été diabolisé. Son successeur, Mahmoud Abbas, pourtant animé d'intentions pacifiques, a été décrédibilisé par la poursuite de la colonisation israélienne en Cisjordanie, où les implantations ont été multipliées par trois ou quatre depuis les accords d'Oslo. La conférence d'Annapolis a été un échec, la mission du Quartet une farce.

Gaza : l'exigence d'une parole juste et libre
Tout s'est passé comme si manquait la volonté d'appliquer les accords dans l'esprit de la résolution de l'ONU, qui prévoit la création d'un État palestinien viable. Je ne dis pas que certains n'étaient pas sincères, mais tous ne l'étaient pas.

Naturellement, l'envoi de missiles, même rustiques, sur Israël, constitue une agression susceptible de frapper des innocents et une violation du droit international. Mais le blocus de Gaza, comme le refus d'Israël d'appliquer l'accord de cessez-le-feu, est parfaitement illégal. Et que dire de l'offensive lancée sur un million et demi de réfugiés regroupés sur 362 kilomètres carrés, pas plus de la moitié du territoire de Belfort ? Elle a fait plus de 1 000 morts et pas moins de 4 000 blessés.

Le Président de la République a bien fait, dans l'immédiat, de rechercher une trêve par le canal de l'Égypte pour sécuriser la frontière. Mais la France doit voir plus loin et garder sa parole libre et franche pour créer les conditions d'une réconciliation entre les Palestiniens, préalable à une négociation loyale visant à créer un État palestinien viable.

Il appartient à la France d'exercer son influence pour amener le président Obama à inverser l'ordre des priorités qu'il a énoncées pour le Proche et le Moyen-Orient et qu'il mette en tête de son ordre du jour l'enclenchement d'une négociation palestino-israélienne plutôt que le renforcement des troupes de l'Otan en Afghanistan. Le problème de Gaza est, comme l'a dit le Président de la République, un problème mondial. Il faut faire tomber la pression dans l'ensemble du monde arabo-musulman. C'est ainsi qu'on asséchera le terreau du terrorisme et qu'on créera les conditions d'une normalisation avec l'Iran, d'un retrait pacifique des troupes américaines d'Irak et d'une solution politique du problème afghan.

Le problème palestino-israélien est devenu « la matrice des relations internationales », selon l'expression de Dominique Moïsi. Il faut le comprendre avant qu'il ne soit trop tard. La négociation avec l'ensemble des parties, c'est l'intérêt de tous les peuples, y compris d'Israël dont la sécurité à long terme est commandée par la normalisation de ses relations avec ses voisins. C'est l'intérêt de la paix et c'est l'intérêt de la France dont le projet d'Union pour la Méditerranée ne peut réussir qu'à cette condition.
Ce que nous attendons du gouvernement français ? Moins de faux-fuyants, moins d'expressions biaisées, une parole plus franche, une parole de justice. Vous avez déclaré la semaine dernière : « Le Hamas représente quelque chose dans le peuple palestinien. Il est donc indispensable que certains aient des contacts avec eux » Pourquoi pas nous ?

La liberté de parole et d'action de la France sera le plus sûr moyen de faire reculer la tentation d'importer sur notre sol le conflit du Proche-Orient et les haines fanatiques qu'il suscite. La République est une exigence dans l'ordre intérieur, mais aussi dans l'ordre extérieur. C'est l'exigence d'une parole juste et libre !

mercredi 7 janvier 2009

Jean-Pierre Chevènement invité de Karl Zéro sur BFM TV mercredi 7 janvier à 22h15

L'émission dure 15 minutes et est podcastée sur le blog.
L'émission sera également podcastée sur le site de BFM TV.

lundi 5 janvier 2009

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien : « Une offensive vouée à l’échec »

Entretien au Parisien, propos recueillis par Philippe Martinat, lundi 5 janvier 2009.
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien : « Une offensive vouée à l’échec »
Président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), Jean-Pierre Chevènement avait démissionné en janvier 1991 de son poste de ministre de la Défense pour protester contre l’engagement de la France dans la première guerre du Golfe.

Le Parisien : Cette nouvelle guerre entre Israéliens et Palestiniens était-elle prévisible ?
Jean-Pierre Chevènement :
Elle était en tout cas évitable.
On ne peut comprendre ce qui se passe à Gaza -territoire transformé par le blocus israélien en véritable prison à ciel ouvert- que si on revient aux élections de 2006 remportées par le Hamas. Israël et la communauté internationale ont refusé que cette victoire se traduise au niveau du gouvernement de l’Autorité palestinienne. Comme si on préférait voir se désintégrer ce qui lui reste d’autorité et la société palestinienne elle-même.

Le Hamas est-il, comme l’affirme Israël, un mouvement terroriste ?
Il faut éviter les amalgames. Le Hamas est un mouvement très complexe qui a une aile religieuse fondamentaliste et une autre aile nationaliste, souvent composée de jeunes militants venus du Fatah (NDLR : le parti de Yasser Arafat et de Mahmoud Abbas). Lorsqu’on a refusé le verdict des urnes en 2006, cette attitude d’Israël et de la communauté internationale a été contre-productive. Je suis très attaché à la sécurité à long terme d’Israël et je pense qu’elle est indissociable de la modernisation des sociétés musulmanes. Quand on parle de terrorisme, il faut distinguer d’un côté Al-Qaïda, les partisans d’une sorte d’empire musulman à l’échelle mondiale et, d’autre part, des mouvements nationalistes qui combattent pour des objectifs limités, en l’occurrence la création d’un Etat palestinien libre et indépendant.

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien : « Une offensive vouée à l’échec »
En bombardant les villes israéliennes, le Hamas ne porte-t-il pas une responsabilité évidente ?
Les responsabilités à court terme sont comme toujours multiples : il y a les tirs de roquettes du Hamas, mais aussi le blocus de Gaza par Israël. Il faut se placer du point de vue du processus politique lui-même, tel qu’il est conduit depuis les conférences de Madrid en 1992 et le processus d’Oslo. En seize ans, on n’a pas avancé, au contraire, sur la voie de la création d’un Etat palestinien. Le crédit de l’Autorité palestinienne est profondément atteint et l’attaque israélienne ne peut que la ruiner davantage. Lorsqu’on regarde les choses sur la longue durée, on ne peut qu’être frappé par l’absence de volonté politique et la prééminence du deux poids deux mesures.

Barack Obama peut-il changer la donne ?
Barack Obama va être confronté à des choix très importants. Le nouveau président américain, qui a prévu de retirer ses troupes d’Irak tout en renforçant la présence militaire américaine en Afghanistan -je l’espère pour laisser aux Afghans eux-mêmes le soin de faire la paix-, va se voir imposer en tête de son agenda le problème palestinien. Pour Obama, le problème sera de faire baisser la tension dans l’ensemble du monde musulman. Et pour cela, il faut avancer sur la voie d’un Etat palestinien. C’est la non-réalisation de cet objectif qui a entraîné le pourrissement de la situation et le développement du Hamas.

L’armée israélienne va-t-elle remporter une victoire ?
Il est évident que l’offensive terrestre de l’armée israélienne n’aboutira à aucun résultat tangible. Elle est vouée à l’échec. Une armée ne peut pas l’emporter sur une concentration de 1,5 million de réfugiés massés sur quelques centaines de kilomètres carrés. Ce qu’on peut craindre, ce sont les ripostes terroristes non seulement au Proche-Orient, mais dans le monde entier. Nous ne sommes pas nous-mêmes à l’abri : Al-Qaïda au Maghreb est une menace pour la France. Nous devons prendre conscience que nous sommes face à un problème mondial ! Ce n’est pas seulement le problème de Gaza.

La médiation de Sarkozy peut-elle réussir ?
Je ne suis pas sûr que c’est en affirmant, comme il l’a fait voici quelques jours, sa compréhension d’Israël au moment où celui-ci bombardait Gaza que Nicolas Sarkozy peut arriver à se faire réellement entendre. Il sait être pragmatique, on l’a vu dans l’affaire du Caucase, mais ce qu’il faut aujourd’hui, c’est une forte volonté politique, notamment pour peser sur la politique d’Obama, parce que ce sont les Américains qui ont la clé.

mercredi 31 décembre 2008

Les voeux de Jean-Pierre Chevènement pour l'année 2009

Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), contacté par l'AFP, a formulé deux voeux essentiels pour l'année 2009 :
Les voeux de Jean-Pierre Chevènement pour l'année 2009
En premier lieu, que l'Etat républicain reprenne toute sa place dans le pilotage à long terme de l'économie par la recréation d'un commissariat du plan et la nationalisation partielle ou totale des grandes banques.

En second lieu, que la France, plutôt que de renforcer son engagement militaire en Afghanistan, pèse sur le nouveau président américain Barack Obama pour qu'il accorde la priorité au règlement du problème israélo-palestinien.

mardi 23 décembre 2008

L'idée républicaine et l'idée de citoyenneté aujourd'hui

Canevas d’intervention de Jean-Pierre Chevènement pour le débat avec le Professeur Higuchi, le 19 décembre 2008 à la Maison franco-japonaise de Tokyo.
L'idée républicaine et l'idée de citoyenneté aujourd'hui
Introduction : Cinquante ans de Ve République

La Ve République a cinquante ans mais la République française en a 216. La Ve République a été fondée par le général de Gaulle en réaction aux errements et à l’instabilité du régime d’Assemblée qui avait conduit la IIIe République à sa perte et enlisé la IVe République dans le bourbier des guerres coloniales.

La Ve République « donne une tête à l’Etat », selon l’expression du général de Gaulle. Le pouvoir du Président de la République n’a cessé de s’y affirmer, notamment depuis l’élection de celui-ci au suffrage universel décidée par référendum en 1962. Depuis lors, tout montre que le peuple français n’entend pas renoncer à cette élection présidentielle au suffrage universel qui est devenue le moment charnière de la vie politique française.

Au fil des décennies, le fait majoritaire s’est imposé. Il existe aujourd’hui un bipartisme de fait. Ce fait majoritaire a relativisé la nécessité du parlementarisme rationalisé voulu au départ par Michel Debré mais la forme parlementaire du régime demeure, avec la responsabilité devant le Parlement du gouvernement dont le Chef est nommé par le Président de la République. La réforme institutionnelle de juillet 2008 préserve cette responsabilité du gouvernement et donc cette dyarchie du pouvoir exécutif mais elle a élargi sensiblement les pouvoirs du Parlement, tirant ainsi les conséquences des réformes de 2001 (quinquennat) et 2002 (inversion des échéances électorales).

Plus contestable est l’extension de la saisine, même indirecte, du Conseil Constitutionnel par tous les citoyens, sans parler bien entendu des limitations apportées à l’exercice de la souveraineté nationale par les traités européens et notamment par le traité de Maastricht et par le traité de Lisbonne, non encore ratifié.

L’évolution de la Ve République est ainsi ambivalente même si la réforme de juillet 2008 marque, du point de vue des pouvoirs du Parlement, une avancée peu contestable.


Souveraineté populaire, citoyenneté, école.

Dans la conception républicaine classique, héritée de la Révolution française, la souveraineté populaire repose sur les individus en tant que citoyens, « le peuple en corps » disent les juristes. Le citoyen n’est pas seulement l’individu jouissant de ses droits naturels et pourvu de sensibilité, de désirs divers et bien sûr de besoins, c’est un individu rationnel conscient de devoir de participer à l’élaboration de la volonté générale, c’est-à-dire de la loi, avec les droits et les devoirs qu’elle comporte. Le citoyen c’est une parcelle du « Souverain » (en d’autres termes le Peuple).

Cette « citoyenneté » s’apprend, et c’est la raison pour laquelle la tradition républicaine, de Condorcet à Jules Ferry, a toujours mis un accent particulier sur le rôle de l’Ecole. Non pas une école qui participerait à une sorte de « bourrage de crânes » et de conditionnement des esprits, mais bien au contraire une Ecole destinée à former le jugement critique du citoyen, bref sa « capacité à penser par lui-même ».

L’Ecole républicaine éduque à la liberté : elle est naturellement laïque car elle présuppose un espace commun à tous les citoyens en dehors des dogmes révélés : celui de la « raison naturelle », chose du monde la mieux partagée selon Descartes. L’Ecole républicaine porte par ailleurs des valeurs : égalité, fraternité nullement antinomiques avec la première de ses missions : l’éducation à la liberté c’est-à-dire à l’autonomie.

On fait souvent valoir aujourd’hui que cette école parce qu’elle était l’Ecole de la République a participé à l’exaltation du sentiment national. On confond me semble-t-il deux choses : le patriotisme républicain ouvert à l’universel et le nationalisme de repli. Il me semble que l’Ecole républicaine a toujours enseigné, quand elle l’a enseigné, le patriotisme républicain, socle du civisme, plutôt que le nationalisme. On pourrait même dire que de 1919 à 1940 elle était plutôt ouverte à l’influence du pacifisme. De façon générale cependant, l’école républicaine telle qu’elle avait été conçue par la Révolution et telle que l’a mise en œuvre la IIIe République dite souvent « République enseignante » a plutôt formé des citoyens, leur transmettant une éducation morale et civique respectueuse de la liberté de chacun et qui se voulait universelle.


I – « L’idée républicaine » et le concept de citoyenneté sont aujourd’hui battue en brèche dans le contexte de la globalisation financière.

1. L’individu avant d’être considéré comme un citoyen libre a d’abord été identifié par l’économie politique anglaise à un agent économique soi-disant rationnel : « l’homo oeconomicus » agissant sur le marché. La conception anglo-saxonne fondée sur la supériorité, en tous domaines, de l’économie de marché (Hayek – Friedman à notre époque) a inspiré les politiques de dérégulation mises en œuvre d’abord aux Etats-Unis dans les années soixante-dix, quatre-vingt du dernier siècle et généralisée plus ou moins au reste de la planète dans les années quatre-vingt-dix, deux mille. Le Président Reagan avait défini le programme dès 1980 : « L’Etat n’est pas la solution à nos problèmes. Il est le problème ».

2. La souveraineté populaire a été ainsi confisquée par la souveraineté des marchés et d’abord des marchés financiers. Historiquement il est intéressant d’observer que la « dérégulation financière » (libération des mouvements de capitaux, prééminence de la bourse, effacement du rôle des banques) a précédé la dérégulation commerciale (OMC 1994). Les marchés financiers sont devenus la force directrice de l’économie, provoquant une série de bulles spéculatives qui ont éclaté de 1996-97 à 2000, puis en 2007-2008.

3. La dépossession de la souveraineté populaire en Europe notamment s’est souvent camouflée derrière des instances technocratiques.
a) Par exemple les instances européennes : Commission, Banque Centrale, Cour de Justice de l’Union européenne, institutions entièrement déconnectées du suffrage universel avec un Parlement européen alibi car n’exprimant aucune « volonté générale ». L’Europe a ainsi évolué pour l’essentiel vers une zone de libre échange dérégulée.
b) On peut observer une évolution comparable à l’échelle mondiale :
- pratique des sommets restreints aux grands pays industrialisés (G5 puis G8) à partir des années 1970-80 jusqu’à aujourd’hui ;
- rôle du FMI dans les plans d’ajustement structurels appliqués aux pays en voie de développement dans les années quatre-vingt ;
- rôle de l’OMC qui remplace le GATT après 1994 dans le désarmement tarifaire et contingentaire.
c) L’Asie est sans doute un cas spécifique : le libre échange à l’extérieur n’a généralement pas eu son pendant dans l’ordre interne. La croissance est tirée par l’exportation. Le marché intérieur reste souvent protégé (c’est plus ou moins le cas du Japon hisoriquement, de la Corée, de l’ASEAN et maintenant de la Chine). Il faudrait discuter, me semble-t-il, de ce « capitalisme asiatique » dont l’ancien Premier ministre de Singapour, M. Lee Kuan Yew, s’était fait le théoricien.

4. La crise financière actuelle illustre les excès du capitalisme financier et met parallèlement en cause le rôle de l’Hyperpuissance américaine dans la genèse et la propagation de la crise.

Les déséquilibres économiques fondamentaux de l’économie américaine (déficits – endettement) nourrissent une fuite en avant dans la sophistication des produits financiers (« économie virtuelle ») aussi bien que dans l’aventurisme extérieur (contrôle des sources d’approvisionnement en pétrole – guerre d’Irak – conflits autour du pétrole et du gaz de la Caspienne - tracé des oléoducs dans le Caucase – tensions avec la Russie).

5. Dans ce contexte, la conception individualiste, républicaine ou encore « citoyenne » de la démocratie est affrontée :

a) Soit à un mouvement de décomposition interne théorisé en France par Marcel Gauchet : c’est la démocratie des droits revendiqués qui étouffe la démocratie « citoyenne » (la citoyenneté associant les droits et les devoirs). L’hyperindividualisme libéral met la citoyenneté active en vacances.

b) Soit au retour en force du « holisme » (du grec holos : tribu) c’est-à-dire des identités dites « naturelles » préconstituées : nationalismes ethniques ou nationalismes de grande puissance (Etats-Unis, Russie, Chine) opposés à la conception républicaine de la nation définie comme « communauté de citoyens », ouverte à l’universel.
Louis Dumont a jadis fondé une distinction entre les peuples traditionnellement dits « holistes » (Allemagne, Japon) et les peuples individualistes (France – Etats-Unis), l’Angleterre constituant sans doute une « synthèse » des deux. La France et les Etats-Unis ne sont d’ailleurs pas à l’abri de réactions nationalistes (le « Front National » en France – les néo conservateurs américains). Le retour du « holisme » peut aussi prendre la forme du « communautarisme soit ethnique soit religieux (intégrismes islamiste, juif ou chrétien : on le voit aux Etats-Unis avec la force du fondamentalisme chrétien).

c) Enfin il faut évoquer la crise de l’Ecole affrontée à la puissance manipulatrice des médias de masse et à la montée de la violence scolaire. Les fractures de la société font irruption dans l’Ecole. L’Ecole est remise en cause par les mouvements libertaires (contestation du « Savoir » et des valeurs de la connaissance et par conséquent de l’autorité des maîtres, autant que par la puissance de l’Argent (ségrégation scolaire) ; « L’effet télé » peut-il être compensé par « l’effet Internet » ? Plus que jamais le redressement de l’Ecole comme service public conditionne l’avenir de la démocratie. Il n’y a pas de République sans Ecole forte et assurée de ses valeurs.

Au total, la volonté populaire est aujourd’hui prise en otage : un nouveau conformisme s’est installé, fondé sur l’idée que les hommes, collectivement, ne peuvent pas changer le cours d’une Histoire qui les dépasse. Plus subtilement un prétendu « Cercle de la Raison » veut imposer un dogmatisme libéral étouffant.

Mais ce dogme est profondément remis en cause par la crise économique et financière actuelle. L’élection de Barak Obama a fait lever des espoirs qui, espérons-le, ne seront pas déçus. « Yes, we can », c’est un beau slogan pour une démocratie citoyenne active mais le nouveau Président devra tenir compte du fait que les Etats-Unis doivent aujourd’hui accepter la multipolarité du monde et qu’ils ne peuvent plus dominer seuls la planète, d’autant qu’ils vivent aujourd’hui très au-dessus de leurs moyens. Pourront-ils remettre en cause leur mode de vie dispendieux et revenir à un sain multilatéralisme ? Vis-à-vis de l’Europe, sur le terrain des rapports avec le Moyen-Orient et avec la Russie qui sont tous deux des sujets de contentieux ? Vis-à-vis de l’Asie aussi, et de la Chine en particulier, avec laquelle ils entretiennent un rapport ambigu d’alliance et de rivalité ?

Quelle place pour le Japon dans ce monde « multipolaire » ? Mais le mot « multipolarité » n’est-il pas lui-même déjà dépassé ? Le monde, fondamentalement, reste un monde de nations. Celles-ci doivent inventer des formes de coopération nouvelles, particulièrement au plan régional, mais tout en restant sous l’égide de l’ONU qui doit symboliser l’universalité du droit.


III – Vers une nouvelle donne (un nouveau « New Deal »)

A) Le monde a profondément changé depuis la fin de la guerre froide.

1. Le déclin de l’Europe et du Japon mais aussi des Etats-Unis.
2. la montée des pays émergents et le retour de la Russie.
3. La crise du monde musulman.
4. Le Sud délaissé (Afrique, Asie profonde, pays andins).

B) Les axes possibles d’une stratégie destinée à surmonter la crise.

1. Dans l’immédiat une relance coordonnée à l’échelle mondiale est nécessaire. Les Etats-Unis ne peuvent pas relancer « en solitaire », comme en 2002-2003, sauf à détériorer encore plus leurs « fondamentaux » et à aller vers une nouvelle crise plus profonde encore que l’actuelle. Les pays excédentaires du point de vue du commerce extérieur et de l’épargne (Chine-Japon-Allemagne) doivent participer à la relance économique mondiale. La garantie des Etats est nécessaire : le retour du politique clôt le cycle de la « globalisation financière ».

2. Il faut articuler la relance de l’économie avec la conception d’un nouveau modèle de développement répondant aux besoins de l’humanité et d’une société du XXIe siècle respectueuse des besoins sociaux et de l’environnement.

Il faut gérer deux transitions
a) celle de l’unipolarité dominée par les Etats-Unis à la multipolarité du monde voire à une certaine bipolarité avec le dépassement vers 2025-2030 des Etats-Unis par la Chine en termes de PNB)
b) deuxième transition : faire que le modèle de développement du Nord puisse évoluer pour devenir transposable au Sud. Trouver un équilibre entre les deux trajectoires économiques et sociales, du Nord qui doit préserver ses équilibres sociaux (problèmes de délocalisations d’activités) et du Sud qui doit trouver un modèle de développement harmonieux, en se fondant aussi sur les besoins de sa population.

3. Citons comme axes d’effort et d’investissement principaux :
a) la révolution énergétique (« l’après-pétrole »)
b) la lutte contre le réchauffement climatique et l’émission de gaz à effet de serre : tout cela implique d’énormes investissements ;
c) la préservation des biens rares de l’humanité (eau – air – sols - matières premières, etc.)
d) l’accent mis sur les valeurs d’égalité et sur les besoins sociaux fondamentaux :
- infrastructures dans les pays du Sud (agriculture, eau, hôpitaux, transports) – financées le cas échéant par l’émission de droits de tirage spéciaux (DTS émis par le FMI)
- Education – formation – recherche
- Protection sociale – conciliation entre l’activité professionnelle des femmes et leur épanouissement personnel et familial.

4. La reconstruction (ou la construction) d’Etats « républicains » est une tâche majeure des temps à venir :
- fonction d’anticipation, de programmation, de politique industrielle
- reprise en main du crédit par l’Etat
- la notion de service public couplée avec la valeur d’égalité a un grand avenir : il faut penser des Etats modernes avec des services publics performants et justes.

5. Cette période de transition (à plusieurs niveaux : géopolitique : entre les Etats-Unis et la Chine – économique et sociale : entre deux modèles de développement et pour l’accès aux matières premières) peut être la source de fortes tensions, voire de guerres :
- dans le monde musulman (conflits israélo-palestinien, Irak-Iran, Golfe, Afghanistan et Pakistan – Pakistan et Inde, Cachemire)
- en Europe (Balkans – Caucase)
- en Asie de l’Est (Taïwan – Corée).
La mobilisation pour la paix peut être un puissant vecteur de solidarité à l’échelle mondiale

6. La démocratie n’est pas un article d’exportation. Chaque peuple doit trouver son propre chemin, d’où l’importance du « dialogue des cultures ». Néanmoins il faut préserver l’idée de valeurs universelles et améliorer l’ordre juridique international existant : ne pas opposer l’ONU et les organisations régionales. Améliorer la légitimité de l’ONU par une réforme du Conseil de Sécurité.

L’idée « constitutionnaliste » et « l’idée républicaine » sont des valeurs d’avenir aussi dans le monde extraoccidental. Mais elles ne doivent pas prendre la forme hypocrite d’un impérialisme culturel. Chaque peuple doit trouver sa propre voie pour associer les droits de l’homme et du citoyen car la liberté nationale et la démocratie sont les deux faces d’une même médaille.

lundi 8 décembre 2008

A propos du budget de la mission Relation avec les collectivités territoriales

Intervention du sénateur Jean-Pierre Chevènement sur le budget de la mission relation avec les collectivités territoriales, vendredi 5 décembre 2008.
A propos du budget de la mission Relation avec les collectivités territoriales
Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, la mission « Relations avec les collectivités territoriales » ne concerne qu'un montant limité de crédits : 2,4 milliards d'euros, soit 4 % seulement des concours financiers que l'État apporte aux collectivités locales.

En 2007, M. Mercier avait proposé la suppression de cette mission ; vous n'avez pas suivi cette suggestion. Nous avons donc l'occasion de porter un regard d'ensemble sur la place que l'État accorde aux collectivités territoriales.

Nous constatons d'abord le souci d'associer les collectivités territoriales à l'effort de maîtrise des finances publiques, euphémisme pour évoquer la réduction de leurs dotations. Ce souci est approuvé par la majorité, mais je m'interroge sur la logique de la politique mise en œuvre par le Gouvernement.

D'abord, il convient d'observer que la dette des collectivités locales, c'est de la bonne dette, celle qui finance les investissements, qu'il faut distinguer de la mauvaise dette, comme nous l'avons indiqué lors du débat sur la dette publique. M. Sarkozy, en annonçant hier son plan de relance, à Douai, a sans le savoir – comme M. Jourdain faisait de la prose – théorisé le concept de bonne dette.

Son plan de relance de 26 milliards d'euros va essentiellement gonfler la trésorerie des entreprises. Je ne suis pas persuadé que cela aura un effet très rapide sur l'activité économique. Pour plus des deux tiers, ce plan abondera la trésorerie des collectivités locales puisque l'État leur remboursera par anticipation 5 milliards d'euros sur le FCTVA. Cela devrait permettre de réaliser 2,5 milliards d'euros d'investissements.

Ce dispositif est très curieux. En effet, le Fonds de compensation de la TVA est inclus dans l'enveloppe normée. Sa vive croissance – 12,8 % – va donc venir en déduction des dotations que l'État affecte aux collectivités locales. Il donne d'une main ce qu'il reprend de l'autre ! Pourtant, « donner et retenir ne vaut » dit le proverbe !

Le débat, très compliqué, porte sur la nature même du FCTVA : est-ce une dotation ou simplement un remboursement ? M. Woerth, ministre des comptes publics, a fini par rendre les armes. Il a reconnu, ici même, au Sénat, qu'il s'agissait en fait du remboursement d'une dette. Dès lors, les choses sont claires : le FCTVA ne devrait pas être intégré dans l'enveloppe normée.

Le Gouvernement prévoit de rembourser par anticipation 5 milliards d'euros sur le FCTVA au mois de janvier dans l'espoir que les collectivités locales vont investir. Rien n'est moins sûr ! Compte tenu de la conjoncture, elles peuvent préférer se désendetter. L'effet n'est donc nullement garanti.

Si le Gouvernement avait voulu accélérer le rythme des investissements des collectivités locales, il aurait pu augmenter, ne fût-ce que légèrement, le taux de remboursement sur les investissements réalisés en 2009 et 2010. Au lieu de cela, il prétend rembourser par anticipation ce qu'il devra payer de toute façon.

Certes, vous avez prévu une convention entre le préfet et la collectivité pour conditionner cette aide à l'investissement réalisé en 2009, mais il n'est que trop prévisible que ce système favorisera les effets d'aubaine : les collectivités effectueront en 2009 les investissements qu'elles ont de toute façon prévu de réaliser.

Le choix du FCTVA comme levier de la relance est donc très contestable. C'est le serpent qui se mord la queue, madame le ministre.

L'augmentation des remboursements dus au titre du FCTVA va donc réduire le montant des dotations d'ajustement, notamment la DCTP perçue par les villes anciennement industrialisées, qui sont souvent parmi les plus pauvres.

Par un jeu d'amendements, le Sénat a obtenu qu'une déduction s'opère à hauteur de 100 millions d'euros. Il n'y a pas de petits profits ! Au terme de la construction de cette usine à gaz, les dotations d'ajustement, qui devaient initialement baisser de 21 %, ne devraient donc plus diminuer que de 14 %.

Certes, M. Marini fait valoir que l'inclusion du FCTVA dans l'enveloppe normée ne change rien au calcul des droits de chaque collectivité ayant réalisé un investissement donnant lieu à remboursement. C'est peut-être exact au niveau de chaque collectivité prise séparément, mais ce n'est pas vrai globalement ; il y aura un effet systémique : l'inclusion du FCTVA dans l'enveloppe normée découragera les collectivités d'investir puisque les remboursements de TVA viendront en déduction des dotations de fonctionnement.
Tout occupé qu'il est à freiner l'investissement des collectivités locales, politique préalablement annoncée et qui, au fond, sous-tend ce budget, le Gouvernement se prend les pieds dans le tapis en prétendant accélérer des remboursements qui viendront en déduction de ses concours.

M. Arthuis, président de la commission des finances, a indiqué que le FCTVA ne devait pas se transformer subrepticement en dotation. ; je ne peux qu'approuver ce propos. On ne peut pas vouloir une chose et son contraire, madame le ministre !

Ce projet de budget est essentiellement restrictif. Le projet de loi de finances inclut dans le périmètre de l'enveloppe normée, outre le FCTVA, diverses lignes nouvelles telles que la dotation de développement urbain, dédiée à cent communes particulièrement défavorisées, et le Fonds d'accompagnement des communes au titre des restructurations de Défense. Ce dernier est doté de 5 millions d'euros : une poignée de cacahuètes, madame le ministre ! Au surplus; ces nouvelles lignes budgétaires ne coûteront rien à l'État, puisqu'elles viendront en déduction de la DCTP.

Vous faites valoir comme un cadeau aux collectivités une augmentation de 2 % de la DGF et de l'enveloppe normée, avec une inflation qui, avez-vous décrété, sera de 1,5 %. Mais, en 2007, l'inflation était de 3,5 % ! Et maintenant, il n'y a plus de régularisation a posteriori, ce que je déplore profondément.
J'observe la stabilisation en valeur, voire la baisse, de nombreuses dotations : dotation générale de décentralisation, dotation spéciale instituteurs, dotation globale d'équipement des communes et des départements, dotation départementale d'équipement des collèges, dotation régionale d'équipement scolaire, dotation de développement rural, compensation de la part salaires de la taxe professionnelle, compensation des pertes de base d'imposition à la taxe professionnelle…

La baisse prévue pour les dotations d'ajustement est ramenée de 2 milliards d'euros à 1,5 milliard, paraît-il ; mais elle n'en jette pas moins une lumière crue sur le contenu essentiellement restrictif, je le répète, de ce budget.

L'effort de péréquation, que je salue – 70 millions d'euros au travers de la DSU, 50 millions d'euros au travers de la DDU –, viendra lui aussi en déduction de la dotation forfaitaire, qui constitue le minimum vital pour des milliers de petites communes.

Enfin, la réforme de la taxe professionnelle est inquiétante pour l'autonomie fiscale de nos communes, de nos intercommunalités et des départements ; il faudrait au demeurant veiller à ne pas priver les intercommunalités des concours financiers dont elles ont besoin, car elles constituent, je le crois, une réponse adéquate à la spécificité française que représente dans un pays européen l'existence de 36 600 communes.

Nous aurons d'autres occasions, madame le ministre, d'évoquer l'architecture territoriale du pays, le « millefeuille », comme on l'appelle, et j'ai quelques idées sur le sujet.

J'aimerais que vous nous annonciez, comme tout à l'heure le ministre des affaires étrangères à un autre propos, que cette grande question fera l'objet d'un débat de fond : elle exige que vous recherchiez le consensus, qui implique forcément une discussion large, approfondie, dont l'examen de ce fascicule budgétaire ne nous donne pas la possibilité. Quand donc, madame le ministre, y serez-vous disposée ?

samedi 6 décembre 2008

Le MRC : une ligne claire face à la crise

300 personnes ont assisté à la réunion publique organisée par le MRC jeudi 4 décembre avec Jacques Sapir, Jean-Luc Gréau, Marie-Noëlle Lienemann, Ernst Hillebrand, Benoît Hamon et Jean-Pierre Chevènement.
Le MRC : une ligne claire face à la crise

Une administration territoriale de l’Etat déséquilibrée

Intervention du sénateur Jean-Pierre Chevènement sur la réforme de l'administration territoriale de l’Etat, vendredi 5 décembre 2008.
Une administration territoriale de l’Etat déséquilibrée
Madame le Ministre,
Je veux exprimer ma profonde préoccupation devant l’application de la RGPP à l’Administration territoriale de l’Etat.

Le programme « Administration territoriale de l’Etat » doté de 1 673 milliards d’euros dans le projet de budget 2009 voit ses crédits progresser de 1,2 % seulement. Les 733 suppressions d’ETPT (équivalents temps plein travaillé) pèsent essentiellement sur l’Administration préfectorale. Celle-ci va subir, en fonction d’une logique d’économie financière à courte vue, une profonde restructuration qui mettra gravement en cause le service public.

Vous parlez, Madame le Ministre, de « modernisation » et de « meilleur service rendu au citoyen ». Vous alléguez le raccourcissement des distances et la dématérialisation des procédures pour occulter un fait simple : vous vous orientez vers la suppression du département en tant qu’échelon déconcentré de plein droit de l’Etat, pour le remplacer par la Région. La RGPP c’est cela : la régionalisation de l’Etat et la sous-préfectoralisation de tous les départements dont la ville chef-lieu n’est pas capitale de région.
Et parallèlement, des voix autorisées se font entendre pour dire qu’il existe un niveau de trop parmi les collectivités décentralisées. La Commission Attali l’avait déjà identifié : ce serait là encore le département, mais cette fois-ci non plus comme échelon déconcentré de l’Etat mais en tant que collectivité.

Cette vision est purement technocratique car je ne vois pas en quoi les compétences de proximité du département, notamment en matière sociale, seraient mieux exercées au niveau de la capitale, souvent distante de plus de cent kilomètres !

Mais revenons, puisque c’est l’objet du débat, à la RGPP, appliquée à l’Administration territoriale de l’Etat :
C’est le Préfet de Région qui devient le vrai patron dans tous les départements : l’essentiel des services de l’Etat est regroupé au niveau de la Région en huit nouvelles directions :
- La DRFP (finances publiques)
- La DRAAF (alimentation, agriculture et forêts)
- La DRAC (culture)
- La DREAL (environnement, aménagement et logement)
- la DERECCTE (entreprises, concurrence, consommation, travail, emploi)
- la DRJSCS (jeunesse, sports, cohésion sociale) curieux regroupement
- le Rectorat d’Académie
- l’ARS (Agence régionale de santé)

Ne subsisteront plus dans les autres départements que des « unités territoriales » chargées des territoires, ou de la protection des populations et là où cela sera jugé utile, cohésion sociale. Lorsque l’expérimentation a été faite dans le Territoire de Belfort je puis vous dire que le regroupement des moyens de la DDE et de la DDA fusionnées en une direction unique la DDEA s’est traduite par une déperdition de compétences qui conduit les communes à se tourner de plus en plus vers les bureaux d’études privés souvent plus chers. Mais peut-être était-ce le but recherché ? Ajoutons aux deux unités territoriales de plein droit ce qui restera des Inspections académiques dont les compétences sont de plus en plus absorbées par les Rectorats, un pôle « finances publiques » et un pôle « sécurité ». Bref, une restructuration violente, une véritable cure d’amaigrissement pour les personnels départementaux de l’Etat dont chacun ici tient à saluer, malgré la faiblesse déjà insigne de leurs moyens, le professionnalisme et l’esprit de service public.

Sur toutes les affaires des départements, le Préfet de Région aura un pouvoir d’évocation. Et le Préfet de Région restera préfet de son département, si j’ai bien compris, ce qui ne facilitera pas en règle générale les arbitrages impartiaux, tant il est vrai que l’on décide souvent selon les critères du lieu où l’on habite.

Ici, dans les chefs lieux de région, on construira des cités administratives et là dans les préfectures périphériques et bientôt déclassées, l’Etat vendra ses immeubles et regroupera ses services. Curieuse conception de l’aménagement du territoire et curieuse façon de faire des économies en commençant par dépenser plus.

Avez-vous réfléchi, Madame le Ministre, à la marginalisation de ces départements périphériques qui sont quand même plus de soixante-dix ! A ces départements reculés, de friches et de montagnes où la présence de l’Etat était ressentie comme une protection contre l’oubli et le délaissement ?

Il sera loin le temps où l’on pouvait dire après Napoléon : « De la création des Préfets date le bonheur des Français ». Car disons-le, le Préfet joue dans son département un rôle d’influence et d’équilibre que la décentralisation a rendu encore plus nécessaire. C’est lui qui réunit, sur tel ou tel dossier brûlant, toutes les parties prenantes, lui qui écoute et qui sait faire entendre de sages conseils, lui qui arbitre en cas de désaccord, avec l’accord de tous, tant son prestige reste grand. A condition qu’on ne lui retire pas tous ses moyens et qu’on ne le transforme pas en simple boîte postale de la Préfecture de Région ! La logique d’économies a évidemment prévalu sur la notion de service public. Le Préfet aménageur disparaîtra. Il restera le préfet policier, ce qui dans ma bouche n’est pas une injure.

Voyons les choses en dynamique : il est évident que dans le contexte financier actuel, une logique budgétaire implacable déplacera insensiblement le curseur vers les chefs-lieux de Région : les directeurs régionaux aspireront vers eux les personnels et ne laisseront que de moins en moins de moyens dans les « unités territoriales » des départements périphériques voués à devenir coquilles vides. Comment alors pourront être résolus les conflits sociaux éclatant à l’autre bout de la Région ? Le détricotage du réseau des préfectures ne manquera pas d’influer négativement sur la cohésion sociale !

Et en même temps que s’opérera la sous-préfectoralisation des préfectures, on va naturellement supprimer des sous-préfectures. Des conseillers d’administration remplaceront les sous-préfets. On croira faire des économies en fermant et en vendant des immeubles sous-préfectoraux qui contribuaient à la disponibilité des sous-préfets et matérialisaient la présence de l’Etat dans tant de villes moyennes voire petites, qui se sentaient revalorisées par leur rang de sous-préfecture.

Et on centralisera parallèlement le contrôle de légalité vers les Préfets de chefs-lieux au risque de l’affaiblir grandement. Car les Préfets sont déjà incités pour ce qui concerne le contrôle de légalité à se consacrer à l’essentiel : la commande publique, l’environnement, l’urbanisme. Mais il n’y a pas que cela, Madame le Ministre, dans un Etat de droit et qui entend le rester ! Croyez-vous que dans certains départements que je ne veux pas nommer, il ne faut pas encore veiller à ce que certains décideurs publics n’en prennent pas trop à leur aise avec la loi ?

La vigilance voudrait, Madame le Ministre, qu’on ne détricote pas trop vite le réseau des préfectures et des sous-préfectures qui sont au contact du terrain et qu’on ne substitue pas un vague conseil à la procédure du contrôle de légalité. La France était et reste connue pour être un Etat de droit sérieux, où la corruption et les passe-droits sont moins répandus que dans d’autres pays malheureusement de plus en plus nombreux, y compris en Europe. Ce danger ne nous épargnera pas, si la vigilance de l’Etat se relâche.

Les restructurations prévues par la RGPP dans l’Administration territoriale doivent s’effectuer en 2009 pour entrer en vigueur le 1er janvier 2010. Elle n’a rien d’irréversible contrairement à ce qu’a déclaré M. Woerth, ministre des Comptes en Conseil des ministres. Il n’est pas trop tard, Madame le Ministre, pour freiner le zèle de hauts-fonctionnaires qui ne raisonnent qu’en termes d’économies budgétaires au risque de perdre de vue le sens du service public et celui même de l’Etat. Il faut imaginer des garde-fous, des règles protectrices, ne pas tout régionaliser au prétexte de « mutualiser ».

Certes, il y a un travail excellent qui est fait par ailleurs dans votre ministère pour mener à bien la nécessaire réforme de l’Etat – je pense aux titres sécurisés, à l’informatisation des procédures, à la formation des personnels. Mais ne gâchez pas ce travail fécond par une réforme précipitée, inspirée par des considérations budgétaires à courte vue.

Je n’ai jamais douté de votre sens de l’Etat. Sincèrement, je crois qu’il a matière à s’appliquer pour qu’un œil politique, celui du ministère de l’Intérieur, ministère qui est par excellence celui de l’Etat, veille à ce que la présence de celui-ci sur tout le territoire nationale ne soit pas mise en cause par des décisions hâtives qu’on regretterait bien vite !

La politique étrangère de la France dans un monde multipolaire

Intervention du sénateur Jean-Pierre Chevènement sur le budget du Ministère des Affaires étrangères, vendredi 5 décembre 2008.
La politique étrangère de la France dans un monde multipolaire
L’examen des crédits de la mission « Action extérieure de l’Etat » est l’occasion de nous interroger sur la capacité de notre pays à exister en dehors de ses frontières, c’est-à-dire pour les autres, mais aussi pour lui-même, tant il est vrai qu’on ne peut séparer les affaires étrangères de la politique intérieure.

Etrangères, ces affaires le sont si peu qu’elles se répercutent souvent très vite sur les équilibres de la société française et sur nos choix politiques : crises au Moyen-Orient, crise financière, montée irréversible de la Chine au rang des très grandes puissances et qui fait déjà sentir son poids, élection américaine qui rebat les cartes en maints domaines, en Irak, mais aussi en Afghanistan où nous risquons d’être entraînés dans une guerre qu’on ne peut pas gagner. La multipolarité du monde est d’ores et déjà un fait. Encore peut-on se demander si elle n’est pas elle-même dépassée par un mouvement brownien de nations qui, à côté de pays continents, aspirent à s’affirmer, hier le Vietnam, aujourd’hui l’Iran, le Venezuela, la Bolivie, la Serbie, demain sans doute la Corée. Bref, le monde reste fait de nations et la France, puissance ancienne mais encore respectable, membre permanent du Conseil de Sécurité, disposant d’une capacité nucléaire dissuasive, tête de la francophonie, qui rassemble, à travers une langue partagée, de très nombreux peuples sur tous les continents, peut encore influer.

Parlons d’abord de votre budget puis de votre politique.

I – Votre budget.
Si votre budget est modeste, votre mission est importante. Si vous ne disposez que de 15 866 emplois, chacun sait que le personnel du Quai d’Orsay est de très grande qualité : son professionnalisme, sa motivation, son dévouement au service de la France, en font un corps d’élite et pour tout dire une des grandes institutions de la France. Vous avez hérité, Monsieur le Ministre, du deuxième réseau diplomatique du monde. C’est un grand atout pour l’influence et le rayonnement de notre pays. Mais que voyons-nous à travers ce projet de budget ?

1. A structures constantes, il baisse de 1,53%.

a) On vous colle sur le dos les pensions des enseignants à l’étranger - 120 millions d’euros – au risque d’étouffer l’AEFE (l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger).
b) La prise en charge passablement démagogique des frais de scolarité des enfants français – 20 millions de plus cette année mais 94 millions à terme – ne peut manquer d’avoir un effet d’éviction sur les enfants des élites du pays d’accueil ou de pays tiers. C’est un précieux moyen de rayonnement que nous gaspillons ainsi.
c) La croissance optique des crédits de votre ministère – 3,6 % - provient du « rebasage » toujours trop tardif - 41,2 millions cette année – destiné à financer les opérations de maintien de la paix de l’ONU comme l’opération Darfour dont le coût pour la France est chiffré à plus de 90 millions d’euros. Croyez-vous que des problèmes humanitaires puissent être traités essentiellement à travers le prisme militaire ? N’y a-t-il pas une approche politique, moins coûteuse, plus efficace et en définitive plus humaine ?
d) Les contributions de la France hors OMP aux institutions internationales - 405 millions d’euros en 2008 - représentent plus que le coût de nos ambassades – 160 millions d’euros – et de nos consulats - 97 millions d’euros.
e) Un mot, Monsieur le Ministre, sur la francophonie. Son centre de gravité sera de plus en plus en Afrique. N’ayons donc pas peur d’affirmer la nécessité y compris militaire de notre présence en Afrique pour aider à la construction de jeunes Etats. Sans la sécurité, il n’y a ni développement ni démocratie possible. Deuxième observation : l’avenir de la francophonie passe pour le multilinguisme. Il faut augmenter les moyens accordés au corps des interprètes et traducteurs non seulement à l’ONU mais dans toutes les organisations dont nous sommes membres. Une surcharge très légère sur les transactions internationales permettrait de sauver la diversité culturelle et linguistique du monde. Une cause qui vaut la peine d’être défendue !

2. Une contradiction manifeste frappe ainsi le budget de votre ministère. La France réduit ses moyens d’action propres. Elle augmente sa participation aux organisations multilatérales et aux opérations de maintien de la paix. Tout se passe comme si nous avions de plus en plus peur d’agir par nous-mêmes et comme si nous devions dissimuler notre action dans des interventions multilatérales où la France n’apparaît guère.

a) C’est dans ces conditions que votre ministère se voit appliquer, au nom de la révision générale des politiques publiques, un plan de rigueur d’une exceptionnelle sévérité.
Vous devez ainsi supprimer 700 équivalents temps plein de vos effectifs, soit 4 % : plus d’un départ à la retraite sur deux, alors que certains ministères ne sont taxés que de un sur trois. Ce sont des économies de bout de chandelle. Désormais on touche à l’os. Plus de la moitié des suppressions de postes concernera des personnels titulaires.
b) On n’améliorera pas l’image de la France en créant trois catégories d’ambassades. Cette différenciation qui heurtera la sensibilité des pays-hôtes qui se sentiront méprisés sera fortement préjudiciable à notre rayonnement.
c) Outre les restrictions infligées à l’AEFE, j’observe que les crédits consacrés à l’action culturelle baissent de 13 % dans le programme 185. Des fermetures successives sont intervenues, notamment en Allemagne, notre premier partenaire en Europe, alors que nos voisins multiplient les British Councils, les Goethe Instituts, ou les Instituts Cervantès. Tout se passe comme si la coopération culturelle servait de variable d’ajustement. Cessons ces fermetures. Soyons moins restrictifs à l’accueil d’étudiants étrangers dont l’effectif baisse pour la première fois en 2008.

3. Comment ne pas comparer à la modestie de nos moyens propres le poids des opérations extérieures (dites OPEX) dans le budget de la Défense ? Un surcoût de 850 millions d’euros en 2008, soit 20 % de vos crédits, et un coût réel d’ailleurs, bien supérieur ! Un mot encore sur le coût du Tribunal pénal international pour la Yougoslavie – plus de 300 millions d’euros pour plus de 1 000 emplois. Je laisse ces chiffres à votre réflexion et à celle du Sénat.

Vos crédits sont chichement mesurés. Parallèlement, la contribution de la France au budget de l’Union Européenne atteindra 17,4 milliards d’euros. En solde net, nous paierons 4 milliards d’euros au budget de l’Union Européenne ce qui fera de nous le deuxième contributeur net, un peu derrière l’Allemagne. Où est la cohérence de notre action extérieure ?


II – Venons-en à votre politique

Le XXIe siècle comporte pour la France un grave risque d’effacement, soit qu’elle se laisse absorber dans un Empire, soit qu’elle se fracture entre différents communautarismes. Ces deux dangers peuvent d’ailleurs aller de pair.

Au premier de ces dangers conspire l’idéologie « occidentaliste », théorisée par M. Balladur dans un livre intitulé « Pour une Union Occidentale » : il faudrait dans un Occident en perdition une véritable fusion euratlantique, bien entendu autour des Etats-Unis.

1. L’OTAN serait la colonne vertébrale de ces futurs Etats-Unis d’Occident. Je ne crois pas que ce soit là ni l’intérêt ni la vocation de la France : le monde est pluriel au Sud comme au Nord et dans un monde de nations la France a encore un beau rôle à jouer. A quoi sert l’OTAN, Monsieur le Ministre, quand l’URSS a disparu, et dans un monde dont les équilibres se déplacent à grande vitesse vers l’Asie ? Dans deux décennies, le PIB de la Chine aura rejoint, si les tendances observées se poursuivaient, celui des Etats-Unis. S’agit-il de nous mettre à la remorque de leur diplomatie et de transformer l’OTAN en bras armé de l’Occident, sous la direction des Etats-Unis, comme on le voit au Kosovo ou en Afghanistan ?

L’Institut John Hopkins réfléchit, nous dit-on, à un « nouveau concept stratégique de l’OTAN ». Nous aimerions être associés à cette réflexion. S’agit-il de contenir la Russie ? Il est regrettable que le Président de la République ait approuvé le déploiement par l’OTAN de systèmes anti-missiles en Tchéquie et en Pologne. Le principe de l’adhésion à l’OTAN de l’Ukraine et de la Géorgie a été acté, même si sa concrétisation a été renvoyée à un avenir indéfini. Chacun voit le danger de se laisser entraîner dans les conflits du Caucase ou dans une nouvelle affaire de Crimée dont Sébastopol sera l’enjeu.

Le comportement politique irresponsable de certains leaders, comme on l’a vu en Géorgie, peut mettre en danger la sécurité collective. On nous dit qu’il y a des critères pour l’admission dans l’OTAN : sincérité des élections – indépendance de la justice – lutte contre la corruption, etc. Je crains qu’en réalité nous ayons mis le doigt dans un engrenage, même si la Géorgie et l’Ukraine n’ont pas été admises dans la procédure « MAP », préparatoire à l’admission.

Le Président de la République nous a expliqué que la réintégration de la France dans l’organisation militaire de l’OTAN était subordonnée dans son esprit à des progrès décisifs en matière de défense européenne. J’avoue ne pas voir ces avancées : on nous parle d’action maritime commune contre la piraterie sous l’autorité d’un amiral britannique. J’ose espérer que nous ne nous payons pas de mots.

La seule réalisation concrète significative serait la constitution permanente d’un Etat-major de forces, auquel s’oppose toujours la Grande-Bretagne, à ma connaissance. Le retour dans l’organisation militaire intégrée n’aurait pour la France que des inconvénients : il porterait un coup à l’originalité de notre posture de défense et de politique extérieure aux yeux des peuples du Sud et de puissances émergentes.

Une telle réintégration renforcerait encore la propension de certains de nos officiers généraux à s’évaluer à l’aune du regard américain plutôt qu’à l’aune de l’intérêt national.

En tout cas, le Parlement a un impérieux besoin de débattre de cette question et notamment du « nouveau concept stratégique de l’OTAN », avant toute décision, et avant même le Conseil de l’OTAN prévu à Strasbourg en avril prochain. Il ne serait pas admissible que celui-ci soit l’occasion d’une piteuse mise en scène du retour au bercail du fils prodigue.

2. Certes il y a eu des aspects positifs dans la diplomatie française récente :

a) Le succès du lancement de « l’Union pour la Méditerranée », obéré cependant par le fait qu’on n’a pas vu se constituer en 2008 un Etat palestinien viable, contrairement à des propos imprudents.
b) Il y a eu surtout le succès de la Présidence française de l’Union européenne :
- d’abord de la médiation russo-géorgienne qui préserve la possibilité d’un partenariat indispensable entre la Russie et l’Union européenne ;
- ensuite face à la crise financière, les initiatives pragmatiques du Président Sarkozy qui a su mettre en congé - mais pour combien de temps ? - les règles européennes qui eussent pu faire obstacle à une stratégie de consolidation bancaire et je l’espère aussi, de relance économique coordonnée à l’échelle européenne et mondiale.
c) Leçon de choses pour ouvrir les yeux des tenants d’une idéologie fédéraliste à l’échelle de l’Europe : on a assisté au grand retour non seulement de la puissance publique mais des Etats-nations parce que seuls ceux-ci ont la légitimité démocratique qui leur permet d’agir en cas de crise. Le Président Sarkozy a eu la sagesse de le comprendre et d’agir en pratiquant la géométrie variable en matière européenne. C’est par cercles concentriques progressifs : G4 puis Eurogroupe à quinze, auquel s’est joint la Grande-Bretagne, puis Union européenne à vingt-sept, qu’un cadre de cohérence a été dessiné, où se sont emboîtés des plans qui restent nationaux.

J’observe que le Président de la Commission européenne, M. Barroso, ressassant de vieilles patenôtres, voudrait faire valoir à nouveau des règles de concurrence opportunément suspendues alors qu’il faudrait faire prévaloir l’idée de politiques économiques et industrielles coordonnées sur les tables de la loi de la concurrence libre et non faussée.
d) Opportune également a été la décision de réunir, le 15 novembre, le G20 à Washington, même si l’application tarde et se heurte en Europe aux réticences de Madame Merkel dont on ne sait si c’est le dogme libéral ou une vision à courte vue de l’intérêt de l’Allemagne qui les inspirent. Je crois au contraire que le rôle de locomotive de la relance correspond à l’intérêt européen et par conséquent à l’intérêt national bien compris de l’Allemagne.

3. La France ne doit pas avoir peur de son ombre, y compris dans ses rapports avec le grand allié d’Outre Atlantique. Les retrouvailles avec M. Bush étaient peut-être un peu trop ostensibles, puisqu’aussi bien, nous allons devoir travailler avec M. Obama et son équipe. Les priorités de celui-ci ne sont pas forcément les nôtres. Comme l’a dit plaisamment Hubert Védrine, gardons-nous de croire que les Américains ont élu à la Maison Blanche un Européen de gauche.

L’un des premiers discours de M. Obama, à Chicago, évoquait « un nouveau leadership américain ». La vérité est que M. Obama devra réviser en baisse les objectifs de la politique extérieure américaine. Il aura aussi besoin de la coopération internationale pour relancer l’économie et instaurer aux Etats-Unis une société moins inégalitaire. L’équipe qu’a choisie M. Obama est composée d’hommes et de femmes réalistes. M. Obama a laissé entendre qu’il nouerait un rapport diplomatique avec Téhéran. Il faut résister à la tentation de frapper, donner du temps au temps et parier sur la société iranienne avide de modernité. L’Iran est la puissance dominante de la région depuis l’écrasement de l’Irak. C’est un fait.

Les Etats-Unis peuvent faire comprendre aux dirigeants iraniens que le véritable intérêt de leur pays n’est pas dans la prolifération nucléaire dans une région instable. Il serait intelligent de la part de la France de se placer dans la perspective de ce rapprochement irano-américain probable plutôt que de surenchérir sur un bellicisme à courte vue.

4. Concernant le Kosovo, quel intérêt y a-t-il à prolonger notre présence militaire dans un micro Etat non viable ? Il ne sert à rien de faire miroiter à une demi-douzaine d’Etats de l’ancienne Fédération yougoslave la perspective d’une adhésion à l’Union européenne sans leur avoir demandé de procéder à une intégration régionale préalable.

5. Un mot sur l’Afghanistan, M. le Ministre : le risque est grand de nous voir entraînés à participer toujours plus profondément à une guerre sans issue. La solution n’est pas à Kaboul mais à Islamabad où la jeune démocratie pakistanaise doit s’affranchir de la tutelle de son armée.

6. Enfin, une question sur la Chine : comment expliquez-vous la vivacité regrettable de la réaction chinoise aux propos du Président de la République sur une éventuelle rencontre avec le Dalaï Lama ?

Est-il bien heureux, M. le Ministre, qu’après avoir échoué à trouver une solution politique viable au conflit israélo-palestinien, ou aux conflits balkaniques, nous allions nous immiscer dans les conflits immémoriaux de l’Hindou-Kouch, du Caucase, des vallées himalayennes ? Il y a pour la France une manière raisonnable et honnête d’exister, loin de l’hubris de postures que nous ne pouvons pas soutenir dans la durée, mais tout simplement en nous tenant à la légalité internationale telle que la définit le Conseil de Sécurité dont nous sommes membre permanent.

7. Un mot encore sur la réforme du Conseil. Sachons ne pas augmenter le nombre de ses membres permanents au-delà de vingt et permettons que certains membres non permanents puissent être rééligibles au bout de deux ans. Cette simple « réformette » (il suffit de modifier un article de la Charte) permettrait l’inclusion dans le Conseil de quelques membres semi-permanents ou quasi permanents et consoliderait la légitimité déjà grande du Conseil de Sécurité.

Déjà au XVIe siècle Montaigne écrivait qu’il se sentait homme en général et Français par accident. J’aimerais vous convaincre, Monsieur le Ministre, qu’on peut s’écarter de cette inspiration et défendre les intérêts de la France sans trahir ceux de l’Humanité.

vendredi 5 décembre 2008

Enrayer le déclin de l'aménagement du territoire

Intervention du sénateur Jean-Pierre Chevènement sur la politique des territoires au Sénat, jeudi 4 décembre 2008.
Enrayer le déclin de l'aménagement du territoire
Monsieur le Ministre,

Vous travaillez dans un contexte difficile.
Si déjà il n’est pas facile de séparer la mission dite « politique des territoires », dotée de 386 millions d’euros en autorisations d’engagement et de 375 millions en crédits de paiement, du rôle de l’Etat en matière d’aménagement du territoire, évalué à 5,6 milliards d’euros vous subissez de plein fouet les conséquences des politiques restrictives que votre gouvernement met en œuvre : ainsi pour ce qui concerne l’Administration de l’Etat à travers la révision générale des politiques publiques (RGPP), en fait une régionalisation des administrations déconcentrées qui fragilisera et marginalisera les départements périphériques. Ainsi encore, la réduction des moyens accordés aux collectivités territoriales. Or, on ne dira jamais assez à quel point les élus se sont eux-mêmes, au fil des ans, transformés en stratèges de l’aménagement des territoires pour renforcer l’attractivité et la compétitivité de ceux-ci. Il faut vous appuyer sur eux, Monsieur le Ministre, et c’est le rôle irremplaçable des contrats de plan que de favoriser les synergies entre les différents niveaux de collectivités à partir de quelques grandes priorités nationales. On nous rebat les oreilles avec la nécessité de clarifier les compétences entre différents niveaux de collectivités. Mais c’est très difficile en matière de développement économique par exemple, et les contrats de plan sont le meilleur outil pour faire jouer harmonieusement les compétences dites « croisées » qui sont inévitables et assurer ainsi la coopération la plus efficace entre les différents niveaux de collectivités.

Sur la période 2007-2013, les contrats Etat-régions et autres collectivités représentent des engagements de 28,2 milliards d’euros. Les retards pris sur les contrats de la génération précédente 2000-2006 n’ont pas encore été comblés – je l’observe sur le terrain à Belfort pour les bâtiments de l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard. Je doute fortement que les crédits du FNADT, vu leur proportion modeste, permettent non seulement de combler ces retards qui sont autant de manquements à la parole de l’Etat que de tenir les engagements pris à hauteur de 12,7 milliards pour la période 2007-2013. Il faut mentionner aussi la baisse des fonds européens consacrés à l’aménagement du territoire – 5,6 milliards de crédits FEDER seulement sont prévus sur sept ans, de 2006 à 2013. Cette régression est le fruit de l’élargissement dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a pas été négocié avec toutes les conséquences qu’il comporte sur la délocalisation de nos activités, particulièrement dans le secteur de l’automobile.

Les moyens dont vous disposez en propre sont donc modestes même si les dépenses fiscales liées à divers types d’exonérations s’y ajoutent pour un montant non négligeable puisqu’il dépasse le montant des crédits de paiement. Toutefois, l’action de la Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires (DIACT) est, comme son nom l’indique, interministérielle par nature. Il vous appartient donc de réaliser au mieux les mises en synergie nécessaires pour aider à la mutation des territoires frappés par les réorganisations administratives et militaires, mais aussi par les effets de la crise économique, et je pense en particulier aux régions d’implantation de l’industrie automobile et de ses sous-traitants, comme c’est d’ailleurs le cas pour le bassin d’emploi de Montbéliard-Belfort où vous êtes venu récemment.

Dans le contexte de la globalisation financière, votre tâche apparaît digne de Sisyphe : notre pays subit en effet, depuis les années quatre-vingt-dix, la distension croissante des liens entre les entreprises et les territoires, du fait d’une ouverture sans limites aux mouvements de capitaux, résultant de l’Acte Unique européen d’abord, puis aux mouvements de marchandises, sous l’impulsion de l’OMC depuis 1994, réduisant de 14 % à 1% de 1992 à aujourd’hui le montant pondéré des droits de douane aux frontières de l’Union européenne. C’est la dictature des actionnaires et du profit financier qui s’est imposée aux entreprises et aux nations, réduisant bien souvent les managers et les hommes politiques au rang de spectateurs impuissants. Les entreprises françaises réalisent de plus en plus leurs chiffres d’affaires et leurs bénéfices à l’étranger. Un mouvement de délocalisation des activités productives vers les pays à bas salaires frappe notre pays. Dans ces conditions la croissance potentielle en France, comme d’ailleurs dans le reste de l’Europe, s’est réduite d’abord à 2 % puis à 1 %. La part de l’Europe à vingt-cinq dans le commerce mondial est aujourd’hui de 20 % contre 30 % en 1980, tandis que celle de la Chine a crû de 2,5 % à 14 %. Notre déficit commercial reflète cette perte d’attractivité.

L’avidité des actionnaires a aussi creusé les inégalités entre les entreprises elles-mêmes, au détriment des petites et dans les rémunérations, dont l’écart n’a jamais été aussi grand. La France populaire s’est réfugiée dans des zones périurbaines loin des centres-villes. Dans ce contexte de globalisation financière qui fracture la société française, il est bien difficile, Monsieur le Ministre, de mener à bien une politique d’aménagement du territoire rationnelle. L’erreur – mais elle vous est antérieure – consiste à substituer à la logique d’aménagement du territoire, à partir d’une vision d’ensemble que seul l’Etat peut assurer, une autre logique qui consiste à mettre en concurrence les territoires entre eux. C’est ce que symbolise, me semble-t-il, le passage de la DATAR à la DIACT. Ce sont les évolutions soi-disant « naturelles » du marché qui commandent. La Puissance publique n’intervient plus guère qu’à la marge, du fait même de l’insuffisance de ses moyens. Cette évolution se pare du masque du girondinisme pour mieux fustiger l’Etat jacobin, ce pelé, ce galeux d’où viendrait tout le mal Cette idéologie est pernicieuse. Les temps nous obligent au contraire à organiser, y compris en matière d’aménagement du territoire, le grand retour de l’Etat.


Je me bornerai à vous suggérer quelques pistes pour enrayer un déclin de l’aménagement du territoire qui n’était que trop prévisible.

Un mot sur la DIACT (l’ancienne DATAR) d’abord. Il est regrettable que les activités de prospective aient été progressivement délaissées. La qualité des hommes et des équipes n’est pas en cause. C’est un mal plus général qui a également conduit à l’abandon du Commissariat Général du Plan, pour un vague Centre de prospective et d’analyses soi-disant stratégiques.

En réalité, c’est toute l’Administration économique de l’Etat qu’il faudrait reconstruire pour faire face à la crise économique actuelle. Les Etats nationaux, parce qu’ils ont seuls la légitimité de la démocratie, ont été appelés au secours en catastrophe. On a juxtaposé dans une certaine improvisation les plans nationaux tant en ce qui concerne le sauvetage des banques que la relance économique. Les règles européennes en matière de concurrence ont été suspendues. L’erreur serait de croire que cette suppression pourrait n’être que temporaire. Le temps est venu de concevoir à nouveau des politiques industrielles et des politiques d’équipement. Pour prendre un exemple, la juxtaposition de soixante-et-onze pôles de compétitivité ne saurait remplacer un Ministère de l’Industrie qui seul peut disposer d’une vue d’ensemble, éviter doublons et gaspillages, et donner les impulsions nécessaires en matière de recherche finalisée.

Il lui faudra aussi guider les choix du Fonds d’investissement stratégique dévoilé par le Chef de l’Etat. Avec 6 milliards de fonds propres plus 14 milliards de ressources d’emprunts, ce fonds ne suffira pas à défendre nos entreprises dont la capitalisation boursière a diminué de moitié mais atteint encore, pour les entreprises du CAC 40, plus de 700 milliards d’euros. Les fonds souverains étrangers disposent de capacités financières infiniment plus grandes : plusieurs milliers de milliards de dollars.

C’est pourquoi il faudra aller beaucoup plus loin, Monsieur le Ministre, sur la voie de la réglementation des OPA voire de leur interdiction quand elles émanent d’entreprises non « opéables », comme c’était le cas pour le raid réussi de Mittal sur Arcelor. Car les entreprises ont une nationalité, celle de leur pays d’origine qui retentit sur l’emploi, la recherche et les choix d’implantation. Faut-il rappeler les conséquences du rachat de Pechiney par Alcan ? Celles d’Arcelor par Mittal ne sont que trop visibles. Dussè-je me faire taxer de patriotisme économique – quelle injure par les temps qui courent ! -, il est important de préserver la nationalité française de la plupart de nos entreprises en favorisant des pactes d’actionnaires stables.

L’Etat doit se doter des moyens durables d’une politique industrielle digne de ce nom. Assez de RGPP ! Il y a des équipes d’ingénieurs compétents à reconstituer au sein même du service public sur les décombres de l’ancien ministère de l’Industrie jadis mis à sac par M. Madelin et par ses successeurs.

Ce qui vaut pour le Ministère de l’Industrie vaut également pour l’aménagement du territoire.
Vous mettez l’accent à juste titre sur les réseaux numériques et sur les liaisons ferroviaires à grande vitesse. Ils constituent avec le bon niveau de formation de notre main d’œuvre, de puissants atouts pour la compétitivité de la France. Mais il y a encore trop de zones d’ombre en matière de téléphonie mobile en dehors des grands axes ou des grandes agglomérations. Il n’y a pas de mystère à cela : c’est l’effet de l’abandon du service public au bénéfice des concessionnaires privés. C’est un plan d’ensemble qui serait nécessaire pour la téléphonie mobile comme pour l’accès au réseau à haut débit. Et puis, n’oubliez pas le réseau des villes moyennes et des petites villes qui contribue tant au charme et par conséquent aussi à l’attractivité de notre pays.

Vos moyens directs sont limités, Monsieur le Ministre, mais indirectement vous pouvez susciter les initiatives et les ripostes nécessaires à travers les autres ministères ou les grands opérateurs ou encore les grandes entreprises que vous pouvez éclairer et guider. Bref vous pouvez exercer une magistrature d’influence. Le plan de relance que les Pouvoirs publics doivent annoncer et dont ils vont devoir décliner les modalités devrait constituer pour vous l’occasion de faire prendre en compte les exigences de l’aménagement du territoire, en matière d’infrastructures de transport notamment, je pense en particulier à l’achèvement de la branche Est du TGV Rhin-Rhône, par la réalisation du tronçon qui va de Petit Croix dans le Territoire de Belfort à Lutterbach près de Mulhouse, qui fera gagner vingt-cinq minutes sur le trajet Strasbourg-Lyon, ou encore par la remise en service de la liaison ferroviaire Belfort-Delle et au-delà, la Suisse et l’Italie. Il y a sans doute des dizaines d’autres opérations utiles, réalisables à bref délai, et dont on ne se repentira pas si on les mène à bien dans les prochaines années.

La France n’est plus au centre de l’Europe. Avec l’élargissement à l’Est, le centre de gravité de celle-ci s’est déplacé. Ce peut être une chance pour le Nord et l’Est de la France si cruellement éprouvés par la désindustrialisation et par les restructurations militaires. Cette partie de notre pays est naturellement proche de l’Europe Centrale et les décisions de localisation des entreprises dépendent souvent de la proximité des marchés. C’est un atout pour le Nord et l’Est vde la France.

Dernière piste, Monsieur le Ministre, si l’on veut enrayer les délocalisations d’activité, il suffit de rétablir aux frontière de l’Union européenne le tarif extérieur commun qu’avaient prévu les « Pères Fondateurs » de l’Europe. Cette mesure seule inciterait les investisseurs à ne pas abandonner la vieille Europe et à y investir à nouveau. Dans un monde où la concurrence est asymétrique en raison des écarts de salaires et de protection sociale et où le souci de l’environnement est si inégalement partagé, il ne serait que naturel de prévoir des taxes anti-dumping social et des écotaxes. Encore faut-il en avoir la volonté et je n’ai entendu aucune proposition en ce sens de la présidence française de l’Union européenne.

Je ne vous ai pas parlé de la Corse, Monsieur le Ministre, à l’avenir de laquelle je reste attaché. Il s’y réalise un important programme d’investissement public. Peut-être pourriez-vous nous éclairer sur les réalisations et l’avancement de ce programme ?

Au total, Monsieur le Ministre, j’ai encore une raison de m’opposer au programme « politique des territoires », une raison que vous partagez sans doute, c’est son insuffisante, très insuffisante dotation en 2009 et surtout dans les deux années qui suivront.

Et c’est plus généralement une conception de l’Etat qui vous manque car il ne suffit pas d’être réactif, comme sait l’être le Président de la République à l’occasion : il faut inscrire son action dans la perspective longue d’un retour de la Puissance publique.

Bref, la crise n’est pas une parenthèse. C’est la fin d’une époque dominée par les dogmes du « tout-marché » comme si le marché était la clé de l’intérêt général.

Etes-vous en mesure, Monsieur le Ministre, de réhabiliter le long terme qui seul peut éclairer une véritable politique d’aménagement du territoire ? Le gouvernement auquel vous appartenez ne vous en donne pas les moyens. En a-t-il d’ailleurs la volonté ?

jeudi 27 novembre 2008

Croissance, Budget, déficit, dette : Jean-Pierre Chevènement interpelle le gouvernement

Intervention de Jean-Pierre Chevènement sur la dette au Sénat, mercredi 26 novembre 2008.
Croissance, Budget, déficit, dette : Jean-Pierre Chevènement interpelle le gouvernement
Le gouvernement nous a fait une présentation quelque peu lénifiante du projet de loi de finances pour 2009. Selon M. Woerth, si le déficit budgétaire va dépasser le seuil de 3 % du PIB en 2009, il ne s’agit que d’une « évolution conjoncturelle », je le cite. Le gouvernement aurait simplement choisi de laisser jouer les « stabilisateurs automatiques » : en d’autres termes, il ne change rien aux dépenses en dehors des hypothèses révisées sur la charge d’intérêt et les dépenses indexées. Il prend acte par avance de la baisse anticipée des recettes (7 Milliards) et nous présente un déficit budgétaire à hauteur de 57,6 Milliards d’euros. Dans ces conditions, la dette publique qui atteignait 1.269,3 Milliards d’euros au 30 juin 2008 devrait dépasser 66% du PIB dès 2009. Le gouvernement prétend faire rapidement diminuer la dette pour la ramener à 61,8 % du PIB en 2012. Objectif parfaitement irréaliste !

En fait vous réussissez ce miracle, M. le Ministre, de nous présenter un budget déflationniste et laxiste à la fois. C’est le contraire d’un budget volontariste face à la crise. Un seul exemple : le gouvernement en affichant une haute priorité pour l’université et la recherche supprime 900 emplois dans l’enseignement supérieur !

Vous êtes pris à contrepied. Certes, vous renoncez à comprimer davantage les dépenses ou à recourir à des impôts nouveaux et de ce point de vue je ne saurais que vous approuver : il ne faut pas ajouter la crise à la crise.

Mais quelle frilosité, M. le Ministre, dans votre politique ! Certes M. Sarkozy a annoncé hier à Valenciennes un plan de relance dont on dit qu’il atteindrait 20 milliards d’euros, soit 1 % du PIB. Mais aux Etats-Unis, on parle de 5 à 700 milliards de dollars, soit 5 % du PIB, et M. Obama a annoncé vouloir créer 2,5 millions d’emplois nouveaux d’ici 2011. De même, M. Brown prévoit une relance budgétaire massive en Grande-Bretagne, avec la baisse de 2,5 points de la TVA et un déficit budgétaire qui pourrait atteindre 8 % du PIB. En réalité nous sommes prisonniers au sein de la zone euro, de la frilosité de Mme Merkel. Bien que l’Allemagne dispose d’une marge budgétaire conséquente, puisque son déficit budgétaire ne dépasse pas 0,5 % du PIB, le gouvernement fédéral refuse le rôle de locomotive européenne qui lui incomberait pourtant naturellement. La relance européenne sera insuffisante et elle ne contribuera pas à une stratégie de relance coordonnée à l’échelle mondiale, pourtant affirmée par le G20 à Washington le 15 novembre. Nous attendons donc du gouvernement et de la Présidence française de l’Union européenne beaucoup plus d’audace politique et stratégique.

En réalité, vous êtes victime de la campagne culpabilisatrice que vous avez vous-même orchestrée sur la base du rapport Pébereau sur la dette de 2006.

Puisqu’il est question de la dette, parlons-en : il n’est pas difficile de montrer que l’Etat a été depuis trente ans l’artisan de sa propre déshérence financière, pour reprendre l’expression de l’économiste Jean-Luc Gréau.

De 1974 à 1982 il a vécu sur l’illusion d’un retour rapide à la grande croissance des trente glorieuses. Puis, victime de sa propre politique de désinflation compétitive, il a accepté tout au long des années quatre-vingt, de payer des taux d’intérêt assassins. La dette publique qui était de 21 % en 1980 est passée à 32 % du PIB en 1991, mais le pire est venu quand après avoir signé les accords de Maastricht, le gouvernement français, s’étant rendu prisonnier d’une parité fixe avec le mark allemand pour préparer l’union économique et monétaire, a installé l’économie française dans la récession en 1993, puis dans la stagnation, creusant les déficits et faisant bondir l’endettement public à 58 % du PIB en 1998 : plus vingt-six points d’endettement supplémentaires en sept ans de 1991 à 1998. Enfin, pour les dix dernières années, nous nous sommes installés dans la facilité. Cette situation regrettable n’est devenue dramatique, que parce que vous l’avez dramatisée à souhait, à des fins politiques, pour faire accepter comme une nécessité la politique de rigueur budgétaire. La vérité est que la France n’est pas ruinée : sa position nette vis-à-vis de l’extérieur reste créditrice, même si elle est entamée par la succession des déficits commerciaux, indicateur au moins aussi préoccupant que celui de la dette publique.

Le Japon a une dette publique supérieure à 150 % de son PIB, mais il dispose des deuxièmes réserves de change du monde. A l’inverse, les Etats-Unis dont l’endettement conjugué des ménages et de l’Etat a gonflé la dette extérieure jusqu’à représenter dix-huit mois d’exportations, sont exposés à une crise de leurs paiements extérieurs et de leur monnaie, qui chacun le sait, est aussi la monnaie mondiale.
La France, quant à elle, n’est pas menacée de faillite par la taille de sa dette publique, comparable voire inférieure encore à celle de beaucoup de pays développés (Etats-Unis, Japon, Italie, Belgique). Ce qui la menace, c’est la perte de compétitivité du site de production national, notamment automobile, du fait de la surévaluation de l’euro, de l’atonie de la demande en Allemagne et en Italie, du processus continu de délocalisation au bénéfice des pays à bas coûts salariaux et de l’absence totale de protection du marché européen.

La dette publique n’est qu’un élément parmi d’autres. Les ménages français sont beaucoup moins endettés que les ménages américains : 60 % de leurs revenus contre 150% aux Etats-Unis, et même que les ménages britanniques ou espagnols. La dette doit être appréciée globalement, quels que soient les agents qui la portent.

Le grand atout de la France, c’est l’importance de son épargne, et particulièrement de l’épargne des ménages – près de 15 % de leurs revenus alors que l’épargne des ménages américains n’atteint que 0,6 % de ceux-ci. La dette française est soutenable. Elle est aux mains, pour plus de moitié, des résidents, et ceux-ci détiennent une partie de la dette publique étrangère. La France est un pays solvable. Le problème est de faire de notre remarquable capacité d’épargne un véritable levier de développement face à la crise.

Ainsi le problème de la dette doit être analysé dans la durée. En dehors d’une hypothèse de monétisation de la dette, chose concevable au Japon et même aux Etats-Unis, mais que la Banque Centrale européenne s’interdit, ou d’une hypothèse d’inflation qui diminue objectivement le montant de la dette en euros constants, la gestion de la dette publique doit essentiellement s’inscrire dans le meilleur « trend » de croissance possible pour l’économie française.

C’est à cela que doit tendre la politique du gouvernement. Partout dans le monde on assiste à un grand retour du politique et n’ayons pas peur du mot, à un grand retour de l’Etat. La vraie question est de savoir comment vous le concevez : soit comme un expédient provisoire, une parenthèse interventionniste qu’on ouvre à regret, avec l’intention de la refermer dès que possible, et c’est bien évidemment la perspective dans laquelle vous vous placez. Vous faites comme si les critères de Maastricht n’étaient que momentanément suspendus, et que les règles européennes, en matière de concurrence et de prohibition des aides d’Etat, devaient à nouveau s’appliquer demain avec toute leur rigueur aveugle. C’est sous-estimer beaucoup l’ampleur de la crise.

Il faudrait vous placer dans une tout autre perspective, beaucoup plus audacieuse, celle d’un Etat anticipateur et programmateur, attaché à transformer durablement l’abondante épargne liquide dont nous disposons pour favoriser en France même des investissements de long terme qui garantiront notre croissance ultérieure : famille, éducation, recherche, innovation, infrastructures énergétiques et de transports ferroviaires, logement social, économies d’énergie, hôpital public, voitures propres. Et il faudrait pour cela s’appuyer sur les collectivités locales auxquelles vous tenez la bride trop serrée.
Nos possibilités de croissance dans le long terme conditionnent la solvabilité future de la France. La dette publique est un problème intérieur dont je ne conteste pas qu’il faut le gérer avec sérieux. Ce qui est déterminant, c’est la balance extérieure de la France. Bref, il faut renverser l’ordre des facteurs et se préoccuper davantage des institutions publiques ou privées, Caisse des Dépôts ou autres institutions bancaires qui nous permettront de transformer utilement notre épargne dans l’intérêt national, notion trop souvent oubliée au profit de règles de gestion à courte vue.

C’est la protection et le développement du site de production France qui nous permettra de maîtriser à long terme le problème de la dette. Encore faut-il que le gouvernement prenne les moyens d’une politique ambitieuse, notamment vis-à-vis des banques, bref qu’il ne se contente pas de mesures palliatives mais inscrive ses choix dans une perspective où l’Etat n’aura pas peur de son ombre en Europe comme en France même. C’est évidemment une toute autre histoire. Encore faudrait-il avoir la volonté d’ouvrir cette page-là …

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Voir aussi les actes du colloques de la Fondation Res Publica, tenu le 24 avril 2006, Finances publiques et pérennité de l'Etat

dimanche 9 novembre 2008

Le retour de l'Etat-nation.

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier Le retour de l’Etat-nation par George Friedman on Stratfor.com (Geopolitical Intelligence Report), 27 octobre 2008

En 1989, le système mondial avait basculé, l’Union soviétique s’étant retirée d’Europe orientale et ayant entamé son processus de désintégration, qui culmina avec son effondrement. En 2001, le système a basculé à nouveau, quand l’organisation Al-Qaeda attaqué des cibles aux Etats-Unis, le 11 septembre, déclenchant un conflit qui donna le ‘la’ au système international jusqu’en été 2008. Quant au basculement de l’année 2008, il est double, et il tourne autour de deux dates : le 7 août, et le 11 octobre…

Le 7 août, l’armée géorgienne attaquait ‘sa’ région séparatiste d’Ossétie du Sud. Le 8, les troupes russes répliquaient, en envahissant la Géorgie. La réponse occidentale, quant à elle, fut essentiellement d’ordre rhétorique. Durant le week-end du 11 octobre, les pays du G-7 se réunirent, à Washington, afin de planifier une réponse conjointe à la crise financière mondiale. Plutôt que la définition d’un plan conjoint, la décision – par défaut – consista en ce que chaque pays agirait de manière à sauver son propre système financier, au moyen d’une série de lignes directrices décidées, en gros (mais pas dans le détail), d’un commun accord.

Les événements du 7 août et du 11 octobre ne sont liés entre eux que par leurs seules conséquences. Les uns et les autres ont démontré la faiblesse des institutions internationales, et ils ont confirmé la primauté de l’Etat-nation, ou, plus précisément, de la nation et de l’Etat (une nation étant un groupe de personnes ayant en partage une ethnicité et un Etat étant une entité gouvernant un territoire donné. Une nation-Etat – notion au fondement de l’ordre international contemporain – est ce qui résulte de la superposition d’une nation et d’un Etat). Ensemble, les deux événements ont représenté des défis qui dépassaient de très loin la prégnance des guerres en Irak et en Afghanistan.

Le conflit en Géorgie

En (et par) elle-même, l’attaque de la Russie contre la Géorgie ne revêtait aucune signification d’ampleur mondiale. La Géorgie est, en effet, un petit pays du Caucase, et son sort, en fin de compte, ne saurait affecter la marche du monde. Mais la Géorgie était alignée sur les Etats-Unis et sur l’Europe, et elle était considérée par certains comme un pays candidat à l’intégration dans l’Otan. Aussi, ce qu’il y avait d’important, dans l’offensive russe, c’est le simple fait qu’elle se soit produite, et que l’Occident n’ait pas répliqué, sinon en rhétorique verbale…

Une partie du problème, c’était que les pays qui auraient pu intervenir afin de soutenir la Géorgie étaient dépourvus de la capacité de le faire. Les Américains étaient empêtrés dans le monde musulman, et les Européens avaient laissé s’atrophier leurs forces armées. Mais même si la puissance militaire avait été disponible, il est clair que l’Otan, en tant qu’expression militaire de l’alliance occidentale, était incapable d’une quelconque action unifiée. Il n’existait pas la moindre compréhension unique de ce qu’étaient les obligations de l’Otan, et, plus grave, aucune compréhension collective de ce qu’aurait bien pu être une stratégie unifiée…

Il n’y avait pas une tension seulement entre les Etats-Unis et l’Europe, mais aussi entre les pays européens eux-mêmes. Cela apparut particulièrement prononcé dans la vision de la situation qu’avait l’Allemagne, par rapport à celle des Etats-Unis et de nombre d’autres pays. Très peu de temps après la fin de la guerre russo-géorgienne, les Allemands firent savoir clairement qu’ils étaient opposés à toute extension de l’Otan à la Géorgie et à l’Ukraine. Une raison majeure de cette opposition étant la très forte dépendance de l’Allemagne par rapport au gaz naturel russe, ce qui signifie que Berlin ne peut pas s’offrir le luxe de s’aliéner Moscou. Mais il y avait aussi une raison, plus profonde encore : l’Allemagne avait été sur le front, lors de la première Guerre froide, et elle n’avait aucune envie de ne serait-ce que participer à une seconde guerre froide…

L’éventail des réponses européennes à la Russie a été fascinant. Les Britanniques étaient livides. Les Français étaient livides, eux aussi, mais ils tenaient à jouer un rôle de médiation. Les Allemands étaient cauteleux, et la chancelière Angela Merkel s’est rendue à Saint-Pétersbourg, afin d’y tenir une conférence de presse conjointe avec le président russe Dmitri Medvedef, alignant l’Allemagne sur la Russie – à toutes fins utiles – dans les questions géorgienne et ukrainienne…

L’unique et principal effet de l’attaque russe contre la Géorgie fut qu’elle montra clairement à quel point l’Otan est divisé – et aussi, à quel point elle est faible -, de manière générale, et les Européens, en particulier. Eussent-ils été unis qu’ils n’eussent guère été en mesure de faire mieux… Mais ils auraient, à tout le moins, évité ce défi qu’a représenté leur extrême fragmentation. L’Otan ne peut fonctionner que dès lors qu’il existe un consensus, or cette guerre a révélé à quel point l’Otan était éloigné de tout consensus… On ne peut pas dire que l’Otan se serait effondrée, à la suite de la Géorgie. Non : l’Otan est toujours là, et les responsables officiels de l’Otan tiennent des réunions et des conférences de presse. Mais l’alliance est exempte à la fois de projet commun et de ressources, excepté dans quelques domaines très spécifiques et extrêmement limités. Certains Européens agissent, via l’Otan, en Afghanistan, par exemple, mais il ne s’agit pas de la majorité, et ces pays n’agissent pas d’une manière décisive…

La guerre russo-géorgienne a soulevé de profondes questions quant à l’avenir de l’alliance militaire multilatérale (qu’est l’Otan). Chaque pays membre a consulté ses propres intérêts nationaux, et a conduit sa propre politique étrangère. Dès lors, la coupure entre les Européens et les Américains est garantie sur facture, mais la division entre Européens est tout aussi profonde. Si l’on ne pouvait pas dire que l’Otan fonctionnait effectivement, on ne savait pas non plus très bien, après le 8 août, en quel sens les Européens existaient effectivement, sinon en tant qu’Etat-nations individuels.

La crise financière mondiale

Ce qui avait été démontré en termes politico-militaires par la guerre de Géorgie, le fut, ensuite, en termes économiques, par la crise financière. L’ensemble du système multinational créé après la Seconde guerre mondiale s’est effondré, durant cette crise – ou, plus précisément, la crise a largement dépassé leurs prévisions et leurs ressources. Aucun des systèmes financiers n’a été en mesure de faire face, et beaucoup se sont effondrés. Le 11 octobre, il était devenu évident que le G-7 était en mesure de coopérer mais pas au travers d’une action unifiée. Le 12, lors de la tenue de leur sommet eurozone par les Européens, il devint évident qu’ils agiraient, en tant que nations, individuellement.

Comme dans le cas de l’après-guerre géorgienne, les développements les plus importants de l’après-11 octobre se produisirent en Europe. L’Union européenne est avant tout un arrangement voué à gérer l’économie européenne. Sa bureaucratie, basée à Bruxelles, a accru son autorité et son efficacité, tout au long de la décennie écoulée. Le problème, avec l’Union européenne, c’est qu’il s’agissait d’une institution prévue pour gérer la prospérité. Une fois confrontée à une sérieuse adversité, toutefois, cette institution a été gelée, remettant le pouvoir aux Etats membres.

Prenons le cas de la Banque Centrale Européenne (BCE), une institution créée afin de gérer l’euro. Sa première obligation – et sa seule autorité réelle – consiste à travailler à limiter l’inflation. Mais la limitation de l’inflation, c’est un problème qui doit être traité tandis que les économies, par ailleurs fonctionnent bien. Or, la crise financière est précisément un de ces cas où le système européen ne fonctionne pas bien. La BCE n’a pas été créée afin de s’occuper de ce genre de choses. Elle s’est arrangée, avec l’accord de gouvernements de pays membres, afin de faire tout ce que les autres banques centrales faisaient. Pour être plus précis, c’est une banque centrale, mais sans ministre des Finances, avec lequel elle pourrait travailler. Contrairement aux autres banques centrales, dont l’autorité coïncide avec celle des nations au service desquelles elles sont, la BCE est au service de pays aux intérêts multiples pays, dotés chacun de son propre ministère des Finances. Par nature, son pouvoir est donc limité.

En fin de compte, ce n’est pas l’entité « Europe » qui détient le pouvoir, mais bien plutôt les pays membres pris individuellement. Ce n’est pas Bruxelles qui mettait en musique les décisions prises à Strasbourg ; les centres de pouvoir (au pluriel) étaient à Paris, à Londres, à Rome, à Berlin et dans les autres capitales de l’Europe et du monde. Le pouvoir incombait aux Etats qui gouvernaient des nations. Ou, pour être plus précis, les deux crises jumelles ont mis en évidence le fait que le pouvoir n’avait jamais quitté ces capitales historiques.

Dans l’intervalle entre les événements de Géorgie et la crise financière, ce que nous vîmes fut l’effondrement de certaines entités multinationales. Le phénomène fut particulièrement marqué en Europe, dans une large mesure en raison du fait que les Européens étaient les plus investis dans le multilatéralisme et parce qu’ils étaient dans le collimateur de l’une et de l’autre de ces deux crises. La renaissance russe les a affectés tout particulièrement, et les retombées de la crise financière américaine les a frappés le plus durement. Ils ont eu à improviser plus que quiconque, étant des tenants du multilatéralisme, mais imparfaitement développés, pour rester poli. Dans un certains sens, les Européens ont été un véritable laboratoire du croisement improbable entre le multilatéralisme et la crise.

Mais en fin de compte, cela n’était pas un problème euro-européen. Ce à quoi nous avons assisté, c’est à un phénomène planétaire, dans lequel les pays individuels ont dû se débattre, aux prises avec les effets de la crise financière et de l’intervention russe. Depuis la chute de l’Union soviétique, il y a une tendance à voir le monde en termes d’institutions mondiales, de l’Onu jusqu’à l’OIT. Or, durant l’été 2008, aucune desdites institutions n’a fonctionné. Les seules choses qui ont effectivement fonctionné, ce furent les institutions nationales.

Depuis 2001, la supposition a été que des formations infranationales, comme al Qaeda, définiraient à l’avenir l’environnement politico-militaire. Dans le jargon du Département américain de la Défense, la supposition prévalant était que les conflits peer-to-peer (entre adversaires, en gros, de même force) n’étaient plus un problème, et que tout tournait autour des petits groupes terroristes. L’été 2008 a démontré que, même si le terrorisme perpétré par des groupes infranationaux est loin d’être un phénomène négligeable, la dynamique des Etats-nations n’était pas à la veille de devenir archaïque.

L’importance de l’Etat

Clairement, le monde a pivoté, s’orientant vers l’Etat-nation en tant qu’acteur premier, loin des groupes transnationaux et infranationaux. La crise financière pourrait être résolue en monétisant les avoirs nets des entreprises afin de corriger les déséquilibres financiers. La seule institution en mesure de faire cela était l’Etat, qui pouvait utiliser son pouvoir souverain et sa crédibilité, fondée sur sa capacité à taxer l’économie, dans le but valider le système financier.

Dans le monde entier, c’est exactement ce que les Etats ont fait. Ils l’ont fait d’une façon tout ce qu’il y a de plus national. Beaucoup de pays européens l’ont fait avant tout afin de garantir les prêts interbancaires, nationalisant tout simplement, ce faisant, le cœur du système financier. Si des Etats garantissent des prêts, le risque financier décline, jusqu’à tendre vers zéro. Dans ce cas, le rationnement de l’argent, à travers les mécanismes du marché, s’effondre. L’Etat doit prendre ce rationnement à sa charge. Cela accroît massivement son pouvoir – et cela soulève des questions quant à la manière dont les Européens pourraient sortir de cette nouvelle situation.

Les Américains ont adopté une approche différente, moins centrée sur le réagencement des équilibres comptables des institutions financières en y investissant lourdement. Ce fut une approche plus indirecte, et moins efficace à court terme, mais les Américains étaient davantage intéressés que les Européens à tenter de créer des mécanismes qui permissent à l’Etat de se retirer ses billes du contrôle du système financier.

Mais il y a plus important : la manière dont le pouvoir d’Etat a resurgi, durant l’été et l’automne 2008. L’équilibre des pouvoirs entre le business et l’Etat, toujours dynamique, a subi une modification profonde, le pouvoir de l’Etat explosant et celui du business se contractant. Le pouvoir n’était pas entre les mains de Lehman Brothers, ni entre celles de la Barclays. Non : il était entre les mains de Washington et de Londres. Au même moment, le pouvoir de la nation a monté en flèche, tandis que l’importance des organisations multilatérales et des groupes infranationaux déclinait. L’Etat-nation rugissait à nouveau à la vie, après avoir semblé s’abîmer dans l’insignifiance…

L’année 1989 n’avait pas tout-à-fait mis un terme à la guerre froide, mais elle avait créé un monde qui, en quelque sorte, la contournait. L’année 2001 n’avait pas mis un terme au monde de l’après-guerre froide, mais elle l’avait surchargé d’une dynamique additionnelle et écrasante : celle de la guerre états-uno-jihadiste. L’année 2008 n’a pas mis un terme à la guerre états-uno-jihadiste, mais elle l’a surchargée de questions bien plus immédiates et urgentes. La crise financière, bien entendu, fut l’une d’entre elles. L’avenir de la puissance russe en fut une autre. Nous devons insister sur le fait que l’importance de la puissance russe réside en ceci : dès lors que la Russie domine le centre du continent eurasiatique, la force fait intrusion en Europe. La Russie, unie avec le reste de l’Europe, est une force mondiale écrasante. Une Europe résistant à la Russie définit l’ensemble du système mondial. Une Russie fragmentée ouvre la porte à d’autres problèmes géopolitiques. Une Russie unie et puissante monopolise la scène mondiale.

Par conséquent, l’année 2008 a connu deux événements fondamentaux. Tout d’abord, et c’est sans doute le plus important, elle a assisté à la résurrection de l’Etat-nation et à un glissement de l’équilibre global entre l’Etat et le monde du business. Ensuite, cette année a redéfini le système géopolitique mondial, ouvrant la porte à une résurgence de la puissance russe et révélant la fragmentation sous-jacente de l’Europe et les faiblesses de l’Otan.

La plus importante manifestation de ce phénomène est l’Europe. Face à la puissance russe, il n’y a pas de position européenne unifiée. Face à la crise financière, les Européens se coordonnent entre eux, mais ils n’agissent pas de manière unie. Après l’été 2008, il n’est plus de mise de parler de l’Europe en tant qu’unique entité, ni de l’Otan en tant qu’alliance en état de fonctionner pleinement, ni d’un monde dans lequel l’Etat-nation serait obsolète. De fait, c’est le contraire : l’Etat-nation s’est avéré la seule institution en état de marche…

C’est là quelque chose de bien plus important que l’une et l’autre des questions immédiates que nous avons évoquées. Le sort de la Géorgie n’a que des conséquences mineures, pour le monde. La crise financière entrera dans l’histoire, y rejoignant les actions Brady, le Resolution Trust Corp. et le rachat de la New York City, en tant que bizarrerie de l’histoire. Ce qui restera, c’est un nouveau système international dans lequel la question russe – immédiatement suivie, par ordre d’importance, par la question allemande – est, une fois encore, au centre de tout, et dans lequel les Etats agissent avec confiance afin de modeler l’environnement économique et des affaires, pour le pire, ou pour le meilleur.

Le monde est aujourd’hui très différent de ce qu’il était au printemps 2008. Ou, pour être plus précis, c’est un endroit bien plus traditionnel que beaucoup se plaisaient à l’imaginer. C’est un monde de nations oeuvrant chacune à son propre intérêt, et collaborant entre quand cela leur convient, uniquement. Ces intérêts sont d’ordres économique, politique et militaire, et ils sont tous constitutifs d’un unique tissu. On n’en a pas fini avec l’illusion du multilatéralisme, on n’a pas encore pu la piquer comme un vieux chien malade – d’ailleurs, elle ne mourra jamais –, mais, à coup sûr, on l’a mise au lit.

Nous vivons un nouveau monde, que nous pouvons d’ores et déjà très facilement reconnaître, au premier coup d’œil, dans l’ensemble du panorama de l’Histoire.

vendredi 24 octobre 2008

La gauche doit se réapproprier la France

Tribune de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), publiée dans Marianne, samedi 25 octobre 2008. La crise, telle qu'elle se développe, consacre le double retour de la puissance publique et du fait national.
La gauche doit se réapproprier la France
Ce qui est extraordinaire dans la crise actuelle c’est l’empressement des pyromanes à jouer les pompiers. Une égale amnésie touche M. Sarkozy, sa majorité et la plupart des dirigeants de la gauche. La droite oublie le culte qu’elle vouait à Reagan dans les années quatre-vingt, les privatisations, les niches fiscales multipliées, l’OMC crée sous M. Balladur en 1994 et qui a éradiqué nos dernières protections tarifaires. Quant au PS, il a oublié le culte du franc fort, puis de l’euro fort, le MATIF et la désintermédiation bancaire. Oserai-je rappeler que c’est sous la gauche que la part des salaires dans le revenu national brut a décroché de dix points ? Faut-il oublier que le principe de la concurrence libre et non faussée a été posé par l’Acte Unique négocié en 1985 et voté en 1987 par le PS et par la droite ? C’est au 1er janvier 1990 que la liberté des capitaux a été instaurée, déséquilibrant de manière irréversible le rapport entre le capital et le travail. Faut-il encore évoquer l’irresponsabilité de la Banque Centrale européenne consacrée par le traité de Maastricht en 1992 ? Assez de balivernes donc ! La « solution » n’est pas « social-démocrate », n’en déplaise à mon ami Jean-Marc Ayrault. Elle est tout simplement républicaine.

Bien sûr, la responsabilité principale de la globalisation et de la crise est dans les pays anglo-saxons, et particulièrement aux Etats-Unis, mais comment oublier que la droite française a surenchéri et que le PS a fait mieux qu’accompagner ?

Je ne dis pas tout cela pour remuer le couteau dans la plaie : l’histoire n’a d’intérêt que pour éclairer l’avenir. Une profonde rupture est nécessaire avec cette période des « trente piteuses » qui a entraîné notre pays dans un déclin apparemment irréversible, en Europe et dans le monde.

Au moins la crise, telle qu’elle se développe, comporte-t-elle des leçons évidentes et elle ouvre un espace nouveau à une gauche digne de ce nom. C’est le retour à la fois de la puissance publique et du fait national. Seuls, en effet, les Etats nationaux ont la légitimité pour agir par gros temps. La Commission européenne comme la Banque Centrale ont été condamnées à suivre ou à se renier. Les règles européennes (concurrence libre et non faussée, prohibition des aides d’Etat) ont été mises en congé au nom de « circonstances exceptionnelles ». Les critères de Maastricht (dette et déficits) ont été explosés Ce sont les Etats-Unis qui ont donné les premiers l’exemple avec le plan Paulson, puis l’Europe a suivi par un enchaînement de décisions nationales progressivement coordonnées : G4 le 4/10, puis dans les jours suivants Eurogroupe à quinze, auquel s’est jointe la Grande-Bretagne, puis enfin Union Européenne à vingt-sept. C’est donc une Europe de cercles concentriques qui s’est mise en mouvement avec des réponses différentes d’un pays à l’autre.

Dès maintenant la désuétude des traités européens apparaît en pleine lumière. Un cycle est clos. Une période est morte, celle où le mythe d’une Europe fédérale a servi à démobiliser la nation. La France a un rôle à jouer pour dynamiser l’Europe, une Europe des peuples, une Europe des nations et donc des Etats, une Europe à géométrie variable et s’assumant comme telle.

De toute façon, le défi de la crise impose une réponse qui aille bien au-delà de l’Europe, une réponse internationale. On évoque un nouveau Bretton Woods mais il est difficile de revenir à des parités stables sans corriger les déséquilibres économiques majeurs qui existent entre les Etats-Unis et le reste du monde. L’épargne des ménages américains est inférieure à 1 % de leurs revenus. Leur endettement est de 133 %. L’endettement global de tous les acteurs économiques américains est de 316 % du PIB. Le déficit commercial des Etats-Unis est de 700 Milliards de dollars, 6 % du PIB ! Tout cela ne se corrigera pas en un jour. C’est le mode de vie dispendieux et énergétivore des Etats-Unis qui devra être remis en cause. Surtout, les Etats-Unis ne peuvent plus continuer à dominer seuls le reste du monde. Une redistribution de la puissance est redevenue inévitable, à travers notamment la réforme des institutions internationales.

Sans doute un plan de relance coordonné à l’échelle mondiale pourra-t-il limiter la tentation d’un retour au protectionnisme aux Etats-Unis. Il faudra que les pays excédentaires en matière d’épargne et de commerce extérieur (Chine, Japon, Allemagne) acceptent de jouer un rôle de locomotive dans cette relance. C’est dire combien sera difficile le cycle des négociations internationales qui va s’engager à la fin de l’année.

Dans cette grande crise, il faut que la voix de la France se fasse entendre. La gauche devrait avoir à cœur de faire en sorte que ce ne soit pas seulement celle de M. Sarkozy mais également la sienne. Encore faut-il pour cela qu’elle se réapproprie la France !

mercredi 22 octobre 2008

La voix de la France dans le monde

Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans Le Monde, édition du 23 octobre 2008. Le séisme financier actuel a rétabli des évidences : l'Europe est une union d'Etats et le France peut et doit y jouer tout son rôle.
La voix de la France dans le monde
Le président de la République, dans son discours de Toulon, n'a pas sous-estimé la gravité de la crise. Mais il l'a réduite à la logique du capitalisme financier. Certes, il a eu raison de flétrir les excès de la titrisation qui a déresponsabilisé les banques, mais il n'a pas dit qui a encouragé cette "titrisation". Il a surtout fait l'impasse sur la dimension géopolitique de la crise.

Qui en effet a encouragé la fuite en avant dans l'endettement des ménages et des banques, et la dilution des risques dans une "titrisation" opaque ? Qui, sinon l'administration Bush et ce demi-dieu, Alan Greenspan, hier encensé, et jeté aujourd'hui à bas de son piédestal ? Il fallait bien sortir de la crise née de l'éclatement de la bulle technologique et financer la guerre d'Irak !

C'est cette fuite en avant qui a contaminé l'ensemble de l'économie mondiale. Mais le mal vient de plus loin encore : ce sont les Etats-Unis qui, depuis plus de trente ans, ont impulsé la globalisation financière et les dérégulations, flottement des monnaies, libéralisation absolue des mouvements de capitaux, cycle des privatisations, fin de toutes les protections à travers le GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) devenu Organisation mondiale du commerce (OMC), mise en concurrence des territoires et des mains-d'oeuvre avec son cortège de délocalisations. Il faut rappeler qu'ils furent suivis par l'Europe, qui fit du dogme libéral son credo, à travers l'acte unique, le traité de Maastricht et le projet de Constitution européenne repris par le traité de Lisbonne.

Les Etats-Unis, grâce à la globalisation et au privilège du dollar, ont pris l'habitude de vivre très au-dessus de leurs moyens : leur endettement total - tous agents confondus - atteint 316 % de leur PIB ! L'économie la plus riche du monde capte 80 % de l'épargne mondiale, signe sûr que le monde marche sur la tête ! Enfin, le déficit de leur balance commerciale dépasse 700 milliards de dollars (530,7 milliards d'euros), soit plus de 5 % de leur PIB.

Mais ce système est fragile car le sort du dollar est entre les mains du Japon, de la Chine et des pays du Golfe. La bonne tenue du dollar depuis l'accélération de la crise ne tient qu'à la puissance politique et militaire des Etats-Unis. Mais leur enlisement au Moyen-Orient montre que ceux-ci ont atteint ce que l'historien Paul Kennedy décrivait déjà en 1987 comme le point de "surextension impériale", celui au-delà duquel un empire ne peut plus soutenir sa domination et se trouve donc obligé de réviser à la baisse ses ambitions.

Certes, les Etats-Unis sont et resteront au XXIe siècle une très grande nation, mais ils devront composer avec "le reste du monde", avec les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, Iran), mais aussi avec le retour de la Russie et même avec leurs alliés traditionnels : Europe et Japon, qui, dans un monde multipolaire, voudront compter parmi les "pôles".

Et voilà pourquoi la crise sera longue, à la mesure des profonds déséquilibres économiques et géopolitiques qui se sont creusés depuis que Francis Fukuyama, en 1992, au lendemain de la chute de l'URSS, avait imprudemment proclamé la fin de l'Histoire et le triomphe définitif du libéralisme. Il faudra du temps en effet pour que les ménages américains se remettent à épargner et revoient leur mode de vie et pour que les Etats-Unis rétablissent leurs comptes extérieurs et délaissent le rêve d'un empire universel dont ils n'ont plus les moyens.

Bien sûr, ils peuvent être tentés de maintenir leurs avantages en recourant à la guerre, avec l'Iran par exemple ou bien avec la Russie dans le Caucase, par Européens interposés, de préférence, ou bien encore - pourquoi pas ? - avec la Chine dans le détroit de Formose ou en Corée. Tel n'est pas, heureusement, l'état d'esprit d'un Barack Obama, même si certains de ses objectifs de politique extérieure (Iran, Afghanistan, extension de l'OTAN à l'Ukraine et à la Géorgie) ne diffèrent pas fondamentalement de ceux de John McCain. Aucun des deux candidats ne semble avoir pris conscience de la situation économique réelle de l'Amérique.

Une récession économique assez longue se profile donc, faute d'une coordination des politiques économiques entre les principaux pôles de l'économie mondiale. Il faudrait en effet stimuler la demande dans les pays excédentaires (Allemagne, Japon, Chine) pour aider les Etats-Unis à rétablir leur équilibre commercial et à retrouver un taux d'épargne normal, autrement qu'à travers la récession. Nicolas Sarkozy a évoqué un nouveau Bretton Woods. L'expression est forte, mais nous sommes loin de pouvoir retrouver rapidement un système de parités ordonnées : il faut d'abord remédier aux déséquilibres fondamentaux de l'économie mondiale.

Pour que les grands pays européens puissent faire entendre leur voix dans la redistribution du pouvoir, à l'échelle mondiale, qui se profile, il serait temps de regarder les réalités en face. La crise a frappé de désuétude les principes qui ont gouverné la construction européenne : concurrence libre et non faussée sous la haute surveillance d'une Commission européenne omnipotente, prohibition des aides d'Etat, critères dépassés de plafonnement des déficits et de la dette publique, irresponsabilité de la Banque centrale européenne (BCE). On mesure ainsi à quel point le traité de Lisbonne correspondait peu aux nécessités d'une construction européenne réaliste.

En quelques jours, la réalité de l'Union européenne s'est révélée : c'est une union d'Etats et non pas une construction "communautaire" et encore moins fédérale. Ce sont les quatre plus grands Etats réunis d'urgence au sein d'un "G4" qui ont décidé, le 4 octobre, une simple coordination de mesures nationales, sous le régime de l'urgence, c'est-à-dire en dehors des règles posées par les traités, et cela sous l'impulsion d'Angela Merkel.

L'Eurogroupe à quinze, avec le concours de Gordon Brown, a assuré la mise en musique. Ainsi a éclaté la puissance du fait national : seuls les Etats en temps de crise ont en effet la légitimité démocratique pour imposer des plans d'urgence. La Commission européenne a été mise devant le fait accompli, et la BCE a été contrainte d'accepter dans l'urgence une baisse de ses taux d'intérêt que M. Trichet refusait encore quelques jours auparavant. Fallait-il que soufflât fort le vent venu d'Amérique !

Mais mieux vaut l'Europe des Etats que pas d'Europe du tout ! L'Allemagne ne veut pas d'un gouvernement économique de la zone euro. J'entends certains réclamer un "emprunt européen" que Jacques Delors évoquait déjà en 1994 au sommet d'Essen et que les traités actuels ne permettent toujours pas.

Ainsi les faits ont tranché : armés d'un solide euroréalisme, allons à la rencontre d'un avenir que chacun pressent difficile, en nous appuyant sur les nations, là où vit la démocratie, avec une idée simple : "Autant d'Europe que possible, mais autant de France que nécessaire !" Loin de toute inféodation, la France peut et doit faire entendre une voix claire, à la rencontre du monde nouveau qui vient.
Jean-Pierre Chevènement est sénateur du Territoire de Belfort, ancien ministre.

mardi 21 octobre 2008

Quelle politique face à la mondialisation?

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au forum "Quelle alternative politique dans la mondialisation", organisé par le PS, le MRC, le PCF, le PRG et le Verts, mardi 21 octobre 2008.
Quelle politique face à la mondialisation?
Nous avons un devoir de lucidité. A moins de quatre ans de la prochaine élection présidentielle, la gauche française est-elle en état d’apporter une réponse convaincante au défi immense de la crise actuelle ? Maryse Dumas nous a demandé de créer la confiance. Mais les deux économistes nous ont alerté sur la profondeur de la crise. « Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté », jamais l’exhortation de Gramsci n’a été plus actuelle.

I – D’abord comprendre

La crise actuelle n’est pas seulement celle du capitalisme financier. Elle s’enracine dans de profonds déséquilibres économiques et géopolitiques.

A) Le capitalisme financier a pris le pas sur le capitalisme industriel à la faveur de la « globalisation » voulue par les Etats-Unis. La crise actuelle clôt un cycle entamé dans les années soixante-dix avec le flottement des monnaies et poursuivie, sous l’impulsion de Mme Thatcher et de M. Reagan, par une dérégulation progressivement généralisée de l’économie mondiale. De cette dérégulation, l’Europe libérale a été le relais à travers l’Acte Unique négocié en 1985 et ratifié en 1987, et le traité de Maastricht signé en décembre 1991.

Le capitalisme financier a peu à peu imposé sa loi, celle de « l’acquisition de valeur pour l’actionnaire », avec l’ouverture généralisée des marchés notamment ceux des capitaux (France 1990), les privatisations, la fin de toutes les protections (OMC), la mise en concurrence des territoires et des mains d’œuvre et son cortège de délocalisations. Des politiques d’abaissement du coût du travail, qu’a stigmatisées Maryse Dumas, en ont naturellement résulté. A la faveur d’une véritable dictature de l’actionnariat, l’habitude s’est prise d’exiger des taux de rentabilité mirobolants, évidemment impossibles à satisfaire à long terme.

Cette frénésie d’enrichissement sans cause s’est traduite par des « bulles financières » successives : 1997-98 (crises asiatiques et russe), 2000 (éclatement de la bulle technologique) 2007-2008, crise des subprimes, la plus grave de toutes car elle touche le système en son cœur. C’est la fin d’un cycle de trente ans.

B) Cette crise traduit non seulement les excès du capitalisme financier lui-même (la « titrisation ») mais des déséquilibres économiques et géopolitiques plus profonds.

• Déséquilibres économiques : fuite en avant dans l’endettement et les déficits aux Etats-Unis ; excédents et thésaurisation en Chine, au Japon, dans les pétromonarchies, mais aussi en Allemagne dont l’excédent commercial (200 Milliards d’euros) a ceci de particulier qu’il se fait à 75% sur ses voisins de l’Union européenne.
• Déséquilibres géopolitiques aussi : la « surextension » de l’Empire américain décrite par Paul Kennedy est devenue évidente : les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens et n’ont plus les moyens de dominer seuls le monde. L’enlisement au Moyen-Orient le démontre.

C) La récession risque d’être longue car ces déséquilibres ne se corrigent pas en un jour : épargne des ménages US (moins de 1 % de leurs revenus) – mode de vie américain dispendieux et énergétivore – le rétablissement des comptes par la réindustrialisation ne peut se faire que dans la durée.

Le rétablissement des équilibres de l’économie américaine n’est guère compatible avec le libre-échangisme déséquilibré qui prévaut aujourd’hui entre des pays de niveau économique et social hétérogène. Ce retour au protectionnisme peut être limité par un plan de relance coordonnée à l’échelle mondiale où les pays excédentaires : Chine-Japon. Allemagne, donc Europe, serviraient de « locomotives ». Mais l’instauration de protections est aussi inévitable que souhaitable aux Etats-Unis et en Europe pour des raisons sociales et environnementales.

Quant aux pays émergents il est probable qu’ils devront privilégier davantage le développement de leur marché intérieur et la prise en compte de leurs besoins sociaux. C’est un nouveau modèle de développement qu’il faut inventer, avec notamment le souci de limiter les émissions de gaz à effet de serre.

La lucidité s’applique aussi à l’action. Sachons nous défier des chimères et garder les yeux ouverts.


II – La réponse à la crise est et ne peut être qu’à la fois nationale et internationale. Elle remet en cause toutes les sacrosaintes règles du néolibéralisme.

A) La réponse est d’abord nationale.

• Les Etats-Unis ont donné le branle avec le Plan Paulson d’abord amendé par le Congrès puis par l’Administration américaine elle-même ;
• L’Europe a suivi par un enchaînement de décisions nationales progressivement coordonnées : G4, le 4 octobre, puis dans les jours suivants : Eurogroupe à quinze + Grande Bretagne ; Union européenne à 27.

C’est une Europe des cercles qui s’est mise en mouvement. Les modalités et l’ampleur de la réponse diffèrent d’un pays à l’autre pour des raisons diverses et souvent légitimes (RFA : système bancaire décentralisé).

Le fait national a ainsi éclaté en plein jour : Seuls les Etats nationaux ont la légitimité démocratique pour agir par gros temps.

Les « autorités » européennes sont condamnées à suivre ou à s’effacer : Commission – Banque Centrale européenne qui a dû baisser ses taux, contrairement à la volonté de M. Trichet exprimée quelques jours auparavant.

La désuétude des règles européennes inscrites dans les traités est justifiée au nom de « circonstances exceptionnelles » (Jouyet, 3 octobre, interview aux Echos) :
• Principe de la concurrence libre et non faussée (le principe que rappelait encore le protocole n° 6 du traité de Lisbonne) ;
• Prohibition des aides d’Etat.

Les critères de Maastricht en matière de dette et de déficit sont « explosés ». Bref, « nécessité fait loi ».

Une contradiction majeure apparaît ainsi entre le texte et la philosophie des traités telle que la Commission les interprétait et la nécessité urgente de l’intervention des Etats. Les idéologues du libéralisme et les dirigeants patronaux se dressent contre les remises en cause qu’ils observent ou plus encore, devinent à l’horizon.


B) Les décisions nationales doivent être et ont été jusqu’ici internationalement coordonnées.

Un nouveau Bretton Woods ?

Il est difficile de revenir à des parités stables sans corriger les déséquilibres économiques de fond.

Le contenu d’un nouveau Bretton Woods ne peut se borner à quelques corrections comptables ou prudentielles. La « régulation » doit aller beaucoup plus loin jusqu’à l’interdiction des paradis fiscaux. Surtout un nouveau Bretton Woods implique d’abord un plan de relance coordonné pour corriger les déséquilibres économiques fondamentaux. Ensuite, on pourra fixer des fourchettes aux parités monétaires si la volonté politique est au rendez-vous et réformer l’ensemble des institutions internationales.

C) Une nouvelle redistribution du pouvoir est inévitable.

Elle n’ira pas sans tensions :

1. La tentation d’une fuite en avant dans la guerre doit être conjurée (Iran, Pakistan, Russie, Chine).

2. Les Etats-Unis doivent redevenir la grande nation qu’ils sont : Ils n’ont plus les moyens d’une domination universelle, mais ils restent « la nation indispensable » que Mme Allbright évoquait, sans s’y être vraiment résignée, comme on l’a vu dans les Balkans en 1999.

3. Le monde multipolaire est déjà une réalité. Sachons l’organiser sur la base du droit, c’est-à-dire dans le cadre de l’ONU et d’institutions internationales rénovées, FMI, Banque Mondiale, OMC, OIT, Organisation mondiale de l’environnement, etc.

La France et l’Europe doivent y trouver leur place car il serait paradoxal que la France et l’Europe cessent d’être un pôle dans un monde devenu multipolaire. La France a un rôle particulier à jouer pour combattre l’idée d’un « choc des civilisations ».


III – La gauche a un très bel espace à occuper et une tâche historique à remplir

1. Pour renouer à la fois avec l’idée de progrès social et avec les couches populaires,

L’idée de service public n’a jamais été aussi moderne (hôpital public, logement, éducation, mais aussi eau et ressources rares, crédit car la recapitalisation des banques par l’Etat doit se traduire par des participations publiques au capital et par une politique de transformation de l’épargne au profit de l’investissement, avec un changement inévitable des équipes dirigeantes). Un nouveau modèle de développement est à construire : plusieurs révolutions technologiques sont devant nous. Sachons en prendre les moyens.

2. Mais la gauche ne pourra devenir hégémonique qu’à une condition impérative : qu’elle reprenne le drapeau du patriotisme républicain qu’elle a laissé échapper, qu’elle se réapproprie l’idée nationale (≠ nationalisme). C’est une gauche refondée sur une base républicaine qui peut à nouveau faire aimer la France à tous ceux qui l’habitent. C’est parce que nos élites ont abandonné le patriotisme, le drapeau et la Marseillaise à Le Pen, que la signification même des symboles nationaux s’est perdue et pas seulement chez les immigrés. Comment en effet faire aimer par d’autres un pays qui ne s’aime pas lui-même, qui laisse piétiner son Histoire et son identité par tous les communautarismes, par les contempteurs de l’idée nationale et par tous ceux qui voient dans la France un obstacle à leurs ambitions ? Oui, la gauche, pour être audible, doit se remettre à la hauteur de la France car l’Histoire de la France n’est pas finie. On peut être européen sans renvoyer la France aux oubliettes.

3. L’avenir, en effet, n’est pas à une Europe libérale et technocratique. Il n’est pas non plus à une Europe fédérale dont ni la Grande-Bretagne, ni les PECO, ni les pays nordiques ni même l’Allemagne ne veulent (je ne parle pas du peuple français auquel on ne demande plus son avis). Il est à une Europe des peuples, des nations donc des Etats (autant de gros mots), une Europe à géométrie variable et s’assumant comme telle.

Sans être fédéraliste, mais seulement euroréaliste, on peut souhaiter un gouvernement économique de la zone euro, pour le jour où l’Allemagne l’acceptera. Tel n’est pas le cas aujourd’hui, mais on peut toujours espérer. Cultivons le principe : « Autant d’Europe que possible, mais autant de France que nécessaire ».

Le problème de l’Europe c’est en grande partie le problème de l’Allemagne. Il faut aider celle-ci à penser l’intérêt européen en même temps que l’intérêt du monde du travail en Allemagne. Cela n’est sans doute possible en Allemagne que par le rapprochement entre le SPD et « Die Linke ». Une victoire ou même un redressement de la gauche en France dynamiserait ce processus.

4. Je voudrais terminer sur une idée simple.

La gauche doit créer un électrochoc, si elle veut devenir majoritaire dans le pays. Il n’y a aucune raison pour que nous ne nous retrouvions pas tous dans un même parti. Nos divergences sont réelles, mais elles n’empêchent nullement la coexistence dans une même organisation démocratique de sensibilités radicales au sens étymologique du terme, et de sensibilités plus gestionnaires. C’est même une condition d’une victoire électorale possible.

Les cartes sont sur la table. J’ai envie de dire « A vous de jouer ! » Le PS et le PCF tiendront leur Congrès en novembre et décembre prochains. J’espère qu’ils feront avancer à la fois l’idée d’une réorientation profonde, à la hauteur du défi immense qui est devant nous et l’idée d’une grande organisation de toute la gauche qui donnerait le signal d’un nouveau départ. Et puisque certains sont encore réticents devant l’idée d’un grand parti, bâtissons au moins sans tarder une Confédération qui serait chargée d’organiser en 2011 des primaires ouvertes à tous les militants et à tous les sympathisants pour désigner le candidat de la gauche à la présidentielle de 2012. Cela aurait de la gueule. Cela ferait se lever de grands débats et souffler sur le pays le vent du renouveau !

mercredi 15 octobre 2008

Jean-Pierre Chevènement invité de Politiquement parlant sur Direct8 mardi 14 octobre à 22h30

L'émission, présentée par Valérie Trierweiler, dure 52 minutes. Elle est podcastée ci-dessous.
L'émission peut être regardée sur Direct8 (sur TNT et télévision sur ADSL) ou en direct sur le site de la chaîne.

mercredi 8 octobre 2008

Un véritable débat national sur la crise financière

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat lors du débat sur la crise financière, 8 octobre 2008.
Devant une crise majeure, qui se répercutera immanquablement dans l’ordre international – paix ou guerre entre les nations – sur l’avenir de l’euro et dans la vie de dizaines de millions de Français et d’abord des plus démunis, l’appel à dépasser des clivages devenus secondaires n’est pas à rejeter a priori. Mais on n’a pas le droit de parler d’« union nationale » avant qu’un vrai débat national ait eu lieu, permettant d’aller aux racines de la crise et de dégager des propositions répondant à la fois à l’intérêt du pays et à la justice sociale. Ce bref débat parlementaire ne saurait être que la préfiguration du grand débat national souhaitable. Encore faut-il que le gouvernement et le Parlement définissent un cadre pour ce débat national.

I – Ne nous voilons pas la face : cette crise sera profonde et durable, à la mesure des déséquilibres qui se sont creusés : entre l’économie réelle et la sphère financière d’abord, mais aussi et surtout dans l’habitude qu’ont prise les Etats-Unis, au cœur d’une globalisation qu’ils ont impulsée, de vivre tellement au-dessus de leurs moyens, s’endettant à tout va (316 % du PIB), captant 80 % de l’épargne mondiale, avec un déséquilibre de leurs comptes extérieurs équivalant à 6 points de leur produit intérieur brut. On incrimine à juste titre les dérives du capitalisme financier et notamment la titrisation des prêts qui a déresponsabilisé les prêteurs. Mais ces dérives ont été encouragées ! Elles l’ont été par M. Alan Greenspan, ce grand magicien, hier encensé, et aujourd’hui découronné ! Tout simplement parce que pour sortir de la crise née en 2000 de l’éclatement de la bulle technologique et soutenir les choix dispendieux de l’Administration Bush, il n’a pas trouvé d’autre moyen que de créer une autre bulle, la bulle immobilière en favorisant l’endettement des ménages, le crédit hypothécaire et la titrisation. L’endettement des ménages ne touche certes pas que les Etats-Unis - la Grande-Bretagne et l’Espagne ont suivi leur exemple -, mais pour l’essentiel, la crise est américaine. Elle obéit à une logique qui est d’abord américaine. Notons que les partenaires des Etats-Unis, par suivisme, et les institutions internationales, par inféodation, se sont trouvés incapables d’enrayer cette dérive.

Il faudra du temps pour que les ménages américains se remettent à épargner et pour que les Etats-Unis rétablissent leurs comptes extérieurs et délaissent le rêve impossible d’un Empire universel, en acceptant d’être la grande nation qu’ils sont, dans un monde devenu irréversiblement multipolaire.

Cette crise n’est pas une simple crise psychologique, comme le dit M. Minc.


II - Cette crise clôt un cycle de trente ans qui avait commencé avec l’élection de Mme Thatcher et de M. Reagan et peut-être avant, avec le flottement des monnaies autour du dollar, consacré monnaie mondiale par les accords de la Jamaïque en 1976 : elle clôt le cycle de la finance globalisée, des marchés ouverts « à coup de barre à mine », la fin de toutes les protections avec l’OMC se substituant au GATT en 1994, le cycle des privatisations, la mise en concurrence des territoires et des main d’œuvre, avec son cortège des délocalisations, pour satisfaire aux exigences insatiables de « l’acquisition de valeur pour l’actionnaire », bref la dictature de l’actionnariat, au mépris des exigences du long terme et des entreprises elles-mêmes. Rappelez-vous le marché-roi dont le fonctionnement était censé assurer l’intérêt général, le principe de la concurrence libre et non faussée inscrit dans l’Acte Unique de 1987 et dans le traité de Maastricht de 1992 et repris dans le protocole n° 6 du traité de Lisbonne. Rappelez-vous la vigilance sourcilleuse de la Commission européenne vis-à-vis de toute intervention qui aurait pu fausser le libre jeu du marché !

C’était hier, mais cela paraît soudain dater d’il y a cent ans ! Francis Fukuyama décrétant la fin de l’Histoire et le triomphe définitif du libéralisme, c’était en 1992. Mais l’Histoire, pour le meilleur ou pour le pire, s’est remise en marche. Un débat surréaliste a surgi, il y a quelques jours, aux journées parlementaires de l’UMP, à propos des critères de Maastricht que M. Guaino proposait de relativiser. Les thuriféraires de l’orthodoxie maastrichtienne s’en sont donnés à cœur joie, comme s’il n’était pas évident que les dotations allouées aux banques, comme Dexia, les garanties données aux épargnants, les plans de soutien multipliés n’allaient pas, en dernier ressort, obérer le budget de l’Etat. Ces cris de vierges effarouchées ont été bien vite noyés par l’accélération des évènements. M. Jouyet, le 3 octobre, est obligé de reconnaître que l’Union européenne est revenue sur deux dogmes fondamentaux : l’un concernant les règles de la concurrence, l’autre les aides de l’Etat (les Echos, 3 octobre). Après que l’Allemagne eût rejeté l’idée d’un « plan Paulson à l’européenne », Mme Merkel impose le 4 octobre une simple « coordination de mesures nationales » sous le régime de l’urgence, c’est-à-dire en dehors des règles posées par la Commission. Le lendemain, 5 octobre, elle est la première - non ! la seconde après l’Irlande, qu’elle avait pourtant critiquée ! - à annoncer, sans prévenir, une garantie illimitée à tous les déposants allemands. La réalité de l’Union européenne éclate aux yeux mêmes de ceux qui ne veulent pas voir : c’est le chacun pour soi. Je ne m’en réjouis pas, bien qu’ayant toujours prédit que le fait national ne disparaîtrait pas.


III - La leçon est claire : il faut innover franchement et pour cela se délivrer des mythes, du politiquement correct, de parler faux libéral et pseudo européen. Autant d’Europe que possible oui, notamment par la création d’un gouvernement économique de la zone euro, mais autant de national que nécessaire ! Car nécessité fait loi : Mieux vaut l’Europe des Etats que pas d’Europe du tout. Il faut revenir à un interventionnisme qui redonne aux Etats, c’est-à-dire aux peuples, la possibilité d’encadrer et de réguler le marché, si possible de concert. Oui, il faut que les Etats reprennent leurs droits par rapport à des instances entièrement déconnectées du suffrage universel comme la Commission et la Banque Centrale européenne. Seuls les Etats ont la légitimité démocratique pour agir efficacement, mais ensemble de préférence, cela va de soi.

*

L’urgence impose d’agir dans quatre directions :

1. Il faut, bien sûr, empêcher les faillites bancaires en chaîne et pour cela privilégier les recapitalisations publiques et les conversions de dettes en actions plutôt que la reprise aléatoire, arbitraire et d’ailleurs insuffisante d’actifs toxiques, sur le modèle du Plan Paulson. Le contribuable, à défaut de rentrer dans ses frais, doit trouver des contreparties solides à l’effort qu’on lui demande. Toute garantie publique doit être gagée par des participations publiques. Puisque les contribuables seront contraints de payer, que les financiers soient expropriés ! Ce ne serait que justice que les banques qui remplissent en fait une véritable mission de service public et ont acquis le monopole de fait de la création monétaire, redeviennent, conformément au préambule de la Constitution de 1946, propriété de la collectivité. Et que les conséquences en soient tirées quant au choix des dirigeants et quant à la définition de nouvelles conditions d’octroi des crédits. La recréation d’un grand pôle financier public est d’ailleurs un élément de la solution comme outil d’un plan de relance ciblé.

2. La deuxième urgence en effet est d’enrayer la contraction massive du crédit aujourd’hui observable pour éviter l’approfondissement de la crise. La révision des normes comptables et l’aménagement des contraintes prudentielles ne suffisent pas. Sans doute serait-il souhaitable d’obtenir aussi de la Banque Centrale européenne une baisse des taux d’intérêt et l’allongement sur plusieurs jours de la durée des refinancements qu’elle procure. Mais il faut aller plus loin : il faut que l’Etat garantisse, comme l’a fait l’Allemagne, tous les dépôts, c’est-à-dire en vienne à une renationalisation au moins provisoire du crédit.

3. En troisième lieu, il faut concevoir rapidement un plan de relance économique :

- Orienter l’épargne vers l’économie réelle. Les Français ont une épargne abondante. Il faut la transformer au bénéfice de l’investissement productif.
- Au-delà du rachat de 30.000 logements en déshérence grâce aux excédents du Codevi, il ne faut pas hésiter à utiliser les excédents de collecte du livret A, au moins 12 Milliards d’euros, pour amplifier l’effort sur le logement.
- Aider par priorité les PME et les collectivités locales par des prêts bonifiés en utilisant les fonds d’épargne en gestion financière de la Caisse des Dépôts.
- Mettre en œuvre un programme d’aides aux industries en difficulté comme l’automobile pour favoriser la recherche sur les véhicules électriques et hybrides, la pile à combustible et l’économie de l’hydrogène, avec obligation de localisation ou de relocalisation.
- Aider la mutation énergétique à investir dans la sûreté nucléaire et les économies d’énergie.
- Bref remettre la politique industrielle à l’ordre du jour.
- Lancer un grand plan d’infrastructures ferroviaires : nouvelles lignes TGV et de fret ferroviaire, modernisation et fiabilisation du réseau.

Est-ce témoigner de trop d’audace que de préparer le lancement d’un grand emprunt d’Etat d’équipement de 30 Milliards d’euros ? Enfin, on ne devrait pas faire l’économie d’une relance concertée du pouvoir d’achat en Europe et au plan international. Cela aiderait d’ailleurs les Etats-Unis à rétablir leurs comptes.

4. Le quatrième axe d’une politique anticrise efficace consiste à agir internationalement :

- pour mettre un terme à la croissance incontrôlée de l’endettement et maîtriser, sous l’égide du FMI, les mouvements de capitaux spéculatifs ;
- pour rétablir les équilibres financiers mondiaux en stimulant la demande des pays excédentaires et aider ainsi au rétablissement d’un taux d’épargne positif aux Etats-Unis.

C’est seulement si ces conditions sont réunies qu’on pourra fixer des fourchettes à la fluctuation des parités monétaires.

Il faut donc frapper vite et fort sans faire l’économie du débat. Voilà le défi !

mercredi 1 octobre 2008

Jean-Pierre Chevènement invité de Karl Zéro sur BFM TV mardi 30 septembre à 22h15

L'émission dure 15 minutes et est podcastée ci-dessous.

mercredi 24 septembre 2008

Chevènement ne voit pas «très bien la différence» entre les motions du PS

Dépêche AFP, mercredi 24 septembre 2008, 10h27.
Chevènement ne voit pas «très bien la différence» entre les motions du PS
Le président du Mouvement républicain et citoyen Jean-Pierre Chevènement a déclaré mercredi qu'il ne voyait "pas très bien la différence" entre les quatre grandes motions du PS pour le congrès de Reims, hormis celle de "Benoît Hamon et ses amis qui sont clairement anti-libéraux".

"Je ne vois pas très bien la différence entre eux, sauf peut-être chez Benoît Hamon et ses amis qui sont clairement anti-libéraux. Tous les autres pensent la même chose", a affirmé le nouveau sénateur de Belfort sur i-télé à propos des motions déposées mardi par Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Ségolène Royal.

"Le vrai problème c'est la désignation du candidat à la présidentielle" de 2012, a-t-il estimé en prônant l'organisation "de primaires ouvertes à toute la gauche, avec tous les militants, tous les sympathisants".

Selon M. Chevènement, il faut que "le Parti socialiste s'ouvre" et "cesse de s'enfermer dans ses querelles de chefs soutenus par des baronnies", d'être "un parti d'élus et d'affidés".

Jean-Pierre Chevènement invité d'i>Télé mercredi 24 septembre à 8h35

L'entretien mené par Laurent Bazin dure 20 minutes. Il est podcasté ci-dessous.
L'émission peut être regardée sur le site d'i>Télé en direct et est rediffusée à 9h30.

lundi 22 septembre 2008

Jean-Pierre Chevènement invité de l'émission C à dire sur France 5 lundi 22 septembre à 17h30

L'émission, présentée par Thierry Guerrier, dure 15 minutes et est podcastée ci-dessous.

dimanche 21 septembre 2008

Territoire-de-Belfort: Jean-Pierre Chevènement, vainqueur, fait son retour

Dépêche AFP, 21 septembre 2008, 19h40.
Territoire-de-Belfort: Jean-Pierre Chevènement, vainqueur, fait son retour
Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a réussi dimanche d'assez belle manière son retour comme élu national en remportant les sénatoriales devant le socialiste Yves Ackermann.

Il prend le meilleur avec 149 voix contre 127 au candidat sortant socialiste, président du Conseil général du Territoire-de-Belfort qui était entré au Sénat le 8 septembre dernier suite au décès du sénateur Michel Dreyfus-Schmidt.

"A Yves Ackermann et au PS qui a échoué à me faire battre, comme il y était parvenu (ndlr: lors des élections législatives) en 2002 et 2007, je propose de tourner la page", a déclaré, grand seigneur, le patron du MRC.

Déçu, M. Ackermann a ironisé: "les électeurs belfortains ont confondu avec la journée du patrimoine et ont élu un monument historique".

Le candidat de l'UMP Robert Creel, conseiller régional, recueille 79 voix mais peut se féliciter d'avoir contraint la gauche à un second tour, inhabituel dans cette traditionnelle terre de gauche. "Je compte utiliser à bon escient la notoriété acquise pour la reconquête de la Franche-Comté aux régionales de 2010", a-t-il déclaré.

M. Chevènement a repris devant la presse sa proposition d'une confédération à gauche et l'organisation de primaires ouvertes pour la désignation du candidat de la gauche à la Présidence de la République".

A la Fédération départementale du PS et à M. Ackermann qui a refusé de se désister après le premier tour pour le candidat de gauche le mieux placé, il a proposé d'organiser un "forum de l'unité de la gauche".

L'ancien ministre qui a abandonné la mairie de Belfort après avoir échoué aux dernières législatives retrouve ainsi un mandat électif.

Outre sa défense des idées du MRC, il entend peser en tant que sénateur, poste qu'il briguait pour la première fois, sur de grands dossiers franc-comtois, comme le futur TGV Rhin-Rhône et le développement de l'université de technologie de Belfort.

M. Chevènement, 69 ans, énarque, ancien député, marié et père de deux enfants, a été ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin (1997-2000) et ministre à trois reprises sous la présidence de François Mitterrand: Recherche (1981-1983), Education (1984-1986) et Défense (1988-1991).

Il a démissionné trois fois de son poste pour protester en 1983 contre la gestion des entreprises nationalisées, en 1991 contre la guerre du Golfe et en 2000 contre la gestion du dossier corse.

En 2001, il avait abandonné la présidence du Mouvement des Citoyens (MDC) qu'il avait créé, pour se consacrer à sa campagne présidentielle.

Fin 1998 il avait abandonné pendant quatre mois son ministère en raison d'un grave accident d'anesthésie.

dimanche 7 septembre 2008

Chevènement et Lienemann appellent à un grand parti de gauche

Dépêche AFP, dimanche 7 septembre 2008, 14h39.
Chevènement et Lienemann appellent à un grand parti de gauche
Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC) et l'eurodéputée Marie-Noëlle Lienemann ont appelé à une refondation de la gauche dimanche lors de la deuxième université d'été du MRC, en réclamant un grand parti "solide" et "uni".

L'ancien ministre de l'Intérieur qui est en lice pour les sénatoriales du 21 septembre a estimé que "si la gauche n'est pas capable de concevoir un sursaut civique et démocratique salvateur, elle ne reviendra pas au pouvoir en 2012".

Selon lui, la gauche est frappée d'un "malaise intellectuel" responsable d'une absence de projet. Il considère que "la gauche a besoin d'un projet solide s'inscrivant dans une vision d'avenir" et de "s'affranchir du capitalisme financier".

M. Chevènement a appelé de ses voeux une fédération à gauche pour 2012 tout en se disant partisan de larges primaires.

Auparavant, Marie-Noëlle Lienemann a rappelé que "jamais la gauche n'est arrivée au pouvoir si elle n'était pas unie". "Il faut engager une nouvelle étape vers l'unité de la gauche vers une alliance globale", a-t-elle déclaré.

Henri Emmanuelli a fustigé de son côté le PS qui fait face à un "tabou total" en ce qui concerne la question du libre-échange.

Il s'est dit "ouvert" à un grand parti à condition d'une "représentation proportionnelle" des sensibilités.

L'université d'été du MRC, la deuxième depuis 2003 a réuni quelque 250 participants nationaux et une centaine de locaux et avait pour thème la mondialisation et la nation républicaine.

Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain

Projet d’intervention de Jean-Pierre Chevènement lors de l'université d'été du MRC, Belfort, dimanche 7 septembre 2008 (seul le prononcé fait foi).
Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain
I – Le ralliement à contretemps de la gauche au libéralisme.

La crise de la gauche en France et en Europe tient pour l'essentiel, à mon sens, au fait qu'elle s'est progressivement résignée à accepter comme une fatalité la domination du capital financier, la dictature de l'actionnariat et la loi des multinationales qui, au nom de la globalisation, mettent en concurrence les territoires et les mains-d'œuvre. La mondialisation est une stratégie. Les « armées de réserve industrielle » des pays à bas coûts de production pèsent sur les salaires et la protection sociale en France et en Europe occidentale, mais les pays émergents comme la Chine ne sont pas les premiers responsables de cette régression. Le capitalisme financier qui les domine, eux aussi, n'a pas attendu l'émergence de ces pays pour opérer, dès les années quatre-vingt, le grand renversement du partage de la valeur ajoutée entre le travail et le capital au profit de ce dernier. C'est ce capital financier qui met en œuvre la stratégie de la globalisation. Le chômage a été le principal moyen utilisé pour opérer une véritable déflation salariale, ainsi en France à partir de 1983.

La dérégulation qui a suivi s'insérait dans un dessein libéral néo-conservateur, né dans le monde anglo-saxon et mis en œuvre à partir de la victoire électorale en Grande-Bretagne de Mme Thatcher en 1979 et de M. Reagan aux Etats-Unis, l'année suivante. Cette volonté de déréglementation généralisée théorisée au départ par des économistes comme Friedrich Hayek et Milton Friedman, a correspondu à la volonté des Etats-Unis d'ouvrir les marchés aux produits de leurs multinationales et à leurs investissements, en cassant l'intervention des Etats dans l'économie et en faisant reculer partout, y compris à domicile, l'Etat providence. Cette politique a été mise en œuvre, au niveau mondial, par le GATT, devenu OMC en 1994, et par les politiques d'ajustement structurel du FMI. Elle a été relayée par l'Europe libérale à travers l'Acte Unique de 1987 et le traité de Maastricht de 1992. Elle a enfin été parachevée politiquement par le rapprochement entre les Etats-Unis et la Chine, et l'ouverture de celle-ci aux multinationales dans les années 78-80, et surtout par l'implosion du communisme en 1989-91, suivie de l'application de thérapies de choc libérales aux ex « pays socialistes ». Pour la première fois depuis 1914, l'économie de marché coïncidait à nouveau avec les limites de la planète. C'est ce capitalisme financier qui n'a pu se développer et ne peut se survivre qu'avec le soutien de l'Hyperpuissance américaine qui se débat aujourd'hui dans d'insolubles contradictions.

On se souvient des théories de Francis Fukuyama proclamant, au début des années quatre-vingt-dix « la fin de l'Histoire ». En France, François Furet, dès 1989, déclarait « la Révolution française terminée », en fait, selon lui, depuis Gambetta. La gauche n'avait plus qu'à se convertir au libéralisme. Ce qu'elle a fait avec peut-être plus de réticences apparentes en France que dans le reste de l'Europe, avec Tony Blair en Grande-Bretagne, d'Allema et Walter Veltroni en Italie et Gerhard Schröder en Allemagne, mais qu'elle a fait quand même, à mots couverts, pour finir aujourd'hui par un ralliement officiel au libéralisme, sous couleur de « modernité ». Ralliement si tardif qu'il s'opère aujourd'hui à contretemps : pour s'afficher « moderne », on se dit libéral, au moment où la globalisation libérale entre dans une crise systémique qui, pour la première fois, ouvre la perspective de sa remise en cause !

A son Université d'été de La Rochelle, le parti socialiste a donné le sentiment de se désintéresser des questions de fond, qu'il s'agisse de la crise économique mondiale ou des risques d'une nouvelle guerre froide sur notre continent. Le débat sur l'Europe qui avait traversé le parti socialiste lui-même en 2005 a été refermé. Cette attitude n'est pas tenable dans la durée.

La gauche européenne qui a longtemps défendu « l'Etat-Providence », retarde de plusieurs guerres, pour n'avoir pas su inscrire son projet dans une analyse d'ensemble de l'évolution du capitalisme financier contemporain et de la crise de la globalisation libérale.


II – Une méconnaissance de la nature même de la globalisation.

Comme ses homologues européens, le parti socialiste en France méconnaît, dans la plupart de ses composantes, le rôle central des Etats-Unis dans la globalisation. Ce sont eux qui, dès les années soixante-dix, l'ont impulsée en faisant du dollar la monnaie mondiale, et en se comportant comme si cette monnaie était seulement la leur. John Mc Cain est toujours sur cette ligne quand il déclare : « Le libre-échange sert la politique extérieure des Etats-Unis. » Terrible cécité : La crise financière actuelle n'est pas seulement la conséquence d'une politique bancaire aventurée. Elle résulte du fait que, depuis longtemps, les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens. Leur déficit commercial dépasse 700 milliards de dollars, soit 6 % de leur PIB. L'endettement des ménages américains, encouragé par le Trésor et le Federal Reserve Board, équivaut à ce même PIB. L'épargne américaine est dramatiquement insuffisante. Le financement de l'économie des Etats-Unis n'est possible que parce que celle-ci capte 80 % de l'épargne mondiale ! Le monde marche ainsi sur la tête. Pour enrayer la chute du dollar, les Etats-Unis ont choisi avec M. Bush la fuite en avant dans le domaine de la politique extérieure, avec le dessein de contrôler l'essentiel des richesses pétrolières et gazières mondiales. Malgré un budget militaire colossal de plus de 450 milliards de dollars, à lui seul la moitié des budgets de la défense dans le monde, les Etats-Unis se trouvent aujourd'hui enlisés militairement en Irak et en Afghanistan. Le choix est aujourd'hui entre le désengagement ou l'escalade. Logique avec lui-même, M. Mc Cain déclare que les troupes américaines resteront en Irak cent ans, s'il le faut.

C'est cette logique globale que les gauches européenne et française, dans leur majorité, se refusent à comprendre. Elles vivent dans l'illusion irénique qu'un retrait américain d'Irak suffirait à résoudre le problème. La crise de la globalisation libérale et le destin de l'Empire américain sont étroitement liés : on ne peut envisager une refondation progressiste de l'ordre international et l'organisation à l'échelle mondiale d'un nouveau « New-Deal » que dans le cadre d'un monde multipolaire régi par le droit et d'institutions internationales rénovées. C'est cette absence de vision historique et géopolitique qui explique l'incapacité de la gauche française et européenne à proposer une politique réellement alternative. Bien entendu, cette incapacité s'enracine aussi dans un attachement à l'hégémonie américaine, lié à un passé révolu. J'ai parlé d'« occidentalocentrisme » à propos de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy. En réalité, cet occidentalocentrisme se retrouve largement dans la pensée de la majorité des dirigeants du PS, ce qui explique leurs contradictions dans le domaine de la politique extérieure, y compris européenne. C'est ainsi qu'ils se révèlent incapables de remettre en cause l'orientation libérale de la construction européenne : beaucoup de dirigeants socialistes ont volé au secours de Nicolas Sarkozy pour faire approuver le traité de Lisbonne. C'est ainsi encore qu'on voit certains de ces dirigeants se lancer dans de dangereuses surenchères sur la situation en Géorgie, comme si celle-ci n'était pas aussi le résultat de la politique américaine mise en œuvre pour s'assurer le contrôle des richesses pétrolières et gazières autour de la Mer Caspienne. Ce n'est pas un hasard si Nicolas Sarkozy utilise Bernard Kouchner et Jean-Pierre Jouyet pour mettre en œuvre sa politique. Celle-ci reflète le consensus de l'Establishment financier et des élites bien pensantes pour mettre en œuvre la politique que j'ai décrite comme « du pareil au même ».

Nous sommes donc confrontés à l'incapacité actuelle de la gauche française à « penser mondial ». La plupart des courants majoritaires du parti socialiste ne se distinguent guère dans la surenchère social-libérale. Ils veulent tous « adapter la France à la mondialisation ». Ils comptent avant tout sur les difficultés et les échecs de la droite pour revenir au pouvoir en 2012. Or, à préparer une alternance sans alternative, ils prennent le risque de se couper non seulement des couches populaires abandonnées à la droite dure ou à la gauche radicale, mais aussi de cette fraction consciente de l'électorat qui entend se déterminer d'abord en fonction des intérêts du pays et d'un projet politique convaincant que j'appelle le « courant républicain », soit deux à trois millions d'électeurs, une minorité donc, mais bien souvent capable de faire la décision.

Beaucoup d'hommes de gauche sincères se bercent encore de l'illusion que l'Union européenne à vingt-sept puisse agir par elle-même pour infléchir le cours de la globalisation libérale, ce dont à mon sens elle est absolument incapable sans une reprise de conscience politique de ses nations, et d'abord de la nôtre.

L'incapacité de la gauche française et européenne à « penser mondial » s'enracine donc dans la crise de l'idée républicaine et dans le discrédit de la nation comme vecteur principal de notre responsabilité vis-à-vis du monde : telle est la thèse que je voudrais au moins esquisser en conclusion de notre Université d'été.


III – Démonisation des nations et régression démocratique.

1. La construction européenne telle qu'elle s'est faite après les deux guerres mondiales a reposé sur l'illusion d'une démocratie post-nationale. Or, la démonisation et la démobilisation des nations comme cadre politique opératoire au profit d'une Europe dominée par des instances technocratiques - Commission, Banque Centrale, Cour de Justice européenne – dont la prépotence ne peut être dissimulée par les oripeaux d'un Parlement fantôme, a livré nos pays d'Europe à des politiques libérales menées au nom du « principe de la concurrence », relayant sur notre continent la globalisation libérale impulsée par les Etats-Unis.

Ce sont les peuples qui ont été frappés d'impuissance par cette démonisation de la nation. Quand on prive les peuples de leur passé, on les prive également de leur avenir. La France serait le pays de l'affaire Dreyfus, le pays de la collaboration et de Vichy, le pays du « Code noir » et de l'esclavagisme, un pays indécrottablement colonialiste. Il faut donc rappeler que la France c'est le pays de la Révolution française dont les adversaires animés par une féroce idéologie antiégalitaire et antisémite ont réussi, en 1894, à faire condamner le capitaine Dreyfus. Mais on oublie de rappeler que dans cette affaire ce sont les républicain, à la fin, qui ont gagné : le capitaine Dreyfus a été solennellement réhabilité en 1906 et la République est sortie victorieuse par la voie du suffrage universel de sa confrontation avec les courants nationalistes et antisémites de la fin du XIXe siècle.

Les contempteurs de la nation nous expliquent que la France a été irréparablement souillée par la collaboration. Ils oublient de dire que la France n'a pas mis au pouvoir un gouvernement fasciste par la voie des urnes. En 1936 elle a élu une Chambre de Front Populaire. La défaite de 1940 a été préparée et utilisée par les adversaires de la République. Mais a-t-on le droit d'oublier le général de Gaulle, la France Libre, Jean Moulin, la Résistance et l'hostilité de l'immense majorité du peuple français à l'occupant nazi ?

Les mêmes contempteurs de la nation française veulent faire de celle-ci la complice du « Code Noir » et de l'esclavagisme. C'est oublier le combat des philosophes, la Révolution, l'abolition de l'esclavage en 1794 par Robespierre et en 1848 par la Seconde République et Victor Schoelcher.

La France serait un pays indécrottablement colonialiste. On retient Voulet-Chanoine mais on oublie Savorgnan de Brazza. On oublie que le peuple français consulté par référendum s'est prononcé massivement pour l'autodétermination de l'Algérie en 1962 et par conséquent pour son indépendance dans la coopération avec la France. Il faut renouer avec notre histoire, avec ses ombres certes, mais aussi avec ses lumières ; C'est la seule manière pour notre peuple de retrouver la raisonnable confiance en lui-même dont il a besoin pour construire à nouveau son avenir.

Et de la même manière les autres peuples d'Europe doivent renouer avec le fil de leur Histoire pour qu'ensemble nous puissions nous tourner vers l'avenir.

2. En même temps que la mise en congé de la nation républicaine débouchait sur la crise du civisme, l'avènement du « tout marché » entraînait le creusement des inégalités, la mise à l'encan des services publics, et le repli sur soi. C'est ainsi que le Président de la Poste, M. Jean-Paul Bailly, déclarait, selon Le Figaro du 29 août, que la mise en Bourse de la Poste aurait deux avantages : « elle aurait l'assentiment de la Commission européenne et pourrait créer un choc culturel au sein de l'entreprise ». Nous sommes bien placés dans nos départements pour observer, avant l'heure, les conséquences de cette privatisation du service public : fermetures de bureaux de postes dans les zones rurales, et les quartiers périphériques, allongement des délais d'acheminement du courrier ordinaire, au prétexte d'affronter la concurrence. C'est à juste titre que le Comité de liaison de la gauche a décidé de lancer une pétition contre la privatisation de la poste.

Mais cette libéralisation à outrance n'est pas tombée du ciel : elle a été voulue ou acceptée par tous nos gouvernements successifs – faut-il rappeler les sommets de Lisbonne et de Barcelone ? M. Jouyet officiait déjà au cabinet du Premier ministre … C'est au nom de la concurrence qu'on a libéralisé les prix de l'énergie, au bénéfice, paraît-il, du consommateur. Curieusement, la facture de l'électricité et du gaz a explosé ! Demain la concurrence prévaudra aussi dans le domaine ferroviaire.

La politique de M. Sarkozy donne ainsi une cohérence d'ensemble à un choix d'alignement sur le tout-marché : le pouvoir d'achat est rogné par l'inflation. Le gouvernement prétend le sauvegarder en supprimant les protections dont bénéficiaient les petits commerces de centre-ville. En fait, « travailler plus et gagner moins », tel est le programme réel que des économistes soutenant le gouvernement, tel M. Nicolas Baverez, revendiquent ouvertement. Sous le nom de « révision générale des politiques publiques », c'est un repli systématique de l'Etat qui se met en œuvre autour des chefs-lieux de régions, laissant les autres départements en quasi déshérence du point de vue de l'administration de l'Etat. Le département lui-même, en tant que collectivité décentralisée, est menacé au prétexte de la suppression d'un échelon administratif, sans qu'on réponde à la question de savoir à quel niveau ses compétences, notamment en matière sociale, seraient mieux exercées. Chacun sent bien que c'est le service public de proximité qui en souffrira en premier lieu. Tout cela se passe en silence, en l'absence de tout débat public.

En réalité, la politique de M. Sarkozy est télescopée de plein fouet par la crise de la globalisation libérale. Le « fondamentalisme de marché » qui a soutenu le thatchérisme, le reaganisme, le consensus de Washington et, en France, la politique de rigueur, a creusé partout les inégalités, nourri la spéculation et engendré une crise systémique sans précédent. Joseph Stieglitz, prix Nobel d'Economie, a dénoncé l'illusion selon laquelle « les marchés sont auto correcteurs, distribuent efficacement les ressources et servent l'intérêt général. » Or c'est cette illusion-là qui soutient partout les politiques libérales au niveau national, européen et mondial.


IV – Caractère central de la question européenne dans la refondation de la gauche

La politique mise en œuvre par M. Sarkozy est une facette redoublée de cette politique néfaste que poursuit dans toute l'Europe la Commission européenne. C'est pourquoi il n'est pas possible d'ouvrir une alternative véritable sans remettre en cause l'orientation libérale imposée d'en haut par les instances européennes. Cette constatation de bon sens rencontre fréquemment l'objection que les politiques européennes sont celles qu'ont acceptées au Conseil des ministres les gouvernements nationaux. Cette objection fréquemment avancée par beaucoup de dirigeants socialistes ne tient pas la route, car le poids de la bienpensance européenne est tel que les gouvernements nationaux sont d'avance tétanisés à l'idée de vouloir s'en affranchir tant soit peu : ils seraient aussitôt taxés de régression « nationaliste », et mis au ban de l'Europe bien pensante, c'est-à-dire libérale.

C'est pourquoi la tâche de la gauche n'est pas seulement de réhabiliter le concept de nation républicaine comme communauté de citoyens mais d'en faire le vecteur d'une autre idée de l'Europe. Car l'Europe de MM. Barroso et Solana est une Europe anémiée, invertébrée, réduite à une bien-pensance libérale qui l'empêche d'être un acteur de son destin.

L'Europe a besoin de l'entente de ses nations et d'abord de ses grandes nations : l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne, la Grande-Bretagne, la Pologne délivrée des cauchemars du passé et j'ajoute même la Russie. Comment oublier qu'en 2003 c'est l'entente du Président de la République française, du Chancelier de l'Allemagne fédérale et du Président russe qui ont privé l'invasion américaine de l'Irak du sceau de la légalité et par conséquent de la respectabilité internationale ? Immense service rendu à la cause de ce qu'on appelle le dialogue des civilisations ou plus justement dialogue des cultures. L'Europe a besoin de nations vivantes et démocratiques capables de s'inscrire ensemble dans une vision partagée de l'avenir. Une vision de progrès social mais aussi d'identité politique par rapport aux autres aires géographiques de la planète. L'Europe ne peut pas être une filiale ou plutôt un ensemble de filiales de la holding américaine.

Il faut avoir le courage d'affronter la question européenne. Nous ne sommes évidemment pas contre l'idée européenne. Au contraire, nous sommes favorables à l'organisation d'une Europe à géométrie variable, car fondée sur la démocratie qui vit dans ses nations. Nous militons pour un gouvernement économique de la zone euro afin de contrebalancer l'omnipotence actuelle de la Banque Centrale européenne et de mieux protéger nos industries. Nous ne croyons pas non plus que la France soit vouée à s'effacer pour s'aligner sur la politique décidée à Washington. C'est pourquoi nous avons toujours refusé et nous refuserons toujours de donner congé à la souveraineté populaire. Nous savons que l'idée même du peuple français est aujourd'hui en danger parce qu'elle est combattue de droite par les élites ralliées à la domination du capital financier et souvent aussi, hélas, de gauche, par des courants libéraux ou même anarchistes qui n'ont jamais compris ce qu'est la République.

La République porte des idéaux universels mais elle s'enracine dans une identité collective, celle de la France. Oublier notre histoire, ignorer une géopolitique élémentaire, ne plus savoir même quelle place nous occupons sur la carte du monde, c'est évidemment méconnaître les intérêts fondamentaux de notre peuple, s'exposer à de terribles régressions, laisser la France et sa riche histoire à la droite et à l'extrême droite. Cette vue myope des choses serait suicidaire pour la gauche en France mais aussi en Europe..

Elle le serait d'autant plus que l'Empire américain, tel qu'il s'est établi depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, touche à sa fin. Il est clair que les Etats-Unis n'ont plus aujourd'hui la capacité de dominer seuls le monde. Ils cherchent partout en Europe, au Japon, et même en Inde, des supplétifs. Ils n'ont évidemment pas renoncé à exercer partout leur hégémonie, se concevant eux-mêmes, comme l'a rappelé utilement Hubert Védrine dans le Monde Diplomatique, comme le moyeu d'une roue de bicyclette dont chaque pays serait un rayon, s'instituant ainsi comme une sorte de « hub », de « passage obligé », pour les autres nations, en fonction du principe que chaque pays préfère l'hégémonie américaine à celle de son voisin plus puissant. Cette vision est cependant trop sommaire. Nous entrons dans une ère nouvelle où plusieurs pôles existeront dans l'ordre international : Chine, Inde, Russie, etc. La question qui se pose est celle de savoir quelle place l'Europe et la France tiendront dans cette nouvelle organisation du monde. La réponse apportée par la politique de M. Sarkozy est simple, c'est : aucune. Ni la France ni l'Europe, avec la politique de Nicolas Sarkozy, ne seront jamais un pôle dans le monde de demain.


V – La tentation de l'occidentalocentrisme

Dans un livre récent, trop peu lu, « Pour une Union occidentale », M. Balladur à l'école duquel Nicolas Sarkozy s'est formé, a théorisé ce que j'appelle « l'occidentalocentrisme » : les pays de souche européenne ne sont plus aujourd'hui à l'échelle du monde qu'une minorité déclinante. Pour préserver les avantages acquis de l'Occident, en fait ceux du capital financier, il est essentiel, selon cette théorie, de resserrer les rangs autour des Etats-Unis pour faire face à la montée des pays émergents. Je résume bien entendu la thèse développée par M. Balladur, observant qu'elle est, en fait, mise en œuvre par M. Sarkozy qui inscrit la politique française dans le sillage de la politique américaine, que ce soit en Afghanistan, ou face à l'Iran, ou en Géorgie face à la Russie, ou encore en annonçant son intention de rejoindre l'organisation militaire intégrée de l'OTAN, au prétexte illusoire de construire par ailleurs une « défense européenne ».

De Gaulle avait soustrait nos états-majors au commandement d'officiers généraux américains pour affirmer le principe d'une France indépendante, capable de faire valoir ses vues, raisonnablement s'entend, partout dans le monde. Qui peut contester que les vues du général de Gaulle étaient prémonitoires, vis-à-vis de la Chine, sur la guerre du Vietnam, ou encore sur les conséquences désastreuses de l'occupation des territoires palestiniens pour Israël ?

C'est à près d'un demi-siècle de politique étrangère indépendante, ou en tout cas relativement indépendante, que M. Sarkozy va mettre fin, et il le fera au plus mauvais moment, au nom de cette théorie erronée et dangereuse que j'ai appelée « l'occidentalocentrisme ».

Il est bien vrai que les pays du Sud ont généralement en commun le fait d'avoir été à un moment ou à un autre colonisés par tel ou tel pays européen. Mais faut-il figer et perpétuer cette opposition Nord-Sud qui fait l'impasse sur la diversité des civilisations et des nations au Sud comme au Nord ? Qui ne voit le danger d'un tel manichéisme qui coaliserait le Nord contre le Sud et réciproquement, les pays du Sud contre un Occident blanc replié sur lui-même ou théorisant la guerre-préventive, ou pourquoi pas la possibilité de l'emploi en premier de l'arme nucléaire, comme on l'a vu faire récemment par cinq anciens chefs d'Etat-Major, dont l'Amiral Lanxade pour la France ?

Cette idéologie occidentalocentriste est dangereuse pour la paix. Elle est dangereuse pour l'Europe au sein de laquelle la France affirmait traditionnellement une certaine volonté d'autonomie, pour le bien des autres autant que pour le sien propre. Elle est dangereuse enfin pour la France qui ne peut méconnaître sans graves conséquences à la fois le centre de gravité de ses intérêts et sa vocation universelle. Cette idéologie occidentalocentriste n'épargne malheureusement pas des secteurs importants de la gauche.

L'idéologie des droits de l'homme, déconnectés des droits des citoyens, constitue une couverture commode pour toutes les dérives expéditionnaires et nous devrions davantage prêter l'oreille à ceux qui, au Sud, voient dans le « devoir d'ingérence » professé par Bernard Kouchner la résurgence d'un état d'esprit colonial ou néocolonial.

Je vais prendre quatre exemples qui ne m'éloigneront qu'en apparence du sujet de notre Université d'été qui est – je le rappelle – la refondation républicaine de la gauche. Celle-ci en effet ne sera possible que si la gauche rompt avec l'occidentalocentrisme et renoue avec l'universalisme républicain.

1. Premier exemple : Etait-il bien judicieux, en septembre 2007, à la Conférence des Ambassadeurs, d'évoquer, comme l'ont fait Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, l'imminence d'une guerre avec l'Iran, alors que Barak Obama, s'il est élu en novembre prochain, évoque publiquement l'idée d'une négociation entre les Etats-Unis et ce pays ? Les expéditions militaires desservent la cause de la non-prolifération nucléaire parce qu'elles donnent un argument de poids aux pays qui veulent se doter d'une arme atomique. L'alignement français sur les positions de M. Bush a évidemment nui à nos intérêts et à notre image dans le monde.

2. Deuxième exemple : L'Afghanistan. Le Président de la République a renforcé notre contingent militaire et étendu ses missions, contre la meilleure intuition du candidat Sarkozy qui ne jugeait pas la contribution de nos forces « décisive » pour la solution du problème afghan. Nous voilà aujourd'hui embarqués dans une croisade pour les valeurs démocratiques, au nom d'une « guerre contre la terreur » proclamée par le Président Bush, concept extrêmement flou qui n'opère pas la distinction nécessaire entre Al Quaïda et les tribus pachtounes qui représentent plus de la moitié des Afghans. L'idée qu'on puisse faire passer l'Afghanistan du Moyen Age au XXIe siècle à coup de bombes plus ou moins téléguidées est évidemment absurde. Les guérillas auxquelles les forces de l'OTAN sont affrontées n'ont pour la plupart rien à voir avec Ben Laden. On ne fera rien en Afghanistan sans s'appuyer d'abord sur le peuple afghan. En attendant, voici nos forces enlisées derrière celles des Etats-Unis dans une zone géographique qui n'a jamais correspondu à nos intérêts géopolitiques, et associées à l'idée pernicieuse d'une « guerre des civilisations ».

3. Troisième théâtre : La Géorgie et le Caucase. On ne peut traiter de cette question complexe en faisant comme si la politique américaine dans cette région n'avait pas pesé lourdement dans le contentieux entre la Géorgie et la Russie et comme si l'Europe n'avait pas des intérêts propres distincts de ceux des Etats-Unis. Le partenariat stratégique avec la Russie est évidemment un enjeu décisif pour l'autonomie de notre continent et pas seulement sur le plan énergétique. Ce qui est en jeu c'est l'autonomie politique de l'Europe et sa capacité à s'affirmer comme un pôle autonome dans le monde de demain. Certes la reconnaissance par la Russie de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie est contraire au droit international mais celle du Kosovo par les Etats-Unis et la plupart des pays de l'Union européenne, ce printemps, ne l'était pas moins. La crise géorgienne démontre la folie que serait une extension de l'OTAN à la Géorgie et à l'Ukraine et l'inconséquence d'un retour de la France dans les structures militaires intégrées de l'OTAN.

4. Ce retour dans l'organisation militaire intégrée de l'OTAN serait une quatrième erreur. Une nouvelle guerre froide diviserait notre continent. Elle peut arranger les Etats-Unis : Samuel Huntington dans « Le clash des civilisations », en 1994, n'avait pas dessiné par hasard une frontière entre une soi-disant « civilisation occidentale » et une soi-disant « civilisation orthodoxe ». « Diviser pour mieux régner » a toujours été l'adage des puissances dominantes. Mais les intérêts prioritaires de la France ne sont pas en Mer Noire et encore moins en Caspienne ou en Asie Centrale. Ils sont d'abord là où nous sommes, c'est-à-dire en Europe. Il est dangereux de se laisser entraîner trop loin du centre de gravité de ses intérêts. Il faut accepter que les valeurs universelles de la République puissent être défendues de manière différente selon qu'elles engagent ou non les intérêts fondamentaux du pays. La première mondialisation a sombré dans la première guerre mondiale que la mécanique d'alliances trop rigides a rendue inévitable. Evitons qu'il en aille ainsi de l'actuelle mondialisation américaine et que la France par le biais de l'OTAN ne soit de plus en plus entraînée selon l'expression du Général de Gaulle « dans des guerres qui ne sont pas les siennes ».


VI – La gauche et la nation.

La question de l'intérêt national est évidemment au cœur des débats de la gauche. Il y a ceux pour lesquels cette question existe et ceux qui, par légèreté et inconséquence, selon moi, font comme si elle n'existait pas. Je propose donc que la question de la nation républicaine soit mise au cœur du débat sur la refondation de la gauche. Elle sera ainsi fidèle à la pensée de Jaurès. Elle transcendera des clivages dépassés. Clémenceau a été l'homme de la France, mais il était aussi un homme de gauche, et on ne peut plus le démoniser aujourd'hui qu'au nom d'un révolutionnarisme dépassé, comme l'a très bien montré Michel Winnock dans la biographie qu'il lui a consacré. Et De Gaulle, qui se voulait « l'homme de la nation », qui peut contester que la France lui doit, en 1944-45, les avancées sociales les plus décisives qu'elle ait jamais connues ? La gauche, si elle veut devenir hégémonique en France, au plan des idées, doit rompre avec le sectarisme de vues étriquées.

Elle doit à la fois rassembler et renouer avec les couches populaires dont le patriotisme n'est pas éteint. Ringardise ? Non ! Le patriotisme défini comme l'amour des siens, à la différence du nationalisme qui est la haine des autres, est nécessaire à la renaissance du civisme ! Le sentiment d'appartenance à une identité collective forte est indispensable à l'acceptation de règles définies en commun.

Notre pays vit une grave crise de société et d'identité. Il doit réapprendre à s'aimer et il ne pourra s'aimer qu'en parlant librement aux autres. La France d'aujourd'hui ne tient plus par grand-chose, sinon par ce qui reste du service public et par l'exceptionnel maillage démocratique de ses communes. Mais combien cela est fragile !



VII – Une gauche de projet

C'est donc d'un sursaut civique et démocratique que peut procéder le redressement. Ce redressement est la tâche qui incombe à une gauche refondée. Si la gauche n'est pas capable de concevoir ce sursaut salvateur, elle ne reviendra pas au pouvoir en 2012, car il ne faut pas sous-estimer Nicolas Sarkozy ou tomber dans un antisarkozysme primaire ; la gauche a besoin d'un projet solide s'inscrivant dans une vision d'avenir et non d'une opposition systématique et quasi pavlovienne qui ferait seulement voir l'inconsistance de ses positions de fond. Je ne prendrai qu'un exemple qui paraîtra mineur : je suggère que nous réfléchissions objectivement sur le RSA (revenu social d'activité). Il est évident que les titulaires du RMI doivent trouver un avantage financier substantiel pour travailler à nouveau. Sinon que répondre à ceux qui vous disent : « Je perdrais de l'argent en reprenant une activité » ? Il ne m'échappe pas que le RSA peut encourager le travail à temps partiel mais le travail à temps partiel a un effet de socialisation et vaut mieux en définitive que l'inactivité.

Enfin, le mode de financement, c'est-à-dire la taxation des revenus du capital, va dans le sens que nous avons toujours souhaité, même s'il ne remet pas en cause un « paquet fiscal » que nous avons critiqué en son temps. A ma connaissance il n'a jamais été envisagé à ce jour de faire passer à la caisse les collectivités locales et nous y serions évidemment opposés. Il me semble que dans notre manière de nous opposer, il doit y avoir une préfiguration de ce que sera notre action future. Si nous disons non à tout, c'est qu'en fait nous ne proposons rien. Soyons donc capables de dire oui à ce que nous réclamons nous-mêmes et mettons quelquefois en œuvre dans certains départements.

Refusons la démagogie et travaillons dès maintenant à construire une opposition responsable. La responsabilité n'est nullement exclusive d'une grande ambition.


VIII – Une refondation à la fois nationale, européenne et mondiale.

J'en viens aux perspectives de la refondation de la gauche. Le débat sur ce sujet ne fait que commencer. Je n'ignore rien des rivalités de boutique et des objections que suscite la création d'un grand parti de toute la gauche. Il faut un évènement qui fasse électrochoc. Nous avons des divergences ? La belle affaire ! Elles peuvent, je le crois, se régler par le débat dès lors que les questions de fond auront été abordées.

Permettez-moi d'abord une observation : Le parti socialiste est certes la formation la plus nombreuse à gauche, mais elle est loin d'être majoritaire dans le pays. Et il ne lui sert à rien de dominer à gauche, si la gauche est durablement confinée dans l'opposition. Il faut un électrochoc ! Peu importe, à la limite, la structure : nouvelle formation, fédération, confédération. Ce qui est important c'est d'affirmer un dessein pour la France, c'est d'organiser le retour de la France en Europe et dans le monde. C'est ce débat-là qu'il faut lancer, sur le fond des choses ! La crise de la globalisation libérale nous offre la chance de proposer ce nouveau dessein :

- Refondation des institutions internationales pour un monde multipolaire et pacifique, régi par le droit.
- Organisation d'un nouveau « New-Deal » à l'échelle mondiale pour concilier le progrès social dans les anciens pays industriels, l'émergence des grands pays du Sud et la construction d'Etats dignes de ce nom, dans les pays qu'on dit « les moins avancés ».
- Réorientation de la construction européenne au plan monétaire, industriel et social, ce qui implique un changement de cap politique en Allemagne, auquel la gauche française devrait s'intéresser davantage. Nous avons une occasion historique de refonder la gauche à la fois au niveau français, européen et mondial. Prenons pleinement conscience de l'épuisement du capitalisme financier qui a été l'horizon de toutes les politiques économiques depuis vingt-cinq ans. La négligence des questions industrielles, sociales, environnementales aussi bien que des enjeux de long terme que seuls les Etats peuvent maîtriser, ne peut plus durer ! L'OMC doit être cantonnée à un rôle d'arbitre entre plusieurs zones régionales d'intégration commerciale. Les déséquilibres sociaux, environnementaux et monétaires doivent être pris en compte dans les règles du commerce international. A défaut, l'Union européenne doit rétablir une préférence communautaire. Le FMI doit être absorbé dans la Banque Mondiale qui doit financer les infrastructures des pays les plus pauvres, à commencer par l'Afrique. Les statuts de la BCE doivent être modifiés, un gouvernement économique de la zone euro institué. Le paquet fiscal doit être abrogé. Les ressources dégagées iront aux investissements nécessaires dans l'économie de la connaissance. L'encadrement législatif des relations sociales doit veiller au rôle des représentants des salariés. Bref, la gauche doit changer d'horizon, et s'affranchir du capital financier.
- Enfin en France même elle doit susciter une renaissance républicaine, comme celles que notre pays a connues à la fin du XIXe siècle ou après la deuxième guerre mondiale.


IX – Des primaires à gauche

Faisons d'abord lever ce débat ! la Fédération ou la Confédération de toute la gauche n'organiserait-elle pas de vastes primaires à gauche en 2011, largement ouvertes à tous les militants et sympathisants ? J'entends dire que cette ouverture qui réussit assez bien aux Etats-Unis ferait perdre au parti socialiste son rôle directeur. Mais c'est une vue étroite des choses. Il faut sortir de l'esprit de boutique et parler au pays. Je crois que celui-ci est prêt à entendre un langage audacieux qui lui apprendrait à penser à nouveau collectivement et à comprendre ce que le mot « peuple » veut dire.

Ce que le regard collectif a défait, comme l'a montré Patrick Quinqueton, la « classe ouvrière », le « citoyen », le regard collectif doit le retrouver : le « peuple en corps », c'est-à-dire l'ensemble des citoyens, à nouveau convoqués à l'existence politique.

C'est cela que nous avons à réinventer : « le peuple français » d'abord mais aussi le peuple français s'adressant à une Europe des peuples, capable d'exister par elle-même et de parler au monde entier ; c'est cette ambition et le regard qui manquent aujourd'hui à la gauche. Il est temps de les lui redonner. Nous n'y parviendrons pas seuls, mais au moins nous pouvons, seuls s'il le faut, témoigner de cette exigence !

Nous aiderons ainsi le peuple français à se retrouver et à poursuivre son Histoire, dans une Europe renouvelée, une Europe des peuples, qui pourra, elle, être aussi un pôle dans le monde de demain, un pôle nécessaire, indispensable au dialogue des nations et des cultures. Voilà un projet exaltant et réaliste à la fois. Il faudra l'incarner car nous ne pouvons pas laisser plus longtemps la gauche en déshérence.

Courage donc camarades, imagination et détermination ! Croyons en la France, croyons en notre capacité d'action collective, croyons en l'avenir du peuple français !

samedi 6 septembre 2008

« Même mort, je reviens… »

Article écrit par Eric Haquemand, Le Parisien, samedi 6 septembre 2008.
« Même mort, je reviens… »
«Etiam mortuus redeo… » : « Même mort, je reviens… » Jean-Pierre Chevènement le dit avec érudition mais conviction : à 69 ans, l'heure de la retraite n'a pas sonné. Pour la première fois dans sa (très) longue carrière, l'ancien ministre de François Mitterrand est candidat aux élections sénatoriales du 21 septembre dans le Territoire de Belfort.

Lire la suite de l'article sur le site du Parisien.

Afghanistan : « Cette guerre n'a rien à voir avec les intérêts de la France »

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à l'Alsace, 5 septembre 2008.
Afghanistan : « Cette guerre n'a rien à voir avec les intérêts de la France »
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense et président du Mouvement républicain et citoyen (MRC) se prononce en faveur d'un retrait progressif des troupes françaises en Afghanistan.

L'Alsace : Faut-il maintenir une présence française en Afghanistan ?
Jean-Pierre Chevènement : Le seul objectif qu'on puisse se donner, c'est d'aider l'Afghanistan à devenir un État digne de ce nom. À mes yeux, la tâche des soldats français devrait se borner à former les soldats afghans. Les Américains ont pollué le dossier afghan dès le départ. Doublement. D'abord en ne mettant pas les moyens - ils ont envoyé 8 000 hommes en Afghanistan contre 140 000 en Irak, pays qui n'avait rien à voir avec les attentats du 11 septembre. Ensuite, en déclenchant avec l'ensemble du monde musulman ce qui a été ressenti comme une guerre de civilisation. George Bush parle de guerre contre le terrorisme mais il faut distinguer, en Afghanistan, les tribus pachtounes qui forment la majorité de la population et Al-Qaïda et ses alliés qui ne représentent qu'une petite minorité.

Vous êtes donc favorable au retrait des troupes françaises ?
Je ne demande pas un retrait immédiat et total mais un retrait progressif. La nouvelle administration américaine, après les élections de novembre, va redéfinir les objectifs. Il est dommage que nous soyons totalement à la remorque de l'Amérique. On voit là tout le danger de la réintégration de la France dans l'organisation militaire intégrée de l'Otan. C'est le plus sûr moyen de se faire entraîner dans des guerres qui ne sont pas les nôtres. L'Afghanistan n'a jamais été dans la zone des intérêts prioritaires de la France. Cette guerre n'a rien à voir avec les intérêts de la France.

Faut-il, comme le dit ministre de la Défense, que le gouvernement afghan discute avec les talibans qui « ne sont pas dans le djihad » ?
Il n'y a pas de talibans modérés mais il faut engager la discussion avec la guérilla pachtoune pour la séparer d'Al-Qaïda et de Ben Laden. On ne peut pas faire passer un pays du Moyen âge au XXIe siècle à coup de bombes guidées par laser. On n'exporte jamais ses valeurs à la pointe des baïonnettes. On devrait le savoir depuis la Révolution française.

Pour Nicolas Sarkozy, si on laisse tomber l'Afghanistan on déstabilise le Pakistan…
Le Pakistan a aussi ses propres problèmes et la bombe nucléaire pakistanaise est avant tout dirigée contre l'Inde. En fait on peut toujours trouver de bonnes raisons pour justifier un engagement militaire. Avec cette déclaration de Nicolas Sarkozy, nous sommes dans le grand n'importe quoi.

Propos recueillis par Céline Mazeau

mercredi 3 septembre 2008

Mutation-sanction de Rossi: «dans la veine de la BD de Pétillon» (Chevènement)

Dépêche AFP, mercredi 3 septembre 2008, 16h03.
Mutation-sanction de Rossi: «dans la veine de la BD de Pétillon» (Chevènement)
Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a déclaré mercredi que la brutale mutation de Dominique Rossi, patron des forces de sécurité en Corse, "était tout à fait dans la veine de la bande dessinée de Pétillon".

Interrogé en marge du Comité de liaison de la gauche, l'ancien ministre de l'Intérieur a jugé que "la manière dont le ministère de l'Intérieur a réagi était tout à fait dans la veine de la bande dessinée de Pétillon", en allusion à "L'enquête corse" de René Pétillon, où le détective Jack Palmer se trouve aux prises avec les indépendantistes.

Dominique Rossi a été muté à l'IGPN après la brève occupation par des nationalistes de la propriété de l'acteur Christian Clavier, un proche de Nicolas Sarkozy.

"C'est évidemment une sanction injustifiée", a estimé M. Chevènement.

Mais le patron du MRC se dit "insurgé" par une autre affaire": "l'absence de réaction des pouvoirs publics à l'exigence des indépendantistes formulées lors des Journées d'été en juillet dernier que la BNP ne fasse plus de prêts aux non-résidents pour l'acquisition d'une maison".

"Même M. Clavier ne pourrait plus avoir un emprunt pour acquérir sa villa, mais il n'en avait peut être pas besoin!", a-t-il lancé.

Pour lui, "la BNP s'est couchée. L'Etat n'est pas intervenu, ni le préfet, ni le ministère des Finances, ni la commission bancaire. Il n'y a eu aucune réaction des pouvoirs publics par rapport à cette mesure anti-républicaine et le ressort même du système mafieux", a-t-il déploré.

dimanche 31 août 2008

Chevènement (MRC): «il est temps que le PS se reprenne»

Dépêche AFP, dimanche 31 août 2008, 17h17.
Chevènement (MRC): «il est temps que le PS se reprenne»
Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républician et citoyen (MRC), a exorté dimanche le PS à "se reprendre", estimant que lors de son université d'été à La Rochelle "il a donné le sentiment de se désintéresser des questions de fond".

"Le PS a donné le sentiment de se désintéresser des questions de fond, qu'il s'agisse de la crise économique mondiale ou des risques d'une nouvelle guerre froide sur notre continent", a déploré M. Chevènement dans un communiqué.

En outre, selon lui, "le débat sur l'Europe qui avait traversé le parti socialiste lui-même, a été refermé".

"Il est temps que le PS se reprenne pour refonder la gauche sur des bases républicaines et offrir au peuple français une alternative véritable au fondamentalisme de marché dont l'échec est partout visible", a-t-il conclu.

mardi 26 août 2008

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien : «Les erreurs succèdent aux erreurs»

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien.fr, propos recueillis par Eric Hacquemand, édition du 27 août 2008.
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien : «Les erreurs succèdent aux erreurs»
Sur le dossier afghan, Jean-Pierre Chevènement reproche à Nicolas Sarkozy d'avoir «cédé à la pression de l'administration américaine». L'ancien ministre de la Défense, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), se prononce en faveur d'un désengagement progressif, mené en concertation avec la communauté internationale dans le cadre de l'ONU.

La mort de dix soldats français marque-t-elle l'échec de la politique suivie par Nicolas Sarkozy en Afghanistan ?
Jean-Pierre-Chevènement.
Je compatis d'abord à la douleur des familles. Depuis huit ans, les erreurs succèdent aux erreurs. L'administration de George Bush a pollué le dossier afghan dès le départ. D'abord en consacrant l'essentiel de ses forces, 140 000 hommes, à l'invasion de l'Irak et seulement 8 000 en Afghanistan. Et d'autre part en créant les conditions d'un conflit de civilisations. Son concept de «guerre contre la terreur» est beaucoup trop flou. Il confond Al-Qaïda et l'ethnie pachtoune dominante en Afghanistan. Or, Nicolas Sarkozy a cédé à la pression de l'administration américaine. Son alignement l'a conduit à renforcer notre contingent militaire au détriment de notre sécurité globale.

La responsabilité du commandement militaire dans la préparation de cette patrouille est-elle en cause ?
Un général français, le général Stollsteiner, a déploré un excès de confiance. La protection de nos soldats a été gravement déficiente. La clarté doit être faite.

Etes vous favorable au retrait des militaires français ?
Dans l'immédiat, nos troupes devraient être cantonnées dans un rôle d'instruction de l'armée afghane. Notre rôle est seulement d'aider l'Afghanistan à devenir un Etat indépendant. Le désengagement dépend d'une équation plus générale qui inclut le Pakistan aujourd'hui gravement déstabilisé. Ce retrait progressif mérite une concertation internationale approfondie dans le cadre de l'ONU, y compris avec la Russie et la Chine.

Le ministre de la Défense, Hervé Morin, se dit prêt à envoyer des troupes spéciales pour améliorer le renseignement...
Cela signifierait un engagement toujours plus prononcé de la France sur le terrain militaire. Le contraire de ce que je préconise.

Même si, comme le dit Nicolas Sarkozy, cela signifie «laisser les barbares triompher» ?
On n'exporte pas nos valeurs à la pointe des baïonnettes ! On ne fait pas passer l'Afghanistan du Moyen-Age au XXIe siècle à coups de bombes téléguidées. Faut-il rappeler que les Russes, les Britanniques, puis les Soviétiques se sont cassés les dents dans cette partie du monde ? Seul le dialogue des cultures et des civilisations fonctionne. Même si cela exige de la patience.

La gauche doit-elle s'unir sur la question du retrait ?
Sur la base d'un désengagement progressif menée en concertation, la gauche gouvernementale pourrait parler d'une même voix. Pour cela, le PS doit rapidement clarifier sa position.

Lire l'entretien sur le site du Parisien.

Chevènement (MRC) pour une «redéfinition» des objectifs en Afghanistan

Dépêche AFP, mardi 26 août 2008, 15h24.
Chevènement (MRC) pour une «redéfinition» des objectifs en Afghanistan
Jean-Pierre Chevènement, président du MRC, a déclaré mardi à l'AFP qu'il fallait une "redéfinition beaucoup plus claire" du rôle et des objectifs que poursuit la communauté internationale en Afghanistan.

"Il faut une redéfinition beaucoup plus claire des objectifs et du rôle que la communauté internationale peut jouer pour aider l'Afghanistan à exister en tant que pays indépendant", a affirmé l'ancien ministre.

"Il est extrêmement important d'aider les Afghans à reconstruire leur Etat, et de borner le rôle des troupes françaises à un rôle d'instruction des forces afghanes", a jugé M. Chevènement.

Selon lui, "des concertations approfondies de la communauté internationale, qui n'exclueraient personne --ni la Chine, ni la Russie--, sont nécessaires" pour tenter de "stabiliser cette région".

"Avec l'invasion de l'Irak, les Etats-unis ont doublement pollué le dossier afghan", selon lui, "d'abord parce qu'il ont mis en Irak l'essentiel de leurs forces et puis, parce qu'en s'intéressant plus au pétrole qu'à la guerre contre la terreur, ils ont créé les conditions d'un conflit de civilisation".

"L'Afghanistan ne peut pas être isolé du contexte régional, alors qu'au Pakistan la situation se dégrade rapidement", a encore relevé l'ancien ministre.

dimanche 13 juillet 2008

Chevènement: réduction des armées pas «compatible» avec les engagements extérieurs

Dépêche AFP, dimanche 13 juillet 2008, 11h52.
Chevènement: réduction des armées pas «compatible» avec les engagements extérieurs
L'ancien ministre de la Défense Jean-Pierre Chevènement (MRC) juge, dans une interview au Journal du Dimanche, que la diminution prévue des effectifs militaires n'est "guère compatible" avec les engagements extérieurs de la France.

"La réduction annoncée de 54.000 postes pour une armée fortement +dégraissée+ n'est guère compatible avec les multiples engagements extérieurs de notre armée", déclare le président du Mouvement républicain et citoyen.

"On est loin de l'inspiration gaulliste de la défense", estime-t-il par ailleurs. "Un pays qui remet à d'autres - dans le cas qui nous occupe à l'organisation militaire intégrée de l'Otan - le soin de sa défense, abandonne la maîtrise de sa politique étrangère et de son destin", affirme-t-il.

"Je suis très préoccupé par l'abandon du consensus en matière de défense auquel en tant qu'ancien ministre de la Défense, je suis très attaché et auquel j'avais contribué à rallier le PS", relève-t-il.

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Journal du dimanche : «Il faut savoir prendre des risques»

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Journal du dimanche, propos recueillis par Virginie Le Guay, dimanche 13 juillet 2008.
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Journal du dimanche : «Il faut savoir prendre des risques»
Jean-Pierre Chevènement salue la prise de risque de Nicolas Sarkozy, qui a invité Bachar al-Assad à Paris. En revanche, l'ancien ministre de la Défense se montre plus critique quant à la politique menée par le président. Il s'oppose notamment au retour de la France dans l'Otan et s'interroge sur le paradoxe entre la multiplication des opérations extérieures et la réduction des effectifs.

Le journal du dimanche : La venue à Paris de Bachar el-Assad suscite la controverse...
Je ne fais pas partie de ceux qui désapprouvent l'invitation à Paris de Bachar el-Assad. En politique, il faut savoir prendre des risques. En l'occurrence, Nicolas Sarkozy a raison d'en prendre. La Syrie est une pièce stratégique du puzzle du Proche et du Moyen-Orient. Il est utile pour la France d'avoir un contact avec ce pays. Si l'on fait l'Union pour la Méditerranée, il faut le faire avec tous les pays riverains. Sans exception. Mener cette démarche avec des critères uniquement éthiques nous aurait fait courir le risque de nous retrouver dans un cercle plutôt étroit. Et nous aurait conduit à l'impuissance.

L'Union pour la Méditerranée vous parait-elle une bonne initiative?
C'était une bonne idée au départ. Elle est, hélas, largement vidée de son contenu, en raison notamment des exigences de l'Allemagne. Angela Merkel a imposé la présence dans l'Union pour la Méditerranée (UPM) des vingt-sept pays de l'Union européenne et exigé que soit maintenu le cadre du processus de Barcelone. Un cadre très contraignant qui aboutira à ce que tous les dossiers de l'UPM soient instruits en dernier ressort par la Commission européenne. Quand on connaît la lourdeur de fonctionnement et les contraintes de la Commission, qui, à ma connaissance, ne dispose pas de ligne budgétaire supplémentaire, on peut s'interroger sur l'efficacité future de l'UPM. Donner à la Commission le dernier mot revient à priver l'UPM d'une large partie de son autonomie.

Le malaise de l'armée grandit chaque jour. Peut-on parler de divorce entre les militaires et Nicolas Sarkozy?
Il y a évidemment une question de style. Dire aux militaires comme l'a fait le président: "Vous êtes des amateurs", ne me semble pas adroit, c'est le moins qu'on puisse dire. Ce n'est d'ailleurs pas souvent que l'on voit un chef d'état-major de l'armée de terre donner sa démission de façon aussi spectaculaire. Il y a aussi un problème de fond: la réduction annoncée de 54.000 postes pour une armée fortement "dégraissée" n'est guère compatible avec les multiples engagements extérieurs de notre armée. Engagements d'ailleurs très éloignés de nos intérêts nationaux. Je pense au Kosovo et à l'Afghanistan, deux opérations qui se font sous commandement de l'Otan. Il y a aujourd'hui dix-sept opérations militaires extérieures dans lesquelles nos forces sont impliquées. On est loin de l'inspiration gaulliste de notre politique de défense. Un pays qui remet à d'autres, dans le cas qui nous occupe à l'organisation militaire intégrée de l'Otan, le soin de sa défense, abandonne la maîtrise de sa politique étrangère et de son destin. Je suis très préoccupé par l'abandon du consensus en matière de défense auquel en tant qu'ancien ministre de la Défense je suis très attaché et auquel j'avais contribué à rallier le PS. J'étais partisan de la dissuasion nucléaire avant tout le monde. C'est sous mon influence que le PS l'accepta en 1978.

Voir l'entretien sur le site du JDD

mercredi 2 juillet 2008

Mieux que la social-démocratie : la République

Article de Jean-Pierre Chevènement, paru dans la revue "Hors les murs" des anciens élèves de l'ENA, mai 2008.
Mieux que la social-démocratie : la République
La social-démocratie en France n'a pas de réalité organisationnelle.

La République en France plonge ses racines dans l'événement fondateur de la Révolution française.

La relation à la République du mouvement ouvrier naissant au XIXe siècle n'a pas été simple. A deux reprises en effet – en 1848 et en 1871 – la République libérale a pris le visage de la répression. Ce divorce initial s'inscrira durablement dans le paysage institutionnel. La Charte d'Amiens, en 1902, proclamera l'apolitisme, ou en tout cas la réserve des syndicats par rapport aux partis. Dans le même temps, en 1905, l'unification socialiste se réalisera, au sein de la SFIO, sur une base idéologique précise : la synthèse opérée par Jaurès entre l'idée républicaine et la pensée marxiste.

Si Jaurès avait anticipé le rôle des réformes sociales pour combler le fossé entre la classe ouvrière et la République, il faudra attendre le Front Populaire puis la Libération pour réaliser la fusion du mouvement social et de l'idée républicaine. Et cette fusion procède moins de la lutte syndicale que d‘une victoire électorale d'abord, en 1936, et surtout du programme du Conseil National et la Résistance à la Libération. Politique d'abord, cette conception est celle de la République, non celle de la social-démocratie. Celle-ci, en France, n'a pas de réalité, au plan de l'organisation.

Social-démocratie et partage de la valeur ajoutée

L'hégémonie des idées social-démocrates devint manifeste en Europe, tout au long des trente glorieuses, c'est-à-dire dans une période où le rapport des forces à l'échelle mondiale favorisait les intérêts du monde du travail : victoire en 1945 du New-Deal mais aussi du communisme. Les partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe de l'Ouest surent monnayer efficacement la crainte du communisme et leur ralliement à l'atlantisme, en avantages sociaux sonnants et trébuchants au bénéfice du monde du travail. Si on entend par social-démocratie non pas une organisation liant les syndicats et un parti politique comme en Suède, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, mais un partage de la valeur ajoutée favorable aux salariés et au monde du travail, on peut dire que la IVe République aussi bien que le gaullisme et le pompidolisme furent sociaux-démocrates à leur manière.

Ce pacte se défit progressivement à partir du milieu des années 70 et jusqu'au début des années 90 avec le triomphe de la « globalisation : l'ouverture généralisée des marchés sous l'égide du néo-conservatisme libéral anglo-saxon et de l'Hyperpuissance américaine.

Dans ce contexte, le modèle républicain français va être mis à rude épreuve. Sommée par l'Europe de remettre en cause, au nom du principe de la « concurrence libre et non faussée », le compromis social né du programme du CNR, la France donnera toujours l'impression d'être en retard d'une guerre. Ce n'est pas le moindre paradoxe de la période de voir les socialistes au gouvernement présider, à partir de 1983, au grand renversement du partage entre les salaires et les profits. L'intérêt général et l'intérêt du monde du travail semblent diverger, même si la gauche essaie de limiter le creusement des inégalités par la progression de l'assistance sociale (RMI – CMU – APA, etc.).

Face à la mondialisation, la refondation républicaine de la gauche

Quel peut être le rôle de la gauche (on a vu que la social-démocratie, en France, n'existe pas) face à la mondialisation ? Et que reste-t-il du modèle républicain dans une Europe contrainte à s'ouvrir et à subir aussi bien la loi du moins disant social dans les pays à bas coûts salariaux, que l'hégémonie monétaire destructrice du dollar ?

Poser la question c'est y répondre : la République française a accepté par le traité de Lisbonne de ne pas remettre en cause des règles du jeu sociales, commerciales, monétaires, que pourtant le peuple français avait rejetées le 29 mai 2005. Elle est donc prisonnière, pour l'heure, d'un équilibre géopolitique qui fait dépendre des évolutions intérieures allemandes (politiques, syndicales, patronales) une réorientation d'ensemble de la construction européenne qu'impose le développement de la crise financière mondiale.

Ce serait désespérer de la République que de la voir durablement condamnée à l'impuissance. La gauche ne fera pas l'économie d'une refondation républicaine. C'est en se battant contre la domination du capital financier et pour de nouvelles règles du jeu à l'échelle française, européenne et mondiale que la gauche retrouvera de l'espace, jettera les bases d'un nouveau compromis social, favorisant le monde du travail, et s'ancrera à nouveau dans les couches populaires.. Ainsi la gauche aurait grand tort de prendre congé de l'idée républicaine, car c'est dans la conscience civique – en France mais pas seulement – que réside l'espoir d'un nouveau cours.

Le fil de l'Histoire n'a pas été définitivement tranché par la ratification, par voie parlementaire, du traité de Lisbonne. La souveraineté populaire, qui est une autre définition de la République, n'a pas encore dit son dernier mot.

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Voir le sommaire de la revue de l'ENA, dont le dossier est "Quel avenir pour la social-démocratie ?"

dimanche 29 juin 2008

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à La Provence : «Les Irlandais ont parlé pour les autres peuples»

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à La Provence, propos recueillis par Philippe Reinhard, dimanche 29 juin 2008.
Entretien de Jean-Pierre Chevènement à La Provence : «Les Irlandais ont parlé pour les autres peuples»
La Provence : Lors du congrès du MRC, le week-end dernier, vous avez brandi le drapeau irlandais. Y a-t-il vraiment des raisons de se réjouir du non des Irlandais au traité de Lisbonne ?
Jean-Pierre Chevènement :
Le peuple irlandais a parlé pour tous les autres peuples. Au-delà même du traité de Lisbonne, il a contesté le fonctionnement très peu démocratique, pour ne pas dire antidémocratique des institutions européennes. Ni la commission, ni la banque centrale, ni la cour de justice ne rendent de compte à personne. Dans le même temps, les Irlandais ont contesté l'orientation très peu sociale de l'Europe.

Cette critique d'une Union technocratique et antisociale est partagée dans l'Europe entière. Les peuples veulent que l'Europe se fasse avec eux. Ils préfèrent une Europe à géométrie variable. On peut ainsi très bien construire une Europe dotée d'un gouvernement économique au niveau de la zone euro pour créer un espace de relance keynésienne. On peut aussi créer une Europe de la défense à la carte. Le non irlandais traduit une volonté démocratique qui débouche sur une autre conception de l'Europe. On assiste à une remise à plat de la construction européenne que M. Sarkozy avait cru pouvoir éviter avec, hélas, la complaisance d'une majorité des élus socialistes. Mais quand on va contre la volonté des peuples, il y a toujours des accidents.

En saluant la victoire du non irlandais, ne rendez-vous pas encore plus difficile votre rapprochement avec le Parti socialiste, nécessaire à la constitution d'un « parti de toute la gauche » que vous appelez de vos vœux?
Le rapprochement avec le Parti socialiste ne se fera pas à n'importe quelle condition. Il se fera sur la base d'un accord de principe. Et la réorientation de la construction européenne est évidemment à la base de la reconstruction de la gauche.

Ce « parti de toute la gauche », comment et avec qui comptez-vous le construire ?
Ce qui est important d'abord, c'est que l'une des cinq formations qui se réunissent périodiquement au sein du comité de liaison de la gauche – en l'occurrence le MRC – affirme clairement le cap. Dans la perspective de la constitution d'un parti de toute la gauche, le MRC est en mesure de jouer le rôle d'aiguillon et de catalyseur.

À partir de là, nous savons bien qu'il y aura des obstacles à surmonter. Le Parti socialiste est hégémonique à gauche, mais il ne peut pas accéder au pouvoir dans les conditions actuelles. Cela lui fait une belle jambe d'être le parti le plus puissant de la gauche si la gauche est condamnée à demeurer durablement minoritaire. Il faut donc créer un électrochoc qui, comme le congrès d'Epinay de 1971, provoque une dynamique et entraîne des centaines de milliers de sympathisants et fasse basculer l'électorat. Mais cela ne suffit pas ; il faut aussi de clairs repères républicains afin de reconquérir l'appui des couches populaires.

Le « parti de toute la gauche » devra-t-il englober le Parti communiste ?
Concernant le PC, il ne faut pas qu'il s'enferme sur lui-même, sinon, il va courir à de nouvelles déconvenues. Combien plus efficaces seraient les militants communistes, dont chacun connaît la valeur et le dévouement, s'ils pouvaient militer à l'intérieur d'un vaste ensemble de la gauche.

Le 13 juillet, la conférence sur le projet d'union de la Méditerranée se tiendra à Paris. Approuvez-vous cette initiative de Nicolas Sarkozy ?
L'idée en elle-même était bonne. Mais on constate que, pour l'essentiel, l'Allemagne de Madame Merckel a vidé cette union de la Méditerranée de son contenu. Il n'y aura pas de crédits supplémentaires et tous les projets devront être instruits par la commission de Bruxelles. On est retombé de la sorte dans le processus de Barcelone qui s'est soldé par un échec. Nous sommes confrontés à ce que M. Sarkozy a accepté, à savoir à la rupture de l'équilibre fondateur entre la France et l'Allemagne. Après le traité de Lisbonne et en vertu de critères démographiques, la France ne pèsera plus que les ¾ de l'Allemagne. Et l'on voit dès aujourd'hui que l'Allemagne s'octroie un véritable droit de veto sur des initiatives comme celle de l'union de la Méditerranée, qui, en elle-même, était louable.

Etes-vous choqué par la présence à Paris, le 14 juillet, du chef de l'Etat syrien, Béchir Al-Assad ?
Il aurait mieux valu commencer par une formule moins ambitieuse que cette réunion à quarante, et, par exemple, par une formule à 5 + 5, les cinq pays du Maghreb et les cinq pays européens riverains de la rive nord de la Méditerranée. Cela aurait certainement été plus efficace dans un premier temps. Et puis on aurait élargi au Proche-Orient où les problèmes sont loin d'être résolus.

Il ne suffit pas d'une prestation de M. Sarkozy à Jérusalem pour régler le problème de la création de l'Etat palestinien. M. Sarkozy a pris un risque. Maintenant, je ne vais pas le critiquer. Je pratique une opposition constructive. Dès lors qu'il a pris ce risque, je l'approuve.

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Voir l'entretien sur le site de La Provence

lundi 16 juin 2008

Il faut construire l'Europe en respectant les peuples

Tribune de Jean-Pierre Chevènement, Le Figaro, lundi 16 juin 2008. Après le non irlandais au référendum sur le traité de Lisbonne, Jean-Pierre Chevènement revient sur la nécessité de prendre en considération la volonté populaire pour aller plus avant dans l'élaboration de l'Union européenne.
Il faut construire l'Europe en respectant les peuples
Juridiquement, le traité de Lisbonne est mort avec le non irlandais : un traité n'a de valeur que s'il est adopté, dans les mêmes termes, par tous les pays qui l'ont signé. En France et aux Pays-Bas, les gouvernements avaient déjà contourné la volonté populaire en procédant, par un véritable déni de démocratie, à une ratification par voie parlementaire.

Patatras ! Là où le vote par référendum était constitutionnellement nécessaire, en Irlande, le rejet populaire est net. On cherche à minorer le vote irlandais : ce ne serait que 4 millions d'habitants, M. Sarkozy a eu un mot malheureux en parlant «d'incident irlandais». Mais qui peut douter, qu'en France, comme aux Pays-Bas, le résultat aurait été le même si le peuple avait été consulté ? Et qui peut croire que, s'il l'était au Royaume-Uni, en République tchèque, voire en Allemagne, le résultat serait pareillement négatif ?

Les dirigeants européens sont confrontés à la rébellion des peuples contre une construction technocratique et antisociale dans laquelle ils ne se reconnaissent pas. M. Jouyet, dans un premier mouvement dont on sait qu'il est toujours le bon, a déclaré : «Je suis plus que touché : effondré !» M. Barroso délégitime sa fonction de président de la Commission européenne en demandant la poursuite de la procédure de ratification. Il s'arroge un pouvoir qu'aucun traité n'a confié à la Commission. M. Gordon Brown, premier ministre britannique, est pris en flagrant délit de déni de démocratie. Oublié l'engagement de Tony Blair de consulter le peuple britannique par référendum ! Le fossé se creuse ainsi entre les élites dirigeantes «oui-ouistes» et les peuples. M. Sarkozy a oublié tout ce qu'il nous a dit pendant la campagne électorale sur la nécessité d'une Europe qui protège, d'un euro trop cher, et d'une politique de change plus réaliste. Ce mépris du peuple nourrira demain les pires régressions.

Nous sommes engagés dans une dérive gravissime où les peuples ne peuvent que perdre confiance dans ceux qu'ils ont élus. Il est temps de se mettre à leur écoute. Les raisons du fossé qui s'est créé sont simples : il y a d'abord un mécanisme de décision ultratechnocratique ni la Commission européenne, ni la Banque centrale européenne, ni la Cour de justice de l'Union européenne ne rendent de comptes à des représentants élus par les peuples. Le Parlement européen n'exprime aucune volonté générale, c'est un Parlement fantôme, de lui n'émane aucune légitimité.

En second lieu, la construction européenne n'a été, en aucune manière, une barrière protectrice contre une mondialisation libérale qui frappe l'Europe de plein fouet. Il n'y a plus de tarif extérieur commun, les taux de change sont assassins pour l'activité économique. Au nom du principe de la concurrence, on a tué les politiques industrielles. La libéralisation des marchés de l'énergie a eu, pour conséquence, l'envol des prix de l'électricité et du gaz. La sécurité de l'approvisionnement énergétique européen est le cadet des soucis de la Commission, l'intérêt des peuples est foulé aux pieds par ceux dont la mission devrait être de le défendre. Et, pendant ce temps-là, les dogmes usés du libre-échangisme et de la concurrence érigée en fin dernière de toute la société font eau de toutes parts. Même M. Sarkozy reconnaît que le traité de Lisbonne ne peut être d'aucune aide dans la solution des graves problèmes économiques auxquels nous sommes confrontés. La présidence française démarre ainsi complètement à côté de la plaque.

M. Sarkozy est ainsi placé devant un dilemme crucial pour la suite de sa présidence. Ou bien il persiste à se fondre dans la triste cohorte de ses homologues européens ou bien il se souvient de ses mâles discours de campagne électorale, il prend alors le taureau par les cornes, il choisit de porter le débat sur la réorientation de la construction européenne cela ne peut se faire qu'en s'appuyant sur la volonté des peuples. Il faut revoir les statuts de la Banque centrale européenne ou, à tout le moins, rappeler que la politique de change est de la compétence des gouvernements au terme du traité de Maastricht lui-même, disposition totalement oubliée, depuis lors. Il faut assouplir le pacte de stabilité pour organiser une relance à l'échelle de la zone euro, ce qui sera le meilleur moyen d'aider les États-Unis à surmonter leur récession. Il faut bloquer la politique de concession de M. Mandelson, dans la négociation agricole, à l'OMC. Il faut, enfin, redresser les initiatives débiles de la Commission européenne en matière de politique énergétique commune.

Bref, il faut une France qui sache ce qu'elle veut. Pour M. Sarkozy, l'histoire ne repassera pas les plats. Ou bien, il choisira de s'appuyer sur le peuple, ou bien il continuera de le combattre en s'appuyant sur l'establishment européen. Il faut laisser tomber le mauvais traité de Lisbonne qui entérinait la rupture de parité dans les votes au Conseil entre la France et l'Allemagne, parité qui avait permis, jusqu'ici, le progrès équilibré de la construction européenne. Il faut faire avec le traité de Nice, dont ceux qui l'ont signé disent beaucoup de mal mais qui, depuis huit ans, permet quand même de fonctionner. Il faut surtout de l'imagination et la volonté politique de construire une Europe avec les peuples, selon le principe de la géométrie variable. C'est ainsi qu'on réconciliera l'Europe avec la démocratie qui vit dans les nations.

vendredi 13 juin 2008

Le probable «non» irlandais, «un service rendu à l'Europe» (Chevènement)

Dépêche AFP, vendredi 13 juin 2008, 15h57.
Le probable «non» irlandais, «un service rendu à l'Europe» (Chevènement)
Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a estimé vendredi que le probable rejet du Traité de Lisbonne par les Irlandais, selon des projections de la télévision publique, était "un service rendu à l'Europe tout entière".

"Le vote du peuple irlandais revêt une signification profonde : les peuples refusent de se laisser dissoudre dans une Europe à la fois technocratique et antisociale", a affirmé M. Chevènement dans une déclaration à l'AFP.

Adversaire du traité, il a jugé que "le rejet de la Constitution européenne bis est un service rendu à l'Europe tout entière". "C'est aussi un service rendu à la France, dont le poids relatif était affaibli par le Traité de Lisbonne, en rupture avec la parité fondatrice avec l'Allemagne qui avait jusqu'ici permis le progrès équilibré de la construction européenne", a-t-il ajouté.

Selon M. Chevènement, "c'est à partir de la volonté démocratiquement exprimée des nations qu'on doit pouvoir avancer vers une Europe à géométrie variable, fondée sur des coopérations renforcées". "Cela est particulièrement vrai pour le gouvernement économique de la zone euro, mais pourrait l'être aussi dans des domaines comme la politique étrangère et la défense", a précisé l'ancien ministre.

mercredi 11 juin 2008

Sénatoriales dans le Territoire-de-Belfort: Chevènement compte se présenter

Dépêche AFP, mercredi 11 juin 2008, 12h12.
Sénatoriales dans le Territoire-de-Belfort: Chevènement compte se présenter
Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a annoncé mercredi qu'il comptait se présenter aux sénatoriales en septembre prochain.

"J'espère pouvoir avoir un mandat national pour avoir une tribune et faire entendre la voix du Territoire-de-Belfort", a dit l'ancien maire de Belfort à la presse réunie dans le petit village de La Madeleine-Val-des-Anges.

"Au-delà du MRC, je pense être le candidat des femmes et des hommes de progrès et je sais qu'au-delà du Territoire de Belfort, certains trouvent que ma voix manque en France", a-t-il dit.

L'ancien ministre et ex-député (1973-2002) a expliqué qu'il comptait suivre tout particulièrement les dossiers du futur TGV Rhin-Rhône et du développement de l'Université de Franche-Comté.

Rappelant qu'il résidait depuis 37 ans dans le Territoire de Belfort, il a indiqué qu'il serait opposé à l'UMP Robert Creel, conseiller général, au socialiste Yves Ackermann et au sénateur sortant Michel Dreyfus-Schmidt, candidat dissident du PS.

"Les grands électeurs seront les arbitres pour décider qui sera le meilleur sénateur. Je crois qu'il faut sortir des étiquettes", a-t-il encore dit.

Les prochaines élections sénatoriales sont prévues le 21 septembre.

mercredi 4 juin 2008

François Furet, le passé d'une illusion

Intervention de Jean-Pierre Chevènement à l’IUFM de Franche-Comté, mardi 20 mai 2008. L’Histoire de la Révolution française reste un objet chaud, comme l’a montré la commémoration du bicentenaire, en 1989.
Certes, dès 1978, François Furet la déclarait-elle « terminée », depuis qu'à la fin du XIXe siècle, la IIIe République avait été instituée sur des bases solides. Mais l'historiographie de gauche ne partageait pas ce point de vue : qu'elle fut communiste, socialiste, radicale et même mitterrandienne. 1989 fut aussi l'année de la chute du mur de Berlin, deux ans avant celle de l'URSS. Et la tentation était grande de faire de la défaite de la révolution d'octobre 1917, une défaite de la révolution française dans sa phase jacobine et terroriste. Un grand publiciste français dans la mouvance de François Furet déclara ainsi : « Je suis pour la Révolution française, jusqu'aux « Feuillants »».

Dans les années précédentes, le Professeur Ernst Nolte, dont je salue la présence, avait cherché à montrer que le national-socialisme ne pouvait se comprendre dans son époque que comme réplique au bolchevisme. A travers le concept de guerre civile européenne, il européise le national-socialisme en le rattachant au fascisme et même à l'Action française, omettant le fait que celle-ci n'a jamais pu l'emporter en France par la voie électorale, mais seulement de façon d'ailleurs partielle à la faveur d'une défaite et d'une capitulation, auxquelles elle s'était résignée de bon cœur, derrière son maître, Charles Maurras. Ce faisant Ernst Nolte évacue trop vite, à mon sens, la question de la filiation pangermaniste du national-socialisme. Il réduit celui-ci à un antibolchevisme et fait la part trop belle aux émotions bourgeoises et petites-bourgeoises qui pouvaient le faire comprendre, sinon le justifier.

Or il ne serait pas difficile de montrer que les principaux ingrédients du national-socialisme étaient déjà présents dans l'Allemagne d'avant 1914 bien que séparément : pangermanisme, désir de conquêtes quasi coloniales à l'Est de l'Europe perçues comme une légitime compensation à l'éviction de l'Allemagne du partage du monde, racialisme, antisémitisme, etc.

Certes ces éléments étaient séparés avant 1914 et leur cristallisation dans une idéologie totalitaire n'a pu s'opérer qu'à la faveur de la guerre, de la défaite et de l'ardent désir de revanche qui en était né, sans parler de la crise économique du début des années trente, qui éprouva particulièrement l'Allemagne, et fournit l'occasion de l'accession de Hitler au pouvoir.

Le rapprochement du bolchevisme et du national-socialisme peut bien sûr se fonder sur des traits communs mais méconnaît l'enracinement du premier dans une idéologie universaliste, à la différence du second, particularisme exacerbé, au nom de la race.

L'extermination des Juifs et la liquidation des « koulaks » en tant que classe, quelque horribles qu'aient pu en être les formes, ne peuvent être assimilées l'une à l'autre. Et il ne suffit pas d'extraire quelques citations de Zinoviev et de Trotski mettant le terrorisme au service de la Révolution pour établir un pendant convaincant avec l'antisémitisme d'extermination de Hitler, tel que formulé dans son discours du 15 janvier 1939, si ce n'est déjà dans Mein Kampf.

L'assimilation du communisme et du national-socialisme est tentante. Cette thèse, développée par E. Nolte, soutient le livre noir du communisme de Stéphane Courtois mais cette « réductio ad hitlerum », pour parler comme Pierre-André Taguieff, repose sur l'idée que le XXe siècle, de 1917 à 1991, n'aurait été qu'une parenthèse. Elle ne rétablit le temps long de l'Histoire que pour affirmer avec François Furet une filiation directe entre le jacobinisme et le bolchevisme. La thèse d'Ernst Nolte omet de rappeler que la première guerre mondiale a commencé en 1914 et qu'elle conclut ce qu'on a appelé la « première mondialisation ». Cette thèse identifiant les deux totalitarismes est démentie par les conditions tout à fait inédites de l'effondrement du communisme. Celui-ci procède en effet d'une remise en question radicale de ses postulats de base par les dirigeants communistes eux-mêmes.

C'est le ralliement de Gorbatchev aux valeurs universelles et la fin du monopole accordé au PCUS qui ont entraîné la dissociation de l'Etat soviétique. Cette contradiction interne entre les objectifs et la réalité n'existait pas dans le national-socialisme qui se voulait une subversion complète des valeurs judéo-chrétiennes laïcisées qu'on appelle en France les valeurs républicaines et ailleurs les valeurs libérales. Il est vrai que ces deux appellations ne recouvrent pas tout à fait les mêmes réalités conceptuelles. La République, en France, comporte deux ailes : une aile au repos qu'on peut qualifier de libérale, celle qui considère la Révolution comme terminée, et une aile marchante, pour laquelle la Révolution garde une valeur d'annonciation. Ainsi Clemenceau, peu suspect de tendresse pour le bolchevisme, déclarait-il de la Révolution qu'elle était « un bloc » et de la République « une idée toujours neuve ».

Clemenceau se disait anti-collectiviste, mais se réclamait d'un socialisme individualiste, au moins dans la période qui va de 1871 à 1914. Longtemps rejeté du Panthéon de la gauche, tant que celle-ci n'avait pu connaître une expérience longue du pouvoir, en gros jusqu'en 1981, il est aujourd'hui en voie de réhabilitation, comme le montre le livre récent de Michel Winnock. Le combat des historiens est une forme raffinée de guerre civile. Le déroulement des évènements met en valeur tantôt l'une ou l'autre thèse. Après 1991, l'historien américain Francis Fukuyama a proclamé « la fin de l'Histoire » et le triomphe définitif du libéralisme. On a vu, avec l'autonomisation des pays émergents, à la fin de la décennie 1990, avec la crise américaine en 2000, le 11 septembre 2001, et avec l'invasion de l'Irak en 2003, débouchant sur « un clash de civilisations » et sur une crise profonde à la fois de la globalisation et de l'Hyperpuissance qui la soutient, que la thèse d'Huntington était plus opératoire que celle de Fukuyama.

Le retour de la Russie n'a rien à voir avec celui de l'URSS mais la Russie actuelle est loin de disqualifier entièrement l'héritage soviétique. A certains égards l'analyse de l'historien américain Moshe Lewin sur « le siècle soviétique » permet de séparer le bon grain de l'ivraie dans une histoire qui a duré quand même soixante-treize ans. Il y a une nostalgie de la social-démocratie d'Etat que Poutine cherche à satisfaire. Chaque pays dans son histoire a connu une période de violence révolutionnaire comme l'Angleterre au XVIIe siècle, la France au XVIIIe et XIXe siècles, et la Russie au XXe, ou contre-révolutionnaire comme l'Allemagne de 1933 à 1945, ou les deux comme l'Italie, du Risorgimento au fascisme.

*

L'idée d'égalité ne s'est pas imposée facilement dans l'Histoire humaine parce qu'elle est contraire à l'apparence. L'idée de différence est beaucoup plus accessible et potentiellement plus dangereuse. Si l'égalité des citoyens existait dans la cité grecque ou dans la République romaine, elle laissait de côté les métèques et les esclaves. C'est le christianisme qui a donné à l'idée de l'égalité cette force propulsive universelle qui existe aussi dans l'Islam, mais l'égalité des musulmans ne vaut que dans « l'Oumma » alors que c'est la Révolution française qui a laïcisé l'idée chrétienne en disposant que tous les Hommes, partout, naissent libres et égaux en droit.

Par définition, l'égalité est toujours à réaliser, même si on ne parle que de l'égalité en droit. Les conditions de départ n'étant pas les mêmes pour les uns et pour les autres, des mesures correctrices s'imposent même, s'il doit être établi que chacun doit pouvoir aller au bout de toutes ses capacités. C'est ce que j'avais appelé en 1984 « l'élitisme républicain », qui ne faisait au fond que reprendre le mot d'ordre de Paul Langevin s'agissant des missions de l'Ecole : « assurer la promotion de tous et la sélection des meilleurs ».

Cette conception de l'égalité s'oppose bien évidemment à l'égalitarisme niveleur et à l'idéologie de la communauté éducative dite pédagogiste qui voudrait empêcher les uns de progresser de manière à ne pas faire sentir aux autres leur retard. Cette conception de l'éducation n'a évidemment rien à voir avec l'idéal républicain des Lumières. Elle lui tourne le dos en proclamant plus désirable l'égalité dans l'obscurantisme que les lumières offertes à tous.

Je ne suis pas si loin de mon sujet qu'il apparaît : La Révolution française s'est heurtée dès le départ à une pensée contre-révolutionnaire organisée : Burke et Maistre. La Révolution française ne s'est pas arrêtée avec le triomphe des Républicains en 1877-1881. La conquête de la République sociale restait à réaliser. Tel était le sens de la synthèse jaurésienne, de l'« histoire socialiste de la Révolution française » et de sa définition du socialisme comme « la République accomplie jusqu'au bout ». La révolution d'octobre et l'Union soviétique ont éclipsé pendant le court XXe siècle la force de l'idée républicaine, telle que l'a décrite et illustrée Claude Nicolet. Celle-ci est cependant restée vivante dans la gauche socialiste et radicale et dans le gaullisme. C'est à partir du milieu des années 1970 que se développe la contre-offensive des idées dites libérales, mais en réalité contre-révolutionnaires – car elles allaient bien au-delà d'une critique du communisme et renouaient avec une critique beaucoup plus ancienne de la Révolution française. On ne peut abstraire ce moment idéologique de la victoire du courant néo-conservateur et libéral dans le monde anglo-saxon et de la « globalisation » subséquente. Soljenitsyne, François Furet, Ernst Nolte pour ne pas parler des pseudos « nouveaux philosophes » en France ou des publicistes néo-conservateurs aux Etats-Unis appartiennent à un moment idéologique aujourd'hui en voie de dépassement. Car l'Histoire continue. La globalisation financière est entrée en crise. Le programme de néo-conservatisme libéral comme retour à un monde d'avant 1914 que l'histoire n'aurait jamais dû quitter apparaît comme une illusion.

La seconde mondialisation, sous égide américaine, révèle sa fragilité. L'avènement d'un monde multipolaire, gros de tensions, semble inévitable. Dans ce contexte la lutte pour l'égalité entre puissances installées et puissances émergentes, élites mondialisées et couches populaires assignées au local n'a nullement perdu de son acuité. De nouveaux équilibres et de nouvelles règles du jeu doivent être trouvés.

Le XXe siècle a ébranlé en profondeur la domination de l'Occident sur le monde. Dans la fin des empires coloniaux européens et dans l'avènement du communisme en Chine, l'URSS a joué un rôle déterminant. Vu de ce qu'on appelait autrefois le Tiers-monde, notre court vingtième siècle ne s'est pas borné à l'affrontement de deux totalitarismes.

La victoire de l'URSS en 1945 a déplacé très sensiblement le rapport des forces sociales et politiques dans le monde entier. La classe ouvrière d'Europe occidentale en a d'ailleurs bénéficié, elle aussi, de 1945 à 1974 car elle a pu négocier le Welfare State grâce à la peur du communisme. Après le cycle du New-Deal, celui des trente glorieuses est venu un autre cycle, celui du néo conservatisme libéral et de la globalisation financière. Moins de vingt ans séparent la chute de Saïgon en 1975 et la chute de l'URSS en 1991. Mais il est probable que nous apercevons les prémices de la fin de ce cycle, dont la philosophie, à la différence du précédent, était et reste imprégnée de valeurs inégalitaires.

Au fond, c'est bien de l'égalité qu'il s'agit et des valeurs que l'Ecole a pour rôle de transmettre. Dans l'héritage de la Révolution française, la valeur d'égalité est centrale, même si elle ne doit pas être confondue avec ses déviations égalitaristes. Je ne souhaite pas pour ma part que la critique abusive de deux Révolutions injustement confondues, aboutisse à miner les croyances qui sous-tendent l'Ecole républicaine car on n'enseigne que ce à quoi on croit, comme l'a souligné avec force Hannah Arendt dans « Crise de la culture ». L'Histoire a certes toujours besoin d'être revisitée et je suis pour la liberté de la recherche dans ce domaine comme dans tous les autres, mais ce qu'on appelle révisionnisme au sens d'entreprise généralisée de remise en cause des valeurs nées de la Révolution française, doit trouver sa limite dans la résistance des valeurs républicaines que les enseignants, depuis Jules Ferry, ont la charge de faire vivre. De l'interprétation de l'Histoire depuis 1789 découle bien évidemment une conception de l'Ecole.

François Furet, Ernst Nolte ont certes nourri le débat d'idées au tournant des années quatre-vingt. Mais qui dit débat dit forcément contradiction. Ce ne serait pas servir l'Ecole de la République que d'étouffer cette contradiction motrice. Je suis sûr que l'IUFM de Franche-Comté saura replacer cette controverse dans le cadre d'une réflexion philosophique et historique approfondie avec le souci de demeurer fidèle aux valeurs que les Pères fondateurs de l'Ecole républicaine lui ont donné mission de transmettre.


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Annexes


I.
Je ne résiste pas au plaisir d'une citation :

(Préface au « Siècle de l'avènement républicain » - 1983 Gallimard)
François Furet et M. Ozouf, présentent une histoire de nos Républiques et concluent :

« Il arrive pourtant à nouveau qu'on use du mot République comme d'un mot-programme, d'un mot combat supposé réveiller et galvaniser les énergies. Se dire républicain, c'est alors bien plus que donner son assentiment au régime … C'est dans un monde hédoniste, individualiste, menacé d'engourdissement civique et de platitude, manifester son attachement à un modèle de participation politique et d'intégrité morale que diffusait l'Ecole des hussards noirs et faire fond à nouveau sur une pédagogie délibérément normative. C'est célébrer la communion sociale et poursuivre la critique du libéralisme si centrale dans la politique française ».

Il ajoute, il est vrai :

« C'est au moment où s'éteint la culture révolutionnaire, tenter d'en tisonner encore les centres. Car l'idée républicaine, autrefois considérée comme tout juste bonne à asseoir et à camoufler la domination bourgeoise, symbole même du passé à dépasser par l'idée socialiste paraît en préparer aujourd'hui l'avenir

Ironie de l'histoire …
Ignorance de l'Histoire, tant les valeurs invoquées s'alimentent à une représentation largement imaginaire de la IIIe République. On peut enfin douter des chances de succès d'une idée si visiblement défensive et substitutive. Mais dans ces textes neufs de l'idée républicaine, on retrouve toujours une vieille étoffe : l'idée de Révolution qui, même discréditée, même vaincue, continue de mettre sur l'idée républicaine en France une marque inimitable ».

Mes observations :
1. Qui disait la Révolution comme discréditée, vaincue ? F. Furet et M. Ozouf
2. Tous deux méconnaissent l'exigence républicaine, présente chez les Pères fondateurs même sous la Ve République avec le général de Ga ulle, présente chez Mendès-France et encore aujourd'hui chez d'autres.
3. Il est vrai que l'idée républicaine telle que je l'ai conçue correspondait dans les années soixante-dix à une stratégie gramscienne : gagner à la gauche du PCG (socialistes et communistes) les « autres » et d'abord les gaullistes. Puis au fil du temps elle est devenue une exigence opposée à l'opportunisme de la gauche, en ce sens seulement « défensive ».


II.

Alain Joxe montre que dans le peuple russe après 1991, adepte d'une stratégie à la Koutousof, il demeure une nostalgie de la social-démocratie d'Etat que lui assurait le régime soviétique et que Poutine va peu à peu et partiellement reconstituer grâce au rétablissement de l'économie à partir de l'an 2000.

Nostalgie aussi sans doute de la grandeur russe, et du respect que le monde éprouvait vis-à-vis de l'URSS. Poutine ne peut reconstituer la puissance de l'URSS encore moins l'URSS mais il peut refaire de la Russie une grande nation respectée et ayant retrouvé le sens de sa dignité.

En ce sens le peuple russe n'est pas dans la situation du peuple allemand qui doit annuler l'épisode national-socialiste, comme s'il n'avait pas existé. Le peuple russe peut « traiter » sa révolution, en faire une partie de sa mémoire, trier le bon grain de l'ivraie. Le PC de Russie reste la deuxième force politique avec 17 % des voix. Le peuple russe reste avec la Révolution d'Octobre dans un rapport beaucoup plus proche de la manière dont la France au XIXe siècle a traité la Révolution française.

Le socialisme a été une illusion, mais il a été aussi une réalité : sinon un raccourci du moins une méthode d'industrialisation, d'urbanisation, d'accès à la modernité (Raymond Aron – Charles Morazé).

L'idée d'un peuple tirant de ses propres forces la capacité de transformer sa société au prix de souffrances inhumaines mais qui se sépare de son régime non pas sans douleur car la décennie Eltsine sera terrible mais presque sans effusion de sang (si on excepte l'affaire tchétchène).

Vers la réconciliation des deux grands peuples européens que sont le peuple allemand et le peuple russe, réconciliation qui ne peut se faire en renvoyant dos à dos l'utopie communiste et la folie de conquête et de domination, au nom de la race, du national-socialisme. Cette réconciliation ne peut se faire, selon moi, que sur une base socialiste ou social-démocrate (critique de la révolution bolchevique comme aventuriste, méconnaissant la réalité du sous-développement économique et social de la Russie mais rejet absolu du national-socialisme (ce qui ne signifie pas du peuple allemand).


III.

Il y a quelque chose d'émouvant chez Ernst Nolte et à certains égards de bien compréhensible, la souffrance que peut éprouver un Allemand à devoir supporter l'assimilation de l'Allemagne au national-socialisme.

Sans doute une partie des forces politiques allemandes peut-être exonérée des crimes du nazisme : les partis de gauche et même le Zentrum .

Mais la droite dite nationale, en fait nationaliste, même si elle a, sur la fin, répudié le nazisme (Stauffenberg) porte comme une tunique de Nessus d'avoir appelé Hitler au pouvoir.

Quand au peuple allemand, ses vertus même ont été détournées au service du mal, ce qui l'interpelle encore aujourd'hui sur les valeurs dont il se sent, et à juste titre, historiquement porteur.

L'enracinement du national-socialisme dans l'Histoire allemande n'est sans doute pas le déterminant unique du national-socialisme mais il en est le principal :
-Idéologie völkisch
-Antisémitisme
-Pangermanisme

Ajoutons que la guerre de 1914-1918 a agi comme facteur de « brutalisation » (George Mosse)

Mais le peuple allemand ne saurait être identifié au national-socialisme.

vendredi 25 avril 2008

Nicolas Sarkozy : le renoncement face à la mondialisation libérale

Le Président de la République a complètement abandonné l’'idée qu'’avant d'’adapter la France à une mondialisation dont il reconnaît lui-même le caractère déraisonnable, en évoquant un quadruple choc (du dollar, des subrpimes, du pétrole et des matières premières), il fallait changer les règles du jeu : prendre les moyens de lutter contre l'’euro cher, protéger l'’Europe contre des concurrences déloyales, mettre en oeuvre des politiques industrielles audacieuses.
Le Président de la République, en quittant la posture de l'indépendance nationale, a renoncé à parler clair sur le dollar aux Etats-Unis et sur le yuan à la Chine. En faisant approuver le calamiteux traité de Lisbonne, pour les beaux yeux de Mme Merkel, il a renoncé à réorienter la construction européenne dans un sens plus conforme aux intérêts de la France.

C'est toute la partie volontariste de son programme électoral, celle que lui avait souflée Henri Guano, qui tombe à l'eau. Prendre les agences de notation comme boucs émissaires de ce renconcement relève d'une dérobade assez comique. « Notre capitalisme », explique le Président de la République, n'est pas moral. La belle découverte ! Et que nous propose Nicolas Sarkozy ? « Nous sommes dans un contexte international défavorable : raison de plus pour accélerer ». Le changement se réduit à 55 réformes visant à durcir la concurrence. Les renards apprécieront. Le poulailler, lui, a compris à quelle sauce il allait être mangé.

Quant au Président de la République, plus il accélerera, et plus il créera un fossé d'incompréhension entre lui même et l'opinion publique. Celle-ci ne peut comprendre le langage de l'adaptation passive à une mondialisation libérale désormais entrée en crise.

mercredi 23 avril 2008

Un grand parti de gauche pour un New Deal

Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans l'édition du Monde du 24 avril 2008. L'électrochoc dont a besoin le Parti socialiste pour se reconstruire et l'emporter passe par une critique approfondie du capitalisme.
Un grand parti de gauche pour un New Deal
Certains, à gauche, comptent sur la puissance du rejet du pouvoir en place : il suffirait, à leurs yeux, que le Parti socialiste désigne demain un candidat crédible, en cohérence avec le projet social-libéral qu'il porte depuis 1983, éventuellement corrigé à la marge. Pour d'autres, les trois échecs successifs du candidat socialiste à l'élection présidentielle (1995, 2002, 2007) ne sont pas l'effet du hasard, mais la conséquence d'une rupture profonde avec les couches populaires que Ségolène Royal n'a comblé qu'en partie en 2007.

La reconquête de l'électorat populaire n'est pas possible à partir de l'existant. Elle passe par l'organisation d'un électrochoc puissant, débouchant sur la création d'un grand parti de toute la gauche, à condition bien entendu qu'il porte un projet à la hauteur des défis de la crise qui vient. Le mouvement socialiste, depuis les origines, n'a jamais fait l'économie d'une critique du capitalisme de son temps. La refondation de la gauche aujourd'hui ne peut davantage faire l'économie d'une critique approfondie de la globalisation.

Succédant à l'ère du New Deal (1945-1979), la globalisation libérale, voulue de longue date par les Etats-Unis, n'est pas qu'un phénomène économique - l'ouverture généralisée des marchés -, elle est aussi politique : elle ne marche qu'avec l'hégémonie des Etats-Unis, qui ont imposé le dollar comme monnaie mondiale et contrôlent, à travers leurs multinationales, l'essentiel des flux de richesses et notamment de matières premières. La globalisation, à travers la libération des mouvements de capitaux, a débouché sur la domination sans partage du capital financier. La crise financière actuelle trouve son origine dans le surendettement des ménages américains et dans les dérives de la sphère financière.

En réalité, les Etats-Unis n'ont plus les moyens de dominer seuls le monde. Leur politique de fuite en avant dans l'endettement intérieur et extérieur aussi bien qu'en politique étrangère, avec l'invasion de l'Irak, rencontre ses limites. La chute du dollar et l'enlisement militaire au Moyen-Orient rendent manifeste la "surextension impériale", dont l'historien Paul Kennedy avait eu l'intuition dès 1987. Les Etats-Unis cherchent en Europe des supplétifs, mais rien ne saurait enrayer la marche vers un monde multipolaire, avec la montée des grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil, etc.) et le retour de la Russie.

La seule question qui se pose est de savoir si nous prétendons contrarier cette évolution en nous mettant, au nom d'un "occidentalocentrisme" à courte vue, à la remorque de la politique néoconservatrice américaine, au risque de tensions et de conflits multipliés, ou si, au contraire, nous voulons que la France et l'Europe tiennent leur rôle pour faire prévaloir le dialogue des cultures et l'autorité du droit international sans lequel il ne peut y avoir de paix durable dans ce monde multipolaire. Ce choix est crucial. Il ordonne toute la politique française. Il n'est pas moins décisif pour la réussite d'un processus de refondation de toute la gauche.

Celle-ci, en effet, doit s'appuyer sur la crise de la globalisation financière pour dessiner les contours du monde nouveau. Les institutions internationales, qui sont au coeur de la globalisation (FMI, OMC), sont en pleine crise : le FMI, contrôlé en fait par les Etats-Unis qui y disposent d'un droit de veto, est frappé d'impuissance et personne n'imagine plus qu'une relance de la croissance puisse résulter d'une nouvelle libéralisation du commerce international. Les pays les plus libéraux aujourd'hui n'hésitent plus à recourir à l'intervention publique, comme si les nationalisations redevenaient légitimes, dès lors qu'il ne s'agit plus que de nationaliser des pertes.

La grande crise qui vient amènera un réexamen critique de tous les postulats libéraux (libre-échangisme, effacement de l'Etat, rejet des politiques industrielles au nom de la "concurrence"). Les règles de l'organisation monétaire et du commerce international sont à revoir. Un grand parti de toute la gauche, en France, doit se donner pour visée l'organisation d'un nouveau New Deal à l'échelle mondiale. Cette nouvelle donne monétaire, sociale, environnementale, implique la réunion de grandes conférences internationales entre pays industrialisés et pays émergents. Encore faut-il pour cela qu'une volonté politique s'exprime. Sinon à quoi servirait la gauche ? Et à quoi servirait la France ?

C'est cette visée qui donnera toute sa puissance et sa légitimité à l'effort de conviction que la gauche devra déployer aussi bien en France vis-à-vis du monde du travail qu'au plan international vers les formations progressistes et vers les pays émergents. C'est ainsi que la gauche française pourra donner une juste perspective aux luttes sociales, particulièrement en ce qui concerne les délocalisations et la préservation, en France et en Europe, d'un tissu productif moderne. La gauche française doit construire autour d'elle une vaste "alliance des productifs".

Les institutions européennes auront à se réformer au feu de la crise. Le recentrage de l'Allemagne sur l'Europe, auquel nous devons contribuer, sera déterminant. Pour maintenir le tissu industriel, l'Etat ne devra se priver d'aucun moyen. Cette nouvelle donne suppose que la gauche française se réapproprie la tradition généreuse de Jaurès qui n'a jamais opposé l'internationalisme et la nation.

Ainsi, c'est à travers la conscience d'une tâche historique exceptionnelle qu'on relèvera la gauche. Je suis convaincu que l'organisation, dans tout le pays, de "forums de l'unité", dès lors que seront abordés les débats de fond, permettra d'attirer des milliers de sympathisants aujourd'hui encore sur le reculoir. Nous créerons ainsi un mouvement irrésistible vers cet "événement-électrochoc" que serait une nouvelle refondation de la gauche, à l'image de celles qui, de 1905 à 1971, ont rythmé son histoire.

Un tel parti doit s'ouvrir à toutes les sensibilités. En effet, un "parti révolutionnaire" dressé contre un parti "social-libéral" ouvrirait un boulevard à la droite. Les communistes, dont l'histoire a eu sa grandeur, trouveront mieux qu'un rôle d'appoint au PS dans la création d'un grand parti de toute la gauche. L'expérience montre que le dialogue entre des sensibilités radicales, voire utopiques, et des sensibilités plus gestionnaires peut être fécond au sein d'une même organisation.

Une phase intérimaire de type fédéral ou confédéral entre les parties constitutives est peut-être inévitable, mais le temps presse. Les échéances sont proches. Ne sous-estimons pas les capacités de rebond de Nicolas Sarkozy. Créons, pendant qu'il en est temps, l'élan nécessaire. Construisons une véritable alternative en prenant appui sur les intérêts indissociables de la France et du monde du travail.

vendredi 11 avril 2008

La France doit-elle revenir dans l'Otan ?

Entretien de Jean-Pierre Chevènement avec Pierre Lelouche, propos recueillis par Patrice de Méritens, Le Figaro Magazine, samedi 12 avril 2008.
« C'est l'arrêt de l'antiaméricanisme comme carte de visite de la France », observe Pierre Lellouche. « Mais il faut d'abord être indépendant pour se faire respecter », lui répond Jean-Pierre Chevènement.

Le Figaro Magazine - La présence renforcée de la France en Afghanistan ne constitue-t-elle pas un signal fort pour un retour accéléré au sein de l'Otan en 2009 ?

Pierre Lellouche -
Si de Gaulle nous a fait sortir en 1966 du commandement intégré, c'était pour éviter de voir la France entraînée dans des situations d'escalade de guerre nucléaire que nous n'aurions pas pu contrôler, ou de conflits - comme le Vietnam, par exemple - que nous n'aurions pas souhaités. Cela dit, la France est toujours demeurée membre de l'Alliance. Depuis, le monde a changé, le mur de Berlin est tombé, et l'Alliance est désormais le plus souvent utilisée comme bras armé de l'ONU, des Balkans à l'Afghanistan. Nous réintégrons donc une autre alliance dans une configuration stratégique différente. Le premier sens à donner à ce geste est symbolique : l'arrêt de l'antiaméricanisme comme carte de visite de la France. Mais au-delà, l'ambition du président de la République est d'imaginer une alliance équilibrée entre deux pôles, l'un américano-canadien, l'autre le pôle européen de la défense. Or, l'Histoire du demi-siècle écoulé montre que nous ne réussirons pas, nous Français, à impulser une défense européenne digne de ce nom contre les Etats-Unis. Elle ne peut se faire qu'en complémentarité. La nouveauté de Bucarest a été de l'affirmer tant du côté français et européen qu'américain. A Nicolas Sarkozy d'impulser cette dynamique lors de sa présidence de l'Europe. Si les deux conditions sont réunies : défense européenne d'un côté, signal fort des Américains de la part du successeur de George Bush, alors le donnant-donnant se réalisera au prochain sommet de l'Alliance, en 2009. Les intentions sont là. Cela étant, je le dis avec prudence...

Jean-Pierre Chevènement - Et vous faites bien car, compte tenu du texte du traité de Lisbonne, on se demande ce qui peut rester de la défense européenne étroitement asservie à l'Otan : une alouette, un cheval ! A la limite, l'Otan voudra bien sous-traiter à une pseudo-défense européenne quelques obscures missions de maintien de la paix en Iturie, au nord-est de la République démocratique du Congo, ou bien encore au Kosovo, tandis qu'on nous demandera de renforcer nos effectifs en Afghanistan pour soulager les Américains concentrés ailleurs, sur l'Irak aujourd'hui, sur l'Iran demain. Enlisement garanti.

Nous ne sommes plus à l'époque de la guerre froide. Les menaces ont changé : elles ne sont plus principalement militaires mais démographiques et économiques. Nous entrons dans un monde multipolaire avec la montée fulgurante de la Chine, de l'Inde, du Brésil, des puissances nouvelles comme l'Iran, l'Afrique du Sud, sans oublier le retour de la Russie. Nous ne sommes pas à la fin de l'Histoire. N'oublions jamais que la défense doit servir avant tout à protéger nos intérêts nationaux. Or nous ne devons pas nous laisser entraîner dans des guerres qui ne sont pas les nôtres, à la remorque d'une hyper-puissance américaine qui cherche des supplétifs pour essayer de maintenir une domination mondiale dont elle n'a plus les moyens, au Moyen-Orient et en Asie centrale par exemple, pour contrôler les ressources énergétiques, ou en Ukraine pour refouler la Russie. D'où ces élargissements à l'est dans lesquels l'intérêt de la France ne trouve nullement son compte. La Russie est un grand pays européen, nous aurions plutôt intérêt à la détacher de l'Asie plutôt que d'aller la chercher à Sébastopol... Que le sommet de l'Otan à Bucarest ait confié aux ministres des Affaires étrangères le soin de se prononcer sur l'extension de l'Otan à la Géorgie et surtout à l'Ukraine, à la fin de l'année, me paraît très inquiétant.

Pierre Lellouche - Un mot sur ce dernier point : l'Ukraine n'est pas prête aujourd'hui à entrer dans l'Otan parce que son opinion publique est très divisée, au contraire de celle de la Géorgie, tout à fait favorable à l'Alliance. Malheureusement, à Bucarest, nous avons donné aux Russes un signal équivalant à une sorte d'autorisation de veto préventif sur ces deux pays, alors qu'il faut précisément les laisser décider de leur avenir...

Mais j'en viens aux rapports avec les Etats-Unis. Il est évident que si l'Alliance atlantique ne devait servir que de supplétif au messianisme botté d'un George Bush, il y aurait problème. Mais si l'on pense au contraire que nous allons vers un monde plus complexe, où l'Amérique comprend qu'elle ne contrôle plus le jeu toute seule - l'Irak en a administré la preuve -, qu'elle aura besoin d'alliés, alors elle traitera d'égal à égal, et les décisions seront prises en commun. Bush termine son second mandat sur cette note. Reste à savoir si son successeur continuera. Compte tenu du traité de Lisbonne, vous estimez qu'il est impossible que l'Europe ait un quelconque poids, mais en l'occurrence, le problème est moins ledit traité que les budgets de défense. Les 28 pèsent à eux tous moins de 40 % du budget américain. Que Nicolas Sarkozy ait - peut-être un peu rapidement - annoncé l'éventuelle réintégration de la France au sein de l'Otan est sans doute une bonne chose, mais il serait encore mieux d'impulser une série d'initiatives fédératrices durant la présidence française, comme par exemple un critère de convergence de dépenses militaires autour de deux points du PIB. Si certains dépensent 0,8 % et d'autres plus de 2 % à l'intérieur de la même zone économique et monétaire, le jeu n'est évidemment pas égal. Nous avons six puissances majeures au sein de l'Union. Mettre 10 000 hommes pour chacune, en vue d'aboutir à une mini-armée européenne de 60 000 hommes disponibles en cas de crise, ne serait pas le bout du monde pour un continent qui compte 450 millions d'habitants. Il faut également une politique commune en matière d'industries d'armements et de défense antimissile, plutôt que de laisser les Américains dominer ce débat... Si d'un côté l'Europe a du poids et que l'Amérique est capable d'écouter, alors cette alliance aura du sens.

Jean-Pierre Chevènement - L'expérience montre qu'il faut d'abord être indépendant pour se faire respecter. Il ne faut pas être naïf. M. Sarkozy a déclaré : plus on est amis avec les Etats-Unis, plus on est indépendants.

Pierre Lellouche - Je dirai pour ma part que plus on est amis, plus on peut peser sur eux ! Si tel est le cas, alors la France sera plus forte.

Jean-Pierre Chevènement - L'Europe de la défense ne sera jamais qu'un petit appendice de la défense américaine dans le cadre de l'Otan.

Pierre Lellouche - Forcément, vous êtes antieuropéen ! On attend toujours votre « plan B » !

Jean-Pierre Chevènement - Contrairement à ce que vous pensez, j'ai fait beaucoup d'efforts pour donner un contenu à l'identité européenne de défense, en créant notamment la brigade franco-allemande à la fin des années 80. Mais ni l'Allemagne ni la Grande-Bretagne ne veulent d'une défense européenne indépendante qui permettrait à l'Europe d'exister dans le monde multipolaire de demain. La France ne pourra pas conserver une voix audible à travers une défense européenne confinée à des tâches de sous-traitance. La défense est faite pour soutenir la diplomatie ! Une défense complètement intégrée à celle de l'Amérique sonnerait le glas de notre indépendance, de notre influence, de notre capacité de médiation. Il est de l'intérêt de la France et du monde qu'au sein de l'Occident on n'entende pas que la seule voix des Etats-Unis. Qu'il puisse y avoir un avis modéré, sensé, comme cela fut le cas durant la guerre du Vietnam, ou au moment de l'invasion de l'Irak. Que, sur le Proche-Orient, la France puisse favoriser de manière originale une solution de paix qui n'a que trop tardé. Le virage atlantiste de Nicolas Sarkozy m'apparaît donc comme lourd de dangers.

Pierre Lellouche - Je réfute l'idée d'un partage manichéen de la France en deux camps, d'un côté les antieuropéens soi-disant partisans de l'indépendance nationale, de l'autre les « mauvais Français », prêts à brader notre liberté pour s'aligner derrière les Allemands ou les Américains. Notre outil de défense est au service d'abord de la sécurité des Français ; l'Europe comme l'Alliance sont dans notre intérêt national.

Jean-Pierre Chevènement - Eh bien, là-dessus, d'accord ! Il faut que l'intérêt national gouverne tout cela.

jeudi 10 avril 2008

Chevènement exclut un «retour» au PS, veut un grand parti de toute la gauche

Dépêche AFP, jeudi 10 avril 2008, 16h52.
Chevènement exclut un «retour» au PS, veut un grand parti de toute la gauche
Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a affirmé jeudi qu'il excluait un "retour" au PS mais souhaitait la création d'"un grand parti de toute la gauche" avant 2010, pour "gagner" la présidentielle de 2012.

"J'exclus le retour au Parti socialiste, mais je n'exclus pas la participation du MRC dans un grand Congrès de refondation de toute la gauche avec ceux qui voudront venir", a dit l'ancien ministre sur France 24.

Il a invité notamment les communistes à se joindre à cette démarche, estimant qu'ils pourront "mieux employer leur énergie dans un grand parti de toute la gauche que dans un parti devenu à certains égards résiduels".

Ce grand parti devrait se préparer, selon lui, par "des forums de l'unité ou peut-être des assises". Il s'agit "avant 2010 au plus tard" de créer cet "électrochoc" et "cet élan qui permettra de gagner en 2012".

Il a regretté que le PS soit "déchiré aujourd'hui par des querelles de personnes". "L'effort d'élaboration du projet doit prendre le pas sur la concurrence des égos", a-t-il dit.

Proche de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, l'ancien ministre a critiqué la récente "consultation participative" lancée par l'ex-candidate: "Je souhaite qu'elle sorte de la phase participative où elle est à nouveau entrée, pour faire une politique de l'offre et dire très clairement aux Français où elle veut les conduire".

M. Chevènement a confirmé qu'il allait "prendre en main la direction effective" de son parti à son Congrès de juin qui devrait avaliser la nouvelle stratégie. Le Parti socialiste, de son côté, s'était déclaré d'accord pour une "accélération du travail commun à gauche".

dimanche 6 avril 2008

Le MRC souhaite «la création d'un grand parti de toute la gauche»

Dépêche AFP, dimanche 6 avril, 18h56.
Le MRC souhaite «la création d'un grand parti de toute la gauche»
Jean-Pierre Chevènement pourrait reprendre en juin la présidence exécutive du Mouvement républicain et citoyen (MRC), qui souhaite aujourd'hui "la création d'un grand parti de toute la gauche", a-t-on appris auprès du parti dimanche, à l'issue d'un conseil national.

Selon un communiqué du MRC, le conseil national s'est "félicité de la disponibilité de Jean-Pierre Chevènement (actuellement président d'honneur du MRC) à reprendre la présidence active du MRC à l'issue du congrès de juin".

Le conseil national a également "manifesté" dans un texte d'orientation "la volonté du MRC de s'inscrire dans un processus de refondation républicaine par la création d'un grand parti de toute la gauche".

"Cette refondation ne saurait en aucun cas être confondue avec une adhésion au PS. Il s'agit de créer un électrochoc pour rassembler toutes les sensibilités, attirer les nouvelles générations et ancrer la gauche dans le peuple", selon le parti.

Le MRC "offre à la gauche un projet républicain, comportant notamment la possibilité de nationalisations partielles ou totales, pour préserver le tissu productif", précise-t-on de même source.

Un projet républicain plus que jamais d'actualité

Projet du Mouvement Républicain et Citoyen, dimanche 6 avril 2008.
Un projet républicain plus que jamais d'actualité
1 - EN FRANCE


1-1 – La République relevée


La souveraineté, la démocratie, la loi

Refonder les institutions européennes sur la démocratie, c'est la refonder sur les souverainetés nationales qui sont inaliénables. Cela n'exclut nullement des transferts de compétences, des compétences exercées en commun, mais à condition que celles-ci soient démocratiquement contrôlées.

Les droits de l'homme sont indissociables de ceux du citoyen, qui constitue une parcelle du souverain ; ils sont donc liés à la souveraineté nationale. Le « droitdel'hommisme » qui veut l'ignorer, et qui d'ailleurs s'évanouit à l'exercice du pouvoir, est une tromperie.

En République, le citoyen n'a qu'un maître : la loi, qui doit être égale pour tous. Il est urgent de simplifier la loi, de mettre un terme à la prolifération réglementaire, nationale comme européenne. Prendre le citoyen au sérieux c'est garantir la clarté et la lisibilité de la loi.

Le renouveau de l'Etat

L'Etat est l'instrument par lequel le bien commun s'affirme par dessus les intérêts particuliers. Pour réformer l'Etat, il faut clairement fixer ses tâches : fonctions régaliennes, fonctions anticipatrices, fonctions de stratège et missions d'intérêt public : transports, énergie, recherche, aménagement du territoire… Décentralisons, mais dans la République et dans le respect de la solidarité nationale ! Cessons d'opposer les collectivités locales à l'Etat : tous doivent servir le bien public. Le développement de l'intercommunalité de la loi de 1999 montre que c'est possible.

La reconquête des territoires

Une vigoureuse politique d'aménagement du territoire doit viser la reconquête de l'espace français, pensée en fonction des défis européens.

Pour réorienter la politique de la ville il faut clarifier les choix : quelle égalité bâtir, pour quelle citoyenneté, dans quelle nation ? Aux « politiques d'intégration » doit succéder une volonté nationale de plein accès à la citoyenneté, replaçant les valeurs républicaines au cœur du pacte social, rejetant dans les actes les réflexes communautaristes.


1-2 – Revaloriser le travail

Rééquilibrer les revenus du travail et du capital

La revalorisation du travail, par rapport aux revenus du capital, peut commencer en France par la réforme des charges sociales. Nous proposons que les cotisations sociales patronales, aujourd'hui assises sur les salaires, soient graduellement remplacées par une taxe assise sur la valeur ajoutée comptable de l'entreprise. Les cotisations salariales, à l'exception de la retraite, doivent être transférées vers une CSG ne supportant pas l'impôt. Ces transferts permettront aux entreprises de poursuivre l'effort de revalorisation du SMIC et de rendre aux salariés du pouvoir d'achat. A l'inverse, les revenus du capital seraient appelés à financer bien davantage la protection sociale.

Garantir les protections sociales

Le chômage important des jeunes et des salariés après 50 ans constitue un immense perte de cotisations pour les régimes de protection sociale. L'issue n'est pas dans les fonds de pension qui ne font qu'engendrer de nouveaux risques. Elle est dans la réforme de l'assiette des cotisations, l'amélioration du taux d'activité en fin de carrière… et dans le recul du chômage.

Nous voulons renforcer un système de protection universel, égalitaire et solidaire, dégagé des contraintes de rentabilité mais équilibré financièrement. Nous proposons de rendre au Parlement un rôle directeur dans la politique de santé publique et dans les dépenses de santé : (politique du médicament, libérée des pressions des grands groupes pharmaceutiques, modernisation de l'hôpital public, et synergie entre médecine de ville et établissements, Agences régionales de santé, organisation du risque dépendance, etc.

1-3 – La citoyenneté affermie


Face à l'individualisme, la citoyenneté est le rappel de l'intérêt général et le civisme est la forme la plus élaborée du lien social. Si la citoyenneté traverse aujourd'hui une crise, ce n'est pas le modèle républicain qui est en cause, mais les coups de boutoir qui le frappent jour après jour, au nom de l'individualisme exacerbé, du culte de la réussite personnelle par l'argent, des communautarismes. C'est aussi parce que l'intérêt général est perdu de vue.

L'égalité entre les hommes et les femmes est le premier défi à relever par le principe de citoyenneté, devant lequel les traditions, les cultures, les religions doivent céder le pas.

L'égal accès à la citoyenneté est devenu un enjeu majeur : aux jeunes issus de l'immigration, aux jeunes stigmatisés par leur quartier de résidence ou leur couleur de peau, nous devons tenir la promesse républicaine d'égalité. L'Etat ne doit pas rester observateur ou juge pénal : il doit devenir acteur de cette promotion volontaire.

Il faut donner sens à l'immigration, à condition que celle-ci soit régie par des règles claires et ne soit pas perpétuellement agitée par les démagogues, qui prennent le risque grave de déstabiliser les populations installées sur notre sol. Les quota d'origine ne sont pas acceptables en raison de leurs critères ethniques ou raciaux ; les quota par profession ne peuvent être utilisés qu'en accord avec les pays d'origine afin de ne pas organiser le pillage des cerveaux du Tiers Monde. Pour apaiser les peurs, donnons sens à l'immigration : les nouveaux venus, futurs citoyens de la République, feront la France de demain.

Au nom de la laïcité, nous devons veiller à ce qu'aucune distinction religieuse ne s'impose dans l'espace public, à ce que l'ethnicisation des rapports sociaux soit combattue, à ce que la liberté de l'esprit, de la recherche, de la création soit garantie. Le premier combat laïque d'aujourd'hui est à livrer contre l'enfermement dans le communautarisme.

Le droit égal pour tous à la sûreté doit s'imposer aussi bien face à la démagogie sécuritaire que face à l'angélisme : police de proximité, loi de programmation pour la justice en sont les outils.


1-4 – Refonder l'Ecole


Il est temps de recentrer l'Ecole sur ses missions premières : la transmission des savoirs et des valeurs, et relever l'autorité qui la rend possible, celle des maîtres. La maîtrise des savoirs élémentaires en primaire est la clé de toute réussite ultérieure. Une priorité doit être donnée à la maîtrise de la langue française qui conditionne tout le reste… La République doit conforter ses enseignants : ils ont la tâche ingrate d'inculquer le goût de l'effort dans une société hédoniste, le sens du travail dans un monde où la réussite par l'argent est portée au pinacle, la joie de comprendre, la fierté de s'élever, dans un environnement où tout concourt à la crétinisation de masse.

La formation de la citoyenneté est la deuxième grande mission de l'Ecole. L'instruction civique doit transmettre les valeurs de la citoyenneté.

Dans l'enseignement supérieur, nous devons faire face au tarissement du nombre d'étudiants dans les filières scientifiques et techniques. Des bourses incitatives seraient nécessaires. L'orientation, à l'Université, au cours du premier cycle doit répondre au défi que constitue l'abandon par de nombreux étudiants de leur cursus. Nous avons également proposé que l'Etat et le service public financent les études de jeunes de milieu modeste qui s'engagent ensuite à servir durant dix ans.


1-5 - Science, culture, environnement


Les relations de l'homme et de la nature revêtent une dimension planétaire : effet de serre, réchauffement du climat, conséquences sur le niveau des océans et sur les terres habitées des rivages, amenuisement de la biodiversité… Y faire face suppose de mobiliser les capacités de la raison et de la science, et non de sombrer dans un millénarisme aveugle.

L'éthique de responsabilité face à l'environnement et à l'avenir de la planète est une dimension moderne du civisme et de la citoyenneté. Il faut penser l'écologie de l'humanité, et réintroduire la responsabilité des nations face au devenir de l'humanité.

Un projet républicain fait confiance à la création et aux créateurs. Il s'agit de les défendre face à la marchandisation générale, et de promouvoir l'exception culturelle. Il s'agit aussi de favoriser la participation du plus grand nombre à la vie culturelle, en ressoudant ainsi le sentiment d'appartenance. Nous proposons en même temps d'ouvrir la culture française sur le monde et de faire de la francophonie une dimension majeure, culturelle et politique.



2 - EN EUROPE

2-1 – Face à la crise, renouer avec la croissance

La crise qui a commencé de s'abattre sur l'Europe appelle des remises en cause énergiques pour éviter d'être entraînés dans la spirale du désastre économique.

Changer l'architecture de la zone euro

Dans la zone euro il faut anticiper d'urgence pour surmonter la vague récessioniste venue d'Amérique :
- renégocier le Pacte de stabilité, et à tout le moins exclure du calcul du déficit budgétaire comparé les dépenses d'investissement productif, de recherche et de défense.
- modifier les statuts de la Banque centrale européenne afin d'inclure dans ses missions la nécessité de veiller à l'emploi et à un haut niveau d'activité et définir l'inflation de manière réaliste
- instituer un gouvernement économique de l'euro assuré par l'Eurogroupe, et autorisé à donner des orientations à la BCE. La politique du change doit être reprise en main.

L'innovation et la recherche

Les vœux pieux du sommet de Lisbonne en matière de recherche et de technologie ont heurté le mur du pacte de stabilité. Nous proposons de porter à 3% du PIB l'effort de recherche français, en déduisant ces engagements des déficits budgétaires comparés.

La politique industrielle

La politique industrielle doit reprendre ses droits . Elle a été ramenée par la Commission de Bruxelles à une simple politique de la concurrence empêchant d'ailleurs de faire naître en Europe des champions mondiaux. Les défis que nous lancent les pays émergents, la montée des « fonds souverains » exigent un changement de cap. L'Europe doit promouvoir une politique de l'offre, dans le domaine de l'industrie comme dans celui des services.

Dans les secteurs industriels vitaux et stratégiques, l'Etat doit exercer une mission de sécurité absolue. Son droit de regard, sous forme de golden share par exemple, est légitime. Des coopérations renforcées dans les domaines industriels clés doivent pouvoir se nouer, sans l'aval préalable de la Commission, avec un nombre restreint d'Etats membres volontaires.

Pour mettre nos grandes entreprises à l'abri des prédateurs boursiers, des moyens existent : contrôle des fusions boursières, constitution d'un pôle d'actionnaires stable capable d'intégrer les exigences de moyen et long terme pour l'entreprise, actionnariat salarié, qui à partir de 10 – 15% offre une résistance solide aux opérations prédatrices.

L'énergie

Nos approvisionnements en pétrole et en gaz sont liés à la qualité de nos relations avec les pays qui forment le grand voisinage de l'Europe : Moyen-Orient et Iran, Maghreb, Russie. Une Europe européenne, soucieuse de ses intérêts à terme, a autre chose à faire que d'emboîter le pas aux fiasco de la politique américaine dans ces régions.

Les prix durablement élevés du pétrole, le besoin d'indépendance énergétique, font que l'énergie nucléaire a un grand avenir devant elle. L'avenir du nucléaire doit être préparé. Sur vingt ans, il faut prévoir de gérer 500 tonnes de déchets, de manière sûre, durable et réversible. Ce n'est pas inaccessible ! Cette priorité peut d'ailleurs fort bien se conjuguer avec le développement des énergies renouvelables et avec une politique sérieuse de maîtrise des dépenses énergétiques.

Le service public

Nous avons besoin de services publics performants et de qualité. La « concurrence libre et non faussée » est le lacet avec lequel les libéraux entendent étrangler le service public, en les mettant à la merci d'un l'écrémage où le secteur privé s'octroie les activités rentables, ne laissant au public que le secteur déficitaire, avant de disparaître.

Nous avons besoin d'une directive « service public », permettant sans équivoque de préserver l'égalité d'accès des citoyens aux services de base.


Les paysans doivent pouvoir vivre de leur travail

Il faut réinventer la PAC et les principes qui l'avaient fondée : préférence communautaire, prix rémunérateurs encourageant la qualité, souveraineté alimentaire, en servant de nouveaux objectifs : agriculture paysanne, sécurité et qualité alimentaires, rejet du dumping vis à vis des agricultures des pays du Sud. Cette réinvention de la PAC doit permettre à l'Europe de se nourrir par elle-même et aux paysans de vivre de leur travail et non de subsides.



3 - DANS LE MONDE

L'incantation chère au président Sarkozy, ne suffit pas. La mondialisation libérale, c'est la mise en concurrence des « coûts » du travail. Pour revaloriser le travail, il faut changer les règles du jeu.

Pour protéger les acquis sociaux en Europe, la définition et le respect de clauses sociales et environnementales à l'OMC doit être notre cheval de bataille. Mais cette bataille sera rude et longue.

C'est pourquoi, dès à présent, l'Union européenne doit remettre en œuvre une préférence communautaire, qui prévalait jusqu'en 1974 au sein du Marché commun, et l'appliquer aux biens et aux services. Cette préférence communautaire implique un tarif extérieur commun et c'est la seule manière de garantir le niveau social européen.

La liberté des échanges ne peut valoir qu'entre zones de niveau économique et social comparable. Même les libéraux découvrent que l'extension sans limite du libre-échange n'apporte pas la prospérité. Il faut renverser ce dogme pour sortir l'OMC de sa crise. Il faut au contraire lier le volume de nos importations au niveau social et environnemental des pays à bas coût de main d'œuvre. A la vision de l'OMC nous devons opposer un projet d'organisation du commerce mondial par grands ensembles régionaux, de niveau économique et social comparable, avec liberté des échanges à l'intérieur, et régulation des échanges entre grandes zones.

La France doit rester une grande puissance politique

Plus que jamais, face à la crise qui s'annonce, c'est le contenu de la construction européenne qui est en cause. Nous avons le devoir de proposer un programme de mobilisation des instruments économiques (Pacte de stabilité, statuts de la BCE, politique du change, etc…)

Il faudra aussi simplifier la procédure de coopération renforcée et pouvoir y associer des pays du grand voisinage de l'Europe : Russie, Turquie, Maghreb. Une Union pour la Méditerranée, pour voir le jour, ne pourra pas faire l'économie des questions politiques (Turquie et UE, Proche-Orient,…)

L'échec des tentatives de fusion des nations par l'Europe, ou de fédéralisme à 27, ouvre de nouvelles opportunités : nos relations avec l'Allemagne, mais aussi avec l'Italie, dans certains domaines avec la Grande-Bretagne doivent trouver de nouveaux développements.


Vers le Sud, le co-développement doit devenir une exigence. La France républicaine doit faire entendre son message : il n'y a pas de développement sans Etat, qui soit si possible un Etat de droit; il est nécessaire de fonder des nations sur la citoyenneté et non sur le communautarisme ou l'ethnicité; il est souhaitable d'organiser le développement avec le soutien d'un Etat stratège, volontaire, garant du bien public.

La France peut jouer un rôle original et utile en direction du monde arabo-musulman. Les interventions militaires, au lieu de faire reculer le terrorisme, fouettent l'intégrisme. Ce n'est pas le choc des civilisations qui vaincra la violence, mais la coopération Nord – Sud. C'est l'alliance des civilisations qui peut tarir les sources du fanatisme et du terrorisme, imposer une paix juste au Proche-Orient. Après le fiasco américain, le moment est venu de faire valoir ces thèses.

Une défense indépendante

La défense est nationale; la dérive vers la fourniture de contingents aux quatre coins de la terre et le plus souvent sous commandement américain doit cesser. L'architecture de la défense doit être clairement perceptible : son noyau, c'est la force de dissuasion qui autorise l'indépendance de notre politique. En Europe, nous respectons pleinement les obligations du traité de l'Atlantique Nord, mais nous récusons les tentatives de faire de l'OTAN une organisation militaire internationale intervenant en Asie ou au Moyen-Orient, et nous refusons la pente dangereuse qui nous conduit par l'OTAN à un alignement sur la désastreuse politique de M. Bush.

lundi 10 mars 2008

Résultat du premier tour de l'élection cantonale à Clamart

Je remercie vivement les Clamartois qui en m'apportant leurs suffrages ont exprimé l'impérieuse nécessité que la gauche retrouve le chemin de la République. 1,58% c'est à la fois décevant et encourageant. En nombre de voix, dans le canton de Clamart, c'est 2,5 fois plus que lors des élections législatives partielles le mois dernier. Reconquérir les territoires perdus de la République demande patience et détermination.

J'appelle les électeurs qui ont voté pour moi à se reporter sur Vincent Gazeilles, candidat de la gauche au second tour, pour sanctionner la politique antirépublicaine, confessionnaliste et antisociale du gouvernement. Pour son prochain mandat, souhaitons à Vincent Gazeilles d'être au Conseil général l'aiguillon d'une heureuse articulation entre République, écologie et solidarité.

lundi 3 mars 2008

Election cantonale à Clamart

Les 9 et 16 mars prochains les clamartois éliront leur conseiller général.

Cette élection se déroule alors que nous traversons une période singulière. Le pouvoir veut congédier une tradition républicaine biséculaire, remet en cause les principes sociaux mis en œuvre par le Conseil National de la Résistance provoquant ainsi une paupérisation tragique des plus faibles et s'en prend à notre église nationale, la laïcité. Cette valeur de liberté n'a pas plus besoin de qualificatif réducteur ( positive, ouverte, moderne, tolérante, plurielle, intelligente, etc... ) que les valeurs de la République portées au frontons de nos édifices publics. Ce pouvoir s'en prend à la démocratie en contournant la souveraine décision du peuple qui s'était salutairement opposé à la dérive libéralo-européiste lors du référendum le 29 mai 2005. Ce crime contre la démocratie a pu se faire grâce à la complicité active ou passive de la "gauche" officielle, des verts et du centre. Comme en juin 1940 tout est à reconstruire avec les résistants qui le 4 février 2008 lors du Congrès à Versailles en votant contre la modification de la Constitution ont pris date pour l'avenir : une partie des parlementaires du PS, le tiers des parlementaires verts, l'ensemble des parlementaires de la gauche républicaine, l'ensemble des parlementaires communistes et à droite une poignée de démocrates et de souverainistes.

En ces temps difficiles les clamartois s'honoreront en envoyant à l'Assemblée départementale un conseiller général républicain.

Voici ma profession de foi, vous pouvez également la télécharger à partir du lien sur la colonne de droite.

PF cantonale verso PF cantonale verso

vendredi 22 février 2008

La reconnaissance du Kosovo, c'est une triple faute

Tribune de Jean-Pierre Chevènement, parue dans Le Figaro, vendredi 22 février 2008.
La reconnaissance du Kosovo, c'est une triple faute
M. Thaci a déclaré l'indépendance du Kosovo et derechef nos médias s'illuminent devant la profusion des drapeaux agités à Pristina. On peine un peu à nous expliquer la signification du nouveau drapeau kosovar, vu la difficulté à justifier que les étoiles censées représenter les « minorités ethniques » sont précisément rejetées à l'extérieur du dessin du pays.

Reconnaître « l'Etat du Kosovo », c'est une triple faute.

Une faute contre l'Histoire
Celle-ci, contrairement à ce qui s'est passé pour les pays baltes, n'a jamais connu de Kosovo indépendant. Longtemps soumis au pouvoir turc (comme le fut aussi la Serbie), le Kosovo était, depuis plusieurs décennies, partie intégrante d'un Etat né par accord international : la Yougoslavie. Au sein de cet Etat fédéral il faisait partie de la Serbie qui, comme il a été mille fois rappelé, plaçait dans le Kosovo l'origine même de son identité. Que la démographie ait changé assurément. Belgrade elle-même favorisa cette évolution en accueillant généreusement dans sa province du Kosovo les Albanais qui fuyaient la dictature d'Enver Hodja. Il y avait là matière à imaginer un régime d'autonomie. Cela fut fait. On sait que Milosevic supprima ce régime. Certains, qui auront la curiosité de lire les chroniques, découvriront que l'une des raisons de cette décision fût la plainte des Serbes qui étaient fort mal traités dans un Kosovo « autonome ». Milosevic abolit l'autonomie. Il fit mal. Mais la réponse n'est certes pas d'aller à l'excès inverse, créer un Etat là où il n'y en eût jamais un. Ou alors allons jusqu'au bout. Bafouons l'Histoire : Reconnaissons la République Turque de Chypre, intéressons-nous au Cachemire, découpons un peu en Espagne, au Mali, au Tchad, etc. et en France, pourquoi pas ?

Les Français ne veulent plus rien savoir de l'Histoire. Mais ce qui est tout récent devrait quand même rester en mémoire et faire réfléchir. La Serbie, objet aujourd'hui de tant de critiques, n'a pas fait la moindre difficulté pour reconnaître l'indépendance du Monténégro, preuve qu'il ne s'agit pas de la part de Belgrade d'attitude obtuse maniaque.

Une faute contre le droit
Il y eût guerre, déclenchée en 1999 par l'OTAN en ignorant les principes du droit international, pour mater les Serbes coupables d'avoir réprimé durement – trop durement – un mouvement d'indépendance qu'ils qualifiaient de terroriste.
Mais la guerre aérienne de l'OTAN n'a rien réglé. Pour vaincre, l'OTAN devait aller à terre, ce que les Alliés, pas fous et se rappelant la manière dont les divisions nazies furent accrochées, ne voulaient pas. On négocia donc un nouvel accord – Serbes – Russes – Américains - Européens – qui déboucha sur une résolution des Nations Unies, celle dont on voudra bientôt nous faire oublier l'existence, mais qui est le seul droit applicable : la Résolution 1244 du 10 juin 1999 : Réaffirmation de l'attachement de tous les Etats-membres à la « souveraineté et à l'intégrité territoriale de la République fédérale de la Yougoslavie ». Appel en vue d'une « autonomie substantielle et d'une véritable auto-administration du Kosovo ».
Autonomie. Pas d'indépendance, pas de nouvel Etat. Préservation de ce vieil acquis européen que sont les Accords d'Helsinki. C'est à cette condition qu'il y eut paix, et que l'Europe (et les Etats-Unis) s'épargnèrent une guerre horrible.

Certes une résolution n'est pas intangible. Si le Conseil de Sécurité juge que les Kosovars ont raison de proclamer leur indépendance, il adoptera une nouvelle résolution qui se substituera à la Résolution 1244. Mais si le Conseil de Sécurité ne modifie pas la Résolution 1244 – et il ne le fera pas – le droit reste aujourd'hui ce que dit ce texte.
Que la France, après les beaux discours de 2003 sur le respect du droit, suive l'exemple des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne est une triste évolution. Nous aurons rejoint le camp ni des réalistes, ni des cyniques mais celui des veules, de ceux qui se refusent, par lâcheté, à négocier encore et toujours.


Une faute contre l'Europe unie
Nous sortons d'une de ces brèves périodes où l'on nous a refait le coup de l'Europe projet, de l'Europe politique.

Et si le Kosovo, situé lui aussi comme on le disait avec excitation de la Bosnie, à deux heures d'avion, n'était pas précisément un beau sujet de délibération pour l'Europe unie à laquelle nous sommes censés tant aspirer. Et que fait donc l'Europe unie ? Rien. Bien sûr, sinon constater ses divisions.
Mais faute contre l'Europe, au sens plus large, l'Europe de nos pères, l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, l'Europe qui veut bien accepter de considérer que la Russie n'est pas une steppe peuplée de Tatares aux yeux cruels, que les Slaves sont aussi européens, et allons jusqu'au bout de l'ouverture, que les Slaves orthodoxes sont aussi Européens. La singularité de la France fut d'être ce pays occidental, majoritairement de culture catholique mais heureusement de tradition laïque, qui tendait la main à l'Orient orthodoxe et noua en particulier de solides relations avec la Serbie et avec la Russie. Vis-à-vis de Belgrade, notre seule offre est celle de l'argent européen. Et vis-à-vis de Moscou, faut-il prendre les devants, déployer des éléments de système anti-missiles, agiter des drapeaux américains à la barbe des vieux popes ? Prenons garde dans notre excitation, de ne pas perdre entièrement raison. Réputée – bien théoriquement – vieux pays recru d'épreuves, etc., la France est-elle assez futile pour se flatter d'avoir un nouvel ambassadeur dans sa capitale avant même que le Parlement ait été saisi, et de gâcher très sérieusement des chances de paix sur le continent ? Alors que l'on peut – tout aussi bien – faire comprendre – comme c'est le cas pour les Chypriotes – que la négociation est toujours possible et vaut mieux – mille fois mieux – que le « bling-bling » d'une « reconnaissance » à la remorque.

dimanche 17 février 2008

Kosovo: Paris s'apprête à «bafouer le droit international» (Chevènement)

Dépêche AFP, dimanche 17 février 2008, 14h51.
Kosovo: Paris s'apprête à «bafouer le droit international» (Chevènement)
Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a estimé dimanche que la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo, à laquelle s'apprête Paris, "bafoue le droit international" et "peut occasionner une nouvelle guerre froide".
"Cette reconnaissance unilatérale de l'indépendance d'une province de la Serbie, sans aucune consultation du Parlement français, bafoue le droit international et contribue à l'abaissement du conseil de sécurité de l'ONU dont la France est membre permanent", estime l'ancien ministre de la Défense dans une déclaration à l'AFP.
Le Parlement du Kosovo est convoqué dimanche pour une session extraordinaire au cours de laquelle doit être votée la proclamation d'indépendance de la province serbe à majorité albanaise.
Selon une source diplomatique française, Paris veut reconnaître cette indépendance dans la foulée de sa proclamation, simultanément avec la Grande-Bretagne, l'Allemagne et l'Italie. Les pays de l'Union européenne doivent se concerter sur la position à prendre, lundi à Bruxelles.
Pour M. Chevènement, "cette reconnaissance, hors du cadre du conseil de sécurité de l'ONU, aboutit au dépeçage d'un Etat aux frontières internationalement reconnues, lui-même membre de l'ONU, au mépris des accords de 1990 sur la sécurité et la coopération en Europe".
Le dirigeant du MRC estime aussi que l'attitude des autorités françaises "nous met à la remorque de l'unilatéralisme américain".
"Elle est grosse de tensions dans les Balkans et légitime par avance la partition entre Serbes et Albanais, à hauteur de Mitroviça, car on ne voit pas au nom de quoi on refuserait aux uns ce qu'on autorise aux autres", ajoute-t-il.
"Cet acte unilatéral peut occasionner une nouvelle guerre froide en Europe avec la Russie, c'est un mauvais coup porté au droit international et à l'indépendance nationale", conclut M. Chevènement.

vendredi 15 février 2008

Appel du magazine Marianne : Pour une vigilance républicaine

Jean-Pierre Chevènement fait partie des signataires de l'appel lancé par l'hebdomadaire Marianne et publié dans le numéro 565 du samedi 16 février.
Appel du magazine Marianne : Pour une vigilance républicaine
Les soussignés se réclament de sensibilités très diverses, et ils ont sur un certain nombre de sujets importants des positions très différentes, mais ils ont malgré tout en commun un certain nombre de convictions et de valeurs qu'ils entendent réaffirmer.

- Leur attachement au principe républicain et, en conséquence, leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective.

- Leur attachement aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile.

- Leur attachement à l'indépendance de la presse et au pluralisme de l'information.

- Leur attachement aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l'indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXIè siècle.

Au-delà de leurs divergences, les soussignés tiennent à rappeler leur engagement à défendre, séparément ou ensemble, ces impératifs, comme toujours cela fut fait au cours de l'Histoire de la République.

Signataires :
Pierre Lefranc, ancien chef de cabinet du Général de Gaulle, administrateur de la Fondation Charles de Gaulle
Dominique de Villepin, ancien Premier ministre
Ségolène Royal, ancienne ministre, Présidente de la région Poitou-Charentes
François Bayrou, ancien ministre, député des Pyrénées-Atlantiques,
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre
Corinne Lepage, ancienne ministre
Nicolas Dupont-AIgnan, député de l'Essonne
Bertrand Delanoë, maire de Paris
Maurice Leroy, député de Loir-et-Cher
Nöel Mamère, député de la Gironde
Jean-Christophe Lagarde, député de la Seine-Saint-Denis
Marielle de Sarnez, conseillère de Paris
André Gérin, député du Rhône
Arnaud Montebourg, député de la Saône-et-Loire
Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Loire
Jean-Pierre Brard, député de la Seine-Saint-Denis
Jean-Paul Bled, président des Cercles universitaires d'études et de recherches gauliennes

dimanche 10 février 2008

Réaction de Jean-Pierre Chevènement après l'allocution de Nicolas Sarkozy sur le traité de Lisbonne

Dimanche 10 février 2007, 22h.
Le président Sarkozy se moque du monde. En faisant ratifier le traité de Lisbonne par la voie parlementaire, il a repris beaucoup plus que la partie institutionnelle de la Constitution européenne. Si, par exemple, la «concurrence libre et non faussée» n'est plus un objectif de l'Union, elle reste, au terme du protocole n°6, un principe que la Commission européenne est chargé de faire appliquer. De même un contrôle parlementaire limité au droit de saisine de la Cour de justice de l'union européenne n'est qu'un faux semblant de plus. Enfin l'OTAN consacrée comme cadre de la défense européenne, c'est l'Euramérique en marche, où la France disparaîtra.

Le président Sarkozy fait de grands moulinets verbaux : ainsi sur la monnaie, la politique commerciale ou industrielle, ou encore les dérives du capitalisme financier. Mais dès qu'il formule ses propos pour la présidence française de l'UE, il se garde bien d'aborder ces sujets qui fâchent. Il reprend des sujets rebattus (immigration, politique agricole, etc.). M. Sarkozy est un artiste dans la peinture en trompe l'œil. Mais les Français le jugeront et le jugent déjà sur les actes, et en particulier sur son incapacité à mettre en accord ceux-ci avec de tonitruantes proclamations.

mardi 5 février 2008

Jean-Pierre Schosteck à peine élu s'assied sur le suffrage universel.

Jean-Pierre Schosteck élu député le 3 février dans la 12ème circonscription des Hauts-de-Seine s'est empressé de désavouer le peuple en votant le 4 février à Versailles pour la modification de la Constitution en vue de la ratification du traité de Lisbonne. Un député est le représentant de la Nation tout entière, pas seulement de sa circonscription, et il s'est déshonoré en contribuant à faire rentrer par la lucarne parlementaire ce que le peuple a sorti par la grande porte du suffrage universel le 29 mai 2005. Il aurait été plus avisé de prendre exemple sur son ancien compagnon de route, Charles Pasqua, qui ne s'est pas rendu coupable de ce déni de démocratie.

C'est pourquoi j'appelle les républicains et les démocrates de Châtillon, ceux de gauche mais également ceux de l'autre rive à sanctionner cette attitude en votant contre Jean-Pierre Schosteck lors des élections municipales les 9 et 16 mars prochain.

Je déplore cependant avec tristesse que le seul parlementaire socialiste des Hauts-de-Seine, le sénateur Robert Badinter, ne se soit pas mieux comporté que le député fraîchement élu.

Je salue le civisme des parlementaires communistes de notre département qui ont tous les quatre voté contre le projet.

lundi 4 février 2008

Chevènement: construction de l'UE «frappée d'illégitimité»

Dépêche AFP, lundi 4 février 2008, 19h28.
Chevènement: construction de l'UE «frappée d'illégitimité»
Jean-Pierre Chevènement a prévenu lundi que la construction européenne fondée sur "un déni de démocratie apparaîtra vite comme frappée d'illégitimité", après l'adoption par les parlementaires de la révision constitutionnelle, préalable à la ratification du traité de Lisbonne.
"181 voix contre la révision constitutionnelle", dont "près de 120 parlementaires socialistes, c'est mieux qu'un baroud d'honneur qui a été livré au Congrès de Versailles", estime dans un communiqué le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC).
Mais "ce n'est pas la bataille d'arrêt qu'une direction socialiste aurait pu livrer et gagner si le Parti socialiste avait été à l'unisson de la volonté du peuple français et particulièrement de son électorat", ajoute l'ancien ministre, partisan d'un référendum.
Dénonçant un "triomphe momentané de l'hypocrisie", il prévient: "cela ne durera pas toujours: la poursuite de la construction européenne s